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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003616

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003616

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003616
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2020, et des mémoires enregistrés le 21 juillet 2022 et le 7 octobre 2022, Mme C A, représentée par Me Coque, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 26 943 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'irrégularité des décisions la plaçant en disponibilité d'office pour raisons de santé et à lui restituer la somme de 2 656,03 euros correspondant au titre de recette relatif à un prétendu indu perçu en 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à la reconstitution de sa carrière et au rétablissement de l'intégralité de ses droits, en matière notamment d'ancienneté, de droits à la retraite et d'avancement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le placement en disponibilité d'office pour raison de santé dont elle a fait l'objet est irrégulier dès lors qu'elle n'a pas été invitée à présenter une demande de reclassement et que son inaptitude à reprendre son poste n'a pas été constatée ;

- la décision la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été informée de la tenue du comité médical ;

- sa situation médicale ne nécessitait pas une mise en disponibilité d'office ;

- en raison de son placement irrégulier en disponibilité d'office pour raison de santé, elle a subi un préjudice financier de 16 943 euros au titre du manque à gagner en matière de rémunération, ainsi qu'un préjudice moral de 10 000 euros ;

- la somme correspondant au titre de perception de 2 656,03 euros émis à son encontre, qui porte sur un indu au titre de la rémunération du mois d'avril 2019, devra lui être restituée dès lors que cette somme s'ajoute aux pertes de salaire qu'elle a subies ;

- la fin de non-recevoir opposée en défense est infondée.

Par un mémoire enregistré le 31 décembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut à sa mise hors de cause, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud étant seul compétent pour défendre dans ce dossier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les vices de procédure tirés du défaut d'invitation au reclassement, de l'absence d'information de la tenue du comité médical et du défaut de prise en compte du certificat médical du Dr D sont infondés ;

- dès lors que la requérante n'apporte aucune pièce à l'appui de ses conclusions indemnitaires et ne démontre pas de lien direct et certain entre sa pathologie et les préjudices invoqués, ces conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction de procéder à la reconstitution de la carrière de Mme A et au rétablissement de l'intégralité de ses droits, en matière notamment d'ancienneté, de droits à la retraite et d'avancement, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif ni de faire œuvre d'administrateur, ni de prononcer des injonctions à l'administration, en dehors des cas d'exécution d'une décision juridictionnelle prévus par les articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, brigadier de police, est affectée à la circonscription de sécurité publique de Carpentras. Ayant été placée en congé de maladie ordinaire du 16 février 2018 au 15 février 2019, l'intéressée a présenté en septembre 2018 une demande de placement en congé de longue maladie. Postérieurement à l'avis rendu le 5 février 2019 par le comité médical interdépartemental, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a placé Mme A en disponibilité d'office pour raison de santé du 16 février 2019 au 15 août 2019. A la suite de la demande de Mme A en date du 23 octobre 2019 par laquelle elle a sollicité sa réintégration dans ses fonctions et de l'avis rendu le 27 avril 2020 par le médecin de prévention, concluant à la reprise du travail avec aptitude restreinte pendant 3 mois, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a décidé, par deux arrêtés du 18 mai 2020, de réintégrer l'intéressée pour une durée de trois mois à compter du 30 avril 2020 et de la maintenir rétroactivement en disponibilité d'office pour raison de santé du 16 août 2019 au 29 avril 2020. Faisant valoir que les décisions la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé sont irrégulières, Mme A a présenté, par l'intermédiaire de son conseil, des réclamations en date des 29 juillet et 26 novembre 2020 par lesquelles elle a sollicité une indemnisation de 26 943 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de ces irrégularités. Le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud n'ayant pas répondu à ces réclamations, Mme A demande au tribunal de faire droit à sa demande indemnitaire.

Sur les conclusions tendant au versement de la somme de 26 943 euros et à la restitution de la somme de 2 656,03 euros :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat au titre des irrégularités dont se prévaut la requérante :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / () ".

3. D'autre part, il résulte de l'article 51 de la loi du 11 janvier 1984 et de l'article 43 du décret du 16 septembre 1985 relatif, notamment, au régime particulier de certaines positions de fonctionnaires et à la cessation définitive des fonctions, que la mise en disponibilité d'office de l'agent devenu inapte à la suite de l'altération de son état physique ne peut intervenir qu'à l'expiration de ses droits statutaires à congé et lorsqu'il ne peut être procédé dans l'immédiat à son reclassement.

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'agent qui, à l'expiration de ses droits statutaires à congé, est reconnu inapte, définitivement ou non, à l'exercice de ses fonctions, ne peut être mis en disponibilité d'office sans avoir, au préalable, été invité à présenter une demande de reclassement.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis du Dr D en date du 8 janvier 2019, que " l'état de santé de Mme A ne lui permet pas d'être réintégrée dans ses fonctions statutaires hormis un changement d'affectation ". Ainsi, Mme A devait être regardée comme étant inapte à l'exercice de ses fonctions à l'expiration, le 15 février 2019, de ses droits statutaires à congés. Par suite, eu égard à ce qu'il a été dit au point 4, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud ne pouvait pas prononcer le placement de Mme A en disponibilité d'office pour raison de santé sans l'avoir préalablement invitée à présenter une demande de reclassement. Dès lors, c'est à tort que le préfet n'a pas invité Mme A à présenter une demande de reclassement.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Les comités médicaux () sont consultés obligatoirement en ce qui concerne () 2. L'octroi des congés de longue maladie et de longue durée ; () 4. La réintégration après douze mois consécutifs de congé de maladie ou à l'issue d'un congé de longue maladie ou de longue durée ; () 6. La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement () ". Aux termes de l'article 27 de ce décret : " Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical : en cas d'avis défavorable il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. ". Aux termes de l'article 18 de ce décret : " Le médecin chargé de la prévention attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical ou à la commission de réforme est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion ; il remet obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 26 (commission de réforme - accident et maladies professionnelles), 32 (idem), 34 (examen médical provoqué par un supérieur hiérarchique) et 43 (reprise des fonctions après CLM ou CLD) ci-dessous. Le fonctionnaire intéressé et l'administration peuvent, en outre, faire entendre le médecin de leur choix par le comité médical ou la commission de réforme. ".

7. En l'espèce, si le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud produit à l'instance le courrier du médecin inspecteur régional adjoint en date du 23 janvier 2019 par lequel Mme A aurait été informée de la réunion du 5 février 2019 du comité médical interdépartemental examinant sa demande de congé de longue durée, il n'établit pas que ce courrier aurait été effectivement adressé à l'intéressée, cette dernière indiquant tant dans sa requête que dans son mémoire en réplique n'avoir pas été informée de cette réunion. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que, n'ayant pas été informée de la réunion du comité médical, elle a été privée d'une garantie relative à la faculté de faire entendre le médecin de son choix et à se prévaloir de la méconnaissance de l'article 18 du décret du 14 mars 1986.

8. En troisième lieu, la requérante affirme que son état de santé ne nécessitait pas une mise en disponibilité d'office. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis du Dr D en date du 8 janvier 2019, que Mme A souffrait d'une dépression caractérisée d'intensité légère à modérée et que son état de santé ne lui permettait pas d'être réintégrée dans ses fonctions statutaires hormis un changement d'affectation. Au regard de ces éléments, qui ne sont pas sérieusement contestés par la requérante alors que cette dernière ne verse à l'instance aucune pièce permettant d'étayer ses affirmations, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son état de santé ne nécessitait pas une mise en disponibilité d'office.

9. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision du 13 février 2019 portant placement en disponibilité d'office pour raison de santé, résultant tant du défaut d'invitation à présenter une demande de reclassement que de l'absence d'information relative à la réunion du comité médical, constitue deux agissements fautifs de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne les préjudices invoqués et le lien de causalité :

10. Les préjudices allégués par la requérante portent, d'une part, sur la perte de rémunération subie, en ce compris le montant mentionné sur le titre de perception relatif à la rémunération d'avril 2019, d'autre part, sur le préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence résultant de son maintien en disponibilité d'office. Toutefois, de tels préjudices ne peuvent être regardés comme découlant directement des deux agissements fautifs mentionnés au point 9, dès lors que Mme A ne démontre pas la perte d'une chance de reclassement et que, eu égard à l'état de santé de la requérante, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud aurait pu légalement prendre la même décision de placement en disponibilité d'office pour raison de santé après avoir dument informé Mme A de la réunion du comité médical examinant sa demande de congé de longue durée.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de Mme A tendant au versement de la somme de 26 943 euros et à la restitution de la somme de 2 656,03 euros doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Dès lors qu'il n'appartient au juge administratif, ni de faire œuvre d'administrateur, ni de prononcer des injonctions à l'administration en dehors des cas d'exécution d'une décision juridictionnelle prévus par les articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, les conclusions à fin d'injonction de procéder à la reconstitution de la carrière de Mme A et au rétablissement de l'intégralité de ses droits, en matière notamment d'ancienneté, de droits à la retraite et d'avancement, sont irrecevables. Ces conclusions doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par Mme A soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, premier conseiller,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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