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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-1926012

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-1926012

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-1926012
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDE RUDNICKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Nîmes, en application de l'article R. 351-8 du code de la justice administrative, le dossier de la requête de Mme D B, enregistrée le 18 octobre 2019 au tribunal administratif de Toulouse sous le n° 1906012.

Cette requête a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nîmes sous le n° 1926012.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 octobre 2019 et le 5 juillet 2021, Mme B, représentée par la SELARL RetC Avocats, demande au tribunal :

1°) de condamner la société La Poste à lui verser la somme de 70 000 euros en réparation de divers préjudices, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de la société La Poste une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de la société La Poste est engagée E lors qu'elle a subi des agissements constitutifs de harcèlement moral ;

- à défaut, la responsabilité de la société La Poste est engagée au titre du manquement à l'obligation de sécurité qui lui incombait ;

- elle a subi des préjudices d'un montant total de 70 000 euros qui tiennent à la dégradation de son état de santé, à son préjudice moral, ainsi qu'à son préjudice professionnel lié à la perte de revenus, à la perte de droits à la retraite et à de moindres perspectives de carrière professionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 avril, 8 septembre et 20 décembre 2021, la société La Poste conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les indemnisations soient ramenées à de plus justes proportions et, en tout état de cause, à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. A,

-les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- les observations de Me de Rudnicki représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent de La Poste depuis le 5 avril 1990, a été affectée à compter du 12 août 2015 à la plate-forme de préparation et de distribution du courrier (PPDC) d'Onet-le-Château (Aveyron). A la suite d'une période d'immersion en qualité de facteur sur le site de Béziers/Vendres (Hérault) dans la perspective d'une mutation, Mme B a été placée en congés de longue maladie du 31 mai 2016 au 30 mai 2017, puis en congés de longue durée du 31 mai 2017 au 30 mai 2021. Le 17 juin 2019, elle a présenté à la société La Poste une demande indemnitaire de 70 000 euros au titre de faits de harcèlement moral qu'elle estime avoir subis et, à défaut, de la méconnaissance par son employeur de l'obligation de sécurité et de protection de la santé de ses agents. La société La Poste n'ayant pas répondu à cette demande, Mme B demande au tribunal de condamner son employeur à lui verser la somme totale de 70 000 euros en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur le harcèlement moral :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

2. D'une part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, et conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui les emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire au fonctionnaire. / () La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". Ces dispositions établissent, à la charge de l'administration, une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 précitée : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

4. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

En ce qui concerne les faits de harcèlement moral dont se prévaut Mme B :

5. Estimant avoir été victime de faits de harcèlement moral pour " déficit organisationnel " de son employeur, Mme B reproche à la société La Poste de ne pas lui avoir confié d'affectation à l'issue de sa période d'immersion sur le site de Béziers/Vendres (Hérault) et de ne lui avoir fourni durant son arrêt maladie aucune information sur son affectation. La requérante reproche également à la société La Poste l'absence de réponses de sa hiérarchie à ses courriers, ainsi que le refus opposé à ses demandes d'entrevues et, plus généralement, son inertie dans le suivi de sa situation professionnelle.

6. Tout d'abord, il résulte de l'instruction, notamment des rapports et certificats médicaux produits à l'instance, que Mme B a souffert d'un état anxieux et dépressif réactionnel à son activité professionnelle, cette pathologie étant due à un épuisement professionnel.

7. Ensuite, il résulte de l'instruction que Mme B, qui souhaitait obtenir une mutation dans le département de l'Hérault pour des raisons personnelles, a été placée en immersion du jeudi 10 mars 2016 au samedi 28 mai 2016 sur le site de Béziers/Vendres (Hérault), la durée de cette immersion, initialement prévue pour six semaines, ayant été prolongée d'un mois. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport établi le 28 mai 2016 par l'encadrante de l'unité de distribution Béziers-Clémenceau au sein de laquelle Mme B a travaillé, que le comportement de cette dernière pendant cette immersion a fait l'objet de plusieurs appréciations défavorables quant à ses qualités professionnelles et sa motivation et que, sur la base notamment de ce rapport, Mme C, responsable de la PPDC de Vendres, a informé le 31 mai 2016 le responsable des ressources humaines de la PPDC d'Onet-le-Château de son opposition à ce que l'intéressée intègre la distribution et notamment la PPDC de Vendres.

8. Si la requérante reproche à La Poste de ne pas l'avoir informée de son affectation postérieurement à cette période d'immersion sur le site de Béziers/Vendres, il résulte de l'instruction que cette immersion a pris fin le samedi 28 mai 2016 alors que la journée du lundi 30 mai 2016 était considérée comme un repos de cycle, ainsi qu'il ressort du courriel du 31 mai 2016 adressé par Mme B au responsable des ressources humaines de la PPDC d'Onet-le-Château. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme B a été placée en arrêt maladie à compter du 31 mai 2016, le placement en congé maladie de longue maladie puis en congé de longue durée ayant été effectif sans discontinuer du 31 mai 2016 au 30 mai 2021. En outre, Mme B précise dans sa requête que le responsable des ressources humaines de la PPDC d'Onet-le-Château lui avait indiqué le 3 juin 2016 qu'à défaut de mutation dans l'Hérault, elle serait affectée au sein de la PPDC d'Onet-le-Château dont l'intéressée relevait. Enfin, il résulte de l'instruction que Mme B a été informée le 16 juin 2016 des motifs pour lesquels la PPDC de Vendres avait refusé de procéder à l'intégration de l'intéressée dans ses services.

9. Au regard de ces différents éléments, la requérante n'est pas fondée à reprocher à la société La Poste de ne pas lui avoir confié d'affectation à l'issue de sa période d'immersion sur le site de Béziers/Vendre (Hérault), E lors que la Poste n'était pas tenue de lui fixer une affectation définitive dans le département de l'Hérault, que l'intéressée a été informée au plus tard le 16 juin 2016 du refus opposé par la PPDC de Vendres à son intégration dans ses services et que la Poste avait indiqué à l'intéressée le 3 juin 2016 qu'à défaut de mutation dans l'Hérault, elle serait affectée au sein de la PPDC d'Onet-le-Château. A ce dernier égard, aucune règle n'imposait à la Poste de préciser à Mme B, durant son arrêt maladie, les fonctions exactes qu'elle exercerait à son retour de congé maladie.

10. Enfin, si la requérante soutient que sa hiérarchie a fait preuve d'inertie en ne répondant pas à ses courriers ou à ses demandes d'entrevue, il ne résulte pas de l'instruction que la situation professionnelle de Mme B n'aurait pas fait l'objet d'un suivi sérieux par son employeur, plusieurs courriers et courriels de la direction des ressources humaines de la société La Poste adressés à Mme B établissant au contraire la réalité d'un tel suivi, y compris pendant son placement en congé maladie. Si la requérante reproche à Mme C, responsable du site de Béziers/Vendres (Hérault), de ne pas lui avoir accordé d'entretien, il résulte de l'instruction que Mme B avait obtenu les éléments d'appréciation suffisamment circonstanciés établis par Mme C E le 16 juin 2016, étant précisé que la requérante ne précise pas sur quel fondement Mme C était tenue de lui accorder un entretien de fin d'immersion, et qu'un tel entretien programmé le 24 février 2017 a été finalement annulé en raison de la présence aux côtés de Mme B d'un représentant syndical annoncée trois jours avant l'entretien prévu.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les éléments dont la requérante se prévaut, pris isolément ou ensemble, ne permettent pas de présumer l'existence d'un harcèlement moral. Par suite, en l'absence de situation de harcèlement moral, la requérante n'est pas fondée, à ce titre, à rechercher la responsabilité de la société La Poste.

Sur l'obligation en matière de sécurité :

12. La requérante soutient que la Poste a méconnu l'obligation qui lui incombait d'assurer la sécurité de ses agents en matière de protection de la santé. Toutefois, eu égard aux éléments analysés aux points 5 à 11 qui ne relèvent aucune faute de la société La Poste, il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle méconnaissance serait imputable à la Poste. Par suite, la requérante n'est fondée à engager la responsabilité de la société La Poste à ce titre.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la société La Poste, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de faire application des mêmes dispositions au bénéfice de la société La Poste.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société La Poste au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la société La Poste.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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