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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2302182

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2302182

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2302182
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantLUTZ LOUIS-MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2023, le préfet du Doubs demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative enjoindre à Mme E F A de libérer sans délai le logement qu'elle occupe au centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par l'AHS-FC, 13 rue Gambetta à Besançon, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, au besoin, d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à une éventuelle évacuation forcée des lieux et de l'autoriser à donner à toutes instructions utiles au gestionnaire B afin de débarrasser les lieux des meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A, à défaut pour elle de les avoir emportés.

Il soutient que :

- la demande d'asile de Mme A ayant été définitivement rejetée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile en date du 5 janvier 2022, il peut demander au juge des référés d'ordonner son expulsion B ;

- l'urgence et l'utilité sont constituées par la nécessité d'héberger une famille d'ayants-droits prioritaire alors qu'il y a un manque de places disponibles ;

- le maintien de Mme A dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'hébergement d'urgence ;

- l'expulsion des défendeurs ne se heurte à aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire enregistré le 27 novembre 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration a produit ses observations, indiquant que, dans le département du Doubs, 7 familles à la composition similaire à celle de Mme A sont en attente d'une place en hébergement dédié pour demandeurs d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2023, Mme A, représentée par Me Lutz, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de rejeter la requête du préfet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'urgence n'est pas démontrée ;

- compte tenu de sa situation de mère isolée d'un enfant de 3 ans, sans autre solution d'hébergement, le préfet, en demandant qu'elle soit obligée de quitter le CADA, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 décembre 2023 à 10 heures en présence de Mme Chiappinelli, greffière, ont été entendus :

- le rapport de Mme Schmerber, juge des référés ;

- les observations de M. C, représentant le préfet du Doubs et de M. D, pour l'office français de l'immigration et de l'intégration. ;

- les observations de Me Lutz, représentant Mme A, présente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé () L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Le chapitre II du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile détermine l'ensemble des dispositions applicables à l'hébergement des demandeurs d'asile pris en charge par l'Etat. L'article L. 551-11 du même code, dans sa version applicable à compter du 1er mai 2021 dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". En vertu des dispositions de l'article L. 542-1 de ce code, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin, en l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, à la notification de cette décision, ou, lorsqu'un recours a été formé dans ce délai contre la décision de l'Office, à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci. Enfin, en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". L'article L. 521-3 du code de justice administrative dispose que : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la demande d'asile présentée par Mme A, ressortissante ivoirienne hébergée depuis le 5 décembre 2019 par le CADA géré à Besançon par l'AHS-FC, a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides en date du 6 août 2021. Ce rejet a été confirmé par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile en date du 15 décembre 2021, notifié le 5 janvier 2022. Après que l'intéressée a été informée de la fin de sa prise en charge par un courrier du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 4 février 2022, le préfet du Doubs l'a mise en demeure de quitter les lieux sous quinzaine par un courrier en date du 9 mai 2022. L'intéressée s'étant maintenue dans les lieux, le préfet du Doubs a, le 27 novembre 2023, saisi le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, en vue d'ordonner son expulsion. Mme A ne disposant plus d'aucun titre l'habilitant à occuper un hébergement pour demandeur d'asile, la mesure d'expulsion demandée par le préfet du Doubs ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

5. En deuxième lieu, il ressort de l'instruction que, sur les 1 099 places pour l'hébergement des demandeurs d'asile dont dispose le Doubs, le taux d'occupation des CADA était, au 31 août 2023, de 98,2 %, soit 20 places libres et qu'au même moment 40 demandeurs d'asile étaient en attente d'entrée dans un hébergement dédié. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des demandes d'hébergement encore en attente et de l'évolution prévisible des besoins d'accueil en vue du bon fonctionnement du service de l'hébergement des demandeurs d'asile dans le département, le préfet justifie de l'utilité et de l'urgence de procéder à l'expulsion de Mme A B qu'elle occupe, sans que celle-ci ne puisse faire utilement valoir que des logements pour demandeurs d'asile seraient disponibles.

6. En troisième lieu, Mme A fait valoir sa situation familiale, en particulier celle de son fils. Il ressort des pièces du dossier qu'elle est mère d'un fils né le 3 juillet 2020. Toutefois, la présence au foyer de ce jeune enfant si elle est de nature à justifier qu'un délai soit accordé à Mme A, avant de lui enjoindre de libérer le logement, n'est pas constitutive d'une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni ne présente le caractère de circonstance exceptionnelle caractérisant une vulnérabilité particulière -au demeurant non établie- de nature à justifier son maintien dans un hébergement pour demandeurs d'asile. En revanche, cette situation justifie d'accorder à l'intéressée un délai de huit jours pour quitter leur logement.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à Mme A, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, si ce n'est déjà fait, de libérer le logement qu'elle occupe au CADA situé 13 rue Gambetta à Besançon. En l'absence de départ volontaire de Mme A dans ce délai, le préfet du Doubs pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toutes instructions au gestionnaire B afin de libérer les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A à défaut pour celle-ci d'avoir emporté ses effets personnels.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse la somme demandée sur ce fondement. Les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. A d'évacuer dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, si ce n'est déjà fait, le logement qu'elle occupe au centre d'accueil de demandeurs d'asile situé 13 rue Gambetta à Besançon.

Article 3 : En l'absence de départ volontaire, le préfet du Doubs est autorisé à procéder d'office à l'expulsion de Mme A et à l'évacuation de ses biens aux frais et risques de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet du Doubs, à Mme E A et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée au Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Besançon.

Fait à Besançon, le 12 décembre 2023.

Le juge des référés,

C. Schmerber

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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