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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-1927290

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-1927290

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-1927290
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CAMILLE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Nîmes, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par M. A C.

Par cette requête, enregistrée le 20 décembre 2019 sous le n°1907290, M. A C, représenté par Me Gasquet, demande au tribunal :

- la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2011 et 2012 ;

- la mise à la charge de l'État d'une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration n'a pas indiqué dans les propositions de rectification la procédure utilisée pour effectuer les rehaussements au titre des années 2011 et 2012 ;

- les propositions de rectification du 2 décembre 2014 (exercice 2011) et du 5 mai 2015 (exercice 2012) sont insuffisamment motivées ; en effet, les charges non admises en déduction lors du contrôle de la société Prémium Communication ne sont pas précisées, les numéros, dates et destinataires des factures concernées n'étant pas précisés ; de même, au paragraphe consacré à la motivation des pénalités, les motifs de qualification de l'acte anormal de gestion, qui induisent le rejet des charges comptabilisées, ne sont aucunement exposés puisque la proposition de rectification n'explicite pas l'absence d'intérêt de la société à comptabiliser telle ou telle charge ;

- la pénalité pour manquement délibéré appliquée pour l'année 2011 n'est pas justifiée car elle ne démontre pas que les manquements délibérés qui auraient été commis par la SARL Premium Communication qui est une personne juridique différente de M. C ; il est certes indiqué que ce dernier a bénéficié directement de revenus inscrits dans le compte " partenariat ", mais ceci ne démontre pas en quoi le manquement reproché aurait été commis de façon délibéré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2020, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E D ;

- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Prémium Communication a fait l'objet d'une vérification de comptabilité qui a porté sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013 sur l'ensemble des déclarations fiscales. Afin de tirer les conséquences du contrôle de la société, M. C, salarié et associé de la SARL Prémium Communication, a fait l'objet de deux propositions de rectification du 2 décembre 2014 au titre de l'année 2011 et du 5 mai 2015 au titre de l'année 2012, adressées à M. C, l'administration lui a notifié des rehaussements d'impôt sur le revenu. M. C a contesté les impositions mises à sa charge en matière d'impôt sur le revenu au titre des années 2011 et 2012. Ces demandes ont fait l'objet d'une décision d'admission partielle notifiées le 31 octobre 2019. M. C demande la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2011 et 2012.

Sur la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, lorsque l'administration entend procéder à un rehaussement, il lui appartient de mentionner, dans la proposition de rectification, la nature de la procédure d'imposition qu'elle entend suivre à cette fin. Toutefois, l'omission de cette mention ou l'erreur que cette dernière pourrait comporter n'entache pas d'irrégularité la procédure en cause lorsque cette omission ou erreur n'a pas eu pour effet de priver le contribuable de l'une des garanties de procédure dont il était en droit de bénéficier. Au cas d'espèce, si les propositions de rectification du 2 décembre 2014 et du 5 mai 2015 ne mentionnaient pas la procédure de rectification contradictoire suivie par l'administration, elles invitaient M. C à présenter ses observations ou son acceptation dans un délai de trente jours. M. C n'a ainsi été privé d'aucune des garanties auxquelles il avait droit, notamment pas de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, cet organisme n'étant pas compétent pour émettre un avis sur un rehaussement portant sur des revenus de capitaux mobiliers. Dès lors, cette omission n'entache pas d'irrégularité la procédure d'imposition.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L 57 du Livre des procédures fiscales (LPF) : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ; () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ".

4. Il résulte de l'examen des propositions de rectification du 2 décembre 2014 au titre de l'année 2011 et du 5 mai 2015 au titre de l'année 2012, adressées à M. C que ces documents décrivaient les constatations de fait opérées, les règles de droit applicables et les conséquences de leur méconnaissance. Elles mentionnaient également le montant de l'imposition au titre des revenus de capitaux mobiliers auxquels le requérant a été assujetti à la suite de la vérification de comptabilité de la société Premium Communication et se référaient expressément aux propositions de rectification adressées à cette dernière. Ainsi, le vérificateur a fait référence au droit de communication exercé auprès de la Banque Populaire Occitane avec la copie des documents remis à Mme B lors de la réunion de synthèse du 16 avril 2015 et retranscrit les écritures comptables concernées suivant lesquelles le requérant a encaissé les virements et chèques tant pour l'année 2011 que 2012. Les tableaux indiquaient les comptes concernés, à savoir " Partenariat " et " Honoraires divers " pour 2011 et " Achats d'études et prestations " - " Frais de colloques, de séminaires " - " Achats matières premières " - " Dot. Prov. Dépré. Autres créances " pour 2012, et comportaient les montants concernés par chacun des crédits bancaires, la date, le code journal, le libellé, le débit, le bénéficiaire et le numéro de chèque. Ces propositions de rectification étaient ainsi suffisamment motivées au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, la seule circonstance que la proposition de rectification adressée à la société Prémium Communication n'ait pas été jointe à sa propre proposition de rectification n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure d'imposition.

Sur la majoration de 40 % pour manquement délibéré :

5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré. ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir un tel manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

7. Il résulte de l'instruction que la majoration de 40 % prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré a été appliquée aux omissions de déclarations par M. C, salarié et associé majoritaire, des rehaussements des bénéfices de la SARL Premium Communication constituant des revenus présumés distribués à son seul profit. Le vérificateur a précisé l'élément intentionnel en démontrant que la société SARL Premium Communication avait porté en compte de charges (" Honoraires divers " et " Partenariat ") des sommes relatives à des dépenses non justifiées dans l'intérêt de l'entreprise ou personnelles, et que M. C avait bénéficié directement de revenus inscrits dans ce compte " Partenariat ", ce qui implique qu'il connaissait donc l'origine des virements et chèques qu'il a perçus. Une telle motivation est suffisante au sens des dispositions précitées. La nature des manquements constatés sur la période vérifiée sont des critères objectifs permettant d'établir l'intention délibérée de M. C d'éluder les impôts et taxes dont il était redevable. Il n'est par conséquent pas fondée à contester l'application des majorations litigieuses.

Sur les frais de l'instance :

8. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le rapporteur,

P. D

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°1927290

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