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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400428

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400428

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400428
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. B F et Mme A E, représentés par Me Dravigny, demandent au tribunal :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite du 21 janvier 2024 par laquelle l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) refuse de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de leur accorder le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile et de leur attribuer un logement dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance ;

3°) à défaut, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer leur situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'OFII une somme de 1 000 euros HT, à verser à leur conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors que la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil les place dans une situation précaire, sans ressources et sans logement, alors qu'ils sont parents de cinq enfants mineurs et que leur état de santé ainsi que celui de leur fille de sept ans nécessitent des soins ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée dès lors qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation, elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit quant à leur vulnérabilité ; elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 551-10 du même code dès lors qu'il n'est pas démontré qu'ils ont été informés dans une langue qu'ils sont susceptibles de comprendre des circonstances pour lesquelles le versement de l'allocation de demandeur d'asile peut être refusé ; elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 522-1 du même code dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E aurait fait l'objet d'une évaluation de vulnérabilité alors même que sa demande d'asile mentionne la présence de cinq enfants mineurs et qu'elle souffre de problèmes de santé ; la décision est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024 à 11 heures 06, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Par une décision du 4 mars 2024 M. F et Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2400427, enregistrée le 4 mars 2024, tendant à l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 26 mars 2024 à 11 heures en présence de Mme Chiappinelli, greffière, ont été entendus :

- le rapport de Mme Schmerber, juge des référés,

- les observations de Me Dravigny et de Mme C, élève avocate, représentant M. F et Mme E,

- et les observations de M. D, représentant l'OFII.

Le mémoire en défense de l'OFII étant parvenu au greffe au cours de l'audience, il a été communiqué mais également remis au conseil des requérants qui en a pris connaissance.

Au cours de l'audience, les parties ont repris et développé leurs écritures. Les débats ont porté sur la situation administrative des requérants, le représentant de l'OFII indiquant que la situation de vulnérabilité n'a pu être évaluée que pour M. F, en l'absence d'éléments concernant les autres membres de la famille, en dépit de demandes adressées en ce sens aux demandeurs.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F et sa conjointe Mme A E, ressortissants géorgiens nés respectivement en 1973 et 1976, sont entrés une première fois sur le territoire français le 25 octobre 2018, selon leurs déclarations. Le 8 novembre 2018, ils ont sollicité leur admission au séjour en qualité de réfugiés auprès des autorités françaises et ont fait l'objet, avec leurs enfants, d'une réadmission vers les Pays-Bas le 13 juin 2019, ce pays étant responsable de l'examen de leur demande d'asile. En dernier lieu, les intéressés ont présenté une nouvelle demande d'asile en France en se présentant au guichet unique le 25 octobre 2023. Cette demande a été enregistrée en procédure accélérée et, après examen et évaluation de leur situation personnelle et familiale, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, par une décision du 13 novembre 2023, qu'ils ont contestée le 16 novembre suivant. Les requérants demandent au juge des référés de suspendre la décision implicite de rejet d'octroi des conditions matérielles d'accueil née du silence de l'OFII.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée globalement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté par les requérants que, dans le cadre du réexamen de leur situation consécutive à leur recours du 16 novembre 2023, l'OFII leur a adressé les documents nécessaires à l'instruction, en particulier les certificats médicaux vierges à compléter et à retourner au service médical en vue de l'édiction d'un avis par le médecin coordonnateur de zone. Seul M. B F a retourné son dossier complété. Des débats qui ont eu lieu à l'audience, il apparaît que l'OFII qui ne dispose pas d'informations ni d'éléments relatifs à des problèmes de santé ou une vulnérabilité particulière de l'ensemble des membres de la famille, a indiqué qu'un réexamen pourrait avoir lieu si les dossiers venaient à lui être retournés. Dans ces conditions, M. F et Mme E ne justifient pas de l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité, la situation de précarité qu'ils invoquent étant consécutive à leur propre carence dans l'instruction de leur demande d'octroi des conditions matérielles d'accueil.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. F et de Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B F et Mme A E et à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Doubs.

Fait à Besançon, le 4 avril 2024.

Le juge des référés,

C. Schmerber

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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