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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-1926133

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-1926133

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-1926133
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSÉRÉE DE ROCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 24 octobre 2019, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Toulouse la requête de Mme D A.

Par une ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Nîmes, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par Mme A.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 26 juillet 2019, Mme D A, représentée par Me Sérée de Roch, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 31 juillet 2014 par l'Agence nationale de l'habitat (Anah) en vue d'obtenir le reversement d'une somme de 28 290 euros en raison du retrait de la subvention accordée pour la réhabilitation d'une maison de trois logements ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 28 290 euros ;

3°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur du 19 avril 2019 d'un montant de 28 290 euros ;

4°) d'ordonner la restitution des sommes appréhendées par l'Anah et de lui rembourser les frais de poursuite engendrés par les avis de saisie administrative à tiers détenteur du 19 avril 2019 ;

5°) de mettre à la charge de l'Anah la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- dès lors qu'elle a formé un recours juridictionnel contre le titre exécutoire contesté, la créance dont se prévaut l'Anah n'est pas exigible en application de l'article 112 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, de sorte que la saisie administrative à tiers détenteur doit être annulée ;

- en l'absence de solidarité entre M. B A et elle-même, le comptable public n'était pas fondé à lui réclamer le remboursement de la totalité de la subvention accordée par l'Anah ;

- le titre de perception en litige est illégal en raison du défaut de motivation, de ses modalités irrégulières de notification et du caractère erroné de la somme mise en recouvrement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2020, l'Anah conclut au rejet de la requête de Mme A.

L'Anah fait valoir que :

- les conclusions dirigées à l'encontre de la saisie administrative à tiers détenteur du 19 avril 2019 sont irrecevables dès lors qu'elles relèvent du juge de l'exécution ;

- les conclusions tendant à l'annulation du titre exécutoire du 7 juillet 2014 sont irrecevables dès lors que la juridiction administrative a déjà été saisie d'une telle contestation ;

- dès lors que la requérante ne démontre pas avoir saisi le juge d'appel à fins d'obtenir le sursis à exécution du titre exécutoire contesté, elle n'est pas fondée à soutenir que l'appel aurait entraîné un effet suspensif sur la procédure de recouvrement de la créance en cause ;

- le moyen tiré du défaut de motivation du titre exécutoire du 31 juillet 2014 est infondé dès lors que ce titre était accompagné des décisions portant retrait et reversement des subventions auxquelles étaient jointes les fiches de calcul des montants en cause ;

- dès lors que la créance à recouvrer concernait l'indivision constituée de Mme D A et de son frère, M. B A, le comptable public n'était pas tenu d'établir deux titres de perception.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 31 juillet 2014 et de décharge de l'obligation de payer la somme de 28 290 euros mentionnée sur ce titre exécutoire, en raison de leur tardiveté.

Par un mémoire, enregistré le 22 septembre 2020, Mme A a présenté des observations sur le moyen d'ordre public communiqué par le tribunal.

Par un mémoire, enregistré le 26 septembre 2020, l'Anah a présenté des observations sur le moyen d'ordre public communiqué par le tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 octobre 2008, Mme D A et son frère, M. B A, ont sollicité, en qualité de propriétaires indivis, une subvention de l'Anah en vue de la réhabilitation de trois logements destinés à être occupés à titre principal avec un loyer conventionné social pendant une période de neuf ans. Par une décision du 22 décembre 2008, le président du conseil général de Tarn-et-Garonne a notifié à Mme A, en tant que représentante de l'indivision, la décision de leur octroyer une subvention de 27 203 euros. Entre le 10 avril 2009 et le 5 septembre 2011, une somme globale de 26 944 euros a été versée en trois fois à l'indivision A. Par un courrier en date du 22 juillet 2013, le délégué local de l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat de Tarn-et-Garonne a exercé auprès des bénéficiaires un contrôle des engagements souscrits en contrepartie de l'attribution de cette subvention. En l'absence de réponse des intéressés, le directeur général de l'Anah a prononcé, par trois décisions du 30 juin 2014, le retrait et le reversement de la subvention. Le 7 juillet 2014, le directeur général de l'Anah a émis à l'encontre de l'indivision A un titre de perception d'un montant de 28 290 euros.

2. A la suite du rejet en date du 17 février 2016 du recours gracieux formé, par un courrier du 6 octobre 2014, par Mme A à l'encontre des trois décisions du 30 juin 2014 et du titre exécutoire du 7 juillet 2014, l'intéressée a introduit devant le tribunal administratif de Toulouse une requête tendant à l'annulation des quatre décisions précitées, laquelle a été rejetée par un jugement n° 1603248 du 19 octobre 2018. Mme A ayant relevé appel de ce jugement, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté cette requête par un arrêt n° 18BX04580 du 25 juin 2020, le pourvoi en cassation présenté par l'intéressée n'ayant pas été admis par une décision du Conseil d'Etat en date du 30 juillet 2021.

3. Le 19 avril 2019, une saisie administrative à tiers détenteur relative au titre exécutoire du 7 juillet 2014 a été notifiée à Mme A pour un montant de 28 290 euros. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire du 31 juillet 2014 d'un montant de 28 290 euros, de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme et d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur du 19 avril 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 7 juillet 2014 et de décharge de l'obligation de payer la somme de 28 290 euros mentionnée sur ce titre exécutoire :

4. Il résulte de l'instruction que le titre de perception émis le 7 juillet 2014, qui comportait l'indication des voies et délais de recours applicables, a été adressé par courrier recommandé avec accusé de réception le 1er août 2014 à M. B A et à Mme D A, lesquels avaient précisé dans leur demande de subvention déposée le 31 octobre 2008 agir en qualité de propriétaires indivis, à l'adresse exacte indiquée par eux dans cette demande. Ce courrier a été réceptionné par M. B A le 4 août 2014. La circonstance que ce pli a été réceptionné par le frère de la requérante n'a pu avoir pour effet d'empêcher l'écoulement du délai contentieux à l'égard de celle-ci. Celui-ci a donc expiré le 5 octobre 2014 à minuit. Dès lors, le recours gracieux formé par Mme A à l'encontre de ce titre de perception, par courrier daté du 6 octobre 2014 également envoyé en recommandé avec accusé de réception, et réceptionné par l'Anah le 21 octobre suivant selon les indications non contredites du tampon qui y est apposé, a été introduit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois et n'a pu avoir pour effet de le proroger. Par suite, les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 7 juillet 2014 et de décharge de l'obligation de payer la somme de 28 290 euros mentionnée sur ce titre exécutoire sont tardives et, ainsi, irrecevables.

5. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la décision du 17 février 2016 rejetant le recours gracieux de la requérante, qui comportait l'indication des voies et délais de recours applicables, lui a été envoyée par l'Anah par un courrier recommandé avec accusé de réception dont les mentions manuscrites et l'étiquette adhésive apposées sur le volet intitulé " preuve de distribution " indiquent qu'il a été présenté le 20 février 2016, que Mme A en a été avisée et qu'il n'a cependant pas été réclamé. Le délai de recours contentieux de deux mois à l'encontre de cette décision a, dès lors, commencé à courir le 20 février 2016. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 7 juillet 2014 et de décharge de l'obligation de payer la somme de 28 290 euros mentionnée sur ce titre exécutoire, qui ont été enregistrées le 26 juillet 2019, sont tardives et, ainsi, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 19 avril 2019 d'un montant de 28 290 euros :

En ce qui concerne la compétence de la juridiction administrative :

6. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Lorsque les contestations portent sur le recouvrement de créances détenues par les établissements publics de l'Etat, par un de ses groupements d'intérêt public ou par les autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, ces contestations sont adressées à l'ordonnateur de l'établissement public, du groupement d'intérêt public ou de l'autorité publique indépendante pour le compte duquel l'agent comptable a exercé ces poursuites. / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; / b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. ".

7. Eu égard aux moyens articulés par Mme A à l'encontre de la saisie administrative à tiers détenteur en date du 19 avril 2019, la requérante ne conteste pas la régularité en la forme de l'acte de recouvrement. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, l'Anah n'est pas fondée à invoquer l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions de la requête dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur du 19 avril 2019 notifiée en vue de recouvrer une créance de nature administrative.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'exigibilité de la créance en raison du recours contentieux formé à l'encontre du titre exécutoire :

8. Aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables :/ 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. / Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. ". Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires. ".

9. Il résulte de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 que si l'opposition formée contre un titre exécutoire devant la juridiction compétente fait obstacle au recouvrement de la créance, l'intervention du jugement rejetant ladite opposition met fin à cet effet suspensif. Conformément aux dispositions précitées de l'article L. 11 du code de justice administrative, l'appel présenté contre le jugement rendu par un tribunal administratif n'entraîne pas par lui-même la suspension de l'exécution du titre qui ne pourrait être ordonnée que par le juge d'appel saisi de conclusions à fins de sursis présentées dans les conditions de droit commun.

10. Il résulte de ce qui précède que, dépourvu d'effet suspensif, l'appel formé le 15 juillet 2016 par Mme A devant le cour administrative d'appel de Bordeaux à l'encontre du jugement du 19 octobre 2018 du tribunal administratif de Toulouse ayant rejeté sa requête n'a pas entraîné la suspension de l'exécution du titre exécutoire du 31 juillet 2014. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que, en raison du recours formé devant la cour administrative d'appel de Bordeaux à l'encontre de ce titre exécutoire, l'Anah aurait méconnu les dispositions de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012, la cour administrative d'appel de Bordeaux n'ayant pas été saisie de conclusions à fin de sursis.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de solidarité :

11. La requérante soutient qu'elle n'est tenue qu'au paiement de la moitié de la somme de 28 290 euros au motif qu'aucun mécanisme de solidarité entre propriétaires n'est prévu en matière de subvention de l'Anah.

12. Aux termes de l'article 815-17 du code civil : " Les créanciers qui auraient pu agir sur les biens indivis avant qu'il y eût indivision, et ceux dont la créance résulte de la conservation ou de la gestion des biens indivis, seront payés par prélèvement sur l'actif avant le partage. Ils peuvent en outre poursuivre la saisie et la vente des biens indivis. / Les créanciers personnels d'un indivisaire ne peuvent saisir sa part dans les biens indivis, meubles ou immeubles. / Ils ont toutefois la faculté de provoquer le partage au nom de leur débiteur ou d'intervenir dans le partage provoqué par lui. Les coïndivisaires peuvent arrêter le cours de l'action en partage en acquittant l'obligation au nom et en l'acquit du débiteur. Ceux qui exerceront cette faculté se rembourseront par prélèvement sur les biens indivis. ". Aux termes de l'article 1202 du code civil, applicable au litige : " La solidarité ne se présume point ; il faut qu'elle soit expressément stipulée. ".

13. Il résulte de l'instruction que la subvention dont le reversement a été demandé par l'Anah a été sollicitée par Mme A en tant que représentante de l'indivision qu'elle formait avec son frère et que cette subvention a été versée sur un seul compte. En outre, Mme A indique, dans son courriel du 20 avril 2016 adressé à l'Anah, qu'elle a assuré seule la gestion des biens indivis et avoir décidé de les vendre en raison de ses problèmes de santé. Dans ces conditions, et alors que la subvention litigieuse a été accordée, sous condition du respect des engagements contenus dans la convention conclue avec l'Anah, à l'indivision constituée entre Mme A et son frère, et non pour moitié à chacun des deux propriétaires indivis, Mme A était solidairement tenue au paiement de la somme en litige de 28 290 euros correspondant au montant de la totalité de la subvention accordée à l'indivision formée avec son frère. Par suite, Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur en ce qu'elle excède la somme de 14 145 euros, correspondant à ses droits dans l'indivision.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 19 avril 2019 d'un montant de 28 290 euros doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de Mme A tendant à la restitution des sommes appréhendées par l'Anah et au remboursement des frais de poursuite ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Anah, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ciréfice, président,

M. Aymard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

C. CIRÉFICE

La greffière,

F. BELKAÏD

La République mande et ordonne au ministre chargé de la ville et du logement auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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