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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003002

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003002

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003002
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2020, la SARL Eurotrades et M. et Mme D A, représentés par Me Herisson, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge en droits, majorations et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la SARL Eurotrades a été assujettie au titre des années 2013 et 2014 ;

2°) la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. et Mme A ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les prestations d'apporteurs d'affaires de M. C et de M. B sont réelles de sorte que les charges que la société a enregistrées en déduction de son résultat sont justifiées ;

- M. A n'a bénéficié d'aucun revenu distribué imposable à l'impôt sur le revenu dès lors qu'il s'est simplement fait rembourser par la SARL Eurotrades des frais qu'il a engagés en espèces pour son compte afin de rémunérer M. B ;

- les sanctions fiscales appliquées à la SARL Eurotrades en application des articles 1727 et suivants du code général des impôts sont contestables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2021, le directeur du contrôle fiscal de Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin de décharge visant les impositions de deux contribuables distincts ne sont recevables qu'à l'égard des premières impositions visées, à savoir celles concernant la SARL Eurotrades ;

- la réalité des prestations des porteurs d'affaires B et C enregistrées comme charges déductibles du résultat de la société, sur le fondement de l'article 39-1 du code général des impôts, n'est pas démontrée ;

- les sommes ainsi rejetées comme charges déductibles, qui ont été en réalité encaissées par M. A et des membres de sa famille, constituent des revenus distribués occultes, imposables à l'impôt sur le revenu.

Par une lettre du 23 septembre 2022, réceptionnée le 25 septembre 2022, M. et Mme A ont été invités par le tribunal dans un délai de 15 jours, en vertu de l'article R. 612-1 du code de justice administrative à présenter une requête distincte pour les seules impositions qui les concernent, dès lors que l'appréciation du bien-fondé des conclusions présentées par la SARL Eurotrades et par M. et Mme A dans leur requête comporte l'examen des situations différentes dans lesquelles se trouvent ces contribuables concernant leurs impositions respectives dès lors que les deux impositions sont fondées sur des bases légales différentes.

Un mémoire a été enregistré le 6 octobre 2022 pour la SARL Eurotrades, postérieurement à la clôture immédiate de l'instruction intervenue le 7 février 2022, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Eurotrades, dont M. A est le dirigeant, exerce l'activité de recyclage et de commercialisation de matières plastiques. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er novembre 2012 au 31 mai 2016 à l'issue de laquelle lui ont notamment été notifiés des rehaussements d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 31 octobre 2013, 2014 et 2015, qui ont été mis en recouvrement le 17 avril 2018, pour un montant de 29 197 euros en droits, majorations et pénalités puisque le service a regardé ces charges comme déduites à tort. Il les a en conséquence regardées comme des revenus distribués au profit de M. A, imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Les requérants ont été ainsi assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013 et 2014. A la suite du rejet de leurs réclamations préalables, la SARL Eurotrades et M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires respectivement d'impôt sur les sociétés et d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont ainsi été assujettis.

Sur le bien-fondé des rehaussements à l'impôt sur les sociétés :

2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Pour être admis en déduction des bénéfices imposables les frais et charges doivent, d'une manière générale être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise, correspondre à une charge effective, être appuyés de justifications suffisantes et être compris dans les charges de l'exercice au cours duquel ils ont été engagés.

3. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration, si elle s'y croit fondée, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

4. La SARL Eurotrades soutient que les prestations de portage d'affaires par M. C et M. B qui ont été comptabilisées comme des charges déductibles correspondent à des prestations réelles, justifiées et réalisées à son profit. Elle fait valoir que ces porteurs d'affaires ont été rémunérés par un pourcentage de 30% environ, dépendant de la variation du taux de change, du montant de chaque vente réalisée grâce à leur entremise. Ainsi, 2 commandes ont, selon elle, été passées par une entreprise hongkongaise grâce à M. C et 8 commandes, dont la majorité par une entreprise chinoise, ont été passées grâce à M. B. La société requérante démontre que les sommes qu'elles a enregistrées en charges déductibles correspondent effectivement à environ 30% de chacune de ces 10 commandes qu'elle liste dans ses écritures, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté par l'administration fiscale. Elle verse par ailleurs, une attestation du président-directeur général d'une de ses clientes qui certifie avoir été mise en relation avec la SARL Eurotrades par M. B.

5. Toutefois, la SARL Eurotrades n'a versé aucune convention de portage d'affaires pour ces opérations. En outre, ces deux intermédiaires ne sont pas connus des services fiscaux ni en qualité de professionnels, ni en qualité de particuliers. Surtout, d'une part, les deux chèques de 1 000 euros chacun libellés au nom de M. C en rémunération de ses deux prestations d'intermédiaire n'ont jamais été encaissés, d'autre part, les factures établies au nom de M. B, pour un montant total de 47 715 euros au cours de l'exercice 2013, et même de 51 835 euros en incluant le report à nouveau de l'exercice précédent, ont été acquittées par des chèques de la SARL Eurotrades en réalité encaissés sur les comptes personnels de son dirigeant, M. A, des enfants mineurs de ce dernier, d'un salarié de la SARL Eurotrades et même de la SARL Eurotrades elle-même, pour un montant total de 50 000 euros. Si la SARL Eurotrades expose avoir cédé aux exigences de M. B d'être rémunéré en espèces et avoir, pour le satisfaire, procédé à des retraits de numéraire sur les comptes personnels et familiaux de son dirigeant auquel ces chèques ont été remis en remboursement, elle n'en apporte aucune justification. Elle n'explique pas pourquoi elle a encaissé elle-même un chèque émis par ses soins. Enfin, la circonstance qu'au cours de la vérification de comptabilité d'exercices antérieurs, le service vérificateur n'ait pas contesté la déductibilité de charges enregistrées pour la rémunération d'intermédiaires n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation différente du service vérificateur s'agissant des charges en cause dans la présente instance.

6. Il résulte de ce qui précède que les charges que la SARL Eurotrades a déduites de son résultat au motif qu'elles auraient eu pour contreparties des prestations de portage d'affaires ne sont ni réelles ni justifiées et que c'est à bon droit que l'administration fiscale les a réintégrées dans le résultat de l'entreprise.

7. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ". Aux termes de l'article 111 c du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : c. Les rémunérations et avantages occultes ; ".

8. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé, notamment au point 5, que c'est à bon droit que l'administration fiscale a regardé comme des distributions occultes au dirigeant de la SARL Eurotrades, imposables entre ses mains à l'impôt sur le revenu, les sommes appréhendées de manière injustifiée sur son compte personnel et ceux de ses trois enfants mineurs rattachés à son foyer fiscal entre le 23 juillet 2013 et le 27 octobre 2014, pour un total de de 27 000 euros.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de décharge présentées par la SARL Eurotrades ainsi que par M. et Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence et en l'absence de moyens spécifiques développés par les requérants à l'encontre des pénalités, doivent également être rejetées les conclusions de la société requérante tendant à la décharge des intérêts de retards prévus par l'article 1727-1 du code général des impôts ainsi que des majorations de 40% et de 80% prononcées respectivement pour manquement délibéré et manœuvres frauduleuses sur le fondement du a) et du c) l'article 1729 du code général des impôts.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Eurotrades et M. et Mme A demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de la SARL Eurotrades et M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Eurotrades et M. et Mme D A, à la SARL Eurotrades et au directeur de la direction de contrôle fiscal de Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

La rapporteure,

B. F

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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