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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003462

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003462

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003462
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantURIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2020, Mme B C, représentée par Me Avallone, demande au tribunal :

A titre principal :

1°) d'annuler la décision du 30 juin 2020 par laquelle le président du conseil départemental de Vaucluse a refusé de renouveler son contrat de travail ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de Vaucluse a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle qu'elle a sollicité le 10 juin 2020 ;

3°) d'annuler les arrêtés du 30 juin 2020, du 1er juillet 2020, du 8 juillet 2020 et du 24 juillet 2020 tirant les conséquences de ses arrêts de travail ;

4°) d'enjoindre au département de Vaucluse de la réintégrer à son poste, de prendre toute mesure de nature à assurer sa sécurité et de tirer toutes les conséquences de l'annulation des arrêtés du 30 juin 2020, du 1er juillet 2020, du 8 juillet 2020 et du 24 juillet 2020 ;

A titre subsidiaire :

5°) de condamner le département de Vaucluse à lui verser la somme de 33 762,40 euros correspondant à 10 mois de traitement ainsi que celle de 1 211,60 euros de prime départementale en réparation du préjudice financier subi du fait de la rupture abusive de sa relation de travail ;

6°) de condamner le département de Vaucluse à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

7°) de condamner le département de Vaucluse à lui verser la somme de 593,08 euros en réparation de ses pertes de revenus en fin de contrat du fait de la situation de harcèlement moral qu'elle a subi ;

8°) de mettre à la charge du département de Vaucluse la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision, formalisée par le courrier du 30 juin 2020, par laquelle son contrat de travail n'a pas été renouvelé est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure dès lors qu'elle est fondée sur ses signalements de harcèlement moral et qu'un renouvellement de contrat d'une durée de deux mois lui a été proposé uniquement pour respecter le délai de prévenance et non pas pour des motifs tirés de l'intérêt du service ;

- elle n'a pas été prise dans l'intérêt du service et constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- la rupture de sa relation de travail est fautive et engage la responsabilité du département ;

- elle a fait l'objet de faits de harcèlement moral en raison de l'attitude de sa hiérarchie à son égard, de la perte de ses responsabilités, de l'absence de réponse à ses sollicitations, du développement de situations déstabilisantes et stressantes ou d'humiliations à son égard et de pression pour informer sa hiérarchie de son état de santé ; en effet, elle a fait l'objet d'une attitude distante et hostile de la part de son supérieur hiérarchique, qui l'a disqualifiée et rétrogradée ; elle a été privée de ses responsabilités à compter de mars 2020 ; cette situation s'est aggravée durant le confinement lié à la crise sanitaire dès lors qu'aucune réponse n'a été donnée à ses sollicitations ; son supérieur hiérarchique a organisé sa mise en difficulté professionnelle ; elle a subi des pressions afin d'informer sa hiérarchie de son état de santé ; son contrat de travail n'a été prolongé que pour une durée de deux mois ; aucune suite n'a été réservée à ses signalements concernant cette situation ; l'ensemble de ces agissements sont constitutifs de faits répétés de harcèlement moral à son égard et engagent la responsabilité fautive du département ;

- le refus de protection fonctionnelle qui lui a été opposé est insuffisamment motivé ;

- il n'est pas justifié par un intérêt général alors que cette protection lui était due en raison du harcèlement moral dont elle était victime ;

- en refusant de lui accorder la protection fonctionnelle, le département a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- le département a manqué à son obligation de sécurité à son égard en ne mettant pas en œuvre les moyens nécessaires au télétravail ; ce manquement fautif est de nature à engager la responsabilité du département ;

- elle a subi un préjudice financier en raison du harcèlement moral dont elle a été victime, qui doit être évalué à la somme de 593,08 euros, dès lors que ses arrêts maladie l'ont privé de rémunération ;

- elle a subi un préjudice moral qui doit être évalué à la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2021, le département de Vaucluse, représenté par Me Urien, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il demande, à titre reconventionnel sur le fondement de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, que les passages diffamatoires et outrageants de la requête soient supprimés.

Il fait valoir que :

- les conclusions en annulation de la requête sont irrecevables faute de production des décisions attaquées ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;

- il n'a commis aucun fait de harcèlement moral à l'encontre de la requérante ni aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- il est fondé, à titre reconventionnel sur le fondement des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, à demander le retrait des allégations diffamatoires contenues dans les écritures de la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cadet, substituant Me Avallone, représentant Mme C et de Me Urien, représentant le département de Vaucluse.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a été recrutée en contrat à durée déterminée du 1er juin 2019 au 31 mai 2020, par le département de Vaucluse, en qualité de chef de bureau des relations presse au sein de la direction de la communication du pôle présidence et assemblée. Son contrat a été prolongé pour une durée de deux mois, du 1er juin au 31 juillet 2020. L'intéressée a été victime d'un accident le 31 mars 2020 alors qu'elle se trouvait en situation de télétravail. Elle a alors bénéficié d'un arrêt de travail du 30 mars au 3 avril 2020, prolongé du 4 au 19 avril 2020, puis du 20 mai au 22 juillet 2020. Des arrêtés du 30 juin 2020, du 1er juillet 2020, du 8 juillet 2020 et du 24 juillet 2020 ont ainsi été pris pour tirer les conséquences de ces arrêts de travail. Par un courrier du 10 juin 2020, Mme C a demandé au département de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison de la situation de harcèlement moral dont elle s'estimait victime de la part de M. A, directeur de la communication externe. Cette demande a été rejetée par une décision du 22 juillet 2020. Par un courrier du 30 juin 2020, le contrat de travail de Mme C n'a pas été renouvelé. Par un courrier du 28 juillet 2020, auquel il a été répondu négativement par une décision du 10 septembre 2020, Mme C a demandé le retrait de l'ensemble des décisions précédentes et la réparation de ses préjudices. Par la présente requête, l'intéressée demande l'annulation des décisions des 10 juin et 22 juillet 2020, des arrêtés du 30 juin 2020, du 1er juillet 2020, du 8 juillet 2020 et du 24 juillet 2020 et la condamnation du département de Vaucluse à réparer ses préjudices.

Sur la recevabilité des conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant du dépôt de la réclamation () ".

3. Mme C demande l'annulation de la décision du 30 juin 2020 refusant le renouvellement de son contrat de travail, de la décision du 22 juillet 2020 portant refus de protection fonctionnelle et des arrêtés du 30 juin 2020, du 1er juillet 2020, du 8 juillet 2020 et du 24 juillet 2020 tirant les conséquences de ses arrêts de travail. Toutefois, malgré la fin de non-recevoir opposée dans le mémoire en défense du département de Vaucluse, enregistré le 18 mai 2021, qui a été communiqué au conseil de la requérante le même jour et qui a, par conséquent, nécessairement eu connaissance de la fin de non-recevoir opposée par le département, Mme C n'a pas produit lesdites décisions avant la clôture de l'instruction prononcée le 19 septembre 2022. En l'absence de production, la requérante n'a pas non plus fait état d'une impossibilité ne lui permettant pas de communiquer les décisions qu'elle attaque. Il en résulte que la fin de non-recevoir opposée par le département de Vaucluse et tirée de l'absence de production des décisions attaquées, doit être accueillie.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête sont irrecevables et doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction accessoires des conclusions aux fins d'annulation, doivent également être rejetées.

Sur la responsabilité fautive du département de Vaucluse :

En ce qui concerne l'absence de renouvellement du contrat de travail :

5. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

6. En premier lieu, Mme C ne saurait utilement se prévaloir de l'insuffisance de motivation de la décision par laquelle son contrat de travail n'a pas été renouvelé au-delà du 31 juillet 2020. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le département de Vaucluse aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

7. En deuxième lieu, Mme C soulève un moyen de détournement de procédure tiré de ce que le renouvellement de son contrat de travail pour une durée de deux mois, au lieu d'un an comme initialement convenu avec l'administration, lui aurait été proposé uniquement pour respecter le délai de prévenance d'un mois prévu au I de l'article 38 du décret n°88-145 du 15 février 1988. Toutefois, en se limitant à produire un courriel du 13 mai 2020, rédigé par ses soins, la requérante ne démontre pas un quelconque engagement de l'administration de renouveler son contrat aux mêmes conditions et pour la même durée. Par ailleurs, recrutée sous le régime de l'article 3-2 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire qui n'avait pas encore été recruté, l'ultime renouvellement du contrat de Mme C pour deux mois ne saurait révéler un détournement de procédure quant au respect du délai de prévenance. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le département de Vaucluse aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

8. En dernier lieu, Mme C conteste l'intérêt du service ayant prévalu au refus de renouvellement de son contrat de travail dès lors qu'aucun titulaire n'était recruté au 31 juillet 2020, date de fin de prolongation de sa relation de travail. Il résulte toutefois de l'instruction qu'un attaché principal d'administration a été recruté sur le même poste par un arrêté du 5 août 2020 à compter du 1er septembre 2020, conformément à l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 relatif au contrat à durée déterminée conclu pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. Par ailleurs, Mme C ne conteste pas l'argument du département concernant l'incidence des mesures gouvernementales pour faire face à la crise sanitaire du Covid dans le retard pris dans ce recrutement et n'est ainsi pas fondée à soutenir que le refus de renouveler son contrat de travail n'était pas justifié par l'intérêt du service. En raison de ce dernier, l'intéressée n'est pas non plus fondée à soutenir que cette mesure constituerait, à son égard, une sanction déguisée consécutive à la dénonciation de faits de harcèlement moral. Par suite, le département de Vaucluse n'a pas commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne le harcèlement moral :

9. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

10. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

11. Mme C soutient d'une part que sa hiérarchie a adopté, à partir de janvier 2020, une attitude hostile, blessante, déstabilisante, voire humiliante à son égard. Toutefois, le courriel du 24 mars 2020 et les échanges sur un groupe Whatsapp des 21 avril, 30 avril et 6 mai 2020, dont seul le premier est rédigé sur le ton du reproche, ne permettent pas de confirmer les allégations de la requérante. D'autre part, les faits allégués de disqualification professionnelle, de rétrogradation, de retrait de responsabilité, d'aggravation de la situation de Mme C durant la période de confinement et de pression pour obtenir des informations sur l'état de santé de la requérante ne sont ou étayés par aucune pièce du dossier ou ne sont pas caractérisés, comme notamment la demande du vendredi 7 mai 2020 portant sur un article de 8 000 signes à rédiger pour le week-end.

12. Il résulte de ce qui ce qui précède que l'ensemble des faits allégués ou exposés par Mme C, pris dans leur ensemble ou isolément, ne constituent pas des faits répétés de harcèlement moral ou de discriminations de nature à engager la responsabilité du département de Vaucluse.

En ce qui concerne le refus de protection fonctionnelle :

13. aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, et conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui les emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire au fonctionnaire. / () La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". Ces dispositions établissent, à la charge de l'administration, une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

14. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 11 et 12 sur l'absence de situation de harcèlement moral à l'encontre de Mme C, le département de Vaucluse n'a pas commis d'illégalité fautive, en refusant la demande de protection fonctionnelle présentée par l'intéressée.

En ce qui concerne le manquement à l'obligation de protection :

15. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. ". Aux termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : 1° Eviter les risques ; 2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ; 3° Combattre les risques à la source () ". Aux termes de l'article L. 4121-3 de ce code " L'employeur, compte tenu de la nature des activités de l'établissement, évalue les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, y compris dans le choix des procédés de fabrication, des équipements de travail, des substances ou préparations chimiques, dans l'aménagement ou le réaménagement des lieux de travail ou des installations, dans l'organisation du travail et dans la définition des postes de travail. Cette évaluation des risques tient compte de l'impact différencié de l'exposition au risque en fonction du sexe. / () / A la suite de cette évaluation, l'employeur met en œuvre les actions de prévention ainsi que les méthodes de travail et de production garantissant un meilleur niveau de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs. Il intègre ces actions et ces méthodes dans l'ensemble des activités de l'établissement et à tous les niveaux de l'encadrement. / () ". Aux termes de l'article 2-1 du décret n°85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale : " les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ".

16. Il résulte de ces dispositions que les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents qui s'impose à peine d'engager leur responsabilité au titre de la faute de service, indépendamment de la réponse à apporter aux allégations de harcèlement moral.

17. Mme C soutient que le département a manqué à son obligation de sécurité à son égard en ne mettant pas en œuvre les moyens nécessaires au télétravail durant le confinement et en ne répondant pas à ses différents courriers de signalement. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'aucun signalement n'a été émis par l'intéressée avant un courriel du 21 avril 2020 adressé à la directrice de pôle, qui a fait une proposition de rendez-vous au 19 mai, reporté au 25 mai sans réponse de Mme C. Par ailleurs, la demande de protection fonctionnelle de Mme C du 10 juin 2020 a été suivie huit jours plus tard d'une enquête administrative. En outre, Mme C a été contactée le 30 juin 2020 pour fixer un rendez-vous avec le médecin de prévention au 6 juillet 2020 et il lui a été proposé de poursuivre en télétravail, puis par courriel du 21 juillet 2020, d'occuper un bureau éloigné de son supérieur hiérarchique. Ainsi, au vu des diligences accomplies par le département, aucune carence fautive ne peut lui être reprochée.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles :

19. Aux termes de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Sont également applicables les dispositions des alinéas 3 à 5 de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ci-après reproduites : Art. 41, al. 3 à 5. - Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. ".

20. En l'espèce, les passages des écritures de la requérante dont la suppression est demandée par le département de Vaucluse n'excède pas le droit à la libre discussion et ne présente pas un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire. Par suite, les conclusions tendant à leur suppression doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de Vaucluse, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par le département de Vaucluse au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de Vaucluse au titre des articles L. 741-2 sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par le département au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. D

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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