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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-1801968

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-1801968

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-1801968
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP PHILIPPE GRILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Mme B a demandé au tribunal administratif de Nîmes de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et des affections iatrogènes (ONIAM) et le centre hospitalier (CH) d'Alès Cévennes à réparer les conséquences dommageables d'une intervention réalisée le 28 novembre 2016 dans cet établissement hospitalier.

Par un jugement n° 1801968 du 16 octobre 2020, le tribunal a ordonné une expertise en vue d'établir la date de consolidation de l'état de santé de Mme B et d'évaluer ses préjudices.

L'expert désigné par le tribunal a remis son rapport le 29 août 2020.

Par un mémoire enregistré le 20 septembre 2022, la société Adréa devenue Aésio Mutuelle doit être regardée comme demandant le remboursement des frais pris en charge pour son adhérente Mme B.

Elle soutient que sa créance définitive s'établit au montant total de 12 262,48 euros à raison de frais d'hospitalisation, médicaux, paramédicaux, pharmaceutiques et médecine douce.

Par des mémoires enregistrés le 12 octobre, le 10 novembre, 8 décembre et 22 décembre 2022, et le 3 avril 2023, ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 5 juillet 2023, Mme B, représentée par Me Mazas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'ONIAM et le CH d'Alès Cévennes à lui verser, respectivement dans la proportion de 75 et de 25 %, d'une part, la somme en capital de de 3'629 152,99 euros, à lui verser avec intérêts et anatocisme, et, d'autre part, une rente mensuelle de 21 285,98 euros ou 14 146,12 euros, selon l'adaptation de son logement ;

2°) de mettre à la charge du CH d'Alès Cévennes et de l'ONIAM une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) subsidiairement, dans le cas où il serait ordonné une nouvelle expertise, de lui allouer une provision d'un montant de 800 000 euros.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures que :

- ses préjudices à réparer en capital, à lui verser avec intérêts et anatocisme, s'établissent à une somme totale de 3'629 152,99 euros détaillés comme suit :

déficit fonctionnel temporaire : 42'255 euros ;

souffrances endurées : 60'000 euros ;

préjudice esthétique temporaire : 20'000 euros ;

préjudice esthétique permanent : 40'000 euros ;

déficit fonctionnel permanent : 247'500 euros ;

préjudice d'agrément : 40'000 euros ;

préjudice sexuel : 40'000 euros ;

préjudice d'établissement : 40'000 euros ;

dépenses de santé actuelles : 16'221,61 euros ;

frais divers : 13'569 euros ;

aide humaine temporaire : 929 624,34 euros ;

aide à la parentalité avant consolidation : 138'100 euros ;

dépenses de santé futures : 659 408,46 euros ;

frais de véhicule adapte : 685'024,58 euros ;

assistance par tierce personne échue : 506 350 euros ;

aide à la parentalité après consolidation : 71'100 euros ;

incidence professionnelle : 80'000 euros ;

- son préjudice pour frais non échus d'assistance par tierce personne doit être réparé par l'attribution d'une rente mensuelle, à indexer sur le SMIC, de 21 285,98 euros avant adaptation de son logement et 14 146,12 euros après adaptation de son logement.

Par des mémoires en défense, enregistré les 14 novembre et 22 décembre 2022, et le 14 février 2023, le centre hospitalier d'Alès Cévennes et la société SHAM, représentés par Me Grillon, concluent :

1°) à titre principal, à ce qu'il soit ordonné un complément d'expertise aux fins de déterminer la part les préjudices strictement imputables à l'accident médical en cause ;

2°) subsidiairement, à ce que l'évaluation de ces préjudices soit ramenée à de plus justes proportions et à ce que cette réparation ne lui soit imputée que dans la proportion de 25 % ;

3°) au rejet de la demande présentée par la CPAM de l'Hérault.

Ils soutiennent que :

- l'expert et le sapiteur n'ont pas pris en compte l'état antérieur de Mme B, caractérisé par un accident de la voie publique survenu en 2004 et plusieurs pathologies ;

- la demande a été surévaluée ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 2 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, pôle inter-caisses, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Alès Cévennes et son assureur à lui verser la somme de 1 300 617,13 euros, en remboursement de ses débours, et la somme de 1 114 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient que les frais qu'elle a exposés sont imputable à un retard de diagnostic du centre hospitalier et qu'elle est fondée à en demander le remboursement.

Par des mémoires enregistrés les 7 et 22 décembre 2022, et le 1er février 2023, ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré les 3 et 10 juillet 2023, l'ONIAM conclut :

1°) à titre principal, à ce qu'il soit ordonné un complément d'expertise aux fins de déterminer la part les préjudices strictement imputables à l'accident médical en cause ;

2°) subsidiairement, à ce que l'évaluation de ces préjudices soit ramenée à de plus justes proportions et à ce que cette réparation ne lui soit imputée que dans la proportion de 75 % ;

3°) au rejet de la demande de provision.

Il soutient que :

- l'expert et le sapiteur n'ont pas pris en compte l'état antérieur de Mme B ;

- la demande a été surévaluée ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- les observations de Me Gangloff, représentant Mme B,

- les observations de Me Grillon, représentant le CH d'Alès Cévennes et la société SHAM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a demandé au tribunal administratif de Nîmes de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et des affections iatrogènes (ONIAM) et le centre hospitalier (CH) d'Alès Cévennes à réparer les conséquences dommageables d'une intervention réalisée le 28 novembre 2016 dans cet établissement hospitalier. Par le jugement précédemment mentionné du 16 octobre 2020, le tribunal a constaté que les conditions de l'intervention de l'ONIAM, au titre de la solidarité nationale, étaient réunies. Compte tenu de la faute commise par le centre hospitalier, il a retenu que la réparation des conséquences dommageables subies par Mme B incombait à l'ONIAM à la hauteur de 75 % et du CH d'Alès Cévennes à hauteur de 25 %. Par ailleurs, le tribunal a condamné l'ONIAM et le CH d'Alès Cévennes à payer à Mme B les sommes provisionnelles, respectivement, de 112 500 et 37 500 euros à valoir sur la réparation définitive de ses préjudices. Enfin, il a ordonné une expertise afin d'être mis en mesure de déterminer, notamment, la date de l'éventuelle consolidation et l'étendue de ces préjudices. Le rapport de l'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 29 août 2022.

Sur la consolidation et les préjudices :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise, que l'état de santé de Mme B était consolidé à la date non contestée du 13 novembre 2021.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé de Mme B :

Quant aux dépenses actuelles :

3. Au titre des dépenses de santé actuelles l'expert a retenu la nécessité, en lien avec le fait dommageable, de dépenses d'alèses, de protections pour l'incontinence, de gants jetables pour l'évacuation des selles et sondages, ainsi que de liniment oléo-calcaire. Il a retenu en outre la nécessité d'un fauteuil roulant manuel, d'un coussin, de matériels lève-malade et de transfert, d'un lit médicalisé, et d'une chaise de douche et d'un vélo de rééducation. Mme B demande le remboursement de dépenses de santé actuelles d'un montant de 16'221,61 euros. Toutefois, les dépenses alléguées, en sus de celles retenues par l'expert, et correspondant à des produits de parapharmacie, crèmes, huile essentielles, consultations de psychologue et séances d'ostéopathie, ne peuvent être regardées, au vu des seules pièces produites, comme en lien avec l'accident médical et ne peuvent, par suite, être retenues. Par ailleurs, si l'établissement hospitalier et l'ONIAM reprochent à l'expert et à son sapiteur de ne pas avoir tenu compte de l'état antérieur de la patiente, et s'il est vrai que Mme B a subi en 2004 un accident de la voie publique puis connu, notamment, des rachialgies et une sciatalgie compliquée d'une une fibrose post-opératoire, pour autant, en se bornant à se prévaloir de cet état antérieur, l'établissement et l'office n'articulent aucune critique précise, de nature à remettre en cause l'imputabilité des dépenses de santé retenues par l'expert. Dans l'ensemble de ces conditions, les dépenses de santé actuelles supportées par Mme B, appuyées par des justificatifs d'achat, peuvent être retenues pour le montant total resté à sa charge de 10 885,11 euros.

Quant aux dépenses futures :

4. L'expert a retenu la nécessité de fournitures consommables, telles qu'alèses, protections contre l'incontinence, gants jetables, liniments et bas de contention. Il a également retenu la nécessité de matériels, à renouveler périodiquement, consistant en deux fauteuils électriques, d'intérieur et d'extérieur, un fauteuil manuel de secours, un lit médicalisé avec potence avec deux matelas à air et viscoélastique, deux tables de lit sur vérins, une chaise de douche, un lève-personne et des sangles, ainsi que des aides techniques pour la vie quotidienne comme une pince de préhension à long manche. Pour les raisons déjà exposées au point 3, la nécessité de ces fournitures et équipements, en lien direct et certain avec le fait dommageable, n'est pas efficacement contredite par le centre hospitalier et par l'ONIAM lorsqu'ils se bornent à se prévaloir de l'état antérieur de Mme B. Par ailleurs, le centre hospitalier et l'ONIAM ne contestent pas plus efficacement les montants proposés en faisant valoir qu'il n'y est pas déduit la part prise en charge par l'assurance maladie, alors qu'au contraire, dans le dernier état des écritures de la requérante, l'évaluation proposée tient compte de cette prise en charge. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la périodicité de 7 ans de renouvellement du fauteuil manuel de secours, comme proposé par l'expert, présenterait un caractère excessif alors même que ce fauteuil a vocation à n'être utilisé qu'exceptionnellement.

5. Néanmoins, au titre des fournitures et consommables, si la requérante propose de retenir un montant mensuel à sa charge de 347,39 euros, le devis sur lequel elle se fonde comprend des dépenses de gel antibactérien, compléments alimentaires et huiles essentielles, aiguilles et seringues ainsi que de crèmes, d'un montant total de 133,50 euros, qui n'ont pas été retenues par l'expert et ne peuvent être regardées, en l'absence de toute autre justification, comme imputables au fait dommageable. Il y a donc lieu de retenir ces dépenses de fournitures dans la limite d'un montant mensuel de 213,89 euros.

6. Dans ces conditions, et d'une part, au titre de la durée de 25 mois qui a séparé la date de consolidation de celle du présent jugement, ces dépenses de fournitures et consommables doivent être retenues pour le montant total de 5 347,25 euros. D'autre part, à compter du présent jugement, ces mêmes dépenses de fournitures et consommables doivent être retenues pour le montant annuel de 2 566,68 euros.

7. Par ailleurs, au titre des équipements et aides techniques, les dépenses futures de la requérante peuvent être retenues, eu égard à ce qui a été exposé au point 4, pour les montants et périodicités de renouvellement proposés, qui sont conformes aux propositions de l'expert. Dès lors, il y a lieu de retenir à ce titre les montants annuels de 3 065,20 euros pour le fauteuil électrique d'intérieur, 2 204,70 euros pour le fauteuil électrique d'extérieur, 1 132,70 euros pour les coussins d'assise, 604 euros pour le fauteuil manuel de secours, 265,20 euros pour le lit médicalisé, matelas inclus, 79,98 euros pour les tables de lit, 503,36 euros pour la chaise de douche, 413,99 euros pour le lève-personne, 76,95 euros pour ses sangles, et 27,21 euros pour les petites aides techniques, soit au total 8 373,34 euros par an.

8. Enfin, au titre des participations forfaitaires et la franchise médicales, il n'est pas contesté en défense qu'en raison de son état de santé Mme B devra subir de multiples actes médicaux ou non médicaux et réaliser de nombreux achats de médicaments, laissant à sa charge cette participation et cette franchise, prévues par les articles L. 160-13 et suivants du code de la sécurité sociale. Il n'est pas davantage contesté qu'eu égard à leur nombre, ces actes et achats porteront la participation forfaitaire et la franchise médicale supportées par Mme B à leur plafond annuel, actuellement fixé à 50 euros chacune. Dès lors, il y a lieu d'en retenir le remboursement dans la limite du montant annuel de 100 euros.

9. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 3 à 8 qui précèdent que Mme B a droit au titre de ses dépenses de santé, d'une part, au titre de la période échue jusqu'à la date du présent jugement, à une somme totale de 16 232,36 euros. Elle a droit d'autre part, au titre de la période à courir à compter du présent jugement, au remboursement de ses dépenses de santé futures d'un montant total annuel de 11 040,02 euros, qu'il y aura lieu en l'espèce de lui verser sous la forme d'une rente payable par fractions mensuelles de 920 euros, à terme échu, à revaloriser chaque année par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

S'agissant des débours de la caisse primaire d'assurance maladie :

Quant aux dépenses de santé actuelles :

10. La caisse primaire d'assurance maladie présente une demande de remboursement de ses débours pour dépenses de santé actuelles correspondant à des frais d'hospitalisation pour 125'761,93 euros, médicaux pour 28'288,02 euros, pharmaceutiques pour 52'648,17 euros, d'appareillage pour 27'983,04 euros, et de transport pour 31 499,04 euros. Alors que ces dépenses correspondent à la période située entre l'accident médical et la date de consolidation, et qu'elles sont appuyées par une attestation de débours du médecin conseil, le centre hospitalier ne les conteste pas efficacement en faisant valoir que les hospitalisations du 27 septembre 2019 et du 4 au 31 octobre 2019 ont été motivées par des escarres, celles du 5 au 12 novembre 2019 et du 23 novembre au 4 décembre 2019 par une fracture compliquée d'une infection, et celle du 6 au 12 novembre 2021 par des nausées. Il en résulte que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault a droit, au titre des dépenses de santé actuelles, à la somme demandée de 266 180,20 euros.

Quant à la majoration pour tierce personne :

11. L'assurance maladie demande le remboursement des arrérages échus de la majoration pour tierce personne qu'elle a exposés, depuis la date du 27 juillet 2017 à laquelle Mme B a été placée en invalidité de catégorie 3, et le versement du capital représentatif des arrérages à échoir de cette prestation.

12. D'une part, alors qu'il est constant que Mme B bénéficie de cette prestation, il y a lieu d'accorder à la caisse au titre des arrérages échus, le montant demandé de 70 075,66 euros.

13. D'autre part, au-delà de cette date, il y a lieu d'accorder à la caisse le remboursement des arrérages à échoir, annuellement sur présentation de justificatifs, au montant demandé de 14 310,70 euros.

Quant aux dépenses de santé futures

14. Les dépenses de santé futures non échues au titre du suivi médical, des soins infirmiers, de la kinésithérapie, de la pharmacie, et des actes techniques et de biologie, ainsi que de frais de petits matériels d'appareillage et de fauteuil roulant, sont suffisamment établis par l'attestation d'imputabilité du médecin conseil. Il y a donc lieu d'accorder à la caisse le remboursement du montant total demandé annuel, qui est de 23'570,71 euros, à rembourser chaque année sur présentation de justificatifs.

S'agissant de la demande de la mutuelle Aésio :

15. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur () ". La mutuelle Aésio fait valoir une créance d'un montant total de 12 262,48 euros correspondant à des frais d'hospitalisation, médicaux et paramédicaux pharmaceutiques et de soins. Ce frais, qui correspondent à la période du 28 novembre 2016 au 13 novembre 2021 située entre le fait dommageable et la consolidation, doivent être retenus et la mutuelle Aésio est fondée à en demander le remboursement par le centre hospitalier et par l'ONIAM, à proportion de la répartition rappelée au point 1, soit, respectivement, 3 065,62 et 9 196,86 euros.

S'agissant frais d'assistance par tierce personne et d'" aide à la parentalité " :

Quant aux frais échus :

16. L'expert a estimé que l'état de santé de Mme B a nécessité jusqu'au 1er avril 2019 une assistance à la hauteur de 15 heures d'aide humaine non spécialisée, et de trois heures supplémentaires d'aide spécialisée à raison de deux heures d'infirmière à domicile et une heure de kinésithérapeute. A compter du 1er avril 2019, il a retenu quotidiennement 21 heures d'aide non spécialisée, et pour l'aide spécialisée deux infirmières deux heures par jour ainsi qu'un kinésithérapeute une heure par jour.

17. D'une part, il ne résulte d'aucun des éléments de l'instruction que la prise en charge de l'aide temporaire spécialisée, infirmière et de kinésithérapique, serait restée en tout ou partie à la charge de Mme B. Aucun préjudice ne peut donc être retenu à ce titre.

18. D'autre part, ni la circonstance que le sapiteur fait état d'un besoin d'aide temporaire non spécialisée " indubitablement permanent ", ni les énonciations de l'expert ne suffisent à considérer que l'état de santé de celle-ci aurait nécessité une aide humaine à la hauteur proposée de 21 puis de 15 heures par jour. En revanche, le niveau de l'aide humaine dont Mme B bénéficie actuellement, à raison de 152 heures par mois soit 5 heures par jour, est insuffisant pour satisfaire complètement ses besoins d'assistance, notamment, pour les actes d'hygiène corporelle, les déplacements du lit au fauteuil, et pour la réalisation des tâches quotidiennes liée à la présence d'une jeune enfant au foyer. Dans l'ensemble de ces circonstances, le besoin d'assistance par tierce personne de Mme B, au titre de la période qui a couru de la date de l'accident médical à celle du présent jugement, sera justement apprécié à la hauteur de 6 heures par jour, soit 182,5 heures par mois, ainsi d'ailleurs que l'ONIAM l'admet, et comme l'a fait avant lui la CCI. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les frais échus ont été intégralement pris en compte, dans la limite déjà mentionnée de 152 heures par mois, par la prestation de compensation du handicap puis par l'allocation de la majoration pour tierce personne. Il y a donc lieu de tenir retenir, pour le calcul du préjudice subi par Mme B, 30,5 heures par mois. Or entre l'accident médical et la date du présent jugement il s'est écoulé une durée 75,5 mois, après déduction de la durée totale de 8,5 mois durant laquelle Mme B a été hospitalisée et ainsi totalement prise en charge. Dès lors, à raison de 15 euros de l'heure, pour une aide non spécialisée, et de 412 jours par an, pour tenir compte des jours fériés et des congés payés, le préjudice des dépenses échues d'assistance pour tierce personne, subi par Mme B jusqu'à la date du présent jugement, s'établit à 38'989,03 euros.

Quant aux frais non échus :

19. Pour la période postérieure au présent jugement, et sur les mêmes fondements que ceux qui ont été exposés au point précédent, le préjudice correspondant aux frais non échus d'assistance à tierce personne doit être évalué, à raison de 6 heures par jour, 15 euros de l'heure et 412 jours, au montant de 37 080 euros par an qu'il y aura lieu de verser sous la forme d'une rente à verser par fractions mensuelles de 3 090 euros à chaque terme échu, sous déduction, le cas échéant, de la prestation de compensation du handicap ou de la majoration pour tierce personne si le montant de cette allocation, ajoutée à l'indemnisation due par l'établissement de santé, excède le montant total des frais d'assistance par tierce personne. Cette rente sera revalorisée en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Quant à l'" aide à la parentalité " :

20. Il n'est pas justifié d'un préjudice temporaire ou permanent d' " aide à la parentalité " distinct du besoin d'aide humaine, déjà réparé, lequel comprend notamment l'accompagnement de l'enfant mineure de Mme B dans ses trajets scolaires, les devoirs et la toilette, ainsi que l'expert l'a relevé dans sa description d'une journée-type. Ce préjudice ne peut donc être retenu.

S'agissant des frais divers :

21. Au titre des frais divers Mme B demande le remboursement de frais de télévision, d'affranchissement, de reproduction de son dossier médical, d'assistance à expertise et en ergothérapie, de permis de conduire, de stationnement, de vêtements adaptés, d'ambulance et de déplacement, et de déplacement des auxiliaires de vie ainsi que d'un boîtier de clés facturés par le prestataire Vivadom, soit au total 13 569 euros. Les frais de télévision engagés lors des hospitalisations peuvent être retenus dans la limite des montant justifiés par des factures, soit 344,85 euros. Les frais d'affranchissement, correspondant aux échanges rendus nécessaires par la procédure, peuvent être retenus dans la limite justifiée de 67,52 euros, les justificatifs étant illisibles pour le surplus. Les frais de reprographie peuvent être retenus pour le montant total demandé de 92,38 euros, appuyé des justificatifs. Les honoraires correspondant aux opérations d'assistance à expertise et à l'intervention d'un ergothérapeute peuvent être retenus, dans les circonstances particulières de l'espèce caractérisées par une importante complexité, pour leur montant total, justifié par des notes d'honoraires, de 8 792,40 euros. Les frais d'ambulance, qui ont été nécessaires à Mme B pour se rendre aux opérations d'expertise et justifiés par une facture, peuvent être retenus pour le montant demandé de 865,14 euros. En revanche l'imputabilité au fait dommageable de frais de validation du permis de conduire n'est pas établie. Doivent également être écartés, en l'absence de lien établi avec le fait dommageable, les frais de stationnement et de fourniture d'un boîtier de clés, ainsi que les frais de déplacement facturés par le prestataire Vivadom. Il en va de même des frais de vêtements adaptés, quand bien même cette demande a été qualifiée de " légitime " par l'expert. Il résulte de ce qui précède que le préjudice pour frais divers doit être fixé à 10 162,29 euros.

S'agissant des frais d'adaptation de véhicule :

22. Mme B demande la prise en compte de frais d'acquisition et d'adaptation d'un véhicule. L'expert et son sapiteur ont simplement retenu la nécessité d'une adaptation. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'en raison de son état de santé, Mme B est alitée la plus grande partie du temps et qu'elle nécessite l'aide d'une personne dans de nombreux actes de la vie quotidienne, y compris pour se déplacer Dans ces conditions, le préjudice d'adaptation de véhicule revêt à ce jour un caractère éventuel. Il appartiendra à Mme B, si elle s'y croit fondée, de saisir le centre hospitalier et l'ONIAM d'une nouvelle demande d'indemnisation.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

23. A la date de l'accident médical, et depuis 2015, Mme B se trouvait en situation d'invalidité de classe 2 et ainsi n'exerçait plus aucune activité professionnelle. Dès lors, quand bien même elle aurait encore figuré dans les effectifs de son ancien employeur, comme elle le soutient, Mme B n'est fondée à demander aucune réparation au titre de l'incidence professionnelle.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

24. L'expert a retenu, au titre du déficit fonctionnel temporaire subi entre le 17 décembre 2016 et le 12 novembre 2021 soit 1 792 jours, un déficit total correspondant à 12 périodes d'hospitalisation totalisant 255 jours, et un déficit partiel de 75 % pour le surplus soit 1 537 jours. Dans ces conditions, le préjudice indemnisable au titre du déficit fonctionnel temporaire total et partiel sera justement évalué, à raison de 13 euros par jour, au montant total de 18 301 euros.

25. Le préjudice pour souffrances endurées, retenu par l'expert et évalué à 6 sur une échelle de 7, sera justement apprécié au montant de 24 000 euros.

26. Le préjudice esthétique temporaire, retenu par l'expert qui l'évalue à 5 sur une échelle de 7, et correspondant à l'apparence physique altérée lors des longues périodes d'hospitalisation et de déficit fonctionnel temporaire, sera justement évalué au montant de 5 000 euros.

27. Le préjudice esthétique permanent, également évalué à 5 sur une échelle de 7, sera justement apprécié, compte tenu de la présentation altérée de la patiente le plus souvent alitée dans un environnement médicalisé, ou se déplaçant en fauteuil roulant, au montant de 15 000 euros.

28. Le déficit fonctionnel permanent a été estimé par l'expert à 45 %, pour sa part imputable au fait dommageable. Comme il a été dit, il n'est pas efficacement contesté en défense par le centre hospitalier et par l'ONIAM qui ne bornent à faire valoir que l'état antérieur de la patiente a insuffisamment été pris en compte. Compte tenu de ce taux de 45 % et de l'âge de Mme B, soit 41 ans à la date de consolidation, le déficit fonctionnel permanent sera justement apprécié au montant de 113 000 euros, dont il convient de déduire un capital d'invalidité de 16 650 euros versé par la MAE, soit un préjudice à retenir de 96 530 euros.

29. Mme B fait valoir qu'elle pratiquait de nombreuses activités de loisirs telles que natation, bateau, ski nautique, ski, marche à pied, scrapbooking, rallye de régularité, potager et cosplay, et qu'elle était impliquée dans une association de parents d'élèves ainsi que le club de rugby de son fils. Toutefois, alors que l'intéressée était atteinte avant l'accident médical d'un déficit fonctionnel permanent de 30 %, qu'elle était placée depuis 2015 en invalidité de classe 2, et qu'elle était atteinte notamment d'un syndrome de la queue de cheval, elle n'apporte aucun élément probant de nature à établir la réalité de ces activités, qui lui est contestée. Par suite, aucun préjudice d'agrément ne peut être retenu.

30. Le préjudice sexuel, dont l'existence n'est pas contestée et que l'expert a retenu comme évident, sera justement apprécié, eu égard à l'état antérieur caractérisé notamment par un syndrome de la queue de cheval, au montant de 2 000 euros.

31. Mme B était mariée et mère de trois enfants à la date de l'accident médical. Ainsi le fait dommageable ne lui a pas occasionné une perte de chance de réaliser normalement son projet de vie familiale. Il n'y a donc pas lieu à indemniser un préjudice d'établissement.

Sur la réparation :

32. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B a droit, en réparation de ses préjudices, d'une part, à une somme en capital d'un montant total 226 034,58 euros, et d'autre part, à une rente mensuelle de 4 010 euros.

33. Compte tenu de la répartition précédemment jugée par le tribunal, les sommes dues seront versées à la hauteur, respectivement de 25 % pour le centre hospitalier et de 75 % pour l'ONIAM. Les sommes dues à Mme B en capital seront versées sous déduction des sommes déjà versées à titre provisionnel, à la hauteur de 37 500 euros par le centre hospitalier, et de 112 500 euros par l'ONIAM. Elles porteront intérêts à compter de la date du 26 juin 2018 à laquelle ces intérêts ont été demandés, et capitalisation à compter du 26 juin 2019.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

34. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. () . En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu () ". Selon l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022 ".

35. En application de ces dispositions et eu égard au montant de la somme allouée à la CPAM de l'Hérault au titre de ses débours, il y a lieu d'accorder à celle-ci une somme de 1 162 euros qui sera mise à la charge du centre hospitalier d'Alès Cévennes, seul tiers responsable au sens des dispositions précitées.

Sur les frais liés au litige :

36. Les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal et confiée au Dr D et à M. C, taxés et liquidés aux montants, respectivement, de 1 680 et de 2 826 euros, soit au total 4 506 euros, sont mis à la charge du centre hospitalier et de l'ONIAM dans la proportion, respectivement, de 25 % et de 75 %, soit 1 126,50 et 3 379,50 euros.

37. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier une somme de 375 euros, et à la charge de l'ONIAM une somme de 1 125 euros, à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 er : Le centre hospitalier d'Alès Cévennes est condamné à verser à Mme B une somme en capital de 56 508,67 euros. Cette somme portera intérêts à compter de la date du 26 juin 2018 et capitalisation à compter du 26 juin 2019. Elle sera versée sous déduction de la somme de 37 500 euros déjà versée à titre provisionnel.

Article 2 : Le centre hospitalier d'Alès Cévennes est condamné à verser à Mme B une rente mensuelle d'un montant de 1 002,50 euros. Cette rente sera versée à terme échu et revalorisée en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : L'ONIAM est condamné à verser à Mme B une somme en capital de 169 526,01 euros. Cette somme portera intérêts à compter de la date du 26 juin 2018 et capitalisation à compter du 26 juin 2019. Elle sera versée sous déduction de la somme de 112 500 euros déjà versée à titre provisionnel.

Article 4 : L'ONIAM est condamné à verser à Mme B une rente mensuelle d'un montant de 3 007,50 euros. Cette rente sera versée à terme échu et revalorisée en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Article 5 . : Le centre hospitalier d'Alès Cévennes versera à la CPAM de l'Hérault une somme de 84'063,97 euros au titre des débours énoncées aux points 10 et 12 du présent jugement.

Article 6 : Le centre hospitalier d'Alès Cévennes est condamné à rembourser à la CPAM de l'Hérault les frais de soins et d'appareillage énoncés au point 14 et exposés à compter de la date du présent jugement, sur justificatifs à mesure de leur engagement, dans la limite de 5'892,68 euros.

Article 7 : Le centre hospitalier d'Alès Cévennes versera à la CPAM de l'Hérault une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 8 . : L'ONIAM versera à la CPAM de l'Hérault une somme de 252'191,90 euros au titre des débours énoncées aux points 10 et 12 du présent jugement.

Article 9 : L'ONIAM est condamné à rembourser à la CPAM de l'Hérault les frais de soins et d'appareillage énoncés au point 14 et exposés à compter de la date du présent jugement, sur justificatifs à mesure de leur engagement, dans la limite de 17'678,03 euros.

Article 10 : Le centre hospitalier d'Alès Cévennes est condamné à verser une somme de 3 065,62 euros à la mutuelle Aésio.

Article 11 : L'ONIAM est condamné à verser une somme de 9 196,86 euros à la mutuelle Aésio.

Article 12 : Les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal, taxés et liquidés au montant total de 4 506 euros, sont mis à la charge du centre hospitalier d'Alès Cévennes, à la hauteur de 1 126,50 euros, et de l'ONIAM, à la hauteur de 3 379,50 euros.

Article 13 : Le centre hospitalier d'Alès Cévennes et l'ONIAM verseront à Mme B, respectivement, les sommes de 375 euros, et de 1 125 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 14 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au centre hospitalier d'Alès Cévennes, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, à la MGEN Union, à la société Aésio Mutuelle, et à la Mutuelle Assurance de l'Education.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Une copie sera adressée à l'expert et au sapiteur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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