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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2501171

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2501171

jeudi 4 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2501171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. et Mme D... demandant l'annulation du refus d'autorisation d'instruction en famille pour leur fils. La décision de la commission académique a été jugée suffisamment motivée et exempte de défaut d'examen sérieux. Le tribunal a estimé que l'administration avait correctement apprécié l'intérêt supérieur de l'enfant au regard des dispositions des articles L. 131-5 et R. 131-11-2 du code de l'éducation, sans que l'absence de convocation préalable ne constitue une irrégularité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2025, M. A... D... et Mme H... E... épouse D... demandent au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 28 mai 2025 par laquelle la commission académique de Besançon a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du directeur académique des services de l’éducation nationale du Doubs du 8 avril 2025 portant refus d’autorisation d’instruction dans la famille de leur fils C... au titre de l’année scolaire 2025/2026 ;

2°) d’enjoindre à la rectrice de l’académie de Besançon de leur délivrer une autorisation d’instruction en famille pour leur fils C....

Ils soutiennent que :
- la décision contestée est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux de la situation de leur enfant ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l’intérêt de leur enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2025, la rectrice de l’académie de Besançon conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Grossrieder,
- les conclusions B... G...,
- et les observations B... F... pour le rectorat.


Considérant ce qui suit :

M. et Mme D... ont demandé, au titre de l’année scolaire 2025/2026, une dérogation permettant l’instruction en famille de leur fils C..., âgé de quatorze ans, en raison de son état de santé. Par une décision du 8 avril 2025, le directeur académique des services de l’éducation nationale du Doubs a rejeté leur demande puis, par une décision du 28 mai 2025, la commission de l’académie de Besançon a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire exercé le 3 mai 2025. M. et Mme D... demandent au tribunal d’annuler cette seconde décision.

En premier lieu, la décision attaquée comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment en relatant la situation médicale de l’enfant B... et Mme D... au regard de leur demande d’instruction en famille. Cette décision mentionne également les mesures susceptibles d’être mises en œuvre pour accompagner la scolarisation de cet enfant. Par suite, le moyen tiré d’une insuffisance de motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 131-5 du code de l’éducation : « (…) L’autorité de l’Etat compétente en matière d’éducation peut convoquer l’enfant, ses responsables et, le cas échéant, les personnes chargées d’instruire l’enfant à un entretien afin d’apprécier la situation de l’enfant et de sa famille et de vérifier leur capacité à assurer l’instruction en famille (…) ».

La circonstance que la commission de l’académie de Besançon n’ait pas usé de son pouvoir de convoquer l’enfant et ses responsables légaux, ainsi que le prévoient, sans l’y obliger, les dispositions de l’article L. 131-5 du code de l’éducation, n’est pas de nature à établir un défaut d’examen réel et sérieux de la situation de l’enfant. En tout état de cause et compte-tenu de ce qui a été dit au point 2, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que cette commission aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation du fils B... et Mme D... et n’aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant de statuer sur leur recours administratif préalable. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen réel et sérieux de la situation de l’enfant doit être écarté.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 131-5 du code de l’éducation : « Les personnes responsables d’un enfant soumis à l’obligation scolaire définie à l’article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d’enseignement public ou privé ou bien, à condition d’y avoir été autorisées par l’autorité de l’Etat compétente en matière d’éducation, lui donner l’instruction en famille. (...) L’autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d’autres raisons que l’intérêt supérieur de l’enfant : 1° L’état de santé de l’enfant ou son handicap ; (...) ». Aux termes de l’article R. 131-11-2 du même code : « Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'état de santé de l'enfant, elle comprend un certificat médical de moins d'un an sous pli fermé attestant de la pathologie de l'enfant. (…) ».

Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l’obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d’enseignement public ou privé, il appartient à l’autorité administrative, lorsqu’elle est saisie d’une demande tendant à ce que l’instruction d’un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d’une part, dans un établissement d’enseignement, d’autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l’issue de cet examen, de retenir la forme d’instruction la plus conforme à son intérêt.

A l’appui de leur demande d’instruction en famille pour l’année scolaire 2025/2026, les requérants ont produit un certificat médical en date du 12 mars 2025 d’un médecin généraliste indiquant que l’état de santé de leur fils était incompatible avec une scolarité conventionnelle dès lors que ce dernier présente une phobie scolaire et un état de stress post-traumatique en lien avec une agression dont il aurait été victime le 10 septembre 2024, commise par d’autres élèves aux abords du collège dans lequel il était scolarisé à cette période. Toutefois, le certificat médical produit à l’appui de la demande d’instruction en famille n’est pas circonstancié pour établir que C... n’est pas en capacité d’être scolarisé et il n’est pas établi que C... bénéficie d’un suivi médical en lien avec sa pathologie. En somme, aucun élément médical n’est produit attestant que l’enfant serait suivi dans le cadre d’une pathologie qui justifierait que ses parents puissent bénéficier d’une acceptation de leur demande d’instruction en famille au titre de l’année 2025-2026. Enfin, si les requérants font valoir que l’enseignement à distance suivi par leur fils est plus bénéfique qu’une scolarité en établissement scolaire dès lors qu’il travaille à son rythme et qu’il obtient de très bons résultats scolaires, ils n’apportent aucun élément à l’appui de leurs allégations, pas plus qu’ils ne justifient se trouver dans la situation prévue par les dispositions de l’article R 131-11 7 du code de l’éducation. En tout état de cause, la circonstance que C... ait bénéficié de l’instruction en famille au cours de l’année scolaire 2024-2025 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que les autorisations d’instruction en famille sont délivrées annuellement, sans droit acquis au renouvellement. Dans ces conditions, en refusant la demande d’instruction en famille la commission de l’académie de Besançon a fait une exacte application des dispositions de l’article L. 131-5 du code de l’éducation, citées au point 5 . Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que M. et Mme D... ne sont pas fondés à demander l’annulation de la décision du 28 mai 2025 par laquelle la commission de l’académie de Besançon a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire. Leurs conclusions à fin d’annulation doivent par suite être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d’injonction.

D E C I D E :


Article 1er : La requête B... et Mme D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... D... et Mme H... E... épouse D... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera transmise, pour information, à la rectrice de l’académie de Besançon.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,
- M. Seytel, premier conseiller,
- Mme Daix, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2025.


La présidente rapporteure,




S. Grossrieder
L’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,



J. SeytelLa greffière,




C. Quelos


La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière

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