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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400537

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400537

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400537
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantLUTZ LOUIS-MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2024, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Bourgogne Franche-Comté demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. C B du logement qu'il occupe à la résidence universitaire Colette à Besançon.

Il soutient que :

- à l'issue de l'année universitaire 2022-2023, M. B n'a pas fait de démarches pour le renouvellement de sa chambre ;

- il n'a pas donné suite aux courriers l'informant de sa qualité d'occupant sans droit ni titre et il n'a pas justifié de son inscription dans un établissement d'enseignement supérieur ;

- il est urgent et utile que l'intéressé quitte les lieux afin d'assurer le bon fonctionnement du service public du logement étudiant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, M. C B, représenté par Me Diaz, demande au juge des référés :

1°) de lui octroyer l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de rejeter la requête ;

3°) de mettre à la charge du CROUS de Bourgogne Franche-Comté une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la demande d'expulsion présentée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne satisfait pas la condition d'urgence dès lors, d'une part, que la demande d'expulsion est tardive, eu égard à sa situation d'occupant sans droit ni titre admise par le CROUS depuis le 1er septembre 2023 et, d'autre part, que le CROUS n'apporte aucune preuve de nature à établir la réalité de cette urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique tenue le 15 avril 2024 en présence de Mme Matusinski, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Schmerber, juge des référés ;

- les observations de M. A, pour le CROUS de Bourgogne Franche-Comté, qui reprend l'argumentation de la requête et ajoute que, à ce jour, M. B occupe toujours indûment la chambre et l'urgence est caractérisée du fait du lancement de la procédure de recensement des logements disponibles avant les attributions aux bacheliers qui commencent dès le mois de mai ;

- les observations de Me Diaz, pour M. B, qui reprend l'argumentation de son mémoire et ajoute que, M. B est inscrit dans l'enseignement supérieur pour l'année universitaire 2023/2024 ;

- et les observations de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu d'admettre M. C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir, en cas d'urgence et d'utilité, d'ordonner l'expulsion des occupants sans titre du domaine public.

4. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, à la date à laquelle il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à la décision du gestionnaire du domaine de retirer ou de refuser de renouveler le titre dont bénéficiait l'occupant et où, alors que cette décision exécutoire n'est pas devenue définitive, l'occupant en conteste devant lui la validité, le juge des référés doit rechercher si, compte tenu tant de la nature que du bien-fondé des moyens ainsi soulevés à l'encontre de cette décision, la demande d'expulsion doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse.

5. D'une part, aux termes de l'article 3 de la décision d'admission fixant les conditions et modalités d'occupation d'un logement en résidence universitaire : " l'occupation est consentie à compter du 01/09/2022 jusqu'au 31/08/2023 et pour la seule année universitaire en cours ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 1er du règlement intérieur des résidences universitaires : " Un bénéficiaire ne peut occuper un logement dans une résidence universitaire s'il n'a pas préalablement fait l'objet d'une décision expresse d'admission ou de réadmission du directeur général ou de la directrice générale du Crous ". Aux termes de l'article 2 du même règlement intérieur : " L'occupant qui ne dispose pas d'une décision expresse d'admission ou de réadmission ou qui perd son droit d'occupation en cours d'année devient sans droit ni titre. Son maintien illégal dans les lieux entraînera la mise en œuvre d'une procédure d'expulsion, sans préjudice du recouvrement des redevances d'occupation dont il pourrait être débiteur ".

7. Il résulte de l'instruction que M. B occupe un logement dans la résidence universitaire Colette à Besançon depuis le 1er septembre 2021. En raison de l'absence d'une demande de renouvellement malgré les relances effectuées par les services du CROUS et de l'épuisement de la durée de son droit d'occuper le logement, M. B n'a pas été réadmis pour l'année universitaire 2023/2024, qu'ainsi aux termes des dispositions précitées du point 6, il est occupant sans droit ni titre depuis le 1er septembre 2023. L'intéressé se maintient dans les lieux depuis cette date sans justifier d'aucun titre l'habilitant à occuper ledit logement, de sorte que la demande du CROUS ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Si M. B se prévaut de la carence du CROUS à entreprendre des démarches pour qu'il libère le logement, il ne saurait être opposé au gestionnaire sa bienveillance à l'égard des étudiants, dont il a été exposé à l'audience qu'ils bénéficient d'une période à la rentrée universitaire leur permettant de régulariser leur dossier, avant que le CROUS ne renonce à toute expulsion pendant la période hivernale, mais demande au printemps, avant la nouvelle campagne d'attribution des logements, de quitter les lieux à ceux qui ne sont pas en règle. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, l'urgence et l'utilité de la mesure sollicitée sont caractérisées par la nécessité d'assurer le bon fonctionnement du service public dont est chargé le CROUS de Bourgogne Franche-Comté qui se trouve empêché de disposer du logement en cause pour satisfaire la demande d'autres étudiants. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à M. B et à tous occupants de son chef d'évacuer sans délai le logement mis à sa disposition au sein de la résidence universitaire Colette à Besançon.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à M. B la somme qu'il demande sur ce fondement. Les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. B et à tous occupants de son chef de libérer sans délai le logement étudiant qu'il occupe au sein de la résidence universitaire Colette à Besançon.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par M. B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Bourgogne Franche-Comté, à M. C B et à Me Diaz.

Fait à Besançon, le 17 avril 2024.

La juge des référés,

C. Schmerber

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

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