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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-1927486

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-1927486

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-1927486
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantAUGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Nîmes, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par la SARL T.N.P.

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2019, la SARL T.N.P, représentée par Me Augot, demande au tribunal :

- de prononcer la décharge des impositions mises à sa charge en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés au titre de la période courant du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2015 ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée, s'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée et de la rectification du passif de taxe sur la valeur ajoutée non justifié opérée à l'impôt sur les sociétés ; le service s'est limité à constater qu'il existait de la taxe sur la valeur ajoutée collectée à régulariser au regard des rapprochements effectués ; la proposition de rectification ne contient pas la mention ou les références des éléments comptables ou des éléments de comptabilité présentés qui auraient servi de base à la détermination de la base à déclarer ;

- la méthode et le montant de la détermination des chiffres d'affaires imposables à la taxe sur la valeur ajoutée collectée proposés par le service ne sont pas fondés ; en effet, le service a retenu à tort des créances clients non encaissées alors que la société a une activité de prestataire de services ; l'ensemble des encaissements de l'exercice ont été régulièrement déclarés dans la liasse fiscale remise à l'administration ; cette dernière s'est abstenue de procéder à l'examen des encaissements bancaires ;

- la rectification opérée à l'impôt sur les sociétés portant sur le passif non justifié au titre d'un crédit sur compte courant - substitution de créance - au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015, n'est pas fondée ; la substitution d'une créance (de salaires) entre M. E et Mme A ne peut pas être considérée comme un abandon de créance dans la mesure où la société T.N.P ne s'est pas enrichie du fait du paiement par Mme A de la créance de salaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2020, le directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D C ;

- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL T.N.P, dirigée par Mme B A, principale associée de la société, exerce l'activité de transport de fret interurbain. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble des déclarations fiscales de la période du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2015, à l'issue de laquelle elle s'est vue notifier des rappels en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés de la période courant du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2015. Par une réclamation contentieuse du 16 juillet 2019, la SARL T.N.P a contesté les impositions mises à sa charge. Sa réclamation préalable ayant été rejetée, la requérante demande la décharge des impositions restées à sa charge.

Sur la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. " L'article R*57-l du même livre précise que : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. "

3. Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs de droit ou de fait et le montant des rehaussements envisagés, la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées, et que ces motifs doivent être suffisamment explicites pour permettre au contribuable d'engager une discussion contradictoire avec l'administration et de présenter utilement ses observations.

4. Dans la présente affaire, il résulte de l'examen de la proposition de rectification du 13 novembre 2017 que les prescriptions rappelées plus haut ont été respectées. Ainsi, s'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée, il est mentionné que le contrôle des bases imposables à la taxe sur la valeur ajoutée en matière de prestations de service a été effectué à partir du rapprochement entre les bases déclarées sur les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée CA3, les encaissements clients reconstitués à partir de la comptabilité présentée par la société et l'état de rapprochement effectué contradictoirement par le service et par la société T.N.P au cours des opérations de contrôle mettant en évidence des insuffisances de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre des périodes vérifiées. Contrairement à ce que soutient la SARL T.N.P, les chiffres retenus dans les tableaux de détermination des insuffisances de taxe sur la valeur ajoutée collectée sont ceux issus des fichiers des écritures comptables présentés par la société T.N.P, corroborés par la société elle-même au cours du débat oral et contradictoire. S'agissant de la rectification à l'impôt sur les sociétés au titre du passif taxe sur la valeur ajoutée non justifié, et comme en matière de taxe sur la valeur ajoutée, les données chiffrées relatives aux soldes clients, telles que mentionnées en page 6 de la proposition de rectification, résultent de la comptabilité présentée par la société ainsi que des éléments apportés par elle au cours des opérations de contrôle. La proposition de rectification attaquée comporte les mentions obligatoires définies par la jurisprudence dont l'énoncé précis des motifs relatifs aux insuffisances de chiffres d'affaires déclarés et ses conséquences au regard de la taxe sur la valeur ajoutée collectée exigible, et à la comptabilisation à l'impôt sur les sociétés d'un passif de taxe sur la valeur ajoutée non justifié, établies à partir des éléments comptables présentés. Les motifs de droit (articles 256, 269 et 278 du code général des impôts pour la taxe sur la valeur ajoutée) et de fait se rapportant à la mise en évidence d'insuffisances de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée collectée par la société au titre des périodes du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2014 et du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2015. Il en va de même en matière d'impôt sur les sociétés, s'agissant de la mise en évidence de la comptabilisation, à l'impôt sur les sociétés, d'un passif de taxe sur la valeur ajoutée non justifié au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2014. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L 57 du LPF manque en fait et doit, par suite, être écarté.

Sur le bien-fondé de l 'imposition :

En ce qui concerne la charge de la preuve

5. Aux termes des dispositions de l'article R 194-1 du livre des procédures fiscales, " lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. " La société T.N.P n'ayant présenté aucune observation suite aux rectifications qui lui ont été notifiées, la charge de la preuve de leur exagération lui incombe.

S'agissant de la méthode de détermination et du montant du chiffre d'affaires imposable à la taxe sur la valeur ajoutée

6. En application des dispositions de l'article 256.-I du code général des impôts, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. Il résulte des dispositions de l'article 266.-1.a du même code, que la base d'imposition est constituée, en matière de livraisons de biens et de prestations de services, par toutes les sommes, valeurs, biens ou services reçus ou à recevoir en contrepartie de ces opérations. Conformément aux dispositions de l'article 269-1-a du code général des impôts, le fait générateur de la taxe sur la valeur ajoutée se produit pour les prestations de services, lorsque la prestation est effectuée. S'agissant de prestations de services, la taxe sur la valeur ajoutée est exigible lors de l'encaissement des acomptes, du prix ou de la rémunération en application des dispositions de l'article 269-2-c du même code, sauf option formelle pour le paiement d'après les débits. Enfin, en application des dispositions de l'article 278 du même code, le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée est fixé à 20% à compter du 1er janvier 2014 (19,6 % pour les opérations réalisées avant cette date).

7. Il résulte de ces dispositions que, compte tenu de la nature de son activité de prestataire de service, la société T.N.P est redevable de la taxe sur la valeur ajoutée lors de l'encaissement des acomptes ou du prix de la prestation. Au cas d'espèce, il résulte de l'instruction que le rapprochement opéré par le service entre les opérations portées en comptabilité et les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée déposées, a mis en évidence que la société T.N.P a minoré une partie du chiffre d'affaires imposable correspondant aux encaissements reçus de ses clients. Le service a par conséquent reconstitué le chiffre d'affaires imposable à la taxe sur la valeur ajoutée au titre des encaissements en tenant compte des produits comptabilisés, des factures à établir et des créances clients à l'ouverture et à la clôture de chacune des périodes vérifiées, puis, procédé aux rappels de la taxe sur la valeur ajoutée collectée non déclarée correspondante aux discordances relevées.

8. La société requérante soutient que le service aurait retenu à tort des créances clients non encaissées alors que la société a une activité de prestataire de services, ce que dernier conteste fermement, relevant que seuls les encaissements ont été pris en compte. Elle ajoute que l'ensemble des encaissements de l'exercice a été régulièrement déclaré dans la liasse fiscale remise à l'administration et déplore que cette dernière n'ait pas procédé à l'examen des encaissements bancaires. Elle en conclut que le service vérificateur a intégré les créances clients dans le chiffre d'affaires alors que ces sommes n'ont pas été encaissées. Toutefois et en tout état de cause, l'examen des seuls encaissements portés au crédit du compte bancaire de la société ne permettait pas de déterminer les chiffres d'affaires imposables selon les taux différenciés de taxe sur la valeur ajoutée. Ensuite, il résulte de l'instruction, notamment des précisions non contredites apportées par le service, que l'examen de la taxe sur la valeur ajoutée (et de ses différents taux) en relation avec les comptes clients n'a pu être effectué compte tenu des fichiers informatiques remis par la société au vérificateur le 8 juin 2017. En effet, alors que la société T.N.P a bien créé des comptes de taxe sur la valeur ajoutée collectée en fonction du taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable, l'examen du compte client, globalisé mensuellement, n'a pas permis de distinguer les créances en fonction du taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable. Cet examen n'a été possible que par la remise par la société du détail des soldes du client en fonction de chaque taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable à la clôture de chaque période vérifiée. Dès lors, c'est à bon droit que, pour déterminer les encaissements et la taxe sur la valeur ajoutée exigible au titre de chaque période vérifiée, le service a pris en compte tous les produits comptabilisés aux comptes de classe 7 ainsi que la variation des comptes de factures à établir et de créances clients à l'ouverture et à la clôture de chaque période, différenciés selon le taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable, étant observé que par le jeu de la variation des comptes clients à l'ouverture et à la clôture de chaque période, le service n'a tenu compte que des sommes encaissées au titre de ladite période. Dès lors, en l'état des pièces du dossier, et alors que la requérante ne précise pas quelles sommes ou factures auraient été prises en compte à tort, le moyen doit être écarté.

S'agissant de la rectification d'impôt sur les sociétés portant sur le passif non justifié au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015

9. Aux termes des dispositions de l'article 38-2 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Aux termes des dispositions de l'article 1690 du code civil : " le cessionnaire n'est saisi à l'égard des tiers que par la signification du transport faite au débiteur. Néanmoins, le cessionnaire peut être légalement saisi par l'acceptation du transport faite par le débiteur dans un acte authentique ".

10. Il résulte de l'instruction que le service a remis en cause le passif correspondant à une somme portée au crédit du compte courant de Mme A d'un montant de 37 441 euros au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015. La requérante soutient qu'elle a procédé dans ses écritures comptables, à la transcription de la prise en charge d'une partie des salaires dus à M. E (ancien dirigeant et associé) par la société à laquelle Mme A se serait substituée. L'écriture en litige solderait les salaires dus à M. E à la clôture de l'exercice 2014. Toutefois, il résulte de l'instruction que d'une part ce prétendu transfert de créances n'a pas fait l'objet des formalités prévues à l'article 1690 du code civil en matière de cession de créances. D'autre part, le service précise sans être contredit que l'examen des relevés bancaires produits par Mme A afin de justifier de l'écriture litigieuse a révélé qu'aucun mouvement bancaire ne venait justifier l'écriture comptabilisée. Dès lors, c'est à bon droit que le service a remis en cause le passif correspondant à la somme portée au crédit du compte courant de Mme A d'un montant de 37 441 euros au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015, ce qui a eu pour effet d'augmenter d'autant l'actif net de la société T.N.P et de générer un profit imposable à son nom à l'impôt sur les sociétés en application des dispositions précitées.

Sur les frais de l'instance :

11. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL T.N.P est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL T.N.P et au directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

Le rapporteur,

P. C

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°1927486

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