mercredi 9 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2002167 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARLU RYCKMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2020, complétée les 6 avril et 15 juin 2021, la SARL Arcade's Foods, représentée par la SELARL d'avocats Ryckman et associés, demande au tribunal :
- de prononcer la décharge des rappels de TVA et d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre des exercices clos les 30 juin 2014, 2015 et 2016 et des amendes prévues à l'article 1759 du code général des impôts (CGI) pour non désignation de bénéficiaires de revenus distribués,
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration n'était pas fondée à rejeter la comptabilité de la société au seul motif qu'elle ne pouvait justifier le montant de ses recettes pour les années vérifiées qu'en présentant un brouillard de caisse, récapitulant globalement les ventes de la journée, alors que la documentation fiscale l'autorise ;
- la méthode de reconstitution de ses recettes, fondée sur l'utilisation des factures de la société MCA Distribution est erronée, dès lors qu'aucun élément ne permet de rattacher ces factures à la société Arcade's Foods ; ainsi, l'intégralité des factures et bons de livraison de la société MCA mentionnent que l'adresse du client et le lieu de livraison sont situés à Valence et non pas à Saint-Christol-Les-Alès comme l'indique l'administration Fiscale dans sa proposition de rectification ; par conséquent, les rappels de TVA sont infondés ;
- l'utilisation du coefficient de marge brute, accepté par l'entreprise au titre de l'exercice clos au 30 juin 2008, lors d'un précédent contrôle, est mal fondée dès lors que les conditions d'exercice de l'activité de la société sont différentes s'agissant de la reconstitution de recettes portant sur les exercices 2014 et 2015 ;
- dans la mesure où elle conteste l'intégralité des chefs de redressement, en l'absence de revenus distribués, il n'y avait pas lieu pour la société de désigner de bénéficiaires ; en outre, en application de l'article 1756 du CGI, l'amende en cause doit être annulée ;
- l'application des pénalités pour manquement délibéré est injustifiée compte tenu du mal-fondé des rappels.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2021, complété les 6 avril et 28 juin 2021, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut non-lieu à statuer à hauteur de la remise effectuée concernant l'amende pour non désignation des bénéficiaires des revenus distribués et au rejet du surplus de la requête
Il soutient que les moyens invoqués sont, pour le surplus, infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D C ;
- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Arcade's Foods, restaurant, domiciliée au 1 boulevard Charles Gounod à Alès (30100), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 14 février au 21 juin 2017 concernant les exercices clos les 30 juin 2014, 30 juin 2015 et 30 juin 2016 en matière d'impôt sur les sociétés (IS), prolongée jusqu'au 3ème trimestre 2016 en matière taxe sur la valeur ajoutée (TVA), à l'issue de laquelle elle s'est vue notifier des rappels en matière de TVA pour les années 2014 et 2015 et d'impôt sur les sociétés pour l'année 2015. Par ailleurs, la société a été assujettie aux amendes prévues à l'article 1759 du code général des impôts (CGI) pour non désignation de bénéficiaires de revenus distribués pour 2014 et 2015. Par une réclamation contentieuse du 17 février 2020, la SARL Arcade's Foods a contesté les impositions mises à sa charge. Sa réclamation préalable ayant été rejetée le 11 juin 2020, la requérante demande la décharge en droits et pénalités des rappels mis à sa charge.
Sur l'étendue du litige :
2. Le directeur départemental des finances publiques du Gard a procédé en cours d'instance à la remise des amendes infligées en application de l'article 1759 du code général des impôts. Les conclusions de la requête correspondantes sont par suite devenues sans objet. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur cette partie du litige.
Sur le bien-fondé de l 'imposition :
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité
3. Si la SARL Arcade's Foods conteste le rejet de sa comptabilité par l'administration, il est constant que, sur la période vérifiée, aucune pièce de recettes de nature à justifier l'exactitude des résultats déclarés (notes clients, doubles de notes remises aux clients pour la partie " ventes à consommer sur place ", bons de commande, souches carnets clients numérotés et datés, recettes ventilées par taux de TVA) n'a été présentée. Le contrôle a révélé que la société globalisait mensuellement ses recettes en faisant seulement une distinction en fonction du mode de paiement (espèces et chèques), sans indication de paiement par tickets restaurant. L'examen de la comptabilité et les investigations menées ont permis en outre de constater l'absence d'un compte caisse reflétant la réalité des recettes encaissées, tandis que les inventaires de stocks communiqués pour chacun des exercices étaient entachés d'anomalies. Dans ces conditions, pour ces seuls motifs, et faute pour la SARL Arcade's Foods de présenter des justificatifs de recettes permettant de retracer précisément le détail chronologique et quotidien des ventes, l'administration a pu à bon droit rejeter la comptabilité présentée comme irrégulière et non probante, celle-ci devant être regardée comme entachée de graves irrégularités au sens des dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales.
4. La société requérante n'est par ailleurs pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe 60 de la doctrine BOI-CF-IOR-10-20 du 12 septembre 2012 dès lors que cette doctrine ne donne pas d'interprétation différente de la loi fiscale ni du §40 du BOI-BICDECLA-30-10-20-50 qui admet, pour tenir compte des conditions d'exercice du commerce de détail, " lorsque la multiplicité et le rythme élevé des ventes de faible montant font pratiquement obstacle à la tenue d'une main courante, que l'enregistrement global des recettes en fin de journée ne suffise à lui seul à faire écarter la comptabilité présentée à condition toutefois que celle-ci soit, par ailleurs, bien tenue et que les résultats-et notamment le bénéfice brut qu'elle accuse - soient en rapport avec l'importance et la production apparente de l'entreprise ", dès lors que la comptabilité de la SARL Arcade's Foods, contrairement aux prescriptions de cette doctrine, n'était pas régulièrement tenue.
En ce qui concerne la méthode de détermination et du montant du chiffre d'affaires :
5. Il résulte de l'instruction que la SAS MCA Distribution, fournisseur de la société Arcade's Foods, grossiste alimentaire spécialisé à Valence (Drôme), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité informatisée. Le contrôle a révélé l'existence, dans sa comptabilité, de deux " identifiants clients " qui se suivent : le premier mentionne la dénomination de la SARL Arcade's Foods, et l'autre libellé " client comptant " sis 134 F Chemin Louis Durand 30380 Saint-Christol-Les-Alès. Au titre des exercices 2014 et 2015, il a été constaté qu'ont été livrées pour le compte " client comptant " et le compte " SARL Arcade's Foods " des marchandises identiques (correspondant à 50 factures au titre de 2014 et à 5 factures au titre de 2015) et avaient fait l'objet de règlements en espèces. Par ailleurs, l'adresse de ce compte " client comptant ", soit au 134 F Chemin Louis Durand, 30380 Saint-Christol-Les-Alès, correspond, d'une part, au siège social de la SCI Ilan, dont le dirigeant est M. A B, et d'autre part à l'adresse personnelle de ce dernier, également associé dans la société Arcade's Foods, au titre de l'impôt sur le revenu pour chacune des années 2014, 2015 et 2016. Il résulte des mentions contenues dans la proposition de rectification que les recoupements avec la comptabilité du fournisseur MCA Distribution révèlent que l'adresse 134 F Chemin Louis Durand à Saint-Christol-Les-Alès est identique aux deux comptes clients n° CL 00844 et CL01459. Chaque facturation effectuée au nom de la Sarl Arcade's Foods génère automatiquement en suivant une facturation identique, ce qui tend à établir que le compte affecté au compte " client comptant " CL 01459 correspond à un deuxième compte client de la société Arcade's Foods. Or, les achats effectués sous une autre identité (sous la dénomination " client comptant ") par l'entreprise Arcade's Foods sont régulièrement comptabilisés chez le fournisseur MCA Distribution. Au surplus, il résulte des renseignements recueillis chez ce fournisseur que les numéros de comptes clients se suivent, ce qui laisse supposer que la création de ces comptes a été concomitante, que les achats effectués sur le compte " client comptant CL 01459 " sont systématiquement réglés en espèces, alors que ceux effectués sur le compte Arcade's Foods CL 00844 sont réglés par chèque, que le rapprochement des deux comptes établit une périodicité hebdomadaire des achats et enfin que les produits achetés sur chacun des comptes sont identiques et les quantités sont équivalentes. La requérante n'est par suite pas fondée à soutenir qu'aucun élément ne permettrait de rattacher ces factures à la société Arcade's Foods.
6. Si cette dernière fait valoir en outre que l'intégralité des factures et bons de livraison de la société MCA mentionneraient que l'adresse du client et le lieu de livraison sont situés à Valence et non pas à Saint-Christol-Les-Alès, la seule identité visible sur les factures étant " client comptant 26000 Valence France métropolitaine ", ce que confirmerait l'ancien gérant de la société MCA Distribution, en situation de liquidation judiciaire depuis le 16 juillet 2018, cette attestation, rédigée en 2017, est dépourvue de toute valeur probante dès lors que les recoupements avec la comptabilité du fournisseur MCA Distribution révèlent que l'adresse 134 F Chemin Louis Durand à Saint-Christol-Les-Alès est identique aux deux comptes clients n° CL 00844 et CL 01459. Par conséquent, la société Arcade's Foods n'est pas fondée à soutenir que la méthode de reconstitution de ses recettes serait erronée ou radicalement viciée.
En ce qui concerne le coefficient de marge brute choisi :
7. Il résulte de l'instruction que la vérificatrice a retenu pour les années en litige un coefficient de marge brute de 1,93, identique à celui déterminé lors d'un précédent contrôle au titre de la période allant du 1er janvier 2006 au 30 juin 2008, afin d'opérer la reconstitution de recettes de la société. La société Arcade's Foods conteste ce coefficient au motif, non établi, que les conditions d'exercice de l'activité de la société auraient évolué depuis le précédent contrôle. Toutefois, le service relève sans être contredit qu'au titre des exercices clos en 2014 et 2015, la société Arcade's Foods a déclaré un coefficient de marge de 2,14 et 2,02, supérieur à celui retenu par le service vérificateur et donc favorable à la requérante. Par conséquent, le moyen doit être écarté.
Sur les majorations pour manquement délibéré :
8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré. ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".
9. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir un tel manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
10. Il résulte des mentions contenues dans la proposition de rectification qu'en achetant, sous une autre identité, des marchandises, réglées en espèces, destinées à être commercialisées par le restaurant " Arcade's Foods ", la requérante a, en toute connaissance de cause, élaboré un procédé de nature à réduire la matière imposable tant en matière d'impôt sur les sociétés, qu'en matière de TVA afin d'éluder les recettes imposables correspondantes. La nature de ces manquements, le caractère répétitif des minorations relevées sur la période vérifiée, alors qu'un précédent contrôle avait déjà relevé une absence de comptabilité probante et une minoration des recettes, établissent l'intention délibérée de la requérante d'éluder l'essentiel des impôts et taxes dont elle était redevable. Elle n'est par conséquent pas fondée à contester l'application des majorations litigieuses.
Sur les frais de l'instance :
En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la SARL Arcade's Foods à concurrence de la remise des amendes infligées en application de l'article 1759 du code général des impôts.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Arcade's Foods est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Arcade's Foods et au directeur départemental des finances publiques du Gard.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.
Le rapporteur,
P. C
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2002167
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026