mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2302433 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DSC AVOCATS TA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 décembre 2023 et 29 février 2024, et un mémoire enregistré le 4 septembre 2024 non communiqué, la commune de Baume-les-Messieurs, représentée par Me Brocard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération n° DCC-2023-122 du 19 octobre 2023 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Espace Communautaire Lons Agglomération (ECLA) approuvant les montants des attributions de compensation définitives des communes membres ;
2°) d'annuler le titre de recette n° 996, émis et rendu exécutoire à son encontre le 25 octobre 2023 par la communauté d'agglomération Espace Communautaire Lons Agglomération (ECLA), pour le recouvrement de la somme de 38 462,94 euros ;
3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 38 462,94 euros ;
4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération ECLA la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il n'est pas justifié de l'envoi d'une note explicative de synthèse accompagnant la convocation aux conseillers communautaires ;
- il appartient à la communauté d'agglomération ECLA, qui s'est substituée à la commune de Baume-les-Messieurs au sein du syndicat pour l'étude et la réalisation d'un projet d'assainissement collectif (SERPAC) dans le cadre de la compétence " assainissement ", de prendre en charge la contribution au titre de l'emprunt bancaire contracté par le SERPAC pour le financement des travaux de l'assainissement collectif ;
- la communauté d'agglomération ECLA ne peut instituer une attribution de compensation à la charge de la commune correspondant au montant de l'emprunt bancaire contracté pour le financement de l'assainissement collectif qui est un service public industriel été commercial soumis au principe de l'équilibre budgétaire au sens de l'article L. 2224-2 du code général des collectivités territoriales ;
- le montant de la contribution est illégal car il est supérieur à la somme exigible au titre du remboursement de l'emprunt bancaire sur la période 2019-2040 ;
- le calcul de l'attribution de compensation, s'agissant de la compétence " eaux pluviales ", est erroné car basé sur un linéaire de réseaux inexact ;
- la délibération attaquée est entachée d'un détournement de procédure ;
- le titre de recette attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation au regard de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012, faute de préciser ses bases de liquidation de la créance ;
- il est illégal en raison de l'illégalité de la délibération du 19 octobre 2023.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, la communauté d'agglomération ECLA, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que la commune de Baume-les-Messieurs lui verse une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la commune de Baume-les-Messieurs ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Me Maurin substituant Me Brocard pour la commune de Baume-les-Messieurs et de Me Bouchoudjian substituant Me Suissa pour la communauté d'agglomération ECLA.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté préfectoral du 27 janvier 1994, les communes de Baume-les-Messieurs, Granges-sur-Baumes, et Nevy-sur-Seille ont créé un syndicat intercommunal, le SERPAC, afin de prendre en charge les travaux d'études et de réalisation d'un projet collectif d'assainissement. Le 14 juin 2004, la commune de Granges-sur-Baume a quitté le SERPAC. Les travaux d'assainissement ont été réalisés sur les deux communes restant dans le syndicat, et leur financement a nécessité la souscription d'un emprunt d'un montant de 855 000 euros par le SERPAC, contracté auprès de la banque de financement et de trésorerie (BFT). Dès le début du remboursement du prêt, il a été convenu une ventilation de la prise en charge des remboursements, à hauteur de 55 000 euros pour la commune de Nevy-sur-Seille et de 800 000 euros pour la commune de Baume-les-Messieurs. Dans ce cadre, les communes bénéficiaires des travaux versaient une participation annuelle calculée et validée chaque année par délibération conjointe du SERPAC et des communes membres du syndicat. Par la suite, par arrêté préfectoral du 10 décembre 2018, la commune de Baume-les-Messieurs a été autorisée à adhérer à la communauté d'agglomération ECLA à compter du 1er janvier 2019. Cette adhésion s'est accompagnée d'un transfert de la compétence " assainissement collectif " et du versement de la prise en charge due par la commune de Baume-les-Messieurs. En conséquence, après consultation de la Commission Locale d'Evaluation des Charges Transférées (CLECT), par une délibération n° DCC-2023-122 du 19 octobre 2023, la communauté d'agglomération ECLA a approuvé les montants des attributions de compensation définitives des communes membres. Par un titre de recette émis et rendu exécutoire le 25 octobre 2023, la communauté d'agglomération ECLA a mis à la charge de la commune de Baume-les-Messieurs la somme de 38 462,94 euros. Par la présente requête, la commune de Baume-les-Messieurs demande l'annulation de cette délibération ainsi que, d'une part, l'annulation de ce titre de recette, et, d'autre part, de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante.
Sur la légalité de la délibération n° DCC-2023-122 du 19 octobre 2023 :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus. () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 de ce même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ". Aux termes de l'article L. 2121-13 de ce même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".
3. Il résulte de l'article L. 2121-12 du code précité que la convocation aux réunions du conseil communautaire doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le président du conseil communautaire n'ait fait parvenir aux membres du conseil communautaire, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la délibération attaquée ne précise pas quels documents ou informations auraient été communiqués aux conseillers communautaires de la communauté d'agglomération ECLA en même temps que leur convocation. Si la communauté d'agglomération soutient en défense que les membres du conseil communautaire ont disposé des informations adéquates en temps utile, elle n'apporte aucun élément ou commencement de preuve à l'appui de cette affirmation, les pièces jointes aux convocations n'étant pas produites. Par suite, la commune requérante est fondée à soutenir que la délibération n° DCC-2023-122 du 19 octobre 2023 est entachée d'un vice ayant privé les membres de la communauté d'agglomération d'une garantie.
En ce qui concerne la légalité interne :
5. La commune de Baume-les-Messieurs fait valoir que le montant de l'attribution de compensation qui lui a été fixé, au titre de la compétence " eaux pluviales ", est erroné et qu'il devrait être réduit, dès lors qu'il a été calculé sur un linéaire de réseaux inexact. Cette affirmation se fonde sur une délibération du conseil municipal de la commune requérante du 15 octobre 2021 qui constate une erreur figurant dans le rapport de la CLECT du 9 juillet 2021 qui ne prend pas en compte dans le calcul de la compensation due au titre des eaux pluviales, le linéaire réel du réseau séparatif d'eaux pluviales serait ainsi de 2 876 ml, alors que les eaux pluviales sont rejetées directement dans le Dard pour le lieudit " Les Grottes " et dans la Seille pour le centre du village. La commune requérante s'appuie également sur une attestation du président du SERPAC et un courrier électronique d'un technicien du département du Jura. Or, ces documents établissent que les eaux pluviales ne sont en réalité collectées que via l'ancien réseau unitaire, ce qui représente une longueur de réseau inférieure à celle qui a été retenue par la délibération attaquée sur la base du rapport de la commission locale d'évaluation des charges transférées, lequel a tenu compte du réseau séparatif et du réseau unitaire.
6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de fait peut également être retenu, et que la délibération n° DCC-2023-122 du 19 octobre 2023 doit être annulée.
Sur la légalité du titre de recette n° 996 du 25 octobre 2023 :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête
En ce qui concerne la régularité du titre :
7. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de perception lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.
8. Il résulte de l'instruction que le titre de recette n° 996 émis par la communauté d'agglomération ECLA le 25 octobre 2023 mentionne les sommes dues au titre de l'attribution de compensation définitive pour le quatrième trimestre et le solde de l'année 2023. Toutefois, il ne se réfère expressément à aucune décision dont procèderait le calcul de cette somme, et n'est accompagné d'aucun document ou information permettant de comprendre les bases de liquidation de la créance contestée. Ainsi, la commune de Baume-les-Messieurs n'a pas été mise à même de connaître les éléments de calcul de la créance pour le recouvrement de laquelle le titre de recette contesté a été émis, et donc de pouvoir les discuter utilement. Dans ces conditions, la commune requérante est fondée à se prévaloir du moyen tiré du défaut d'indication des bases de liquidation de la créance.
En ce qui concerne le bien-fondé du titre :
9. A l'appui de ses conclusions dirigées contre le titre de recette n° 996 émis par la communauté d'agglomération ECLA le 25 octobre 2023, la commune de Baume-les-Messieurs se prévaut par voie d'exception de l'illégalité de la délibération n° DCC-2023-122 du 19 octobre 2023 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération ECLA qui lui donne son fondement en approuvant la détermination libre du montant de l'attribution de compensation.
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 du présent jugement que la commune de Baume-les-Messieurs est fondée à se prévaloir de l'illégalité de la délibération n° DCC-2023-122 du 19 octobre 2023 pour demander l'annulation du titre de recette n° 996 émis à son encontre par la communauté d'agglomération ECLA le 25 octobre 2023.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération n° DCC-2023-122 du 19 octobre 2023 ainsi que le titre de recette n° 996 émis le 25 octobre 2023 doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin de décharge :
12. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
13. En raison du motif retenu aux points 9 et 10 pour annuler le titre de recette en litige tenant au bien-fondé de la créance, il y a lieu de décharger la requérante de l'obligation de payer la somme de 38 462,94 euros correspondante.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Baume-les-Messieurs, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté d'agglomération ECLA demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté d'agglomération ECLA une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Baume-les-Messieurs et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération n° DCC-2023-122 du 19 octobre 2023 de la communauté d'agglomération Espace Communautaire Lons Agglomération est annulée.
Article 2 : Le titre de recette n° 996, émis et rendu exécutoire à l'encontre de la commune de Baum-les-Messieurs le 25 octobre 2023 par la communauté d'agglomération Espace Communautaire Lons Agglomération, pour le recouvrement de la somme de 38 462,94 euros, est annulé.
Article 3 : La commune de Baume-les-Messieurs est déchargée de l'obligation de payer la somme correspondante de 38 462,94 euros.
Article 4 : La communauté d'agglomération Espace Communautaire Lons Agglomération versera la somme de 500 euros à la commune de Baume-les-Messieurs sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Espace Communautaire Lons Agglomération sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la Commune de Baume-les-Messieurs et à la communauté d'agglomération Espace Communautaire Lons Agglomération.
Copie en sera transmise, pour information, au syndicat pour l'étude et la réalisation d'un projet d'assainissement collectif et au service de gestion comptable de Lons-le-Saunier.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente ;
- M. Debat, premier conseiller ;
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026