LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2002214

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2002214

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2002214
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2020 et le 30 novembre 2022, M. F E, représenté par Me Passet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'ordonner une mesure d'expertise judiciaire relative au syndrome anxio-dépressif dont il est atteint et aux préjudices résultant de cette maladie ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier du Vigan à lui verser, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, la somme totale de 294 804,99 euros assortie des intérêts de retard au taux légal à compter de sa demande indemnitaire préalable et des intérêts capitalisés ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge du centre hospitalier du Vigan la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- dès lors que le rapport d'expertise établi par le Dr A rend impossible l'évaluation des préjudices subis, il y a lieu d'ordonner une nouvelle expertise judiciaire ;

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier du Vigan doit être engagée au titre de l'absence d'aménagement de son poste de travail, de la discrimination qu'il a subie à raison de son état de santé, du harcèlement moral dont il a fait l'objet, de la violation du secret médical, du retard pris dans l'exécution des jugements rendus par la juridiction administrative, de l'absence d'indemnisation de ses congés, du manquement à l'obligation de prévention incombant au centre hospitalier ;

- il est également fondé à rechercher la responsabilité sans faute du centre hospitalier du Vigan dès lors que le syndrome anxio-dépressif dont il souffre est imputable au service ;

- au titre des préjudices subis, il est fondé à réclamer la somme de 30 000 euros en raison de son préjudice de carrière, de 14 654,99 euros en raison de ses jours de congés, de 48 000 euros en raison de son déficit fonctionnel temporaire, de 25 950 euros en raison de son déficit fonctionnel permanent, de 10 000 euros en raison des souffrances endurées, de 15 000 euros en raison du préjudice d'agrément, de 1 200 euros en raison des frais d'expertise, de 100 000 euros en raison de son préjudice moral et de 50 000 euros en raison des troubles dans les conditions d'existence.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 octobre 2020 et les 1er et 15 décembre 2022, le centre hospitalier du Vigan, représenté par la SCP GMC Avocats Associés, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit pris acte de ce qu'il ne s'oppose pas à la tenue d'une nouvelle expertise judiciaire, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les griefs dirigés à son encontre, ainsi que le montant des demandes indemnitaires, présentent un caractère excessif ;

- il n'a commis à l'encontre de M. E aucun comportement discriminatoire ou de harcèlement moral ;

- le syndrome anxio-dépressif dont souffre M. E n'est pas exclusivement imputable aux relations professionnelles dégradées de l'intéressé ;

- au titre de la prétendue perte de rémunération, du préjudice de carrière et de la perte de pension de retraite, cette demande indemnitaire doit être rejetée car la situation de M. E a été régularisée ;

- la demande indemnitaire relative aux jours de congés doit être rejetée dès lors qu'aucune sollicitation n'a été présentée dans les délais impartis ;

- au titre de l'indemnisation des préjudices patrimoniaux, extrapatrimoniaux, des troubles dans les conditions d'existence, la nature des préjudices et leur montant ne sont pas explicités par le requérant, étant souligné que l'expert judiciaire ne retient pas de préjudice sexuel, de préjudice d'établissement, ni aucun préjudice d'agrément ;

- le préjudice moral n'est pas justifié et la demande indemnitaire de 100 000 euros présentée à ce titre est particulièrement excessive.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- les observations de Me Passet représentant M. E, et de Me Soulier représentant le centre hospitalier du Vigan.

Une note en délibéré présentée pour M. E a été enregistrée le 28 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, infirmier hygiéniste affecté au centre hospitalier du Vigan, a présenté une demande indemnitaire au titre des préjudices qu'il estime avoir subis en raison des fautes commises par son employeur et de la maladie professionnelle dont il est atteint. Cette demande indemnitaire a été rejetée le 28 mai 2020 par le centre hospitalier du Vigan. La demande indemnitaire de M. E ayant été complétée en cours d'instance par un courrier du 23 novembre 2022 adressé au centre hospitalier du Vigan, l'intéressé demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier du Vigan à lui verser la somme totale de 294 804,99 euros, assortie des intérêts de retard au taux légal à compter de sa demande indemnitaire préalable et des intérêts capitalisés.

Sur la responsabilité du centre hospitalier du Vigan :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute du centre hospitalier du Vigan :

2. D'une part, en vertu des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les fonctionnaires civils de l'Etat qui se trouvent dans l'incapacité permanente de continuer leurs fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées en service peuvent être radiés des cadres par anticipation et ont droit au versement d'une rente viagère d'invalidité cumulable avec la pension rémunérant les services. Il résulte des dispositions du cinquième alinéa de l'article L. 28 du même code, dans sa rédaction antérieure à la loi du 28 décembre 2011 de finances pour 2012, puis de l'article L. 30 ter issu de cette loi, que le montant cumulé de la rente viagère d'invalidité et de la pension rémunérant les services ne peut excéder le traitement mentionné à l'article L. 15. Les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, puis les articles 36 et 37 du décret du 26 décembre 2003 ayant le même objet, ont prévu des règles comparables au profit des fonctionnaires soumis à la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière.

3. D'autre part, l'article 80 de la loi du 9 janvier 1986 impose aux établissements de santé d'allouer aux fonctionnaires atteints d'une invalidité résultant d'un accident de service entraînant une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec leur traitement et versée à compter de la date de reprise des fonctions. L'article 4 du décret du 24 décembre 1963 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux agents permanents des collectivités locales et de leurs établissements publics, puis l'article 4 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, ont prévu que le montant de l'allocation est fixé à la fraction du traitement brut afférent à l'indice 100 correspondant au taux d'invalidité. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions, rappelées ci-dessus, qui instituent ces prestations, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

4. Il résulte de l'instruction que le syndrome anxio-dépressif dont M. E souffre depuis le 11 mai 2015 a été reconnu comme imputable au service par une décision du centre hospitalier du Vigan en date du 27 juin 2019, cette décision faisant suite au jugement n° 1702768 rendu le 11 juin 2019 par le tribunal administratif de Nîmes, confirmé par l'arrêt n° 19MA03684 de la cour administrative d'appel de Marseille en date du 22 octobre 2020. Dans ces conditions, il résulte de ce qu'il a été dit aux points précédents que M. E est fondé à invoquer la responsabilité sans faute du centre hospitalier du Vigan au titre des préjudices de déficits fonctionnels temporaire et permanent, des souffrances endurées, du préjudice d'agrément, des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral liés au syndrome anxio-dépressif.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute du centre hospitalier du Vigan :

5. En premier lieu, le requérant reproche au centre hospitalier du Vigan de ne pas avoir procédé à l'aménagement de poste que nécessitait son état de santé. Il résulte de l'instruction que M. E est atteint depuis plusieurs années d'une spondylarthrite sévère ankylosante pour laquelle la qualité de travailleur handicapé lui a été reconnue en novembre 2003 et qui a justifié son placement en congé de longue maladie du 7 mars 2009 au 4 mars 2012, puis en mi-temps thérapeutique jusqu'au 4 mars 2013. A l'issue de cette période, après avoir demandé à exercer ses fonctions à mi-temps, M. E a été réintégré sur sa demande à temps complet à partir du 1er avril 2013. Compte tenu toutefois de sa pathologie, le médecin du travail a préconisé le 9 avril 2013 l'aménagement du poste de travail de l'intéressé par la mise en œuvre d'une organisation sur le mode pendulaire, lui permettant d'exercer une partie de ses fonctions à domicile, et par l'acquisition d'un fauteuil ergonomique, ainsi qu'une dotation en matériel informatique dédié. Dès lors que le centre hospitalier du Vigan n'établit pas que l'ensemble des préconisations du médecin du travail qui aurait permis à M. E d'exercer ses fonctions dans des conditions adaptées à son handicap auraient été respectées, le requérant est fondé à soutenir que le centre hospitalier du Vigan a commis une faute eu égard à l'insuffisance des mesures prises afin d'adapter le poste de travail de l'intéressé à la spondylarthrite sévère ankylosante dont il est atteint.

6. En deuxième lieu, le requérant soutient que Mme C, qui était à la fois la secrétaire du médecin de prévention et l'épouse du directeur du centre hospitalier du Vigan, aurait divulgué à des tiers des informations médicales concernant M. E. Toutefois, les attestations de trois collègues que le requérant verse à l'instance ne sont guère circonstanciées et sont insuffisamment probantes pour justifier de la violation du secret médical alléguée.

7. En troisième lieu, le requérant soutient avoir été victime d'une discrimination fondée sur son état de santé. Dès lors que le requérant se prévaut, à cet égard, de l'absence d'aménagement de son poste de travail et de la violation du secret médical, il y a seulement lieu de retenir, eu égard à ce qu'il a été dit précédemment, la faute tirée de l'absence d'aménagement de son poste de travail.

8. En quatrième lieu, le requérant soutient avoir fait l'objet de harcèlement moral en raison d'un climat conflictuel caractérisé par des décisions illégales prises à son encontre par le centre hospitalier du Vigan et par la violation d'informations le concernant couvertes par le secret médical, l'intéressé se prévalant en outre de témoignages de collègues.

9. Tout d'abord, il résulte de l'instruction que M. E a fait l'objet de 2015 à 2018 de plusieurs décisions administratives de la part du centre hospitalier du Vigan, qui ont été annulées par les juridictions administratives. En effet, la décision en date du 29 septembre 2015 portant refus de congés de longue maladie et reprise immédiate du travail a été annulée par le jugement n° 1503621 du tribunal administratif de Nîmes, confirmé par l'arrêt n° 17MA02057 de la cour administrative d'appel de Marseille. La décision du 8 octobre 2015 portant radiation des cadres pour abandon de poste a été annulée par le jugement n° 1503620 du tribunal administratif de Nîmes, confirmé par l'arrêt n° 17MA02045 de la cour administrative d'appel de Marseille. Le titre exécutoire du 8 février 2016 portant remboursement de salaires au titre de l'année 2015 a été annulé par le jugement n° 1601010 du tribunal administratif de Nîmes, confirmé par l'arrêt n° 17MA02058 de la cour administrative d'appel de Marseille. Le titre exécutoire du 10 octobre 2016 portant remboursement de salaires au titre de l'année 2016 a été annulée par le jugement n° 1603935 du tribunal administratif de Nîmes, confirmé par l'arrêt n° 17MA03560 de la cour administrative d'appel de Marseille. La décision du 26 juillet 2017 portant refus d'imputabilité au service de la maladie affectant M. E a été annulée par le jugement n° 1702768 du tribunal administratif de Nîmes, confirmé par l'arrêt n° 19MA03684 de la cour administrative d'appel de Marseille. La décision du 26 janvier 2018 portant et refus de congé de longue maladie a été annulée par le jugement n° 1800612 du tribunal administratif de Nîmes. Si ces illégalités sont fautives, il résulte toutefois de l'instruction que la première décision du 29 septembre 2015 a été annulée au motif retenu par la cour administrative d'appel de Marseille tiré de ce que l'intéressé n'avait pas été informé de ses droits relatifs à la communication de son dossier. La deuxième décision précitée en date du 8 octobre 2015 a été annulée au motif que le centre hospitalier du Vigan ne pouvait pas adresser à M. E de mise en demeure de reprendre ses fonctions sans l'avoir invité à se soumettre à une contre-visite médicale par un médecin agréé. En ce qui concerne les deux titres exécutoires émis les 8 février et 10 octobre 2016, ces deux titres ont été annulés par voie de conséquence de l'annulation des deux premières décisions des 29 septembre et 8 octobre 2015. S'agissant des deux dernières décisions des 26 juillet 2017 et 26 janvier 2018, il y a lieu de relever que ces décisions avaient été prises au vu des avis défavorables à l'agent rendus par la commission de réforme, que le centre hospitalier du Vigan avait décidé de suivre. L'ensemble de ces éléments ne permet pas de présumer une situation de harcèlement moral.

10. Ensuite, les quelques témoignages d'anciens collègues produits à l'instance par le requérant ne sont pas suffisamment circonstanciés pour présumer une situation de harcèlement moral, étant souligné qu'aucune pièce ne permet d'étayer l'allégation selon laquelle une demande de réunion du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail afin d'évoquer la situation de M. E aurait été présentée en vain par les représentants syndicaux auprès de la direction du centre hospitalier du Vigan.

11. Enfin, comme indiqué précédemment, la violation du secret médical dont se prévaut le requérant n'est pas établie.

12. Il résulte de ce qui précède que les éléments tels qu'analysés ci-dessus, pris isolément ou dans leur ensemble, ne permettent pas de présumer l'existence d'un harcèlement moral.

13. En cinquième lieu, le requérant soutient que l'obligation de prévention en matière de risques psycho-sociaux, qui incombait au centre hospitalier du Vigan en vertu des articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail, n'a pas été respectée par cet établissement. Dès lors que la faute imputée à ce titre par le requérant tient à l'absence d'aménagement du poste de travail en dépit des courriels adressés par M. E à la direction du centre hospitalier du Vigan sur ce point, il y a lieu de retenir, eu égard à ce qu'il a été dit précédemment, la faute tirée de l'absence d'aménagement de son poste de travail.

14. En sixième lieu, le requérant reproche au centre hospitalier du Vigan d'avoir tardé à exécuter les décisions rendues par les juridictions administratives relatives à ses demandes de congé de longue maladie et de reconnaissance de l'imputabilité au service de son syndrome anxio-dépressif et aux condamnations au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

15. Tout d'abord, s'agissant de l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif dont souffre M. E, il résulte de l'instruction que ce litige a été tranché sur le fond par le jugement n° 1702768 du 11 juin 2019 rendu par le tribunal administratif de Nîmes, confirmé le 22 octobre 2020 par la cour administrative d'appel de Marseille, et que la décision du centre hospitalier du Vigan, portant reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de M. E à compter du 11 mai 2015, est datée du 27 juin 2019, étant précisé que la régularisation financière résultant de cette reconnaissance au titre de 2019 a eu lieu sur la paie du mois d'août 2019. Dans ces conditions, aucun retard fautif ne saurait être imputé au centre hospitalier du Vigan dans la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie dont était atteint l'intéressé. En revanche, s'agissant des régularisations financières au titre des années 2015 à 2018 incluse, elles n'ont été accomplies qu'en octobre 2021. Cette dernière régularisation s'avère tardive et constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier du Vigan.

16. Ensuite, s'agissant du litige ayant opposé M. E au centre hospitalier du Vigan quant au bénéfice d'un congé de longue maladie, il résulte de l'instruction que le jugement n° 1503621 en date du 24 mars 2017, qui enjoignait au centre hospitalier du Vigan de procéder au réexamen de la situation de M. E dans le délai d'un mois, n'a été effectivement exécuté que le 26 janvier 2018, date à laquelle le centre hospitalier du Vigan a pris de nouveau une décision portant refus de congé de longue maladie au vu de l'avis rendu le 8 juin 2017. Compte tenu de la durée de dix mois prise par le centre hospitalier du Vigan, une telle durée n'apparaît pas justifiée et constitue un retard fautif de nature à engager la responsabilité de l'administration.

17. Enfin, il résulte de l'instruction qu'à la suite du recours intenté par M. E à l'encontre de la décision précitée du 26 janvier 2018, le litige relatif au bénéfice du congé de longue maladie a été définitivement tranché sur le fond par le jugement n° 1800612 rendu le 21 novembre 2019 par le tribunal administratif de Nîmes. Dès lors que cette décision de justice est postérieure au jugement n° 1702768 précité relatif au litige en matière d'imputabilité au service de la maladie de M. E et que le centre hospitalier du Vigan avait décidé le 27 juin 2019 de reconnaitre l'imputabilité au service de la maladie de M. E à compter du 11 mai 2015, le jugement n° 1800612 n'appelait pas, dans ces circonstances particulières, de mesure d'exécution supplémentaire.

18. En septième et dernier lieu, le requérant fait valoir que le centre hospitalier du Vigan a commis une faute à son endroit en ne l'indemnisant pas de ses congés payés. Toutefois, en l'état de l'instruction, il n'est pas établi que M. E ait été admis à la retraite. Dès lors qu'une telle circonstance fait obstacle à ce que l'intéressé soit fondé à être indemnisé des jours de congé annuel non pris à cause de son placement en congé maladie imputable au service, aucune faute n'a été commise par le centre hospitalier du Vigan.

19. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à rechercher la responsabilité pour faute du centre hospitalier du Vigan au titre du défaut d'aménagement de son poste de travail, du retard dans l'exécution du jugement n° 1503621 en matière de congé de longue maladie et de la régularisation tardive de ses rémunérations des années 2015 à 2018 à la suite de la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie.

Sur les préjudices subis par M. E et leur réparation :

En ce qui concerne l'indemnisation à laquelle M. E a droit au titre de la responsabilité sans faute du centre hospitalier du Vigan :

20. En premier lieu, en ce qui concerne le préjudice financier que le requérant réclame dans sa requête à hauteur de 40 859 euros au titre de la perte de rémunération et de la perte de chances d'obtenir les primes, le centre hospitalier du Vigan indique en défense avoir versé au requérant au titre de ce préjudice notamment la somme totale de 57 514,05 euros. En l'absence de réplique sur ce point du requérant dans son mémoire complémentaire, dans lequel n'est plus mentionné ce chef de préjudice, cette demande indemnitaire doit être rejetée.

21. En deuxième lieu, en ce qui concerne le préjudice de carrière pour lequel le requérant réclame la somme de 30 000 euros, cette demande doit être rejetée dès lors que ce chef de préjudice doit être regardé comme réparé par la rente viagère d'invalidité ou l'allocation temporaire d'invalidité.

22. En troisième lieu, en ce qui concerne les autres chefs de préjudice, il y a lieu, avant de statuer sur sa requête, d'ordonner une expertise, dans les conditions définies dans le dispositif du présent jugement, dès lors que le rapport établi le 10 février 2021 par l'expert judiciaire, le Dr A, ne fournit pas d'explication quant à la date de consolidation du 15 mai 2019 qu'il retient, alors que le certificat établi le 11 octobre 2021 par le Dr D indique que l'état de santé de l'intéressé n'était pas stabilisé à cette date, et que le rapport du Dr A omet d'indiquer le taux du déficit fonctionnel temporaire.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur les conclusions de la requête de M. E, procédé à une expertise confiée à un médecin psychiatre qui aura pour mission de :

1. Se faire communiquer les documents médicaux utiles à sa mission, examiner M. F E et décrire son état actuel et en particulier les pathologies dont il est atteint ;

2. Indiquer les soins, traitements et interventions dont M. E a fait l'objet en raison de son trouble dépressif ;

3. Déterminer la date de consolidation de cette pathologie et indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration.

4. Déterminer en se fondant sur les règles de droit commun applicables à l'évaluation du préjudice corporel les chefs de préjudices suivants, en relation directe avec son trouble dépressif :

- déficit fonctionnel temporaire : indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles, et préciser le taux de ce déficit pour chacune de ces périodes ;

- déficit fonctionnel permanent : indiquer si, après la consolidation, la victime subit un déficit fonctionnel permanent ; évaluer l'altération permanente d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles mentales ou psychiques en en chiffrant le taux ;

- souffrances endurées : décrire les souffrances physiques, psychiques ou morales découlant du trouble dépressif ; les évaluer distinctement dans une échelle de 1 à 7 ;

- préjudice d'agrément : indiquer si la victime est empêchée en tout ou partie de se livrer à des activités spécifiques de sport ou de loisir.

5. Etablir un état récapitulatif de l'ensemble des postes énumérés dans la mission ;

6. Fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles d'éclairer le tribunal sur le présent litige.

Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. F E et le centre hospitalier du Vigan. L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3: Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, au centre hospitalier du Vigan et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions