jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-1902850 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ROUSSE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 août 2019, 11 juin 2020 et 8 juin 2021, la commune de Montfrin, représentée par la SCP Margall-d'Albenas, demande au tribunal :
1°) d'ordonner une médiation pour tenter de parvenir à un accord entre les parties ;
2°) de condamner les sociétés Art et Techniques C (ATA), LOGIBAT, Alpes Contrôles, GE.CI.ME, Yvan Villard et Hervé Thermique à lui verser les sommes respectives de 31 345,16 , 23 993,06 , 1 024,18 , 18 626,08 , 8 243,27 et 18 001,90 euros assorties chacune des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, représentant le coût des travaux propres à remédier aux désordres affectant la piscine municipale depuis sa réhabilitation ;
3°) à défaut, de condamner solidairement les sociétés ATA, LOGIBAT, Alpes Contrôles, GE.CI.ME, Yvan Villard et Hervé Thermique à lui verser la somme totale de 101 233,65 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, au titre des mêmes travaux ;
4°) de condamner, chacune pour la part lui revenant ou à défaut solidairement, les sociétés ATA, LOGIBAT, Alpes Contrôle, GE.CI.ME, Yvan Villard et Hervé Thermique à lui verser la somme de 82 859,39 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, au titre des surconsommations d'eau et de chlore dues aux fuites affectant les réseaux ;
5°) de condamner, chacune pour la part lui revenant ou à défaut solidairement, les sociétés ATA, LOGIBAT, Alpes Contrôles, GE.CI.ME, Yvan Villard et Hervé Thermique à lui verser la somme de 12 191,46 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, au titre des pertes sur les entrées ;
6°) de condamner, chacune pour la part lui revenant ou à défaut solidairement, les sociétés ATA, LOGIBAT, Alpes Contrôles, GE.CI.ME, Yvan Villard et Hervé Thermique à lui verser la somme de 20 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, au titre du trouble de jouissance ;
7°) de mettre à la charge solidaire des sociétés défenderesses ou, à défaut, chacune pour la part lui revenant, la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens s'élevant à la somme de 17 198,50 euros TTC.
Elle soutient que :
- la requête est recevable, le maire ayant été habilité à agir en justice pour le compte de la commune par une délibération du conseil municipal ;
- les constructeurs et maîtres d'œuvres ont engagé leur responsabilité à son égard sur le fondement de la garantie décennale dès lors que les désordres identifiés par l'expert, affectant les dispositifs de recueil des eaux de débordement des trois bassins, le bac tampon et ses liaisons avec le local technique, rendent la piscine impropre à sa destination et n'étaient pas apparents lors de la réception ou, à tout le moins, n'étaient pas décelables dans toute leur étendue ;
- les sociétés ATA, LOGIBAT et Bureau Alpes Contrôles, maîtres d'œuvres, qui sont présumés responsables en raison de la nature décennale des désordres, ont manqué à leurs obligations contractuelles en matière de conseil au maître d'ouvrage et de surveillance du chantier ;
- la responsabilité quasi-délictuelle de la société Yvan Villard est engagée, les règles de l'art ayant été méconnues lors des opérations de construction et les désordres en ayant résulté rendant la piscine impropre à sa destination, et ce, en dépit de sa qualité de sous-traitant dès lors que la société GE.CI.ME, cocontractante du maître de l'ouvrage, a été radiée du registre du commerce et des sociétés et ne peut donc plus voir sa responsabilité recherchée ;
- dans l'hypothèse où la responsabilité décennale de la société ATA serait écartée, celle-ci étant en cessation d'activité, la responsabilité quasi-délictuelle de son sous-traitant, la société COOBAT, devra être engagée ;
- l'action dirigée contre la société Yvan Villard n'est pas prescrite, le délai de recours ayant été interrompu dès le 28 juin 2017, date à laquelle a été déposée la requête en référé expertise et non le 10 octobre 2018, date à laquelle l'expert a sollicité l'extension de l'expertise au contradictoire de la société Yvan Villard ;
- les sociétés responsables devront être condamnées à hauteur des sommes mises à leur charge par l'expert judiciaire ;
- le caractère tardif de la détection de la surconsommation d'eau ne peut lui être opposé pour diminuer le montant dû au titre de la surconsommation d'eau et de chlore, dès lors que le fonctionnement saisonnier de la piscine, la relève annuelle du compteur, la mise en service de nouveaux filtres et le cloisonnement des services municipaux ont fait obstacle à une détection précoce des fuites d'eau ; le préjudice subi au titre de la surconsommation d'eau et de chlore doit ainsi être réparé à hauteur de 82 859,39 euros TTC ;
- le manque à gagner sur les entrées n'est pas, contrairement à ce qu'affirme l'expert, compensé par les économies de charges de fonctionnement réalisées du fait de la fermeture de l'établissement ; il convient, pour tenir compte de ces économies, de réduire les pertes d'exploitation à hauteur de 23,86%, conformément à la jurisprudence ; les pertes subies sur les entrées s'élèvent donc à 12 191,46 euros ;
- les administrés et les clubs sportifs locaux, dont la commune représente les intérêts, ont été privés de la piscine municipale en saison estivale, de sorte que la commune est fondée à solliciter la réparation d'un tel trouble de jouissance à hauteur de 20 000 euros ;
- la société Hervé Thermique ne saurait échapper à sa responsabilité conjointe et solidaire avec les autres entreprises cocontractantes en l'absence de conclusion, avec le maître d'ouvrage, d'une convention fixant la part lui revenant dans l'exécution des travaux ;
- la société Alpes Contrôles, qui a analysé la modification du mode constructif du bac tampon, n'a pas parfaitement exécuté sa mission, le bac étant aujourd'hui fissuré ; à supposer même qu'il n'y ait pas d'atteinte à la solidité de cet ouvrage, il ne peut être regardé comme ayant été réalisé conformément aux règles de l'art ; rien ne fait dès lors obstacle à la condamnation de la société Alpes Contrôles et à ce qu'elle soit appelée à relever et garantir les autres intervenants ;
- la société LOGIBAT a commis des négligences et des défaillances dans l'exécution de la mission de bureau d'études fluides qui lui était confiée et ne saurait se résumer à la seule définition des caniveaux à mettre en place ; les caniveaux et grilles mis en place étaient inadaptés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 juillet 2020 et 6 juillet 2021, la SARL Yvan Villard, représentée par la SCP Verbateam Avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que sa condamnation soit limitée aux sommes de 5 599,22 et 1 543,86 euros TTC au titre respectivement de la réparation des désordres affectant la piscine municipale et des préjudices annexes et à ce que les sociétés COOBAT, ATA, LOGIBAT, Alpes Contrôles, STS Méditerranée, Hervé Thermique, GE.CI.ME et SMABTP Montpellier soient solidairement condamnées à la garantir au-delà de ces sommes et, en tout état de cause, à ce que les dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 2 500 euros soient mise à la charge de toute partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle n'est pas opposée à la mise en œuvre d'une procédure de médiation ;
- la requête est irrecevable, en l'absence de délibération du conseil municipal habilitant le maire à agir en justice au nom de la commune de Montfrin ;
- la requête est " irrecevable ", dès lors que la présente action en responsabilité, qui est dirigée contre elle en sa qualité de sous-traitant, est prescrite, l'expertise diligentée par le tribunal n'ayant été étendue à son contradictoire que par une ordonnance du 5 novembre 2018 alors que les travaux avaient été réceptionnés le 15 janvier 2008 ; la requête en extension des opérations d'expertise, introduite le 1er octobre 2018, l'a été après l'expiration, le 15 janvier 2018, du délai de 10 ans prescrit par l'article 1792-4-3 du code civil et, en tout état de cause, ne pouvait interrompre ce délai, en ce qu'elle n'émanait pas de la commune elle-même ;
- sa responsabilité ne peut être engagée sur le terrain de la garantie décennale dès lors qu'en tant que sous-traitant de l'entreprise GE.CI.ME, elle n'est liée par aucun contrat de louage d'ouvrage avec la commune de Montfrin et n'a ainsi pas la qualité de constructeur au sens des articles 1791-1 et 1792 du code civil ;
- sa responsabilité quasi-délictuelle ne pourra être recherchée que si celle du cocontractant du maître de l'ouvrage ne peut quant à elle pas l'être et si les désordres invoqués compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination ; il n'est pas démontré qu'elle aurait commis des fautes qui seraient à l'origine de désordres de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;
- en tout état de cause, la condamnation solidaire des intervenants à la construction ne saurait excéder la somme de 74 793,12 euros, qui correspond aux frais de réparation des désordres affectant la piscine ; sa propre condamnation ne saurait quant à elle excéder la somme de 5 599,22 euros ; les sociétés COOBAT, ATA, LOGIBAT, Alpes Contrôles, STS Méditerranée, Hervé Thermiques, GE.CI.ME et SMABTP Montpellier devront être solidairement condamnées à la relever et la garantir de toute condamnation excédant la somme de 5 599,22 euros ;
- la surconsommation d'eau et de chlore est, pour partie, due à la négligence de la commune de sorte qu'elle ne saurait être condamnée à indemniser la collectivité pour ce préjudice ; à titre subsidiaire, ce poste de préjudice devra être limité à la somme de 15 438,63 euros ;
- le préjudice résultant des pertes sur les entrées n'est pas établi ; en tout état de cause, la réduction de 23,86% n'est pas applicable en l'espèce s'agissant d'une piscine municipale ;
- le trouble de jouissance allégué n'est pas établi ;
- sa condamnation, au titre des préjudices annexes, ne saurait excéder la somme de 1 543,86 euros TTC ; les sociétés COOBAT, ATA, LOGIBAT, Alpes Contrôles, STS Méditerranée, Hervé Thermiques, GE.CI.ME et SMABTP Montpellier devront être solidairement condamnées à la relever et la garantir de toute condamnation excédant cette somme de 1 543,86 euros TTC.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er octobre 2020 et 18 juin 2021, la SARL LOGIBAT, représentée par la SCP BCEP Avocats Associés, conclut dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à être relevée et garantie de toute condamnation par les sociétés ATA, GE.CI.ME, COOBAT, Yvan Villard, Hervé Thermiques et M. B C et à ce que celle-ci soit limitée à de plus justes proportions et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la commune de Montfrin ou de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle est favorable à une issue amiable du litige ;
- sa responsabilité ne saurait être engagée sur le fondement de la garantie décennale dès lors que les désordres étaient connus avant la réception sans réserve intervenue le 15 janvier 2008 ;
- sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors que les désordres résultent d'une défaillance dans la mise en place des caniveaux, opération qui ne lui incombait pas, sa mission s'étant limitée à la définition des caniveaux à mettre en place ; de plus, la circonstance que les grilles mises en place ne correspondent pas à celles prévues n'est pas de son fait ;
- la responsabilité de la société Yvan Villard, sous-traitant de la société GE.CI.ME, peut être recherchée sur le terrain quasi-délictuel ;
- la société COOBAT doit répondre des désordres occasionnés par la société ATA, son sous-traitant, et doit ainsi la garantir ;
- au regard de la mission qui lui était confiée - de bureau d'étude fluides hors études d'exécution - une condamnation à hauteur de 30% de la somme de 47 850 euros HT, s'agissant des désordres relatifs aux dispositifs de recueil des eaux de débordement, est disproportionnée et devra être ramenée à de plus justes proportions ;
- le préjudice subi au titre de la surconsommation d'eau et de chlore, estimé à 82 859,39 euros TTC par la commune, n'est pas établi à défaut de précision de la période concernée et de production des factures ; en tout état de cause, un dysfonctionnement interne aux services municipaux ayant largement aggravé le préjudice, celui-ci ne saurait excéder la somme de 15 483,63 euros TTC retenue par l'expert ; sa part de responsabilité sur ce point, estimée à 30% par l'expert, est excessive ;
- les pertes de recettes avancées par la commune ne sont pas justifiées ; le taux de réduction de 23,86% n'a pas vocation à s'appliquer en l'espèce ; les pertes de recettes ont été plus que compensées par les économies réalisées, notamment sur les dépenses de personnel ; la commune ne justifie, ni des diligences mises en œuvre pour rouvrir rapidement la piscine, ni que la poursuite de son fonctionnement était impossible ; en tout état de cause, aucun élément ne permet de répartir la somme demandée en fonction des fautes commises par les intervenants et la somme demandée est disproportionnée ;
- le préjudice de jouissance allégué par la commune ne peut être analysé objectivement sur le plan économique ; en tout état de cause, il n'est pas justifié et résulte de la décision de fermeture prise par la commune ; il constitue un doublon des demandes formées au titre des pertes de recettes et de surconsommation d'eau ; la somme de 20 000 euros demandée est excessive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, la société STS Méditerranée, représentée par la SELARL Phare Avocats, conclut, à titre principal, à sa mise hors de cause, à titre subsidiaire, au rejet de toute éventuelle demande dirigée à son encontre, à être solidairement relevée et garantie de toute condamnation par les sociétés ATA, LOGIBAT, GE.CI.ME, Hervé Thermiques, Alpes Contrôles et Yvan Villard et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la commune de Montfrin ou de toute autre partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle doit être mise hors de cause, dès lors que la commune de Montfrin ne dirige aucune demande à son encontre ;
- en tout état de cause, sa responsabilité ne saurait être engagée, l'expert ne lui ayant imputé aucun des dommages subis par la collectivité ;
- le cas échéant, les sociétés ATA, LOGIBAT, GE.CI.ME, Hervé Thermiques, Alpes Contrôles et Yvan Villard devront la relever et la garantir de toute condamnation sur le fondement de la responsabilité civile délictuelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, la société Hervé Thermiques, représentée par la SCP de Angelis, Semidei, Vuillquez, Habart-Melki, Bardon, de Angelis, conclut, à titre principal, à la limitation de sa condamnation à la somme de 18 001,90 euros et au rejet de la demande de condamnation conjointe et solidaire avec les autres intervenants et, à titre subsidiaire, à être relevée et garantie de toute condamnation par les sociétés ATA, LOGIBAT, GE.CI.ME, Villard et Alpes Contrôles dans les proportions arrêtées par l'expert et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Montfrin ou de tout autre partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle avait accepté la mise en œuvre d'une procédure de médiation ;
- sa condamnation ne saurait excéder la somme évaluée par l'expert à 18 001,90 euros, incluant les préjudices annexes ;
- elle ne peut être condamnée conjointement et solidairement avec les autres intervenants à indemniser la commune à hauteur de 101 233,65 euros, dès lors que l'expert a identifié cinq dommages différents et que sa responsabilité ne peut être engagée que pour deux d'entre eux ; en tout état de cause, une condamnation au titre des travaux de réfection de la piscine ne saurait excéder la somme de 74 793,12 euros TTC évaluée par l'expert ;
- la commune, qui a tardé à fermer la piscine et à saisir le tribunal, est partiellement à l'origine des préjudices annexes qu'elle estime avoir subis ;
- le préjudice résultant d'une surconsommation d'eau et de chlore n'est pas justifié ; en tout état de cause, il ne saurait excéder la somme de 15 438,63 euros TTC évaluée par l'expert ;
- les économies de charges réalisées en raison de la fermeture de l'établissement ont compensé le manque à gagner sur les entrées, de sorte que la commune ne peut se prévaloir d'aucun préjudice à ce titre ;
- le trouble de jouissance allégué est difficile à appréhender et n'est pas justifié, alors que la commune sollicite déjà une indemnisation au titre des pertes sur les entrées ; l'expert n'a d'ailleurs pas retenu l'existence d'un tel préjudice ;
- si sa condamnation devait excéder la somme de 18 001,90 euros, elle devra être relevée et garantie par les autres intervenants selon les pourcentages d'imputabilité retenus par l'expert.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 mai 2021 et le 14 mars 2022, les sociétés COOBAT et Bureau Alpes Contrôles, représentées par la SCP Levy Balzarini Sagnes Serre Lefebvre, concluent, à titre principal, au rejet de la requête et de tout appel en garantie formé à leur encontre, à titre subsidiaire, à être relevées et garanties de toute condamnation prononcée à leur encontre par les sociétés ATA, LOGIBAT, GE.CI.ME, Villard et Hervé Thermiques selon les proportions arrêtées par l'expert (à l'exception du désordre n° 3) ou toute autre proportion laissée à l'appréciation du tribunal et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- la société COOBAT a été mise hors de cause par l'expert judiciaire, dès lors que sa mission de conception architecturale n'est pas à l'origine des désordres ; s'agissant du premier désordre, sont en cause la conception en PVC des caniveaux, qui relevait de la société LOGIBAT ainsi que leur fourniture et leur pose, qui relevaient du lot n° 7, sous la direction de la société ATA ; s'agissant du désordre n° 3, la fissuration effective du bac tampon est consécutive à un changement de mode constructif réalisé en phase DET sous la direction d'ATA Coordination ;
- la société COOBAT ne peut être appelée en garantie par les constructeurs dès lors qu'ils agissent sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle et qu'aucune faute ne peut être retenue à son encontre, les missions DET, OPC et AOR ayant été confiées à la société ATA ;
- la responsabilité de la société Bureau Alpes Contrôles ne saurait être engagée sur le fondement de la garantie décennale : l'expert n'a retenu sa responsabilité partielle (10%) qu'à l'égard d'un seul désordre " Fuites importantes au niveau du bassin tampon " ; elle n'est pas responsable de ce désordre dès lors qu'elle s'était vu confier une mission L (solidité des ouvrages) et que les fissures affectant le bac tampon ne portent pas atteinte à sa solidité ; elle a donc parfaitement exécuté sa mission ; elle avait, de plus, conclu à un avis suspendu sur le nouveau mode constructif de ce bac ;
- elle ne saurait, dès lors, être appelée en garantie par les autres constructeurs ;
- en tout état de cause le chiffrage, par la commune, de ses préjudices, est excessif ; la collectivité ne saurait se prévaloir d'un quelconque préjudice de jouissance ;
- si les sociétés COOBAT ou Bureau Alpes Contrôles devaient néanmoins être condamnées, elles devront être relevées et garanties par les sociétés ATA, LOGIBAT, GE.CI.ME, Villard et Hervé Thermiques selon les proportions arrêtées par l'expert (à l'exception du désordre n° 3 où elles devront être garanties par les sociétés ATA et GE.CI.ME à hauteur de 50% chacune) ou toute autre proportion laissée à l'appréciation du tribunal.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur quatre moyens, relevés d'office tirés de :
- l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions d'appel en garantie formées par la société COOBAT contre la société ATA, son sous-traitant avec lequel elle est lié par un contrat de droit privé ;
- l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions d'appel en garantie formées par la société Yvan Villard contre la SMABTP Montpellier, assureur de la société ATA, dès lors qu'il n'appartient qu'aux tribunaux de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement de sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et en raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif ;
- l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions d'appel en garantie formées par la société Logibat contre M. B C, ancien représentant de la société ATA radiée du registre des sociétés, dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître de la responsabilité qu'une personne privée peut encourir à titre personnel à l'égard d'une autre personne privée ;
- l'impossibilité pour la commune de Montfrin de rechercher la responsabilité contractuelle de la société Logibat, maître d'œuvre, à raison de fautes dans la surveillance du chantier, compte tenu la réception définitive des travaux intervenue sans réserve le 15 janvier 2008.
Vu :
- l'ordonnance du 30 novembre 2017 prescrivant une expertise à la demande de la commune de Montfrin (requête n° 1701946) et les ordonnances des 13 février et 5 novembre 2018 portant extension des opérations d'expertise ;
- le rapport de l'expert, déposé le 11 mars 2019 ;
- l'ordonnance du 18 mars 2019 liquidant et taxant les frais et honoraires d'expertise à la somme de 17 198,50 euros toutes taxes comprises ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,
- les observations de Me D'Audigier, représentant la commune de Monfrin, et celles de Me Callens, représentant la société LOGIBAT, de Me Dailly, représentant Hervé thermiques, et de Me Liegeois, représentant Yvan Villard.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement signé le 21 février 2007, la commune de Montfrin a confié la maîtrise d'œuvre de l'opération d'amélioration et de réhabilitation de sa piscine municipale à la société COOBAT, laquelle a, par un contrat conclu le 15 mai 2007, sous-traité les missions DET, OPC et ARA à la société ATA. La mission de bureau d'études techniques et fluides a été confiée à la société LOGIBAT et la mission de contrôle technique à la société Bureau Alpes Contrôles. Les travaux ont été divisés en 10 lots. Le lot n° 1 " démolition - maçonnerie - faïences - cloisons - clôtures " a été attribué à l'entreprise GE.CI.ME, qui en a sous-traité une partie à la société Yvan Villard, le lot n° 3 " rénovation des bassins " a été attribué à la société STS Méditerranée et le lot n° 7 " traitement de l'eau " à la société Hervé Thermiques. La réception sans réserves des travaux a été prononcée le 15 janvier 2008.
2. Faisant le constat régulier d'une consommation d'eau élevée, la commune de Montfrin a fermé la piscine à l'issue de la saison estivale 2016 et sollicité un bureau d'études techniques pour un diagnostic. Au vu du rapport remis par ce dernier le 30 mai 2017, la collectivité a, par une requête enregistrée le 28 juin 2017, saisi le juge des référés du tribunal administratif de Nîmes afin qu'il prescrive une expertise portant sur les désordres affectant la piscine municipale. Par une ordonnance du 30 novembre 2017, le juge des référés a fait droit à cette demande et a confié la mission d'expertise à M. A, lequel a rendu son rapport le 11 mars 2019. Sur la base de ce rapport, la commune de Montfrin demande au tribunal de condamner les sociétés ATA, LOGIBAT, Alpes Contrôles, GE.CI.ME, Yvan Villard et Hervé Thermiques à réparer l'ensemble des préjudices résultant des désordres affectant la piscine municipale à la suite des travaux réceptionnés en 2008.
Sur la demande de médiation :
3. Aux termes de l'article L. 213-7 du code de justice administrative : " Lorsqu'un tribunal administratif ou une cour administrative d'appel est saisi d'un litige, le président de la formation de jugement peut, après avoir obtenu l'accord des parties, ordonner une médiation pour tenter de parvenir à un accord entre celles-ci. ". La médiation proposée par le présent tribunal, par courriers du 9 septembre 2019, n'ayant pas reçu l'accord de l'ensemble des parties, les conclusions de la commune de Montfrin présentées sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 213-7 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
4. En premier lieu, l'action dirigée contre l'assureur d'une personne privée en raison du fait dommageable commis par celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif. Par suite, les conclusions d'appel en garantie de la société Yvan Villard contre la SMABTP, assureur de la société ATA, sous-traitant, doivent être rejetées comme portées devant un juge incompétent.
5. En second lieu, il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître de la responsabilité de l'ancien représentant d'une société de travaux publics pris en sa qualité de personne physique. Par suite, les conclusions d'appel en garantie formées par la société LOGIBAT contre M. B C, ancien représentant de la société ATA, radiée du registre des sociétés, doivent être rejetées comme portées devant un juge incompétent.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour agir du maire au nom de la commune de Montfrin :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 2132-1 du code général des collectivités territoriales : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune. ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice. ". L'article L. 2122-22 de ce code dispose : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour ester en justice au nom de la commune pendant la durée de son mandat.
7. D'autre part, lorsqu'une partie est une personne morale, il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie. Tel est le cas lorsque cette qualité est contestée sérieusement par l'autre partie ou qu'au premier examen, l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier.
8. Il résulte de l'instruction qu'en réponse à la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour agir du maire au nom de la commune, soulevée par la société Yvan Villard dans son mémoire en défense du 23 juillet 2020, la commune a versé une délibération de son conseil municipal du 16 juin 2021, autorisant le maire pour agir en justice dans la présente instance et a ainsi justifié, avant la clôture de l'instruction, de la qualité pour agir du maire au nom de la commune dans le présent contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir doit être rejetée.
Sur la responsabilité décennale des constructeurs :
9. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres, apparus dans le délai d'épreuve de dix ans et affectant l'ouvrage dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, même dissociable, engagent la responsabilité de ces constructeurs au titre de la garantie décennale s'ils sont de nature à compromettre sa solidité ou à le rendre impropre à sa destination. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
En ce qui concerne la qualité de constructeur tenu à une obligation de garantie décennale :
10. Les sous-traitants n'ont pas la qualité de constructeur au sens et pour l'application du régime de la garantie décennale. Par suite, les conclusions présentées par la commune de Montfrin au titre de la garantie décennale doivent être rejetées en tant qu'elles sont dirigées contre les sociétés ATA et Yvan Villard, sous-traitants dépourvus de la qualité de constructeur.
11. Il résulte de ce qui précède que dès lors que la condamnation divise, demandée au principal par la commune de Montfrin, est exclue en l'espèce, il y a lieu d'examiner les demandes de condamnation présentées à titre solidaire par la commune de Montfrin.
En ce qui concerne les désordres affectant les dispositifs de recueil des eaux de débordement des trois bassins :
S'agissant du caractère apparent de ces désordres :
12. Un vice qui était connu lors de la réception mais dont les conséquences ne se sont révélées qu'après la réception ne peut être considéré comme apparent. Par contre, un vice n'ayant pas produit ses conséquences avant la réception est tout de même considéré comme apparent si le maître d'ouvrage ne pouvait ignorer qu'elles surviendraient à terme. N'est pas considéré comme apparent à la réception un vice qui a été réparé par le constructeur avant la réception et qui réapparaît par la suite sauf si le maître d'ouvrage ne pouvait ignorer, compte tenu de l'ampleur des désordres, que les réparations étaient insuffisantes.
13. La société LOGIBAT se prévaut du caractère apparent des désordres affectant les dispositifs de recueil des eaux de débordement des trois bassins avant la réception sans réserve intervenue le 15 janvier 2008. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, que des désordres graves et généralisés affectent ces dispositifs et que ces désordres, que l'expert impute principalement à une mauvaise conception des goulottes de recueil des eaux de débordement des bassins et qui ont été aggravés par une mise en œuvre défectueuse des caniveaux et de leurs jonctions aux canalisations tassement de remblai, sont à l'origine de pertes importantes d'eau du process, constituent la cause principale de la fermeture de la piscine après la saison estivale 2016 et sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination. Il résulte également de l'instruction que des problèmes d'échanges anormaux d'eau entre les bassins et les plages ainsi que le caractère non totalement satisfaisant de la pose des goulottes, pouvant entraîner un dysfonctionnement du traitement de l'eau, avaient été signalés par une télécopie du 5 juillet 2007 adressée par à la société GE.CI.ME par la société LOGIBAT, avec en copie les maîtres d'ouvrage et d'œuvre, soit avant la réception sans réserve du 15 janvier 2008. Toutefois, il résulte des écritures même de la société LOGIBAT que ces défaillances d'écoulement ont donné lieu à une reprise des zones litigieuses par la société GE.CI.ME et, qu'après reprise, de nouveaux essais d'écoulement ont été réalisés, au contradictoire du maître d'ouvrage, qui a validé la réalisation et la réception des travaux concernés. Ainsi, en l'absence d'autre précision sur les travaux de reprise et d'alerte postérieure à leur réalisation, le moyen tiré du caractère apparent du désordre doit être écarté.
S'agissant de l'imputabilité des désordres :
14. Le constructeur peut voir sa responsabilité engagée dès lors qu'il a participé de manière directe et effective à l'acte de construction en cause, sans que l'administration ait à prouver qu'il a commis une faute ni que le constructeur puisse utilement par suite invoquer l'absence de faute. Ainsi, la société LOGIBAT, qui ne démontre pas ne pas avoir participé d'une quelconque manière aux travaux en litige, n'est pas fondée à faire valoir qu'elle n'a été chargée que de définir les caniveaux à mettre en place, qu'elle a eu recours aux seuls caniveaux employés à la date des travaux et à des grilles qui n'étaient ni interdites ni inadaptées, qu'elle n'a rédigé ni les études d'exécution ni le cahier des clauses techniques particulières du lot n°1 et que les désordres constatés sont également imputables à un défaut d'exécution de l'entreprise chargée du gros œuvre.
15. Il résulte de ce qui précède, étant précisé que la société GE.CI.ME n'a pas produit à l'instance et que la société Hervé Thermique se limite à demander ne pas prononcer une condamnation conjointe et solidaire pour l'ensemble des désordres, que la responsabilité décennale des sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME et Hervé Thermique est solidairement engagée à raison des désordres affectant le dispositif de recueil des eaux de débordement des trois bassins.
En ce qui concerne les désordres affectant le bac tampon et ses liaisons au local technique :
16. Il ressort de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que des désordres graves et généralisés affectent le bac tampon et ses deux liaisons avec le local technique de l'ouvrage. Ces désordres qui ne sont pas contestés par les parties au litige et que l'expert impute, pour le bac tampon, au non-respect des documents contractuels, le bac devant être réalisé en béton calculé en fissuration très préjudiciable assurant à lui seul la solidité et l'étanchéité de l'ouvrage, et qui ont été aggravés par une mauvaise réalisation en maçonnerie ainsi qu'une inadaptation de son étanchéité intérieure incapable de s'opposer à la fissuration de la structure, sont de nature à rendre impropre l'ouvrage à sa destination. Par ailleurs, s'il résulte du rapport d'expertise que, pour les canalisations de liaison entre le bac tampon et le local technique, les investigations menées n'ont pas permis de localiser précisément les fuites et causes techniques des désordres les caractérisant, ces derniers sont également, pour l'expert, de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination et à engager la responsabilité décennale des constructeurs ayant participé à l'opération de construction.
S'agissant des désordres affectant le bac tampon :
17. Si la société bureau Alpes Contrôles se prévaut implicitement des dispositions des articles L. 111-23 et suivants du code de la construction et de l'habitation, il résulte de ces dispositions mêmes que l'obligation solidaire de garantie décennale s'impose, non seulement aux architectes et aux entrepreneurs, mais également au contrôleur technique lié par contrat au maître de l'ouvrage dans la limite de la mission qui lui a été confiée. Par ailleurs, la société Alpes Contrôles ne peut pas davantage utilement faire valoir qu'elle ne disposait pas d'une mission F Fonctionnement ni qu'elle a parfaitement exécuté sa mission en émettant un avis suspendu sur le mode consécutif.
18. Il résulte de ce qui précède, que la responsabilité décennale des sociétés GE.CI.ME et Alpes Contrôles est solidairement engagée à raison des désordres affectant le bac tampon.
S'agissant des désordres affectant les liaisons entre le bac tampon et le local technique :
19. La société GE.CI.ME n'a pas produit à l'instance et la société Hervé Thermiques se limite à demander de ne pas prononcer de condamnation conjointe et solidaire à son encontre. La responsabilité décennale de ces deux sociétés est solidairement engagée à raison des désordres affectant les liaisons entre le bac tampon et le local technique.
Sur la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre et du contrôleur technique :
20. La commune de Montfrin recherche la responsabilité contractuelle des sociétés ATA, LOGIBAT et Alpes Contrôles au titre du manquement à l'obligation de surveillance du chantier et au devoir de conseil lors des opérations de réception.
21. En premier lieu, la société ATA n'ayant pas de lien contractuel avec le maître d'ouvrage et le contrôleur technique n'ayant pas de mission de maîtrise d'œuvre, les conclusions présentées par la commune à leur encontre ne peuvent qu'être rejetées.
22. En deuxième lieu, la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre ne pouvant plus être recherchée après réception de l'ouvrage, intervenue en l'espèce le 15 janvier 2008, les conclusions présentées par la commune à ce titre sont également rejetées.
23. En dernier lieu, si le champ de l'obligation de conseil n'est pas circonscrit aux malfaçons pouvant relever de la garantie décennale, mais s'étend à tous les vices apparents ou dont le maître d'œuvre avait connaissance susceptibles de faire obstacle à une réception sans réserve, la commune de Montfrin n'étaye pas le moyen qu'elle soulève dans le contexte de travaux de reprise avant levée de réserves dont aucun élément ne permet de déterminer qu'ils auraient dû être signalés pour leur insuffisance. Par suite, les conclusions de la commune présentées au titre de la responsabilité contractuelle pour manquement au devoir de conseil doivent aussi être rejetées.
24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées au titre de la responsabilité contractuelle par la commune de Montfrin doivent être rejetées.
Sur la responsabilité quasi délictuelle des sous-traitants :
25. Il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage. Il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs. S'il peut, à ce titre, invoquer, notamment, la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires, il ne saurait, toutefois, se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, par les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles. En outre, alors même qu'il entend se placer sur le terrain quasi délictuel, le maître d'ouvrage ne saurait rechercher la responsabilité de participants à l'opération de construction pour des désordres apparus après la réception de l'ouvrage et qui ne sont pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination.
26. En premier lieu, la société COOBAT n'étant pas un sous-traitant mais le titulaire du marché de maîtrise d'œuvre, la responsabilité quasi délictuelle de cette société ne saurait être recherchée.
27. En second lieu, la responsabilité décennale des constructeurs étant engagée dans le présent litige, celle, quasi délictuelle, de la société Yvan Villard, sous-traitante de la société GE.CI.ME titulaire du lot n°1, ne peut plus être recherchée.
28. Il résulte de ce qui précède que la commune de Montfrin n'est pas utilement fondée à rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des sociétés Yvan Villard et COOBAT.
Sur les préjudices et leur réparation :
En ce qui concerne la reprise des désordres :
S'agissant des désordres affectant les dispositifs de recueil des eaux de débordement :
29. Les travaux de reprise de ces désordres ont été chiffrés par l'expert au montant non contesté de 47 850 euros HT auquel il convient d'ajouter 8 % de maîtrise d'œuvre ainsi que la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 3,596 %. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi à ce titre par la commune de Montfrin en fixant à 53 526,63 euros TTC la somme due solidairement par les sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME et Hervé Thermiques destinée à les réparer.
S'agissant des désordres affectant le bac tampon :
30. Les travaux de reprise de ces désordres ont été chiffrés par l'expert au montant non contesté de 9 154 euros HT auquel il convient d'ajouter 8 % de maîtrise d'œuvre ainsi que la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 3,596 %. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi à ce titre par la commune de Montfrin en fixant à 10 241,83 euros TTC la somme due solidairement par les sociétés GE.CI.ME et Alpes Contrôles destinée à les réparer.
S'agissant des désordres affectant les liaisons entre le bac tampon et le local technique :
31. Les travaux de reprise de ces désordres ont été chiffrés par l'expert au montant non contesté de 8 967 HT auquel il convient d'ajouter 8 % de maîtrise d'œuvre ainsi que la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 3,596 %. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi à ce titre par la commune de Montfrin en fixant à 10 006,81 euros TTC la somme due solidairement par les sociétés GE.CI.ME et Hervé Thermiques destinée à les réparer.
En ce qui concerne les autres préjudices :
32. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les désordres dont il s'agit ont entraîné une surconsommation d'eau et de chlore jusqu'à la fermeture de l'ouvrage mais également que la commune de Montfrin a tardé à prendre les mesures adéquates jusqu'à la fermeture de l'ouvrage en 2016, ainsi que relève l'expert. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre par la commune de Montfrin en fixant à 15 438,63 euros TTC la somme due solidairement par les sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME, Alpes Contrôles et Hervé Thermiques destinée à les réparer.
33. En deuxième lieu, l'expert retient un montant de 11 001,90 euros TTC, non réellement contesté par les parties, pour le surcoût des travaux et des interventions extérieures concernant l'ensemble des désordres constatés. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre par la commune de Montfrin en fixant à cette somme celle due solidairement par les sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME, Alpes Contrôles et Hervé Thermiques destinée à les réparer.
34. En troisième et dernier lieu, il n'y pas lieu de réparer le manque à gagner sur les entrées faute de justificatifs probants ainsi que les troubles de jouissance des administrés et des clubs de sports locaux qui ne constituent pas un préjudice personnel de la commune.
35. Il résulte de ce qui précède que les sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME, Alpes Contrôles et Hervé Thermiques doivent être condamnées à verser solidairement à la commune de Montfrin la somme de 26 440,53 euros au titre de ces préjudices annexes.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
36. La commune de Montfrin a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes mentionnées aux points 29 à 33 à compter du 19 août 2019, date de l'enregistrement de sa requête. Elle a également droit à la capitalisation de ces intérêts à compter du 19 août 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les appels en garantie :
En ce qui concerne les désordres affectant les dispositifs de recueil des eaux :
37. Il résulte de l'instruction que la société ATA, sous-traitant chargé de la direction de l'exécution des travaux, et la société Yvan Villard, sous-traitant chargé de l'exécution des remblais dans lesquels sont enterrées les canalisations de raccordement des caniveaux ont commis des fautes dans l'exécution de leurs missions ayant concouru respectivement à raison de 30% et 10% à la survenance du désordre. Il en résulte également que la société LOGIBAT, maître d'œuvre chargé de la partie technique du traitement d'eau de process, a procédé à une mauvaise définition des profils et nature de caniveaux, justifiant de laisser 30% de l'indemnité à sa charge. Par ailleurs, la société Hervé Thermiques a fourni des caniveaux inadaptés, justifiant de laisser 20% de l'indemnité à sa charge. En outre, la société GE.CI.ME, titulaire du lot maçonnerie, a procédé à une mise en œuvre défectueuse des caniveaux et de leurs jonctions aux canalisations, justifiant de laisser 10% de l'indemnité à sa charge. Dès lors, il y a lieu de condamner les sociétés ATA, LOGIBAT, GE.CI.ME, Yvan Villard et Hervé Thermiques à se garantir mutuellement de la somme de 53 526,63 euros à concurrence respectivement de 30%, 30%, 10%, 10% et 20% de celle-ci.
En ce qui concerne les désordres affectant le bac tampon :
38. Il résulte de l'instruction que les fautes commises par la société ATA, sous-traitante du maître d'œuvre chargée de la direction de l'exécution des travaux, et par la société GE.CI.ME, titulaire du lot gros œuvre qui a réalisé le bac tampon sans respecter les prescriptions des documents contractuels ni les règles de l'art et sans étanchéité intérieure capable de s'opposer à la fissuration des structures, ont concouru à hauteur de 40% et 50% à la survenance du dommage. Par ailleurs, si la société Alpes Contrôles fait valoir qu'il n'y a pas lieu de retenir une faute de sa part pour les 10% restant dans la mesure où elle justifie avoir émis un avis réservé sur le mode constructif du bassin tampon, soulignant l'absence de transmission de la note de calcul du bac tampon les 6 décembre 2006, 6 avril 2007 et 23 mai 2007, le calcul du béton n'est pas seul en cause dans la survenance du dommage, le défaut de réalisation de la maçonnerie et de l'étanchéité n'a pas suscité de réaction du contrôleur technique. Ainsi, il y a lieu de retenir une faute de sa part à hauteur de 10%. Dès lors, il y a lieu de condamner les sociétés ATA, GE.CI.ME et Alpes Contrôles à se garantir mutuellement de la somme de 10 241,83 euros à concurrence respectivement de 40%, 50% et 10% de celle-ci.
En ce qui concerne les désordres affectant les liaisons :
39. Il résulte de l'instruction que les fautes commises par la société ATA, sous-traitant du maître d'œuvre chargée de la direction de l'exécution des travaux et par la société GE.CI.ME, titulaire du lot gros œuvre qui a réalisé les liaisons fuyardes entre le bac tampon et le local technique, ont concouru à hauteur de 30% et 50% à la survenance du dommage, Hervé Thermiques conserve 20% à sa charge. Dès lors, il y a lieu de condamner les sociétés ATA, GE.CI.ME et Hervé Thermiques à se garantir mutuellement de la somme de 10 006,81 euros à concurrence respectivement de 30%, 50% et 20% de celle-ci
En ce qui concerne les préjudices annexes :
40. Eu égard aux fautes commises dans l'exercice de leur mission, il y a lieu de condamner Logibat, GE.CI.ME, Alpes Contrôles, Hervé Thermiques, ATA et Yvan Villard à se garantir mutuellement à parts égales de la somme de 26 440,53 euros TTC.
Sur la charge définitive des dépens :
41. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à parts égales les frais et honoraires de l'expertise, liquidée et taxée à la somme de 17 198,50 euros TTC, à la charge définitive des sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME, Alpes Contrôles et Hervé Thermiques et de la commune de Montfrin.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
42. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Montfrin, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que demandent les sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME, Alpes Contrôles et Hervé Thermiques au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge des sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME, Alpes Contrôles et Hervé Thermiques la somme de 1 000 euros à verser chacune à la commune de Montfrin, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME et Hervé Thermiques sont solidairement condamnées à verser à la commune de Montfrin la somme de 53 526,63 euros en réparation des désordres affectant le dispositif de recueillement des eaux des trois bassins.
Article 2 : Les sociétés ATA, LOGIBAT, GE.CI.ME, Yvan Villard et Hervé Thermiques sont condamnées à se garantir mutuellement à hauteur respectivement de 30%, 30%, 10%, 10% et 20% de la somme mentionnée à l'article 1er.
Article 3 : Les sociétés Alpes Contrôles et GE.CI.ME sont solidairement condamnées à verser à la commune de Montfrin la somme de 10 241,83 euros en réparation des désordres affectant le bac tampon.
Article 4 : Les sociétés ATA, Alpes Contrôles et GE.CI.ME sont condamnées à se garantir mutuellement à hauteur respectivement 40%, 10% et 50% de la somme mentionnée à l'article 3.
Article 5 : Les sociétés GE.CI.ME et Hervé thermiques sont solidairement condamnées à verser à la commune de Montfrin la somme de 10 006,81 euros en réparation des désordres affectant les liaisons entre le bac tampon et le local technique.
Article 6 : Les sociétés ATA, GE.CI.ME et Hervé thermiques sont condamnées à se garantir mutuellement à hauteur respectivement 30%, 50% et 20% de la somme mentionnée à l'article 5.
Article 7 : Les sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME, Alpes Contrôles et Hervé Thermiques sont solidairement condamnés à verser à la commune de Montfrin la somme la somme de 26 440,53 euros en réparation des préjudices annexes.
Article 8 : Les sociétés ATA, LOGIBAT, Alpes Contrôles, GE.CI.ME, Hervé Thermiques et Yvan Villard sont condamnées à se garantir mutuellement à parts égales de la somme mentionnée à l'article 7.
Article 9 : Les entiers dépens taxés et liquidés à la somme de 17 198,50 toutes taxes comprises sont dévolus à parts égales à la charge des sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME, Alpes Contrôles, Hervé Thermiques et de la commune de Montfrin.
Article 10 : Les sociétés LOGIBAT, GE.CI.ME, Alpes Contrôles et Hervé Thermiques verseront chacune la somme de 1 000 euros à la commune de Montfrin en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 11 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 12 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Montfrin, à la société COOBAT, à la société LOGIBAT, à la société Bureau Alpes Contrôles, à STS Méditerranée, à la société Hervé Thermiques, à la société GE.CI.ME, à la société Yvan Villard, à la SMABTP UG Montpellier et à M. B C.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Chevillard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
F. D
La présidente de la 2ème chambre,
F. CORNELOUP
La greffière,
F. GARNIER
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026