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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2301681

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2301681

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2301681
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDGK AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2023, M. B A, représenté par Me Uberschlag, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception d'un montant de 7 342,50 euros émis à son encontre le 19 juillet 2021 par la direction départementale des finances publiques du Doubs ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- le titre de perception n'est pas signé ;

- il ne pouvait exécuter les obligations qui découlent du régime de prévention et de surveillance des espèces nuisibles dès lors qu'il n'a été destinataire d'aucun document lui prescrivant de prendre une telle initiative ou de régulariser sa situation ;

- aucune violation de la législation relative à la lutte contre le développement de la flavescence dorée ne peut lui être reprochée ;

- la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (FREDON) n'a pas réalisé les missions qui justifient la somme exigée par le titre de perception contesté ;

- le montant du forfait ne correspond pas à celui de l'arrêté du 18 mai 2020 ;

- le quantum des pénalités n'est pas précisé à l'instar de son fondement juridique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, la directrice départementale des finances publiques du Doubs conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale fait valoir que le moyen tiré de l'absence de signature du titre contesté n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, la FREDON, représentée par Me Kovac, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La FREDON soutient que la requête est irrecevable et fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 19 décembre 2013 relatif à la lutte contre la flavescence dorée de la vigne et contre son agent vecteur ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Par un titre de perception du 19 juillet 2021, la direction des finances publiques du Doubs a mis la somme de 7 342,50 euros à la charge de M. A. Le 16 septembre 2021, M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre ce titre de perception, implicitement rejeté par la directrice départementale des finances publiques du Doubs. M. A a alors saisi la juridiction judiciaire qui, par un jugement du 30 juin 2023, s'est déclarée incompétente pour juger du bien-fondé de la créance dont le recouvrement était contesté. M. A demande l'annulation du titre de perception du 19 juillet 2021 et la décharge de l'obligation de payer la somme de 7 342,50 euros.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge () ".

3. La requête de M. A expose les faits et les moyens précédemment visés et elle énonce des conclusions tendant à l'annulation du titre exécutoire contesté et à la décharge de l'obligation de payer la somme afférente. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance des dispositions précitées, opposée par la FREDON, doit être écartée.

Sur la demande d'annulation du titre de perception :

En ce qui concerne la régularité du titre de perception :

4. En premier lieu, le B du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 dispose que " pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'état revêtu de la formule exécutoire d'un titre de perception doit être signé. En revanche, ni ces dispositions ni aucune autre disposition législative ou réglementaire n'imposent que le titre de perception soit lui-même signé. Par suite, le moyen tiré de ce que le titre de perception en litige est irrégulier faute d'être signé ne peut être qu'écarté.

6. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Tout état exécutoire doit indiquer les bases de liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

7. En l'espèce, le titre de perception contesté indique que la créance correspond à la prospection des parcelles de vignes de M. A pour la recherche de la flavescence dorée de la vigne pour laquelle la FREDON était missionnée par le directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt. Par ailleurs, ce titre de perception fait référence à une facture numéro 20201215. Cette facture, dont M. A ne conteste pas utilement avoir été le destinataire, a été versée à l'instance par la région Bourgogne-Franche-Comté. Elle indique le nombre d'hectares de vignes prospectées, les parcelles concernées et le prix unitaire facturé par hectare. Cette facture a été émise le 14 décembre 2020, soit à une date antérieure au titre de perception contesté. Dans ces conditions, M. A disposait des bases de liquidation et des éléments de calcul sur lesquels le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté s'est fondé pour obtenir la somme exigée par le titre de perception en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que ce titre de perception ne précise pas le quantum des pénalités ni son fondement juridique doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé du titre de perception :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-10 du code rural et de la pêche maritime : " Si un propriétaire ou détenteur refuse d'effectuer dans les délais prescrits et conformément aux arrêtés pris en la matière les mesures de prévention, de surveillance ou de lutte imposées, un agent habilité prend les mesures nécessaires pour l'exécution de ces arrêtés. Il les notifie aux intéressés par lettre recommandée, avant leur exécution ; il adresse copie de cette notification au préfet du département et au maire de la commune sur le territoire de laquelle les opérations doivent avoir lieu () ".

9. La région Bourgogne-Franche-Comté produit une lettre recommandée du 3 juin 2020 par laquelle M. A a été informé qu'il n'avait pas participé aux prospections collectives des vignes organisées en 2019 et qu'en conséquence la prospection de ses parcelles allait être réalisée d'office et de façon onéreuse par la FREDON. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'administration ne lui aurait pas notifié les mesures qui allaient être prises en raison du refus de l'intéressé d'effectuer sur ses vignes les mesures de prévention, de surveillance ou de lutte imposées contre la flavescence dorée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-10 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la FREDON fait valoir, sans être contestée, qu'elle a effectué la prospection des parcelles en l'absence de M. A. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la FREDON n'aurait pas réalisé les missions correspondant à la somme exigée par le titre de perception contesté. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 19 décembre 2013 relatif à la lutte contre la flavescence dorée de la vigne et contre son agent vecteur, alors en vigueur : " Tout propriétaire ou détenteur de vigne situé dans un périmètre de lutte, autre qu'un matériel en pépinière viticole ou qu'une vigne mère de porte-greffe ou de greffons, est tenu, sans que cela ne le dispense de l'obligation de surveillance générale mentionné à l'article 3, de faire réaliser par ou sous le contrôle d'un organisme à vocation sanitaire reconnu dans le domaine végétal une surveillance visant à la détection de symptômes de flavescence dorée selon des modalités définies par arrêté préfectoral () ".

12. Il n'est pas contesté par M. A qu'il n'a pas participé aux journées de prospections collectives organisées par la région Bourgogne-Franche-Comté en 2019. Ce faisant, M. A a méconnu son obligation de faire réaliser sur ses vignes et sous le contrôle de la FREDON une surveillance visant à la détection de symptômes de la flavescence dorée. Par suite, M. A ne peut sérieusement soutenir qu'il n'a commis aucune violation de la législation relative à la lutte contre le développement de la flavescence dorée et le moyen soulevé en ce sens droit être écarté.

13. En dernier lieu, M. A conteste le montant de 550 euros hors taxes par hectare appliqué pour déterminer le montant de la créance objet du titre de perception contesté. Le préfet de région fait valoir que ce forfait correspond au forfait indiqué par l'annexe 3 de son arrêté du 2 mai 2019. Or, si cet arrêté précise que la prospection réalisée par la FREDON est facturée 500 euros hors taxe par hectare et que, dans l'hypothèse où le viticulteur concerné n'a pas participé à la prospection collective, le montant est majoré, le niveau de cette majoration n'est pas précisé. De plus, il ressort de la lettre adressée le 3 juin 2020 à M. A que le forfait que le préfet de région envisageait d'appliquer aux mesures réalisées par la FREDON était fixé à 500 euros par hectare. Dans ces conditions, le préfet de région ne justifie pas du fondement légal d'un forfait de 550 euros hors taxe par hectare. Par suite, M. A est fondé à demander à ce que le forfait qui lui a été appliqué soit ramené à 500 euros hors taxe par hectare.

14. A cet égard, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que la surface des vignes de M. A, prospectées le 2 septembre 2020 par le FREDON, était de 8,9 hectares, d'autre part, qu'a été appliqué au forfait de 550 euros un taux de taxe sur la valeur ajoutée de 20 % et qu'en l'absence de paiement de la facture afférente dans le délai de trois mois, ce montant toutes taxes comprises a été majoré de 25 %. Il suit de là que l'application d'un forfait de 550 euros au lieu de 500 euros hors taxe par hectare a généré une créance supplémentaire de 75 euros par hectare (50 x 1,20 x 1,25), soit, pour la surface de 8,9 hectares prospectée, un montant total de 667,50 euros. Par suite, M. A est fondé à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 667,50 euros.

15. Il résulte de tout ce qui précède que le titre de perception contesté d'un montant de 7 342,50 euros doit être annulé à hauteur de 667,50 euros et que M. A doit être déchargé de l'obligation de payer la somme de 667,50 euros.

Sur les frais liés au litige :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 750 euros à M. A au titre des frais liés au litige.

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la FREDON au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception émis le 19 juillet 2021 à l'encontre de M. A est annulé à hauteur de la somme de 667,50 euros et M. A est déchargé de l'obligation de payer cette somme.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 750 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la directrice départementale des finances publiques du Doubs et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Une copie, pour information, sera transmise au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté et à la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

(DEF)(/DEF)

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