mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400692 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DSC AVOCATS TA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 avril 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Jubelo, représentée par Me Tissot, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le maire de la commune de Pontarlier a délivré un permis de construire un restaurant " Quick " et de la décision de rejet de son recours gracieux en date du 21 mars 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Pontarlier une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Jubelo soutient que :
- elle présente un intérêt à agir ;
- aucun motif d'intérêt général n'est de nature à renverser la présomption d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;
- la décision attaquée présente un doute sérieux quant à sa légalité dès lors que :
- elle a été signée par une personne qui n'était pas habilitée ;
- le contenu du dossier de demande de permis de construire est insuffisant en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors que les photos ou documents d'insertion ne font que très partiellement apparaître les constructions voisines du projet ;
- le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas d'attestation de respect des performances énergétiques conformément aux dispositions du j de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnait l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'il n'est pas démontré que 30% de la façade ouest est habillée de parois vitrées ;
- le projet méconnait les dispositions de l'article UE 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune dès lors que le nombre de places de parking prévu est inférieur aux besoins de stationnement ;
- le projet méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et UE 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune dès lors que la comparaison des plans du dossier de permis montre des incohérences sur l'importance des voiries internes au projet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, la commune de Pontarlier, représentée par Me Suissa conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Pontarlier soutient que la société requérante n'a pas intérêt à agir et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, la société Quick Gestion, représentée par Me Nguyen, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Quick Gestion soutient que la société requérante n'a pas intérêt à agir et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 avril 2024 sous le numéro 2400693 par laquelle la SAS Jubelo demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné M. Pernot en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 avril 2024 en présence de Mme Chiappinelli, greffière, M. Pernot a lu son rapport et entendu les observations de:
- Me Tissot, représentant la SAS Jubelo ;
- Me Suissa, représentant la commune de Pontarlier ;
- Me Nguyen, représentant la société Quick Gestion.
A l'audience, Me Tissot, représentant la SAS Jubelo a indiqué abandonner les moyens relatifs à la compétence du signataire de la décision contestée, à la méconnaissance des articles R. 431-10 et R. 431-16 du code de l'urbanisme et relatifs à la méconnaissance des articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et UE 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Il a en outre développé une nouvelle branche du moyen relatif à la méconnaissance des dispositions de l'article UE 11 en faisant valoir que les façades du projet étaient principalement composées de bardage métallique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Jubelo est titulaire d'un contrat de location gérance passé avec la société Mc Donald's France SA pour l'exploitation d'un restaurant à l'enseigne Mc Donald's sur la parcelle (ANO)BI 203(ANO) à Pontarlier. Le 5 décembre 2023, le maire de la commune a délivré à la société Quick Gestion un permis de construire un restaurant sur la parcelle voisine (ANO)BI 206(ANO). Le recours gracieux présenté par la SAS Jubelo contre ce permis a été rejeté le 21 mars 2024. La SAS Jubelo demande la suspension des effets de ces deux décisions.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme: " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. En outre, en dehors du cas où les caractéristiques particulières de la construction envisagée sont de nature à affecter par elles-mêmes les conditions d'exploitation d'un établissement commercial, ce dernier ne justifie pas d'un intérêt à contester devant le juge de l'excès de pouvoir un permis de construire délivré à une entreprise concurrente, même située à proximité.
5. En premier lieu, il résulte de l'article 1er du contrat de location gérance dont est titulaire la SAS Jubelo que ce contrat lui confère notamment " la jouissance du droit à l'occupation des locaux du restaurant ". Dès lors, s'il résulte également du même article que la SAS Jubelo ne peut " invoquer la qualité de locataire, cessionnaire d'un droit au bail ou de sous-locataire ", les droits que lui confère le contrat précité lui ouvrent la possibilité de démontrer que la délivrance d'un permis de construire à un tiers affecte directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance dudit restaurant.
6. En second lieu, il est constant que les parcelles (ANO)BI 203 et BI 206(ANO) sont contigües et situées dans un espace commercial où l'accès aux parkings respectifs des deux enseignes est libre et peut se faire par les mêmes voies de circulation ouvertes au public. Compte tenu de nombre maximal de personnes admissibles dans le futur bâtiment, soit 199 personnes, et du nombre de places de stationnement prévu par le projet (23), il est possible et même probable qu'en période de pointe, certains clients du futur restaurant Quick garent leur véhicule sur la parcelle (ANO)BI 203(ANO) occasionnant pour la société requérante une perte de clientèle faute de places encore disponibles sur son propre parking, lequel n'en comporte que 40. Il résulte de ce qui précède que la SAS Jubelo apporte des éléments suffisamment précis et étayés pour justifier d'une atteinte de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Par suite, les fins de non-recevoir tirées du défaut d'intérêt à agir de la société requérante doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin de suspension :
7. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
8. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () ". Eu égard au caractère difficilement réversible de la construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsque les travaux vont commencer ou ont déjà commencé sans être pour autant achevés. Il peut, toutefois, en aller autrement au cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifient de circonstances particulières, qui peuvent tenir à l'intérêt s'attachant à ce que la construction projetée soit édifiée sans délai ou au caractère aisément réversible des travaux autorisés par la décision litigieuse. Il appartient alors au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
9. En l'espèce, il n'est pas allégué de circonstances particulières de nature à renverser la présomption d'urgence. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
10. Aux termes de l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Pontarlier : " Le projet peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / TRAITEMENT DES FACADES : " Les façades devront faire l'objet d'une recherche plastique : percements, décrochements (). Les matériaux devront être de bonne facture : la surface des bardages métalliques devra être réduite au profit d'autres matériaux tels que le verre, le béton, le bois (). La teinte blanche est interdite en façade. Le long de la rocade Georges Pompidou, les façades borgnes sont interdites. Il devra être prévu des vitrines ou parties vitrées (verrières, murs rideaux, fenêtres) sur une surface représentant au moins 30% de la façade donnant sur la rocade () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige prévoit une surface de bardage métallique qui ne peut être qualifiée de " réduite " et que sa façade ouest qui se situe bien le long de la rocade Georges Pompidou, contrairement à ce que soutient la société Quick Gestion, ne comporte pas de vitrines ou parties vitrées à hauteur de 30% de sa surface. Ainsi, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Pontarlier, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
12. Dès lors que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, la SAS Jubelo est fondée à demander la suspension de l'arrêté du maire de la commune de Pontarlier du 5 décembre 2023 accordant un permis de construire à la société Quick Gestion, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. La SAS Jubelo, qui n'est pas la partie perdante, ne peut être condamnée à verser une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Pontarlier le versement d'une somme de 1 000 euros à la SAS Jubelo au titre de ces mêmes dispositions.
O R D O N N E
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Pontarlier du 5 décembre 2023 accordant un permis de construire à la société Quick Gestion et l'exécution de la décision rejetant le recours gracieux de la SAS Jubelo le 21 mars 2024 sont suspendues.
Article 2 : La commune de Pontarlier versera la somme de 1 000 euros à la SAS Jubelo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Jubelo, à la commune de Pontarlier et à la société Quick Gestion.
Fait à Besançon, le 30 avril 2024.
Le juge des référés,
A. Pernot
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2400692
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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