mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-1925129 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP PRIOLLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Nîmes le jugement de la requête de Mme C B, enregistrée au tribunal administratif de Toulouse le 2 septembre 2019 sous le n° 1905129. Cette requête a été enregistrée au tribunal administratif de Nîmes sous le n° 1925129.
Par ladite requête, et des mémoires enregistrés les 11 octobre 2019 et 4 février 2021, Mme B, représentée par Me Cohen-Tapia, demande au tribunal :
1°) avant dire droit, d'ordonner une expertise médicale ;
2°) d'annuler la décision du 28 mai 2019 par laquelle le ministre de la transition écologique et solidaire a rejeté sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de prendre une nouvelle décision reconnaissant sa maladie professionnelle en lien avec l'accident de service du 2 septembre 2014 ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice subi ;
5°) de condamner l'Etat à lui rembourser les droits de plaidoirie prévus par l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que les éléments médicaux accompagnant sa demande de contre-expertise n'ont pas été communiqués à la commission de réforme ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, ainsi que l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 avril 2020 et le 24 février 2021, le ministre de la transition écologique et solidaire et le ministre chargé des transports concluent au rejet de la requête.
Le ministre de la transition écologique et solidaire et le ministre chargé des transports soutiennent que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;
- les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme A,
-et les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, adjointe administrative au sein de la direction générale de l'aviation civile, a été victime le 2 septembre 2014 d'un malaise sur son lieu de travail. Cet accident a été reconnu imputable au service, la date de consolidation étant fixée au 15 novembre 2016, sans incapacité permanente partielle, et Mme B étant déclarée apte à une reprise de travail à mi-temps thérapeutique pour une durée de trois mois. Après sa reprise de fonctions à temps partiel le 15 février 2017, elle a de nouveau été placée en congé de maladie à partir du 20 mars 2017. La demande d'imputabilité au service de l'aggravation de son état de santé a été rejetée par décision du 13 février 2018, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Toulouse du 16 mars 2020. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 28 mai 2019 par laquelle le ministre de la transition écologique et solidaire a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance d'une maladie professionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable : " La commission de réforme est consultée notamment sur :/ 1. L'application des dispositions du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée () ". Aux termes de l'article 19 de ce décret : " () La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis./ Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instruction, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la commission départementale de réforme de la Haute-Garonne a émis le 14 février 2019, après expertise, un avis défavorable à la demande de reconnaissance de maladie professionnelle présentée par Mme B. Saisie par l'intéressée d'une demande de contre-expertise, cette instance a refusé de faire droit à cette demande. Si Mme B soutient que cet avis serait irrégulier au motif que l'administration n'aurait pas communiqué l'intégralité des éléments médicaux fournis à l'appui de sa demande, elle ne précise pas, toutefois, la nature des documents qui n'auraient pas été communiqués à la commission de réforme, et n'établit pas, en tout état de cause, que ces documents auraient été de nature à influencer le sens de l'avis rendu par cette instance. Dès lors, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, créé par l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contracté en service définis aux II, III et IV du présent article ()/ IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau./ Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions./ Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat () ". Le décret n° 2019-122 permettant l'application des dispositions de cet article 21 bis à la fonction publique de l'Etat a été édicté le 21 février 2019 et est entré en vigueur le 24 février 2019.
5. Les dispositions précitées ont vocation à s'appliquer aux situations en cours, sous réserve des exigences attachées au principe de non-rétroactivité, qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur. Les droits des agents publics en matière d'accident de service ou de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.
6. Il ressort des pièces du dossier que la première constatation médicale de la maladie professionnelle est le 1er août 2018, date d'établissement du certificat médical du médecin traitant de Mme B. A cette date, aucune disposition ne rendait applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique de l'Etat, qui demandaient le bénéfice des dispositions combinées du deuxième alinéa du 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 et de l'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale. Il en résulte que Mme B ne peut se prévaloir utilement de la méconnaissance des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa rédaction applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit :/ () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants ()/ Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite () ".
8. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des rapports d'expertise établis par un praticien hospitalier au sein du service de psychiatrie et de psychologie médicale du centre hospitalier universitaire de Toulouse, que Mme B présentait, antérieurement à son accident de service du 2 septembre 2014, des antécédents d'épisodes dépressifs majeurs. L'expert mentionne ainsi dans son rapport d'avril 2017 que les arrêts de travail du 20 mars au 20 mai 2017 n'étaient pas imputables au service mais à la vulnérabilité de l'intéressée. De même, dans son rapport du 10 janvier 2019, cet expert indique que Mme B présente un ralentissement psychomoteur avec des troubles attentionnels, de concentration et de mémorisation. Il précise que l'intéressée, du fait de son trouble de la personnalité, rencontre des troubles de l'adaptation avec des difficultés dans ses relations interpersonnelles, notamment dans sa vie professionnelle et personnelle. Ces constatations ne sont pas contredites par les certificats médicaux produits à l'appui de la requête, qui font notamment état d'une symptomatologie dépressive structurée et d'un fond de fragilité ancienne. Si Mme B se prévaut d'un conflit survenu en décembre 2019 avec une collègue qui aurait proféré des menaces de mort à son encontre, cette circonstance est en tout état de cause postérieure à la décision attaquée. Enfin, l'attestation établie par l'époux de la requérante, qui fait état du ressenti de Mme B et de ses difficultés de santé, n'est pas de nature à remettre en cause les constats médicaux ci-dessus évoqués. Dans ces conditions, le ministre de la transition écologique et solidaire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en rejetant la demande de reconnaissance de maladie professionnelle présentée par Mme B.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise qui ne revêt en l'espèce aucun caractère utile, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 mai 2019 doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction administrative ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée./ Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
12. Mme B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité en réparation de son préjudice moral. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'elle aurait présenté une demande préalable d'indemnisation au ministre de la transition écologique et solidaire avant de saisir le tribunal administratif, ayant donné lieu à une décision expresse ou implicite prise par l'administration. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'absence de liaison du contentieux, doit être accueillie. Dès lors, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Les conclusions à fin d'annulation de Mme B étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, par suite, de rejeter ses conclusions formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée à cet égard par la partie défenderesse.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Héry, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
F. A
Le président,
J. B. BROSSIER
La greffière,
E. NIVARD
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026