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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400903

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400903

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400903
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantDSC AVOCATS TA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024 sous le n° 2400903, le préfet du Jura demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à M. A B de libérer sans délai le logement qu'il occupe dans le cadre du dispositif (CADA/ATSA/HUDA/PRADUHA), au besoin de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique, aux frais, risques et périls de l'intéressé.

Il soutient que :

- la demande d'asile présentée par M. A B, ressortissant afghan entré sur le territoire le 4 mai 2022, a été définitivement rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides le 7 septembre 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile le

20 janvier 2024, cette dernière ayant jugé irrecevable la demande de réexamen de l'intéressé par décision du 3 avril 2024, contre laquelle un recours a été déposé le 24 avril 2024 ;

- ainsi que le prévoyait son contrat d'engagement temporaire, M. B disposait d'un mois soit jusqu'au 30 novembre 2023 pour quitter son lieu d'hébergement, ce qu'il n'a pas fait en dépit de la mise en demeure qui lui a été régulièrement notifiée le 13 février 2024 ;

- dans ces conditions, il peut être demandé au juge des référés de prononcer l'expulsion de M. B du logement qu'il occupe indûment dans le cadre du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, chez CADA ASMH, géré par l'association Saint-Michel le Haut à Salins-les-Bains ;

- l'urgence et l'utilité sont constituées par la circonstance que le maintien de

M. B dans les lieux compromet le fonctionnement du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, dès lors que malgré une politique visant à une meilleure gestion des flux dans les structures dédiées, des demandeurs d'asile se maintiennent indûment au-delà de la fin de prise en charge alors que la France fait face à une arrivée constante de demandeurs d'asile ;

- le département du Jura dispose de 525 places pour l'hébergement de demandeurs d'asile destinés aux arrivées dans la région mais également d'autres régions ; au 31 mars 2024, le taux d'occupation du dispositif national d'accueil (DNA) dans le Doubs est de 96,8%, le principe de gestion du dispositif se matérialisant par des arrivées hebdomadaires de 15 personnes de Paris à Besançon, complétées par les flux locaux, des orientations ponctuelles d'autres régions et par la création de sas régionaux depuis le mois d'avril dernier visant à recevoir 50 primo-arrivants toutes les trois semaines ; depuis le 1er janvier 2024 se sont ainsi 129 nouvelles entrées en structure d'hébergement qui ont dû être réalisées dans le Jura et au 31 mars 2024, 58 demandeurs d'asile sont en attente d'entrée dans un hébergement dédié en Franche-Comté ;

- ainsi, M. B, en se maintenant indûment dans le logement qu'il occupe, compromet le bon fonctionnement du dispositif d'hébergement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, M. A B, représenté par Me Bouchoudjian, demande au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de rejeter la requête présentée par le préfet du Jura ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros HT à verser à leur conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- si le préfet du Jura fait valoir qu'il serait arrivé en France le 4 mai 2022 pour y solliciter l'asile et que sa demande aurait été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, il n'est cependant fait état d'aucune obligation de quitter le territoire français, ni même d'aucune mesure d'assignation à résidence ou encore d'une perspective raisonnable d'éloignement du territoire ;

- l'urgence n'est pas démontrée alors en particulier qu'en l'absence de mesure d'éloignement, la mesure sollicitée porterait une atteinte disproportionnée à son droit à un logement et qu'il se trouverait livré à lui-même sans alternative, en milieu rural ;

- la demande du préfet du Jura est fondée sur des faits matériellement inexacts, se référant à un logement situé à Salins-les-Bains alors qu'il est hébergé à Poligny.

La procédure a été communiquée à l'office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 juin 2024 à 09h30 en présence de Mme Matusinski, greffière, ont été entendus :

- le rapport de Mme Schmerber, présidente ;

- les observations de Me Bouchoudjian, substitué par Me Lutz, représentant

M. B, présent, qui fait valoir d'une part, que la mesure sollicitée ferait obstacle à l'exécution de l'arrêté du 12 février 2024, par lequel le préfet a notamment obligé M. B à quitter le territoire français, sans toutefois l'assigner à résidence et il a rappelé, d'autre part, que l'urgence n'était pas démontrée, la saturation du dispositif d'hébergement n'étant établie par aucune des pièces du dossier.

- le préfet du Jura n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé () L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Le chapitre II du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile détermine l'ensemble des dispositions applicables à l'hébergement des demandeurs d'asile pris en charge par l'Etat. L'article L. 551-11 du même code, dans sa version applicable à compter du 1er mai 2021 dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". En vertu des dispositions de l'article L. 542-1 de ce code, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin, en l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, à la notification de cette décision, ou, lorsqu'un recours a été formé dans ce délai contre la décision de l'Office, à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci. Enfin, en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". L'article L. 521-3 du code de justice administrative dispose que : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. En premier lieu, d'une part, le préfet du Jura joint à sa requête son arrêté du

12 février 2024, par lequel il a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas de non-respect de ce délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. La légalité de cet arrêté a été confirmée par jugement rendu par le magistrat désigné du tribunal administratif de Besançon sous le n° 2400388 le 26 mars 2024, devenu définitif en l'absence de contestation. Il résulte des termes de ce jugement que M. B, ressortissant afghan, né le

3 février 1997, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 4 mai 2022, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) rendue le 7 septembre 2023, devenue définitive. D'autre part, si le préfet du Jura mentionne dans sa requête au logement " géré par le dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile chez CADA ASMH géré par l'association Saint-Michel le Haut 39110 Salins-les-Bains ", l'adresse du logement lui-même n'étant pas précisée, les pièces jointes à la requête justifient de l'occupation par M. A B d'un logement sur le site de Poligny géré par l'association ASMH dont le siège social est sis à Salins-les-Bains. Dans ces conditions, la mesure sollicitée par le préfet du Jura n'est pas fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. Il résulte de ce qui précède que la mesure sollicitée par le préfet du Jura ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. En deuxième lieu, l'argumentation de M. B selon laquelle, en l'absence d'assignation à résidence, la mesure sollicitée dans la présente instance par le préfet du Jura ferait obstacle à l'exécution de la décision d'éloignement du territoire prononcée à l'encontre de l'intéressé par arrêté préfectoral du 12 février 2024, est inopérante.

7. En troisième lieu, le préfet du Jura fait valoir que le département du Jura dispose de 525 places pour l'hébergement de demandeurs d'asile destinés aux arrivées dans la région mais également d'autres régions. Il ajoute qu'au 31 mars 2024, le taux d'occupation du dispositif national d'accueil (DNA) dans le Doubs est de 96,8%, le principe de gestion du dispositif se matérialisant par des arrivées hebdomadaires de 15 personnes de Paris à Besançon, complétées par les flux locaux, des orientations ponctuelles d'autres régions et par la création de sas régionaux depuis le mois d'avril dernier visant à recevoir 50 primo-arrivants toutes les trois semaines. Le préfet du Jura précise que, depuis le 1er janvier 2024, se sont ainsi 129 nouvelles entrées en structure d'hébergement qui ont dû être réalisées dans le Jura et au 31 mars 2024,

58 demandeurs d'asile sont en attente d'entrée dans un hébergement dédié en Franche-Comté. Toutefois, ces données relatives à la situation du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, au demeurant très générales par référence à la situation régionale et au dispositif national, ne sont étayées par aucune pièce justificatives versées au dossier.

8. Il résulte de ce qui précède, alors que les conditions rappelées au point 3 sont cumulatives, que le préfet du Jura ne justifie pas que la libération des lieux occupés par

M. B présente un caractère d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Dès lors, la requête doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE:

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête n° 2400903 présentée par le préfet du Jura est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet du Jura, à M. A B et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Besançon, le 6 juin 2024.

Le juge des référés,

C. Schmerber

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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