mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400068 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DULATIER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une décision n° 473741 du 11 janvier 2024, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par la société par actions simplifiée (SAS) Descassette, a annulé le jugement n° 2101938 du tribunal administratif de Besançon en date du 17 mars 2023 et lui a renvoyé l'affaire.
Par une requête et des mémoires enregistrés respectivement les 26 octobre 2021, 23 mars 2022, et 19 juillet 2024, la SAS Descassette, représentée par Me Ravaine, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les produits vendus sous la dénomination " charcuterie traiteur " et " fromagerie traditionnelle ", dont le vendeur assure lui-même la découpe, le conditionnement et pour certains le séchage, et qui font l'objet de comptes distincts, ne sauraient être considérés comme des marchandises vendues au détail en l'état entrant dans le champ d'application de la taxe sur les surfaces commerciales ;
- elle entend se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine fiscale publiée sous la référence BOI-TF-TSC n° 60, 65 et 70.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 février 2024 et 29 août 2024, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les produits vendus comme fromage à la coupe ou comme charcuterie à la découpe ne font l'objet que de transformations mineures consistant en de simples découpes à la demande du client ou reconditionnements qui n'altèrent pas durablement le produit et ne font pas obstacle à ce qu'ils soient regardés comme des produits vendus en l'état.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 ;
- le décret n° 95-85 du 26 janvier 1995 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Descassette, installée à Morteau, exploite, sous l'enseigne Intermarché, un hypermarché à prépondérance alimentaire et une station-service. En 2019, elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la taxe sur les surfaces commerciales des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, à l'issue de laquelle des cotisations supplémentaires lui ont été notifiées au titre de ces trois années. Par une réclamation du 10 janvier 2020, reçue par l'administration fiscale le 15 janvier 2020, la société a sollicité la décharge de ces cotisations supplémentaires. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 26 août 2021. Par une requête enregistrée le 26 octobre 2021, la SAS Descassette demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018.
Sur l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 instituant des mesures en faveur de certaines catégories de commerçants et artisans âgés, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Il est institué une taxe sur les surfaces commerciales assise sur la surface de vente des magasins de commerce de détail, dès lors qu'elle dépasse 400 mètres carrés des établissements ouverts à partir du 1er janvier 1960 quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite () ". Les dispositions de cet article prévoient en outre que le taux de la taxe varie en fonction du chiffre d'affaires au mètre carré. Aux termes du troisième alinéa de l'article 1er du décret du 26 janvier 1995 relatif à la taxe sur les surfaces commerciales, dans sa rédaction applicable aux années d'impositions en litige : " () Lorsqu'un établissement réalise à la fois des ventes au détail de marchandises en l'état et une autre activité, le chiffre d'affaires à prendre en considération au titre de la taxe sur les surfaces commerciales est celui des ventes au détail en l'état, dès lors que les deux activités font l'objet de comptes distincts () ". Il résulte de ces dispositions que le commerce de détail, au sens de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972, consiste à vendre des marchandises dans l'état où elles sont achetées, ou le cas échéant après transformations mineures ou manipulations usuelles telles que le reconditionnement, généralement à une clientèle de particuliers, quelles que soient les quantités vendues. Doivent être regardées comme de telles transformations mineures et manipulations usuelles la simple découpe à la demande du client et le conditionnement du fromage ou de la charcuterie.
3. La société soutient que doivent être exclues du chiffre d'affaires à prendre en considération au titre de la taxe sur les surfaces commerciales, les recettes générées par les activités " charcuterie-traiteur " et " fromagerie traditionnelle ", qui font l'objet de comptes distincts de ceux des ventes en libre-service. Toutefois, la seule intervention d'un membre du personnel pour assurer la découpe à la demande du client et le conditionnement du fromage ou de la charcuterie, sans procéder à aucune préparation de plats cuisinés, ne saurait être regardée comme une opération de transformation de produits. Par suite, la vente de fromages à la coupe ou de charcuterie à la découpe constitue une vente au détail de marchandises en l'état dont les recettes ont été à bon droit prises en compte par l'administration fiscale au titre de la taxe sur les surfaces commerciales.
Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :
4. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".
5. Le paragraphe 60 des commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publiques - Impôts sous la référence BOI-TFP-TSC, énonce que : " La TaSCom est applicable aux établissements qui ont pour activité le commerce de détail, quelle que soit la nature des produits vendus (vêtements, produits alimentaires, véhicules automobiles, etc.). / Le commerce de détail consiste à vendre des marchandises dans l'état où elles sont achetées (ou après transformations mineures ou manipulations usuelles tel que le reconditionnement) à des consommateurs finals, généralement des particuliers, quelles que soient les quantités vendues ". Le paragraphe 65 des mêmes commentaires énonce pour sa part que : " Les ventes de produits transformés ne sont pas considérées comme des ventes au détail de biens en l'état. C'est le cas notamment des ventes de produits dont le vendeur assure lui-même la découpe et/ou la cuisson ; cela concerne par exemple les produits de boucherie, charcuterie, boulangerie, traiteurs, etc. / Les ventes de produits qui ne font l'objet que d'une préparation et/ou d'un assemblage, telles que la confection de bouquets par exemple, sont des ventes au détail ". Enfin, le paragraphe 70 des mêmes commentaires énonce que : " Ne sont pas soumis à la TaSCom : / () - les locaux de l'établissement affectés à des ventes de produits transformés, y compris par découpe ou par cuisson dans la mesure où elles ne constituent pas des ventes de biens en l'état ".
6. Il résulte des énonciations de ces commentaires que les ventes de produits de charcuterie faisant l'objet de simples découpes par le vendeur ne sont pas considérées comme de la vente au détail en l'état pour l'appréciation du chiffre d'affaires à prendre en compte pour le calcul de la taxe sur les surfaces commerciales. Ainsi, elles comportent une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application aux points 2 et 3 du présent jugement. Par conséquent, la SAS Descassette est fondée à soutenir qu'il y a lieu d'exclure les recettes générées par les activités " charcuterie-traiteur " et " fromagerie traditionnelle " du chiffre d'affaires de la société pour le calcul de la taxe sur les surfaces commerciales.
7. Il résulte de tout ce que précède que les recettes liées aux activités de " charcuterie-traiteur " et " fromagerie traditionnelle " doivent être exclues de l'assiette de la taxe sur les surfaces commerciales à laquelle la SAS Descassette a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018, et que celle-ci est fondée à demander la réduction des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à la SAS Descassette au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les recettes générées par les activités " charcuterie-traiteur " et " fromagerie traditionnelle " sont exclues de l'assiette de la taxe sur les surfaces commerciales due au titre des années 2016, 2017 et 2018 par la SAS Descassette.
Article 2 : La SAS Descassette est déchargée, en droits et pénalités, de la différence entre les cotisations de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018 et celles résultant de l'application de l'article 1er.
Article 3 : L'Etat versera à la SAS Descassette une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Descassette et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- M. Debat, premier conseiller,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026