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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2301431

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2301431

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2301431
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEONEM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juillet 2023 et 11 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Tronche, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Frasne-le-Château à lui verser la somme de 18 800 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison d'informations erronées indiquées dans un certificat d'urbanisme qui lui a été délivré ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Frasne-le-Château la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les informations erronées contenues dans le certificat d'urbanisme délivré par la commune de Frasne-le-Château le 13 avril 2021 sont constitutives d'une faute qui engage la responsabilité de son auteure ;

- si le certificat d'urbanisme qu'il avait demandé lui avait donné des informations exactes sur la parcelle concernée, il n'aurait pas acquis cette parcelle et n'aurait entrepris aucune démarche dans le cadre de son projet de plantation de Paulownia ;

- il existe un lien de causalité entre la faute de la commune de Frasne-le-Château et les préjudices qu'il a subis ;

- la perte de chance de pouvoir renoncer à l'acquisition de la parcelle peut être évaluée et indemnisée à hauteur de 13 800 euros ;

- les préjudices liés aux démarches entreprises pour réaliser son projet, d'ordre matériel et moral, et ses troubles dans les conditions d'existence peuvent être évalués et indemnisés à hauteur de 5 000 euros ;

- il n'a commis aucune imprudence de nature à exonérer la commune de Frasne-le-Château de sa responsabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, la commune de Frasne-le-Château, représentée par Me Maetz, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité puisque la servitude d'utilité publique qui n'est pas mentionnée dans le certificat d'urbanisme du 13 mai 2021 a été rendue d'utilité publique par l'arrêté préfectoral du 3 mai 2010, elle était connue des anciens propriétaires qui ont vendu la parcelle et qui avaient déjà sollicité et obtenu le 1er décembre 2020 un certificat d'urbanisme ;

- les préjudices subis ne sont pas établis dès lors qu'il n'est pas démontré que M. B a acquis la parcelle dans l'unique but de constituer une plantation d'arbres Paulownia, que la parcelle acquise par l'intéressé comporte des biens qui eux-mêmes sont exploitables et au demeurant loués à un agriculteur, et enfin que le produit de la revente lui permet de réparer les préjudices éventuellement subis ;

- en ne prévoyant aucune clause suspensive liée à la réalisation effective de son projet de plantation dans l'acte d'acquisition de la propriété, alors que cet acte indiquait clairement que la parcelle n'était pas constructible, M. B a lui-même commis des fautes de nature à exonérer la commune de sa responsabilité.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Tronche pour M. B et de Me Jacquet, substituant Me Maetz, pour la commune de Frasne-le-Château.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'acquisition, le 28 septembre 2021, des parcelles , et situées sur la commune de Frasne-le-Château. Les parcelles et , d'une contenance de 8 ares 98 ca, comportaient une maison d'habitation tandis que la parcelle , d'une superficie d'un hectare 56 ares et 96 ca, était vierge de toute construction. Préalablement à cette acquisition, l'étude notariale en charge du transfert de propriété a demandé et obtenu le 13 avril 2021 un certificat d'urbanisme d'information portant sur ces parcelles. Par une demande indemnitaire formée le 6 avril 2023, M. B sollicite la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison d'informations erronées mentionnées dans le certificat d'urbanisme délivré. La commune de Frasne-le-Château a implicitement rejeté cette demande. M. B demande la condamnation de la commune de Frasne-le-Château à lui verser la somme de 18 800 euros.

Sur la demande indemnitaire :

En ce qui concerne la faute commise par la commune :

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain () ".

3. Ainsi qu'il a été rappelé au point 1, le maire de la commune de Frasne-le-Château a délivré le 13 avril 2021 un certificat d'urbanisme qui concernait les parcelles cadastrés , et . Il est constant que ce certificat d'urbanisme ne fait pas mention de l'existence de la servitude d'utilité publique, affectant la parcelle incluse dans le périmètre de protection rapproché du captage d'eau potable de la commune, instaurée par un arrêté du 3 mai 2010 du préfet de la Haute-Saône. Or cette servitude d'utilité publique interdit " le retournement et la mise en culture des prairies permanentes " et fait ainsi obstacle au projet de plantation d'arbres Paulownia envisagé par M. B.

4. Il résulte de ce qui précède que la commune de Frasne-le-Château a commis une faute en délivrant le 13 avril 2021 un certificat d'urbanisme comportant des informations erronées au sujet de la parcelle .

En qui concerne les préjudices subis :

5. M. B demande la réparation des préjudices causés par la perte de chance de négocier à la baisse le prix d'achat de la parcelle ou même de renoncer à son acquisition, des préjudices du fait des différents frais qu'il a engagés dans le cadre des études et des démarches réalisées en vue de créer une exploitation sylvicole sur cette parcelle, ainsi que des préjudices liés aux troubles dans les conditions d'existence générés par cette acquisition et par ces démarches. La faute commise le 13 avril 2021 est de nature à engager la responsabilité de la commune de Frasne-le-Château et à ouvrir droit pour l'intéressé à la réparation des préjudices certains avec lesquels cette faute est en lien direct.

S'agissant des démarches relatives à la mise en place d'une exploitation sylvicole :

6. En dépit d'une mesure d'instruction adressée en ce sens, M. B n'a produit aucun élément qui permette de déterminer le coût des études relatives à son projet d'exploitation sylvicole. Dès lors, le requérant n'établit pas la réalité du préjudice qu'il aurait subi.

S'agissant de la négociation à la baisse du prix d'achat ou renoncement à l'acquisition en raison du caractère non exploitable de la parcelle :

7. Si M. B soutient qu'il aurait acheté les parcelles , et dans l'unique but de créer une plantation d'arbres Paulownia, il résulte de l'instruction qu'il n'a engagé des démarches en vue de réaliser ce projet que postérieurement à cette acquisition. En effet, la demande d'un simple certificat d'urbanisme d'information préalablement à la signature de l'acte d'achat de ces parcelles ne saurait suffire à établir l'antériorité de son projet. Dans ces conditions, le préjudice tenant au fait de n'avoir pas pu négocier le prix à la baisse ou n'avoir pas pu renoncer à l'acquisition des parcelles eu égard à l'impossibilité de mener à bien le projet de plantation n'est pas certain.

S'agissant de la négociation à la baisse du prix d'achat ou renoncement à l'acquisition en raison du caractère non constructible de la parcelle :

8. L'acte authentique par lequel le requérant a acquis les parcelles en litige stipule que " le vendeur précise que la parcelle cadastrée n'est pas constructible ". Dans ces conditions, l'intéressé avait déjà connaissance du caractère non constructible de la parcelle en litige lorsqu'il a décidé d'en faire l'acquisition. Par conséquent, il n'existe pas de lien direct entre la faute commise par la commune de Frasne-le-Château et le préjudice consistant pour le requérant à n'avoir pas pu négocier le prix à la baisse ou renoncer à l'acquisition des parcelles eu égard au caractère non constructible de la parcelle .

S'agissant des troubles dans les conditions d'existence :

9. Pour les raisons exposées aux points 6 à 8, les troubles dans les conditions d'existence liés à l'acquisition des parcelles en litige et les frais des études réalisées par M. B, à les supposer établis, ne présentent pas de lien direct avec la faute commise par la commune de Frasne-le-Château.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la condamnation de la commune de Frasne-le-Château à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Frasne-le-Château sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Frasne-le-Château.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. Pernot

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

(DEF)(/DEF)

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