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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2002983

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2002983

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2002983
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BIROT - MICHAUD - RAVAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2020 et un mémoire enregistré le 1er juin 2021, M. et Mme A et D C, représentés par la SELARL Coubris, Courtois et associés, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à leur verser, à titre provisionnel, la sommes de 55 895,79 euros, avec intérêts à compter de l'introduction de la requête, en réparation des préjudices que leur enfant et eux-mêmes ont subis du l'accident médical intervenu lors de l'accouchement de Mme C, le 7 juillet 2013 ;

2°) d'ordonner une expertise médicale pour déterminer les préjudices de leur fille B ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils sont fondés à solliciter une indemnisation au titre de la solidarité nationale des préjudices subis par leur fille qui a souffert à la naissance d'une dystocie des épaules ayant provoqué chez elle une paralysie du plexus brachiale gauche ; ce dommage est en effet directement imputable à des actes de soins, en l'espèce les manœuvres obstétricales réalisées au moment de l'accouchement, qui ont entraîné pour elle, bien qu'elles aient été jugées conformes aux données acquises de la science, un préjudice grave et anormal, caractérisé par la rareté de cette complication ;

- une expertise médicale doit être ordonnée pour évaluer l'ensemble des préjudices de leur fille ;

- dans l'attente, l'ONIAM doit être condamnée à l'indemniser à titre provisionnel de ses préjudices temporaires comme suit :

• dépenses de santé actuelles : 1 740,39 euros,

• frais divers : 13 890,40 euros,

• déficit fonctionnel temporaire : 5 265 euros,

• souffrances endurées : 20 000 euros,

• préjudice esthétique temporaire : 15 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 mai 2021 et 1er février 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARL Birot Ravaud et associés, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions pour une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies puisque les préjudices subis sont en lien direct et certain avec l'accouchement et non pas avec un acte de prévention, de diagnostic ou de soins.

Par un mémoire enregistré le 23 octobre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie de Vaucluse indique ne pas intervenir à l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a donné naissance à son deuxième enfant le 7 juillet 2013, au centre hospitalier de Carpentras. Le bébé a toutefois présenté une dystocie des épaules lors de l'accouchement et une paralysie du plexus brachial gauche du nouveau-né. Imputant cette paralysie aux conditions de prise en charge de son accouchement, Mme C a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation de Provence-Alpes-Côte d'Azur qui a ordonné une expertise médicale confiée à deux experts, gynécologue-obstétricien et pédiatre, dont le rapport a été déposé en février 2015. Par un avis du 11 mai 2015, la commission a conclu à la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Carpentras au motif de ce que la sage-femme avait réalisé une manœuvre obstétricale pour résoudre la dystocie des épaules avec l'aide d'un seul personnel médical au lieu de deux. Suite au rejet d'indemnisation qui leur a été opposé par l'assureur du centre hospitalier de Carpentras puis par l'ONIAM auquel ils avaient demandé de se substituer, M. et Mme C, ont engagé judiciairement la responsabilité pour faute de cet établissement hospitalier en réparation des préjudices subis par leur fille B et par eux-mêmes. Leur requête a été rejetée par un jugement n°1602703 du 19 octobre 2018, confirmé par un arrêt n° 18MA04840 de la cour administrative d'appel de Marseille en date du 31 décembre 2019. M. et Mme C demandent désormais au tribunal de condamner l'ONIAM à réparer ces mêmes préjudices au titre de la solidarité nationale.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Si l'accouchement par voie basse ne constitue pas en soi un acte médical, une extraction instrumentale et les manœuvres obstétricales pratiquées par un professionnel de santé lors de cet accouchement caractérisent un acte de soins au sens de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise déposé en février 2015, que Mme C a présenté lors de son accouchement une dystocie des épaules, responsable chez sa fille B d'une paralysie obstétricale du plexus brachial gauche. Cette complication neurologique survient lorsque le plexus est brutalement étiré par blocage de 1'épaule à cause de la saillie du promontoire du bassin maternel, tandis que le reste du corps du fœtus est propulsé dans le bassin maternel par la pression du moteur utérin. Cette propulsion fœtale dite " entravée " donne lieu secondairement à une dystocie des épaules, qui en fonction de son importance, peut être résolue par des manœuvres obstétricales. Les experts expliquent que même parfaitement bien exécutées, ces dernières n'excluent pas la survenue d'une paralysie du plexus brachial, qui relève du risque de tout accouchement. Au cas d'espèce, ils écartent la possibilité d'un plexus brachial anté-natal in utéro, qui se serait accompagné alors d'une amyotrophie du membre supérieur gauche dès la naissance. Ils relèvent par ailleurs que " l'absence d'hématome n'est pas en faveur d'une traction excessive sur la tête fœtale de la part de la sage-femme " et qu'il n'est revanche pas possible " de connaitre 1'axe de traction réel " et donc de s'assurer qu'il ne s'est pas avéré trop horizontal. Il n'est donc pas établi que la paralysie du plexus brachial de la jeune B serait imputable de façon directe et certaine aux manœuvres obstétricales réalisées lors de l'accouchement et non pas à une complication de l'accouchement par voie basse, qui constitue un événement naturel et non un acte médical et qui ne peut donc pas être regardée comme la conséquence d'un acte de prévention, de diagnostic ou de soins. Il s'ensuit que les conditions d'une indemnisation du dommage au titre de la solidarité nationale sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ne sont pas remplies.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête ni d'ordonner une nouvelle expertise, que la requête de M. et Mme C doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et D C, à l'ONIAM et à la caisse primaire d'assurance maladie de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

La rapporteure,

B. E

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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