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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2002744

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2002744

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2002744
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET ABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 septembre 2020 et le 18 septembre 2020, la SA Marlex et la SCI Mikadem, représentées par l'AARPI Choley et Vidal, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Pertuis à leur verser ensemble la somme de 209 000 euros en réparation de leur préjudice financier, assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 juillet 2020 ;

2°) de réserver leurs droits d'assortir ultérieurement ce préjudice du montant définitif des dépens auxquels elles ont été condamnées par l'arrêt de la cour d'appel de Nîmes du 18 avril 2019 ;

3°) de constater l'existence du préjudice économique de la SA Marlex et de réserver son droit de chiffrer ultérieurement le montant définitif de ce préjudice ;

4°) de constater le préjudice subi par la SCI Mikadem constitué par la perte de valeur vénale de la parcelle cadastrée section BB n° 138 et du hangar qui y est construit, et de réserver son droit de chiffrer ultérieurement le montant définitif de ce préjudice ;

5°) de mettre à la charge de commune de Pertuis une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SA Marlex et la SCI Mikadem soutiennent que :

- la commune de Pertuis a commis une faute en adoptant le 30 novembre 1992 la délibération portant création de la ZAC Saint Martin, dès lors que cette délibération a été adoptée sans étude d'impact préalable sur les nuisances sonores susceptibles d'être générées par cette création ;

- la commune de Pertuis a commis une faute en délivrant le 3 décembre 2010 à la SCI Mikadem un permis de construire, en méconnaissance des articles R. 111-2 du code de l'urbanisme, sans rechercher si le projet était de nature à porter atteinte à la salubrité publique ;

- ces fautes, qui sont en lien de causalité avec leurs préjudices, sont de nature à engager la responsabilité de la commune de Pertuis ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute de la commune de Pertuis est susceptible d'être engagée, sur le fondement des dommages de travaux publics ;

- elles ont subi un préjudice financier constitué par leur condamnation par la cour d'appel de Nîmes à indemniser les voisins immédiats ;

- la SA Marlex a subi un préjudice économique du fait de la réduction de son activité et de l'augmentation des charges salariales ;

- la SCI Mikadem a subi un préjudice économique par suite de la perte de valeur vénale de la parcelle et de la construction édifiée sur cette parcelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2021, la commune de Pertuis, représentée par la SELARL Abeille et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des sociétés requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Pertuis soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle méconnait l'autorité de la chose jugée ;

- l'action des sociétés requérantes est prescrite ;

- les moyens soulevés par la SA Marlex et la SCI Mikadem ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 77-1141 du 12 octobre 1977 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

-puis les observations de Me Meot, représentant la SA Marlex et la SCI Mikadem,

- et les observations de Me Rigaud, représentant la commune de Pertuis.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Mikadem, propriétaire depuis le 29 décembre 2010 de la parcelle cadastrée section BB n° 138 située dans la zone d'aménagement concertée Saint Martin, sur le territoire de la commune de Pertuis, a fait édifier sur cette parcelle un bâtiment à usage de local de stockage et de bureaux, et un parking pour 34 véhicules de tourisme ou utilitaires. La SA Marlex y exerce une activité de déménagement et garde-meubles. Par arrêt du 18 avril 2019, la cour d'appel de Nîmes, après avoir constaté l'existence d'un trouble anormal de voisinage, a condamné ces deux sociétés in solidum à verser à trois voisins dont les habitations sont situées à proximité de cette parcelle, la somme totale de 202 000 euros, en réparation de la perte de valeur vénale de leurs biens, de leur préjudice de jouissance et de leur préjudice moral. Par le même arrêt, la cour a interdit à la société Marlex d'exercer son activité avant 7 heures et après 19 heures, et a rejeté les conclusions à fin d'appel en garantie présentées par ces deux sociétés à l'encontre de la commune de Pertuis. Par leur requête, les sociétés requérantes demandent que la commune de Pertuis soit condamnée à les indemniser de leurs préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Les zones d'aménagement concerté sont les zones à l'intérieur desquelles une collectivité publique ou un établissement public y ayant vocation décide d'intervenir pour réaliser ou faire réaliser l'aménagement et l'équipement des terrains, notamment de ceux que cette collectivité ou cet établissement a acquis ou acquerra en vue de les céder ou de les concéder ultérieurement à des utilisateurs publics ou privés () ". L'article R. 311-3 de ce code dispose, dans sa rédaction applicable : " La personne qui a pris l'initiative de la création de la zone constitue un dossier de création, approuvé, sauf lorsqu'il s'agit de l'Etat, par son organe délibérant, et l'adresse au maire de la commune concernée ainsi que, lorsque la création de la zone relève de sa compétence, au préfet du département./ Le dossier de création comprend :/ a) Un rapport de présentation, qui indique notamment l'objet et la justification de l'opération, comporte une description de l'état du site et de son environnement et énonce les raisons pour lesquelles, au regard des dispositions d'urbanisme en vigueur et de l'insertion dans l'environnement naturel et urbain, le projet faisant l'objet du dossier de création a été retenu ; ce rapport comprend l'étude d'impact définie à l'article 2 du décret n° 77-1141 du 12 octobre 1977 () ". L'article 2 du décret du 12 octobre 1977 pris pour l'application de l'article 2 de la loi n° 76-29 du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature dispose : " Le contenu de l'étude d'impact doit être en relation avec l'importance des travaux et aménagements projetés et avec leurs incidences prévisibles sur l'environnement./ L'étude d'impact présente successivement :/ () 2. Une analyse des effets sur l'environnement, et en particulier sur les sites et paysages, la faune et la flore, les milieux naturels et les équilibres biologiques et, le cas échéant, sur la commodité du voisinage (bruits, vibrations, odeurs, émissions lumineuses), ou sur l'hygiène et la salubrité publique () ".

3. Il résulte de l'instruction que les nuisances sonores causées par la société Marlex, qui ont conduit à la poursuite des sociétés requérantes devant l'autorité judiciaire, ne proviennent pas de l'exercice normal de son activité. A cet égard, l'expert judiciaire a notamment constaté le stationnement de véhicules lourds à l'extérieur du site, à proximité immédiate des habitations des plaignants, et le fonctionnement particulièrement bruyant d'un transpalette. En outre, le dirigeant de la société Marlex a informé l'expert du caractère soutenu de l'activité du fait de la fermeture de son site de Montpellier. Par ailleurs, les sociétés requérantes ne pouvaient ignorer que l'installation d'une activité de déménagement et de garde-meubles sur une parcelle proche d'un secteur résidentiel risquait de générer des nuisances sonores. Dans ces conditions, à supposer que la délibération du 30 novembre 1992 du conseil municipal de Pertuis créant la zone d'aménagement concerté Saint Martin ait été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière faute d'avoir été précédée d'une étude d'impact portant sur les incidences prévisibles du projet en matière de commodité du voisinage, en tout état de cause, cette circonstance ne saurait être regardée, alors même au demeurant que la destination des terrains n'était pas connue au moment de l'adoption de cette délibération, comme ayant un lien de causalité avec la condamnation des sociétés requérantes pour trouble anormal de voisinage.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

5. Il résulte de l'instruction que le maire de Pertuis a délivré le 3 décembre 2010 à la SCI Mikadem un permis de construire un entrepôt de stockage et de bureaux associés. Ce permis ayant pour seul objet d'autoriser la construction de cet entrepôt et des bureaux associés, les sociétés requérantes ne sont pas fondées à se prévaloir, pour en contester la légalité et soutenir que le maire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de la circonstance que l'exercice de leur activité entraîne des nuisances sonores pour les voisins de la parcelle en cause.

6. Il résulte de ce qui précède que les sociétés requérantes ne sont pas fondées à rechercher la responsabilité pour faute de la commune de Pertuis.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

7. Même en l'absence de faute, le maître de l'ouvrage est responsable vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution de travaux publics, ou des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement.

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, comme il a été dit au point 1 du présent jugement, la SCI Mikadem est propriétaire depuis le 29 décembre 2010 de la parcelle cadastrée section BB n° 138 située dans la zone d'aménagement concertée Saint Martin, sur laquelle elle a fait édifier un bâtiment uniquement destiné à l'exercice d'une activité privée. Ainsi, en l'absence d'existence d'un ouvrage public ou de travaux publics, les sociétés requérantes ne peuvent se prévaloir de la responsabilité sans faute de la commune de Pertuis sur le fondement des dommages de travaux publics causés aux tiers.

9. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la responsabilité sans faute de la commune de Pertuis puisse être engagée sur un autre fondement.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir et l'exception de prescription opposées en défense, que les conclusions des sociétés requérantes tendant à voir reconnaître la responsabilité de la commune de Pertuis doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions indemnitaires doivent également être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pertuis, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SA Marlex et la SCI Mikadem, au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge solidaire des sociétés requérantes une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la commune de Pertuis et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SA Marlex et de la SCI Mikadem est rejetée.

Article 2 : La SA Marlex et la SCI Mikadem verseront solidairement une somme de 1 200 euros à la commune de Pertuis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SA Marlex, à la SCI Mikadem et à la commune de Pertuis.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Héry, première conseillère,

Mme Bala, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

F. A

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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