LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003150

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003150

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003150
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET FONTAINE & FLOUTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2020 et un mémoire enregistré le 19 avril 2021, M. et Mme F et A B, représentés par Me Fontaine, demandent au tribunal :

1°) A titre principal, d'enjoindre au département du Gard d'exécuter les mesures propres à faire cesser les désordres causés sur leur propriété par l'écoulement des eaux sur la route départementale n°190 et le pont de La Matte ainsi que de procéder aux travaux de réparation de leurs dommages matériels, selon les préconisations de l'expert judiciaire dans le délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) A titre subsidiaire, d'enjoindre au département du Gard d'exécuter les mesures propres à faire cesser ces désordres selon les préconisations de l'expert judiciaire dans le délai le même délai et sous la même astreinte et de leur verser la somme de 76 000 euros en réparation de leurs préjudices matériels ;

3°) de condamner en tout état de cause le département du Gard à leur verser la somme de 10 000 euros en réparation de leurs préjudices matériels ;

4°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils sont fondés à engager la responsabilité du département du Gard, en sa qualité de maître d'ouvrage, en réparation de leurs préjudices matériels résultant des aménagements réalisés sur l'ouvrage public du pont de la Matte, qui ont aggravé l'écoulement des eaux pluviales sur leur propriété ;

- ils subissent un préjudice matériel anormal et spécial ;

- ce préjudice doit être réparé par une injonction au département à remettre en état leur parcelle ou à défaut, sa condamnation à leur verser la somme de 76 000 euros pour réaliser ces travaux, outre le versement d'une somme de 10 000 euros ;

- le département doit également être condamné à exécuter les travaux nécessaires pour mettre fin aux désordres qui persistent sur leur terrain selon les préconisations de l'expert judiciaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2020, le département du Gard et la société SMACL assurances, représentés par la SELARL Gil-Cros, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme B la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la requête est irrecevable faute de précision de la cause juridique de la demande en violation de l'article R. 611-1 du code de justice administrative et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- les observations de Me Fontaine, représentant M. et Mme B et celles de Me Cros, représentant le département du Gard.

Considérant ce qui suit :

1. Propriétaires d'une maison avec terrain située à Combescure, lieudit La Matte, sur la commune d'Arphy (30), sur des parcelles cadastrées section C numéros 18, 93, 108, 109 et 110, en contrebas de la route départementale n°190, M. et Mme B recherchent la responsabilité du département du Gard pour avoir réalisé courant 2016 et 2017 des aménagements sur cette voie, auxquels ils attribuent un aggravement de l'écoulement des eaux pluviales provoquant des dommages sur leur propriété à chaque événement pluvieux. Ils ont obtenu du juge des référés que soit ordonnée une expertise, dont le rapport a été déposé le 22 janvier 2020. Suite au rejet de leur demande préalable reçue le 27 mai 2020 par le département du Gard, M. et Mme B demandent au tribunal de faire injonction au département du Gard d'exécuter les mesures préconisées par l'expert pour faire cesser les désordres qu'ils subissent et de procéder aux travaux de réparation de leurs dommages.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

3. La requête introductive d'instance de M. et Mme B fait valoir que la responsabilité d'une personne publique est engagée pour avoir, par l'exécution de travaux, aggravé le mode de déversement des eaux sur le terrain d'un particulier, alors que le dommage qui en résultait aurait pu être interrompu par des travaux appropriés. Elle ajoute que l'exécution de travaux d'aménagement sur les dépendances des routes départementales relève de la responsabilité du département en sa qualité de propriétaire et de maître d'ouvrage. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de ce que les conclusions seraient irrecevables dès lors qu'elles ne préciseraient pas le fondement de responsabilité invoqué doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute pour dommage de travaux publics :

4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel. Ainsi, les dommages qui ne sont pas la conséquence normale, nécessaire et inévitable de la présence ou du fonctionnement d'un ouvrage public mais qui résultent d'une mauvaise conception de celui-ci, constituent des dommages accidentels, en ce qu'ils ne sont pas supposés se produire, qu'ils ne sont ni prévisibles ni indispensables à l'existence ou au fonctionnement de cet ouvrage public dans l'intérêt général.

S'agissant du lien de causalité :

5. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise, que le département du Gard a mené courant 2016 et 2017 des travaux sur les parapets du pont de La Matte, sur lequel passe la route départementale n°190, ayant consisté à créer des barbacanes de grande section, au nombre de 13 en rive droite et de 6 en rive gauche, une cunette bétonnée en remplacement de l'accotement enherbé ainsi que, sur chacune des deux rives, une ouverture et une canalisation rejetant les eaux vers les terrains aval entre la limite du parapet et les bordures du tablier du pont. En outre, l'espace entre ce pont et un autre pont accolé, au-dessus du ruisseau, qui offrait une possibilité de surverse des eaux pluviales, a été comblé pour élargir la route départementale. Ont en outre été supprimés une grille d'évacuation des eaux pluviales, dite " gargouille " et son point d'avalement, qui étaient situés en partie amont du pont au débouché d'un chemin de terre, par lequel arrivent les eaux des fonds supérieurs. Ces eaux ne sont dès lors plus captées et s'écoulent par les barbacanes du pont sur la propriété B. Ces travaux ont eu pour effet de modifier l'écoulement des eaux de ruissellement de la chaussée départementale, qui se déversaient antérieurement directement dans le lit du ruisseau du Solzet. Elles sont en effet désormais dirigées sur le terrain de M. et Mme B en contrebas du pont, et plus particulièrement sur la parcelle numéro 18, qui constitue une lande en terrasses, caractéristique des propriétés agricoles cévenoles. Ces travaux ont eu également pour effet de supprimer les exutoires de décharge qui permettaient l'évacuation des fortes arrivées d'eaux directement du pont vers le ruisseau.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment des photographies figurant dans le rapport d'expertise ainsi que des photographies versées par les requérants, qu'en conséquence des aménagements décrits au point précédent, lors des épisodes fortement pluvieux, l'ouvrage public dirige vers le fond inférieur de la propriété B une multitude de puissantes chutes d'eaux qui ont dégradé, quatre mètres en contrebas, plus particulièrement le bancel le plus proche, soutenu par des murs en pierres. Ces chutes d'eaux ont provoqué rapidement l'effondrement de cette terrasse et d'une partie des murs. C'est en effet ainsi qu'à l'occasion d'un événement cévenol des 7 et 8 janvier 2018, un éboulement et un glissement d'environ 100 m³ de terre et de matériaux de construction a emporté entre une et trois rangées de murs de soutènement en pierres sèches sur la propriété de M. et Mme B, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté en défense. Ainsi, les dommages provoqués par la mauvaise conception du Pont de la Matte, tenant à ce que les eaux pluviales sont concentrées et précipitées sur la propriété privée des époux B et non dans la rivière alors que d'autres solutions existent pour les diriger vers cette dernière, sont des dommages accidentels.

S'agissant des causes exonératoires :

7. Si le département du Gard fait valoir que le terrain des requérants reçoit les eaux pluviales en provenance des terrains supérieurs parce qu'il est situé en contrebas d'un important bassin versant ainsi que de deux chemins de terre débouchant sur la route départementale, qui y conduisent les eaux pluviales, cette configuration est antérieure à la réalisation des travaux avant lesquels les requérants n'ont constaté aucun dommage. A supposer que la collectivité ait entendu se prévaloir de l'absence fautive d'exutoires suffisants sur ces deux chemins, le fait du tiers n'est pas une cause exonératoire dans le régime de responsabilité sans faute en matière d'ouvrage public.

8. Si la collectivité se prévaut également de la faute de M. et Mme B à ne pas avoir entretenu cette partie de leur propriété, particulièrement les murs de soutènement, ce qui a effectivement été relevé par l'expert, il résulte de l'instruction que l'ouvrage public est entièrement à l'origine du déchaussement du terrain de M. et Mme B, qui serait intervenu de manière identique si ces murs en pierres avaient été régulièrement entretenus. En effet, même si les murs de soutènement en pierres sèches présentaient, par endroits, des faiblesses et des éboulements, ils auraient continué à remplir leurs fonctions de soutènement des bancels si l'ouvrage public n'avait pas été aménagé de manière à y précipiter de puissantes colonnes d'eau à chaque pluie abondante. Dès lors, le département du Gard n'est pas fondé à solliciter l'exonération totale ou partielle de sa responsabilité au motif que les victimes auraient commis une faute à cet égard.

9. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B sont fondés à engager la responsabilité sans faute du département du Gard en réparation de l'entièreté de leurs préjudices.

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :

10. L'ouvrage public est la cause directe et certaine des dégradations matérielles subies par la propriété de M. et Mme B, qui sont donc en droit d'en obtenir réparation, quand bien même la parcelle en cause n'est ni constructible ni exploitée ni même entretenue. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner le département du Gard à remettre, à ses frais, en état le terrain des époux B, c'est-à-dire à restaurer l'ensemble des parties déchaussées, après réalisation d'une étude géotechnique associée à une étude de structure puisqu'il résulte des termes mêmes du rapport de l'expertise judiciaire que si deux solutions sont techniquement envisageables, à savoir soit de faire déposer par grutage depuis la route départementale une pelle mécanique sur le terrain en cause, soit de passer par la propriété des époux B après avoir aménagé un pont provisoire au-dessus du ruisseau, entre les murs en place, la méthode exacte de reprise ne peut être définie sans une telle étude au préalable.

11. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au département du Gard de remettre en état, à ses frais, le terrain de M. et Mme B par la restauration de l'ensemble des parties éboulées, après réalisation d'une étude géotechnique associée à une étude de structure, le tout dans le délai de huit mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

12. M. et Mme B sollicitent une seconde indemnisation à hauteur de 10 000 euros en réparation de leur préjudice matériel en faisant valoir que leur droit de propriété ne souffre d'aucune limitation administrative et que pourtant la dégradation d'une partie de leur tènement foncier, causée par l'ouvrage public, y entrave tout usage et la rend impropre à sa destination. Ils doivent donc être regardés comme sollicitant une indemnisation d'un préjudice de jouissance et d'une atteinte à leur droit de propriété. Dans les circonstances de l'espèce où le ravinement provoqué par l'ouvrage public présente, selon les termes de l'expertise, un risque de d'éboulement et de glissement supplémentaires et de déstabilisation du mur de soutènement de la route départementale qui surplombe leur propriété, leur préjudice sera justement réparé par la condamnation du département du Gard à leur verser une somme de 1 000 euros à ce titre.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.

14. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies au point précédent, alors même que le requérant demanderait l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction à prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux.

15. Il résulte de l'instruction que les dommages causés par l'ouvrage public perdurent au jour du jugement en l'absence de réalisation des travaux de nature à remédier aux défauts de conception du Pont de la Matte, lequel précipite, à chaque événement pluvieux, d'importantes quantités d'eau sur la parcelle B située quatre mètres en contrebas. L'expert indique d'ailleurs que le phénomène d'érosion risque de s'étendre dans un futur relativement proche, relevant que les parties adjacentes à l'Ouest et à l'Est et à l'aval des banquettes risquent de se dégrader et de provoquer des glissements complémentaires.

16. Le département du Gard justifie son abstention en soutenant que le maintien des barbacanes d'évacuation des eaux pluviales est indispensable à la pérennité du pont de La Matte et que leur suppression porterait atteinte à la structure du tablier du pont et à la sécurité des automobilistes. Cependant, l'étude géotechnique de conception dressée le 30 décembre 2016 dans le cadre de la reconstruction du tablier du Pont de la Matte, que la collectivité verse aux débats à l'appui de cette affirmation, mentionne en page 18 que l'examen des données d'aménagement hydraulique n'a pas fait partie de la mission d'étude géotechnique. Le département du Gard n'apporte aucun élément pour démontrer que les travaux, préconisés par l'expert judiciaire, à savoir principalement le comblement des barbacanes, la création de cinq ouvertures dans les chasse-roues en béton, de deux grilles pluviales, de deux exutoires pour assurer la descente des eaux outre un exutoire vers le ruisseau en partie amont du pont, le rétablissement de la gargouille et de son point d'avalement et enfin la reprise de l'étanchéité et de la chaussée du pont, mettrait en péril cet ouvrage. La collectivité n'établit donc pas que les travaux préconisés par l'expert judiciaire ne seraient pas réalisables.

17. Enfin, ces travaux sont évalués par l'expert à un montant total de 34 000 euros environ. Cette somme n'est pas manifestement disproportionnée par rapport d'une part, au préjudice subi, quand bien même le département du Gard fait-il valoir que la parcelle en cause, qui appartient au demeurant à un tènement foncier beaucoup plus grand, aurait une faible valeur vénale, d'autre part au risque souligné par l'expert en page 53 de son rapport d'éboulements et de glissements complémentaires ainsi que de déstabilisation du pied du mur aval de la route, qui pourrait avoir des conséquences sur la route qu'il soutient. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction qu'un motif d'intérêt général justifierait l'abstention de la personne publique à réaliser les travaux nécessaires à faire cesser les dommages.

18. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au département du Gard d'exécuter les travaux nécessaires à faire cesser les désordres subis par M. et Mme B, tels que préconisés par l'expert judiciaire et listés au point 16 du présent jugement, dans le délai de huit mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'expertise :

19. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais et honoraires de l'expertise de M. E C, prescrite par ordonnance n°1901303 du 21 août 2019, liquidés et taxés à la somme de 1 998 euros TTC par l'ordonnance du 29 janvier 2020, sont mis à la charge définitive du département du Gard.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département du Gard demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du département du Gard une somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme B au même titre.

D E C I D E :

Article 1 er : Il est enjoint au département du Gard de remettre en état, à ses frais, le terrain de M. et Mme B par la restauration de l'ensemble des parties éboulées, après réalisation d'une étude géotechnique associée à une étude de structure, le tout dans le délai de huit mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 : Le département du Gard versera à M. et Mme B une somme de 1 000 euros.

Article 3 : Il est enjoint au département du Gard d'exécuter les travaux nécessaires à faire cesser les désordres subis par M. et Mme B selon les préconisations du rapport d'expertise, dans le délai de huit mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise de M. E C, prescrite par ordonnance n°1901303 du 21 août 2019, liquidés et taxés à la somme de 1 998 euros TTC par l'ordonnance du 29 janvier 2020, sont mis à la charge définitive du département du Gard.

Article 5 : Le département du Gard versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B, au département du Gard et à la société SMACL assurances.

Copie pour information en sera transmise M. E C, expert.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.

La rapporteure,

B. D

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions