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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400961

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400961

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400961
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantDSC AVOCATS TA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 29 mai et 14 juin 2024, la société par actions simplifiée (SAS) TDF, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté de la maire de la commune de Liesle, pris le 8 janvier 2024, par lequel elle s'est opposée à la déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 025 336 23 N0013, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux de la société, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la maire de la commune de Liesle de prendre un arrêté provisoire de non opposition à la déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 025 336 23 N0013 pour l'installation d'une station de radiotéléphonie sur un terrain sis lieudit " A Touillon Martin " à Liesle dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Liesle une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS TDF soutient que :

- l'urgence est établie par l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire par les réseaux 3G, 4G et désormais 5G ;

- la décision attaquée présente un doute sérieux quant à sa légalité dès lors que :

- elle n'est pas motivée en droit ;

- le projet est compatible avec l'exercice de l'activité agricole ;

- en retenant que le projet portait atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou de ses abords, la maire de la commune a édicté une décision dans un domaine où elle n'était pas compétente et a entaché sa décision d'une erreur de fait, le projet ne se situant pas dans les abords d'un monument historique ;

- dans le cas où la décision contestée était également fondée sur l'existence d'un risque de retrait / gonflement des argiles et d'effondrement-affaissement du terrain, ce motif est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- la substitution de motifs proposée en défense ne saurait être accueillie dès lors que si le dossier de déclaration préalable n'était pas complet, il appartenait à la commune d'inviter la société à le compléter, en outre l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune n'est pas applicable au projet qui n'est pas situé sur un terrain enclavé, enfin une servitude de passage a bien été consentie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, la commune de Liesle, représentée par Me Suissa conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

La commune de Liesle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés et demande une substitution du motif tiré des risques par un motif tiré de ce que la demande d'autorisation ne comportait aucun justificatif d'une servitude de passage pour accéder au terrain d'assiette du projet conformément aux dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 29 mai 2024 sous le numéro 2400960 par laquelle la SAS TDF demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. Pernot en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 juin 2024 en présence de Mme Chiappinelli, greffière, M. Pernot a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Semino, représentant la société TDF;

- et Me Lutz, représentant la commune de Liesle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Fin 2023, la SAS TDF a déposé une déclaration préalable ayant pour objet la construction d'un pylône d'antenne-relais de téléphonie mobile. Le 8 janvier 2024, la maire de la commune de Liesle a pris un arrêté d'opposition à cette déclaration. Le recours gracieux de la SAS TDF contre cet arrêté a été rejeté implicitement le 5 avril 2024. La SAS TDF demande la suspension de l'exécution de ces décisions.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. En l'espèce, la société TDF indique être contractuellement engagée envers la société Free Mobile, opérateur de téléphonie mobile, en vue de l'implantation d'une station relais pour couvrir un territoire, notamment de la commune de Liesle, en réseaux 3G et 4G et y déployer la technologie 5G. La société Free Mobile, pour le compte de laquelle l'installation litigieuse doit être réalisée, a envers l'ARCEP des obligations de couverture de population. Il ressort des pièces du dossier, notamment des éléments cartographiques produits par la société requérante, que le projet viendra couvrir un territoire et une population à ce jour non couverts par les réseaux 3G et 4G de l'opérateur, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté par la commune. En tant que cocontractante de la société Free Mobile, en sa qualité propre de pétitionnaire de la décision d'urbanisme en cause et eu égard à la finalité de l'installation projetée, la société TDF peut ainsi se prévaloir de l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile. Dans ces conditions, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la décision contestée, que celle-ci repose sur deux motifs, et non trois, tirés de ce que le projet " n'est pas compatible avec l'exercice de l'activité agricole " et serait " de nature à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou à ses abords ".

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme : " I.-Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : 1° Autoriser les constructions et installations nécessaires à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages () ". Aux termes de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Liesle : " Sont admises sous conditions : () Les constructions et ouvrages liés aux équipements nécessaires au fonctionnement du service public ".

7. Si le terrain sur lequel le projet est envisagé est répertorié au sein de l'atlas des espaces agricoles départemental comme ayant un fort potentiel agronomique, il ne peut être valablement soutenu que le projet, qui n'occupera que 0,18 % de la surface du terrain précité, serait incompatible avec l'exercice de l'activité agricole sur celle-ci. Par suite, le premier motif de la décision contestée présente un doute sérieux quant à sa légalité.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 621-32 du code du patrimoine : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable./L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords./Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1 ". Selon l'article L. 632-1 du même code : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. () L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable ". Aux termes du I de l'article L. 632-2 du même code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées () ". Enfin, aux termes de l'article L. 632-2-1 du même code : " Par exception au I de l'article L. 632-2, l'autorisation prévue à l'article L. 632 1 est soumise à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France lorsqu'elle porte sur : / 1° Des antennes relais de radiotéléphonie mobile ou de diffusion du très haut débit par voie hertzienne et leurs systèmes d'accroche ainsi que leurs locaux et installations techniques () ".

9. En l'espèce, la SAS TDF soutient que le projet ne se trouve pas dans les abords de la " Maison dite Château d'Augicourt ", édifice inscrit au titre des monuments historiques, situé sur la commune. Il n'est pas contesté que le projet ne se trouve pas dans le périmètre de protection de cet édifice et la commune de Liesle ne produit aucun élément qui démontrerait que le projet impacterait les abords de ce monument. Dans ces conditions, le motif tiré de ce que le projet en litige " est de nature à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou à ses abords " présente un doute sérieux quant à sa légalité.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article A3 " Accès et voirie " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Tout terrain enclavé est inconstructible à moins que son propriétaire ne produise une servitude de passage suffisante, instituée par acte authentique ou par voie judiciaire, en application de l'article 682 du code civil () ".

11. L'administration peut faire valoir devant le juge des référés que la décision dont il lui est demandé de suspendre l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge des référés, après avoir mis à même l'auteur de la demande, dans des conditions adaptées à l'urgence qui caractérise la procédure de référé, de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher s'il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative et à condition que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge des référés peut procéder à cette substitution pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension qui lui est demandée.

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet sera localisé au bord d'un chemin. Si la commune soutient que ce chemin est une voie privée appartenant à l'association foncière de Liesle et que la SAS TDF n'aurait pas justifié au stade de sa demande d'autorisation d'une servitude de passage sur ce chemin, ce motif présente un doute sérieux quant à sa légalité dès lors que le terrain supportant le projet ne saurait être regardé comme un terrain enclavé compte tenu de la présence de ce chemin. La demande de substitution de motifs présentée ne peut donc qu'être écartée.

13. En l'état du dossier soumis au juge des référés, aucun des autres moyens soulevés n'est de nature à entraîner la suspension.

14. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 janvier 2024 et de la décision ayant rejeté implicitement le recours gracieux de la société requérante le 5 avril 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. La présente décision implique seulement qu'il soit enjoint au maire de la commune de Liesle de prendre, sous 1 mois à compter de la notification de la présente ordonnance, une nouvelle décision sur la déclaration préalable déposée par la SAS TDF sous le numéro DP 025 336 23 N0013.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèces de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 8 janvier 2024 et de la décision ayant rejeté implicitement le recours gracieux de la société requérante le 5 avril 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur ces décisions.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Liesle de prendre, sous 1 mois à compter de la notification de la présente ordonnance, une nouvelle décision sur la déclaration préalable déposée par la SAS TDF sous le numéro DP 025 336 23 N0013.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS TDF et à la commune de Liesle.

Fait à Besançon, le 14 juin 2024.

Le juge des référés,

A. Pernot

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2400961

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