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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401983

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401983

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401983
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 2 septembre 2024 refusant l'autorisation d'instruction en famille pour l'enfant C. Les requérants, M. et Mme B, n'ont pas démontré l'existence d'une situation propre à l'enfant justifiant un projet éducatif particulier, condition requise par l'article L. 131-5 du code de l'éducation. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie et qu'aucun moyen sérieux n'était de nature à créer un doute sur la légalité de la décision administrative. La requête a donc été rejetée sans audience, conformément à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2024, M. D B et Mme A E demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 septembre 2024 portant rejet de leur recours préalable contre la décision du directeur académique des services de l'éducation nationale du Doubs en date du 1er juillet 2024 refusant l'autorisation d'instruction en famille pour leur fils C, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité ;

2°) de constater la caducité de la mise en demeure de scolarisation de leur fils ;

3°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Besançon d'autoriser l'instruction en famille de leur enfant.

Ils soutiennent que :

- ils pratiquent l'école à la maison depuis septembre 2018 pour leurs trois enfants ; ils ont reçu le 2 octobre 2024 une mise en demeure de scolarisation de leur fils qu'ils n'ont pas exécutée ;

- s'agissant de l'urgence : la décision ayant été rendue le jour de la rentrée scolaire, les conditions optimales d'intégration ne sont pas remplies ; rescolariser C l'isolerait du reste de la famille et viendrait perturber le rythme familial, l'éducation en famille de la fratrie étant organisée autour d'une dynamique de groupe ; l'exécution de la décision aurait des conséquences graves et immédiates sur les intérêts et l'équilibre psychique de la famille, en particulier ceux de C, et elle rend impossible pour la famille de bénéficier du droit constitutionnellement garanti à faire l'école à la maison, droit intrinsèquement lié à la volonté des familles, l'urgence réside également dans le fait qu'ils encourent des sanctions pénales ;

- s'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision : ainsi qu'ils l'indiquent dans leur recours au fond auquel ils se réfèrent, ils n'ont pas à démontrer l'existence d'une situation propre à l'enfant et cette rescolarisation représente à elle-seule une situation propose à C ;

- ils n'ont effectivement pas de justificatifs concernant l'état de santé de leur fils mais n'ont connaissance d'aucun texte de loi leur imposant d'en justifier ;

- ils ont indiqué les motivations de l'enfant et des parents pour ce choix d'enseignement, il n'existe pas de taille minimale de projet pédagogique alors que le leur comporte tous les piliers du socle commun ;

- la position de l'administration est contradictoire dès lors que l'instruction en famille a été autorisée pour Valentin, le frère de C ;

- aucun argument de l'administration ne vient prouver l'absence d'une situation propre à l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête enregistrée le 16 octobre 2024 sous le numéro 2401997 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, parents de l'enfant C, né le 4 janvier 2012, ont présenté une demande d'autorisation d'instruction dans la famille, au motif de l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant un projet éducatif particulier. Cette demande a été rejetée le 1er juillet 2024 par le directeur académique des services de l'éducation nationale du Doubs. M. et Mme B ont formé le 23 juillet suivant un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Leur recours a été rejeté le 2 septembre 2024 par la commission prévue à l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation. M. et Mme B demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 2 septembre 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa version applicable à la décision en litige : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille (). L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour une durée qui ne peut excéder l'année scolaire. (). La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret () ". L'article D. 131-11-10 du même code précise que : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie ".

4. D'une part, à l'appui de leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision du 2 septembre 2024 de la commission prévue à l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation, M. et Mme B soutiennent que la décision contestée est dépourvue d'une motivation suffisante et elle est contradictoire, que l'administration a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, aucun de ces moyens n'est manifestement propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

5. D'autre part, pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, les requérants font valoir que la proximité de cette décision et de la rentrée scolaire et que, refusant d'exécuter la mise en demeure qui leur a été adressée, ils s'exposent à encourir le prononcé des peines prévues à l'article 227-17-1 du code pénal. Toutefois, outre que la mise en œuvre de poursuites pénales sur ce fondement est conditionnée à l'absence d'excuse valable ainsi qu'à l'existence d'une mise en demeure préalable de l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, elle-même susceptible de recours, les requérants ne justifient pas d'une situation particulière de C permettant de retenir que sa scolarité au sein d'un établissement scolaire public ou privé de leur choix serait de nature à nuire à la continuité de ses apprentissages et serait contraire à son intérêt supérieur. La perturbation invoquée du rythme familial et de l'organisation de la vie familiale n'est pas davantage de nature à justifier de l'existence d'une situation d'urgence. Par ailleurs, l'instruction en famille ne constitue pas une composante du principe fondamental reconnu par les lois de la République de la liberté de l'enseignement, ainsi que l'a énoncé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021, à laquelle la décision en litige n'a pas pour objet ni pour effet de porter atteinte ou de priver l'enfant des requérants de son droit à l'instruction.

6. Par suite, il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter leurs conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision contestée et, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2401983 de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et Mme A E.

Une copie de cette ordonnance sera transmise, pour information, à la rectrice de l'académie de Besançon et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Fait à Besançon, le 23 octobre 2024.

Le juge des référés,

C. Schmerber

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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