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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401910

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401910

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401910
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. A visant à suspendre l'arrêté préfectoral du 9 août 2024 ordonnant son expulsion du territoire français. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie en raison du placement en rétention du requérant, mais a considéré qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Il a notamment retenu que l'expulsion était légalement fondée sur l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la gravité des faits de violence et de la menace pour l'ordre public, et qu'elle ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 8 et 22 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Pialat, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet du Territoire de Belfort a prononcé son expulsion du territoire français, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil contre renoncement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- il y a urgence à statuer dès lors qu'il peut être expulsé à tout moment du fait de son placement en centre de rétention et que la décision contestée porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision attaquée présente un doute sérieux quant à sa légalité dès lors que :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que la commission d'expulsion a rendu un avis défavorable que n'a pas suivi le préfet ;

- elle méconnait l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Territoire de Belfort soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 7 octobre 2024 sous le numéro 2401913 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. Pernot en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 22 octobre 2024 en présence de Mme Chiappinelli, greffière, M. Pernot a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1984, de nationalité turque, est arrivé en France en 2007 à l'âge de 23 ans à la suite de son mariage avec Mme C, ressortissante française. Il a ensuite résidé régulièrement sur le territoire national et est devenu père de trois enfants nés en France en 2016 et 2018 et de nationalité française. A la suite de violences conjugales, il est séparé de corps de son épouse et celle-ci a demandé le divorce. Dans ce cadre, l'intéressé fait l'objet depuis le 7 mars 2024 d'une ordonnance de protection lui interdisant d'entrer en contact avec Mme C ou de voir ses enfants en dehors du droit de visite médiatisée qui lui a été accordé. Cette même ordonnance attribue la garde exclusive des enfants du couple à Mme C. Il a enfin été placé en garde à vue pour des faits de violences conjugales et de menaces de mort sur sa compagne le 28 octobre 2023, les 13 et 17 février 2024, et pour des faits de viol et de violences sur conjoint le 15 février 2024 et le 30 septembre 2024. Pour ces faits, le requérant fait l'objet d'une convocation devant le tribunal correctionnel de Belfort le 12 décembre 2024. Par ailleurs, M. A a été interdit d'exercer toute activité de gestion d'une entreprise par le tribunal de commerce d'Evry pendant huit ans le 16 avril 2018. S'il a par la suite travaillé comme vendeur-livreur, il a été licencié pour faute lourde en avril 2024 après avoir agressé des clients et des collègues, endommagé des marchandises et volé de l'argent à la société qui l'employait. Il a également fait l'objet d'une condamnation pénale avec un quantum total de peine de 60 mois, pour des faits de violence aggravée pour avoir tiré avec préméditation à deux reprises avec une arme de poing sur sa victime à la suite d'un différend commercial en 2013. Ces derniers faits sont en outre aggravés par sa fuite au moment de leur commission, mais également après que la cour d'appel de Versailles ait rendu sa décision le 17 décembre 2019, ce qui a nécessité deux mandats d'arrêt pour que M. A purge sa peine. Celle-ci prendra d'ailleurs fin en novembre 2024. Au vu de l'ensemble de ces faits, et après avis défavorable de la commission d'expulsion réunie le 13 juin 2024 dont le requérant a eu connaissance le 13 septembre 2024, le préfet du Territoire de Belfort a pris à son encontre, le 9 août 2024, un arrêté d'expulsion sur le fondement des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision lui a été notifiée lors de sa garde à vue du 30 septembre 2024. Par la présente requête, M. A sollicite sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de son exécution.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision n°2024/0453 du 15 octobre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. A l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a plus lieu, par suite, de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

4. En l'état de l'instruction et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté pris le 9 août 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. L'Etat, qui n'est pas la partie perdante, ne peut être condamné à verser une quelconque somme sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Territoire de Belfort.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur.

Fait à Besançon, le 22 octobre 2024.

Le juge des référés,

A. Pernot

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2401910

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