lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2401766 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024 sous le n°2401762, M. et Mme D, représentés par Me Guyon, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 septembre 2024, par laquelle la commission de l'académie de Besançon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé au profit de l'enfant Jahid D ;
2°) d'enjoindre au rectorat de délivrer l'autorisation d'instruction en famille pour l'enfant Jahid au titre de l'année scolaire 2024/2025 sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 480 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les consorts D soutiennent que :
- ils ont sollicité par requête distincte l'annulation de la décision dont ils demandent la suspension ;
- leur demande est recevable car ils ont exercé le recours administratif préalable obligatoire et agissent dans le délai de recours contentieux ;
- l'urgence est caractérisée par la rentrée scolaire imminente, la nécessité de disposer d'un temps suffisant pour s'organiser, l'intérêt supérieur de l'enfant et le sérieux du projet éducatif familial ;
- s'agissant de l'existence d'un doute sérieux, ils se prévalent de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, d'un vice de procédure tiré de la composition de la commission, auteure du rejet du RAPO, d'un défaut de motivation de la décision attaquée, d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article L. 131-5 du code de l'éducation (méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant) car le programme pédagogique mis en place est efficace, conforme aux objectifs d'acquisition de compétences et répond aux besoins particuliers de l'enfant, et plus généralement d'une erreur manifeste d'appréciation car l'administration a une conception trop restrictive de l'instruction en famille, les parents D remplissent les conditions pour bénéficier de l'IEF, le dossier est complet et détaillé et la situation propre à l'enfant est caractérisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Besançon conclut au rejet de la requête prise dans l'ensemble de ses moyens et conclusions.
II - Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024 sous le n°2401764, M. et Mme D, représentés par Me Guyon, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 septembre 2024, par laquelle la commission de l'académie de Besançon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé au profit de l'enfant Younès D ;
2°) d'enjoindre au rectorat de délivrer l'autorisation d'instruction en famille pour l'enfant Younès au titre de l'année scolaire 2024/2025 sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 480 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les consorts D soutiennent que :
- ils ont sollicité par requête distincte l'annulation de la décision dont ils demandent la suspension ;
- leur demande est recevable car ils ont exercé le recours administratif préalable obligatoire et agissent dans le délai de recours contentieux ;
- l'urgence est caractérisée par la rentrée scolaire imminente, la nécessité de disposer d'un temps suffisant pour s'organiser, l'intérêt supérieur de l'enfant et le sérieux du projet éducatif familial ;
- s'agissant de l'existence d'un doute sérieux, ils se prévalent de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, d'un vice de procédure tiré de la composition de la commission, auteure du rejet du RAPO, d'un défaut de motivation de la décision attaquée, d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article L. 131-5 du code de l'éducation (méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant) car le programme pédagogique mis en place est efficace, conforme aux objectifs d'acquisition de compétences et répond aux besoins particuliers de l'enfant, et plus généralement d'une erreur manifeste d'appréciation car l'administration a une conception trop restrictive de l'instruction en famille, les parents D remplissent les conditions pour bénéficier de l'IEF, le dossier est complet et détaillé et la situation propre à l'enfant est caractérisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Besançon conclut au rejet de la requête prise dans l'ensemble de ses moyens et conclusions.
III - Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024 sous le n°2401766, M. et Mme D, représentés par Me Guyon, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 septembre 2024, par laquelle la commission de l'académie de Besançon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé au profit de l'enfant Nélia D ;
2°) d'enjoindre au rectorat de délivrer l'autorisation d'instruction en famille pour l'enfant Nélia au titre de l'année scolaire 2024/2025 sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 480 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les consorts D soutiennent que :
- ils ont sollicité par requête distincte l'annulation de la décision dont ils demandent la suspension ;
- leur demande est recevable car ils ont exercé le recours administratif préalable obligatoire et agissent dans le délai de recours contentieux ;
- l'urgence est caractérisée par la rentrée scolaire imminente, la nécessité de disposer d'un temps suffisant pour s'organiser, l'intérêt supérieur de l'enfant et le sérieux du projet éducatif familial ;
- s'agissant de l'existence d'un doute sérieux, ils se prévalent de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, d'un vice de procédure tiré de la composition de la commission, auteure du rejet du RAPO, d'un défaut de motivation de la décision attaquée, d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article L. 131-5 du code de l'éducation (méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant) car le programme pédagogique mis en place est efficace, conforme aux objectifs d'acquisition de compétences et répond aux besoins particuliers de l'enfant, et plus généralement d'une erreur manifeste d'appréciation car l'administration a une conception trop restrictive de l'instruction en famille, les parents D remplissent les conditions pour bénéficier de l'IEF, le dossier est complet et détaillé et la situation propre à l'enfant est caractérisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Besançon conclut au rejet de la requête prise dans l'ensemble de ses moyens et conclusions.
Vu les autres pièces des dossiers et, notamment, les requêtes n° 2401761, 2401763 et 2401765 enregistrées le 16 septembre 2024 par lesquelles les consorts D demandent l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Michel, présidente de chambre, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, le lundi 7 octobre 2024 à 14h30, en présence de Mme Chiappinelli, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Michel, juge des référés ;
- les observations de Me Bajti, substituant Me Guyon, pour les consorts D, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que les requêtes ;
- et les observations de M. C, pour la rectrice de l'académie de Besançon, qui a maintenu ses écritures en défense.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 22 mai 2024, M. et Mme D ont déposé une demande en vue d'une autorisation d'instruction dans la famille au titre de la rentrée scolaire 2024-2025 pour leurs trois enfants : Jahid, né le 25 juillet 2015, Younès, né le 4 avril 2014 et Nélia, née le 26 mars 2020, auprès du directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN) du Doubs sur le fondement de l'existence d'une situation propre aux enfants, motif prévu au 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. Par des décisions du 2 septembre 2024, la commission de recours académique prévue à l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation a rejeté leurs recours administratifs préalables obligatoires. Par les présentes requêtes, M. et Mme D demandent au juge des référés la suspension de ces trois décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°2401762, 2401764 et 2401766 ont été présentées par les parents d'une même fratrie et ont fait l'objet d'une instruction commune car se rapportant à une même situation et étant fondées sur des moyens identiques. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.
Sur la demande de suspension :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'apprécier l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de la décision attaquée sur la situation concrète de l'intéressé.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 131-2 de ce code : " L'instruction obligatoire () peut () par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5 ". Aux termes de cet article L. 131-5 : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille () L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant () / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () ".
6. Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.
7. L'article L. 131-5 du code de l'éducation, tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021, en prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif " implique que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant, motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.
8. Au cas d'espèce, il résulte de l'instruction et des échanges à l'audience, que des demandes d'autorisations d'instruction en famille ont été présentées pour des motifs tirés de l'existence d'une situation propre à chacun des enfants du couple D en invoquant d'une part, la timidité de Jahid, le temps dont Younès a besoin pour assimiler certaines notions, le profil d'apprentissage ludique de Nélia qui a en outre un besoin de sécurité et de concentration, et d'autre part, la nécessité pour la famille de se rendre fréquemment à Toulon pour des motifs d'entraide familiale, ou des voyages à l'étranger qui permettent aux enfants de découvrir une autre culture.
9. En premier lieu, s'agissant de la condition d'urgence, les consorts D font valoir que celle-ci est caractérisée par la rentrée scolaire imminente, la nécessité de disposer d'un temps suffisant pour s'organiser, l'intérêt supérieur de leurs enfants et le sérieux du projet éducatif familial. Toutefois, ni lors de l'enregistrement de leurs recours plusieurs jours après la rentrée scolaire ni à la date de la présente décision, ils n'ont établi l'existence d'une atteinte grave et immédiate aux intérêts de chacun de leurs trois enfants, justifiant que dans l'attente d'un jugement des requêtes au fond, l'exécution des décisions attaquées soit suspendue. Dès lors, cette première condition ne peut être regardée comme satisfaite en l'état de l'instruction.
10. En second lieu, s'agissant des moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées, les éléments apportés lors de l'instruction des requêtes ou lors de l'audience ont été insuffisants pour justifier l'existence d'une situation propre à chacun des enfants motivant le projet éducatif familial dans chacun des cas. Par ailleurs, en l'état de l'instruction, les autres moyens soulevés par les requérants et analysés dans les visas de la présente ordonnance, ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.
11. Il résulte de tout ce qui précède, qu'aucune des deux conditions cumulatives posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est en l'espèce remplie. Par suite, les conclusions à fin de suspension de l'exécution des décisions attaquées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : Les trois requêtes des consorts D enregistrées sous les n°2401762, 2401764 et 2401766 sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et Mme A D et à la ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera transmise, pour information, à la rectrice de l'académie de Besançon.
Fait à Besançon, le 7 octobre 2024.
Le juge des référés,
F. Michel
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2401762, 2401764 et 2401766
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026