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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003386

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003386

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003386
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSOCIÉTÉ D'AVOCATS ALBERTINI ALEXANDRE LHOSTIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 novembre 2020, le 16 mars 2021, le 30 août 2021 et le 3 novembre 2021, le syndicat intercommunal pour l'étude, la construction et l'exploitation d'unité de traitement des ordures ménagères (SIECEUTOM), représenté par la SELARL Drai associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement le cabinet C et le bureau d'étude Gaxieu à lui verser la somme globale de 127 853 euros hors taxe (HT), assortie des intérêts légaux à compter de la présente requête et de la capitalisation de ces intérêts, soit celle de 99 603 euros HT au titre de la reprise des désordres affectant le centre de transfert de déchets de Grenouillet à Cavaillon, de 20 250 euros au titre du coût supplémentaire généré par ces désordres et de 8 000 euros au titre des travaux de reprise dus à l'usure anormale des dalles et des enrobés ;

2°) de mettre à la charge du cabinet C et du bureau d'étude Gaxieu, solidairement avec leurs assureurs, la compagnie Acte Iard et la Mutuelle des architectes français, la somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent dans le présent litige qui relève du contentieux administratif ;

- le rapport d'expertise amiable, établi de manière contradictoire est opposable à l'ensemble des parties et à leur assureur ;

- la responsabilité solidaire du cabinet C et du bureau d'étude Gaxieu est engagée en raison d'un défaut de conception affectant l'ouvrage ainsi que le constate l'expertise réalisée au contradictoire de l'ensemble des parties ; ces désordres n'ont pas fait l'objet de réserves à la réception de l'ouvrage et n'étaient pas connus dans toutes leur ampleur et leurs conséquences à cette date ;

- la responsabilité décennale solidaire du cabinet C et du bureau d'étude Gaxieu est engagée pour les désordres affectant le centre de transfert de déchets de Grenouillet à Cavaillon et rendant l'ouvrage impropre à sa destination ainsi que le constate l'expertise réalisée au contradictoire de l'ensemble des parties ;

- il n'a commis aucune faute de nature à exonérer le maître d'œuvre de sa responsabilité dès lors qu'il ne lui appartenait pas de procéder à la validation technique de chaque élément de conception de l'ouvrage ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité contractuelle des membres du groupement de maîtrise d'œuvre pour méconnaissance de leur devoir de conseil peut être engagée dès lors qu'ils ne l'ont jamais alerté sur l'impossibilité d'accueillir des bennes ouvertes dans le projet ;

- les travaux de remise en l'état de l'ouvrage doivent être évalués à la somme de 99 603 euros HT ;

- il a subi et continue de subir des préjudices découlant de ces désordres liés, d'une part, à l'emploi supplémentaire de ses agents affectés à la manutention des caisses, qui doit être évalué, à la date du 30 octobre 2020, à la somme de 20 250 euros et, d'autre part, à l'usage anormal des dalles et des enrobés causé par la manipulation des caisses, qui doit être évalué à la somme de 6 500 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 janvier et le 30 septembre 2021, M. A C et la Mutuelle des architectes français, représentés par la SCP Albertini Alexandre et L'Hostis, concluent, à titre principal, à l'incompétence du juge administratif pour statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la Mutuelle des architectes français, et au rejet des conclusions formées à l'encontre de M. C, à titre subsidiaire, ils demandent de laisser à la charge du SIECEUTOM une part qui ne soit pas inférieure à 50% du coût des travaux modificatifs, concluent au rejet de toute demande excédant la somme totale de 39 772,61 euros, et en toute état de cause, au rejet de l'intégralité des demandes du SIECEUTOM concernant l'usure anormale des dalles et des enrobés et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge du SIECEUTOM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le juge administratif est incompétent pour connaître des conclusions formées à l'encontre de la Mutuelle des architectes français ;

- le rapport d'expertise n'est que l'expression des propres revendications du maître d'ouvrage et a été établi à sa demande par le technicien mandaté par assureur ;

- l'exigence de déverser des camions bennes dans la zone litigieuse n'a jamais été exprimée par le maître d'ouvrage ; il a, au contraire, toujours été prévu que cette zone serait d'une hauteur nettement inférieure à celle requise pour le déchargement de camions bennes ;

- leur responsabilité ne peut être invoquée par le maître d'ouvrage si le désordre était réservé comme le soutient ce dernier, ou dès lors qu'il était connu avant même les opérations de réception ;

- la responsabilité décennale des constructeurs ne peut être invoquée dès lors que l'ouvrage n'est pas impropre à sa destination ; il n'existe aucun dommage à l'ouvrage ni a fortiori aucun dommage qui compromettrait la solidité du bâtiment ou le rendrait impropre à sa destination alors que le centre de transfert de déchets de Grenouillet est utilisé sans aucune interruption depuis plus de deux ans ;

- M. C n'a commis aucune faute dans la conception de l'ouvrage dès lors que les désordres sont dus à l'expression tardive par la maîtrise d'ouvrage d'exigences nouvelles impliquant, pour être satisfaites, la réalisation de travaux modificatifs dont le SIECEUTOM s'est refusé à financier la réalisation ;

- si le tribunal reconnaissait la responsabilité de M. C, l'éventuelle faute de la maîtrise d'ouvrage justifierait de laisser à sa charge une part qui ne soit pas inférieure à 50% du coût des travaux modificatifs et de rejeter toute demande excédant la somme totale de 39 772,61 euros ;

- l'intégralité des demandes du SIECEUTOM concernant l'emploi supplémentaire de ses agents affectés à la manipulation des caisses et l'usure anormale des dalles et des enrobés doit être rejetée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 février, 1er avril 2021 et 28 septembre 2021, le bureau d'études Gaxieu et la compagnie Acte Iard, représentés par la BCEP avocats associés, concluent à titre principal du rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la limitation de la condamnation du bureau d'études à 50% des sommes sollicitées au titre des travaux de reprise et à la limitation de sa condamnation au titre des autres préjudices selon la sagesse du tribunal et, en toutes hypothèses, à ce que la somme de 2 000 soit mise à la charge du SIECEUTOM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le juge administratif est incompétent pour connaître des conclusions formées à l'encontre de la compagnie Acte Iard ;

- le requérant n'établit aucune faute précise de leur part ayant concouru à la survenance des désordres ; le rapport d'expertise est incomplet et à prendre avec précaution dès lors qu'il a été établi sur la base des seules pièces produites par le SIECEUTOM ;

- le maître d'ouvrage qui n'a pas défini précisément ses besoins pour permettre le déchargement de bennes de grandes dimensions sur les quais et qui a validé les plans et le permis de construire sans rien objecter sur ce point, a commis une faute de nature à exonérer le bureau d'étude Gaxieu de 50 % de sa responsabilité ;

- le comportement de la société CMBC est également de nature à l'exonérer d'une part de sa responsabilité ;

- le préjudice lié à la reprise des travaux est infondé dès lors qu'il ne repose sur aucune appréciation technique indiscutable ; si la responsabilité du cabinet Gaxieu était engagée, elle ne pourrait l'être que sur la part du montant des travaux correspondant au démontage des éléments métalliques existants et des éventuelles plus-values liées au renforcement de la structure ;

- le préjudice lié à l'emploi supplémentaire des agents du syndicat mixte affectés à la manutention des caisses n'est pas établi ; dans ces conditions, ce chef de préjudice sera rejeté en intégralité ou très largement amoindri ;

- le préjudice lié à l'usure des dalles et des enrobés n'est pas non plus établi.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé un moyen, relevé d'office tiré de l'impossibilité pour le SIECEUTOM de rechercher la responsabilité décennale solidaire du cabinet C et du bureau d'étude Gaxieu, qui relève d'une cause juridique distinct soulevée après l'expiration du délai de recours contentieux.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,

- et les observations de Me Callens, représentant le bureau d'études Gaxieu et la compagnie Acte Iard.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat intercommunal pour l'étude, la construction et l'exploitation d'unité de traitement des ordures ménagères (SIECEUTOM), créé en 1973 et composé des communautés d'agglomération et de communes Luberon Monts de Vaucluse, Pays des Sorgues et Monts de Vaucluse, Territoriale Sud Luberon, exploite un centre de transfert de déchets sur le site de Grenouillet sur la commune de Cavaillon. Par un acte d'engagement du 28 novembre 2016, le SIECEUTOM a passé un marché de maîtrise d'œuvre avec le groupement composé du cabinet C et du bureau d'étude Gaxieu pour la restructuration de ce centre de transfert de déchets. Le cabinet C a sous-traité, la maîtrise d'œuvre des lots techniques à la SARL CCE ingénierie et les missions DCE, ACT et OPC à la SARL Emotech. La société CMBC s'est vue confier la construction de hangars devant contenir des bennes d'ordures ménagères. Les travaux ont été initiés le 23 avril 2019.

2. Il est rapidement apparu que la partie du bâtiment destinée à la gestion des emballages ménagers était incompatible, du fait de sa géométrie, avec les contraintes de vidage des bennes d'ordures ménagères. Le SIECEUTOM a alors alerté la maîtrise d'œuvre et demandé des propositions de modifications de la structure, en vue de rehausser de plusieurs mètres la toiture afin de respecter les contraintes de vidages des bennes. Le montage de la charpente métallique a alors été arrêté et par un courrier du 17 juin 2019, le SIECEUTOM a précisé ses demandes. Le 2 juillet 2019, un devis établi par la société CMBC chiffrant les travaux nécessaires à la rehausse du bâtiment a été communiqué au maître d'œuvre, retenant un coût à hauteur de 79.545,52 euros. Un expert a été mandaté par la compagnie Allianz protection juridique, assureur du SIECEUTOM, qui a, par son rapport rendu le 22 octobre 2019, conclu à la responsabilité du cabinet C et du bureau d'étude Gaxieu. L'ouvrage a été réceptionné avec réserves le 19 septembre 2019. Le 5 novembre 2019, l'assureur du SIECEUTOM a mis en demeure le maître d'œuvre d'indemniser le syndicat mixte à hauteur de 61 369 euros. Le 13 novembre 2019, le cabinet C a répondu n'avoir commis aucune faute. Une nouvelle expertise a été diligentée à la demande de l'assureur du SIECEUTOM le 20 janvier 2020. Le rapport d'expertise, rendu le 23 avril 2020 a estimé le coût des travaux de rehausse à la somme de 79.545,52 euros et a indiqué que le SIECEUTOM proposait, dans le cadre d'un éventuel accord amiable, de prendre en charge une partie des travaux. Le 13 mars 2020, l'assureur du cabinet Gaxieu a proposé de prendre en charge 60% du montant des travaux de rehausse, soit 47.727 euros HT, proposition refusée par le SIECEUTOM. Par un courrier du 1er avril 2020, le SIECEUTOM a mis en demeure le cabinet Gaxieu de l'indemniser à hauteur de la somme globale de 79 119 euros HT. Par un courrier du 28 avril 2020, l'assureur du cabinet Gaxieu a indiqué qu'il contestait une responsabilité unique de son assuré et qu'il souhaitait qu'un expert réunisse à nouveau les parties afin de parvenir à un accord. Par un courrier du 4 mai 2020, le SIECEUTOM a formulé de nouvelles propositions mais les parties ne sont pas parvenues à trouver un accord. Par une requête enregistrée le 25 juin 2020, le SIECEUTOM a demandé au juge des référés d'ordonner une expertise. Par une ordonnance n°2001786 du 28 septembre 2020, cette requête a été rejetée. Par la présente requête, le SIECEUTOM demande la condamnation solidaire du cabinet C et du bureau d'étude Gaxieu à réparer les désordres affectant le centre de transfert de déchets sur le site de Grenouillet.

Sur les interventions volontaires des sociétés la Mutuelle des architectes français et Compagnie Acte Iard :

3. Dans les litiges de plein contentieux, sont seules recevables à former une intervention les personnes qui peuvent se prévaloir d'un droit auquel la décision à rendre est susceptible de préjudicier. Ainsi, l'assureur d'un constructeur dont la responsabilité est recherchée ne peut être regardé comme pouvant, dans le cadre d'un litige relatif à l'engagement de cette responsabilité, se prévaloir d'un droit de cette nature. Il est par ailleurs constant que le SIECEUTOM ne formule aucune conclusion à l'encontre des sociétés la Mutuelle des architectes français et Compagnie Acte Iard Par suite, les interventions volontaires des sociétés la Mutuelle des architectes français et Compagnie Acte Iard, qui ne sont ni constructeur ni intervenant dans la réalisation de l'ouvrage dont il s'agit, ne sont en tout état de cause, pas admises.

Sur la responsabilité décennale du groupement de maîtrise d'œuvre :

4. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres, apparus dans le délai d'épreuve de dix ans et affectant l'ouvrage dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, même dissociable, engagent la responsabilité de ces constructeurs au titre de la garantie décennale s'ils sont de nature à compromettre sa solidité ou à le rendre impropre à sa destination. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

5. L'action en garantie prévue par les articles 1792 et 2270 du code civil repose sur une cause juridique distincte de celle sur laquelle est fondée l'action mettant en jeu la responsabilité contractuelle ou quasi délictuelle des constructeurs. Après l'expiration du délai de recours contentieux, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l'expiration de ce délai.

6. Il résulte de l'instruction que dans sa requête, le SIECEUTOM invoque uniquement une faute contractuelle de la maîtrise d'œuvre, chargée d'une mission complète, en ce qu'elle n'a pas tenu compte des besoins du maître d'ouvrage lors de la conception de l'ouvrage. Il n'a recherché l'engagement de la responsabilité décennale solidaire du cabinet C et du bureau d'étude Gaxieu qu'à compter de son mémoire enregistré le 16 mars 2021, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux. Par suite, de telle conclusions, fondées sur une cause juridique distincte, sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

Sur l'opposabilité du rapport d'expertise amiable :

7. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

8. Le cabinet C et le bureau d'étude Gaxieu contestent l'opposabilité des rapports de la société Union d'experts, mandatée par l'assureur du SIECEUTOM, des 22 octobre 2019 et 23 avril 2020. Toutefois, ils ne font état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que le tribunal prenne en considération ces rapports dans la mesure où les constatations qu'ils contiennent sont circonstanciées, corroborées par d'autres éléments du dossier, et que les opérations d'expertises qui ont conduit à l'édiction de ces rapports ont été menées contradictoirement.

Sur la responsabilité contractuelle du groupement de maîtrise d'œuvre :

9. La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. Si elle interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation, elle ne met fin aux obligations contractuelles des constructeurs que dans cette seule mesure.

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des constatations de faits des rapports de la société Union d'experts précités, que le désordre en litige, tient dans un défaut de compatibilité entre le niveau de la structure d'une partie du hangar au niveau du quai Nord-Est et les contraintes de vidage des bennes d'ordures ménagères. Il résulte également de l'instruction que l'ouvrage a été réceptionné avec réserves par un procès-verbal signé par les constructeurs le 19 septembre 2019 et par le maître d'ouvrage le 1er octobre 2021 et que l'une des réserves exprimées mentionnant " chantier suspendu secteur quai, mise en sécurité à faire " doit être regardée comme étant en rapport avec ce défaut de compatibilité. Le désordre dont il s'agit ayant fait l'objet d'une réserve à la réception, le SIECEUTOM peut invoquer la responsabilité solidaire des membres du groupement de maîtrise d'œuvre en raison d'un vice de conception ou d'un manquement au devoir de conseil lors de l'élaboration du projet.

11. En second lieu, il résulte du cahier des clauses techniques particulières annexé à l'acte d'engagement du marché de maîtrise d'œuvre que, s'agissant de la collecte sélective seule en litige, étaient prévus des quais couverts d'une hauteur de 3 mètres et une zone de dépotage tampon fermée et couverte, sans notion de hauteur contrainte pour l'accueil des camions-bennes afin de leur permettre de déverser dans le bâtiment. Par ailleurs, il ne résulte pas des plans du projet validés par le maître d'ouvrage en phase avant-projet définitif, montrant clairement la configuration et des dimensions du batiment des quais couverts de 3 mètres desservi par le quai Nord-Est, que la contrainte d'accès aux camions de grande hauteur avait été initialement prévue par le maître d'ouvrage. En outre, les courriers du représentant du maître d'ouvrage du 2 juin 2017 et du 6 janvier 2017, validant de manière très circonstanciée l'avant-projet définitif, ne signalent aucune nécessité d'une configuration accessible aux camions bennes de grande dimension empruntant les quais Nord-Est. Dans ces conditions, aucun vice de conception ou de manquement au devoir de conseil lors de l'élaboration du projet ne peut être imputé au cabinet C et au bureau d'étude Gaxieu, dont la responsabilité contractuelle ne peut être engagée.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par le SIECEUTOM sur le fondement de la responsabilité contractuelle doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge solidaire du cabinet C et du bureau d'étude Gaxieu, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que le SIECEUTOM demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SIECEUTOM la somme de 1 000 euros à verser respectivement au cabinet C et au bureau d'étude Gaxieu au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les interventions des sociétés la Mutuelle des architectes français et Compagnie Acte Iard ne sont pas admises.

Article 2 : La requête présentée par le syndicat intercommunal pour l'étude, la construction et l'exploitation d'unité de traitement des ordures ménagères est rejetée.

Article 3 : Le syndicat intercommunal pour l'étude, la construction et l'exploitation d'unité de traitement des ordures ménagères versera la somme de 1 000 euros respectivement au cabinet C et au bureau d'étude Gaxieu au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat intercommunal pour l'étude, la construction et l'exploitation d'unité de traitement des ordures ménagères, au cabinet C, au bureau d'étude Gaxieu, aux sociétés la Mutuelle des architectes français et Compagnie Acte Iard.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

F. B

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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