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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2021399

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2021399

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2021399
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 mars 2020 et le 7 octobre 2021 au greffe du tribunal administratif de Toulouse, attribuée au tribunal administratif de Nîmes par une ordonnance du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat du 4 avril 2022, et un mémoire enregistré le 2 avril 2023, la société par actions simplifiée Challenges IV, représentée par Me Richard, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie, respectivement, au titre de la période du 1er janvier 2011 au 30 novembre 2013 et des années 2011, 2012 et 2013, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les deux avis de recouvrement du 31 mars 2017 ne lui ont pas été régulièrement notifiés ;

- faute de lui avoir communiqué toutes les pièces dont elle avait fait la demande et sur lesquelles le service s'est fondé, celui-ci a méconnu la garantie prévue par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- en remettant en cause un contrat de location de véhicule conclu avec la société de droit andorran Algamat, le service a implicitement mais nécessairement mis en œuvre la procédure de l'abus de droit fiscal ; dès lors que la contribuable n'a pas été informée de la possibilité qu'elle avait de saisir le comité prévu par l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, elle a été privée de cette garantie ;

- le service n'apporte pas la preuve qui lui incombe d'un schéma de fraude, alors qu'elle ne pouvait avoir connaissance des défaillances de ses fournisseurs les sociétés Mercure Automobiles et ASC ;

- en faisant état dans la proposition de rectification de quitus altérés, le service a méconnu son obligation de loyauté.

En ce qui concerne les pénalités :

- le service n'apporte pas la preuve qui lui incombe pour l'application de la majoration pour manœuvres frauduleuses ;

- le service n'apporte pas la preuve qu'en émettant des factures au nom de la société Algamat, dont l'existence n'est pas fictive, elle aurait cherché à éluder des droits de taxe sur la valeur ajoutée ; ainsi l'amende du 1° du I de l'article 1737 du code général des impôts n'est pas fondée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 septembre 2020 et le 14 février 2023, le directeur de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique.

Une note en délibéré à été produite le 3 septembre 2023 pour la société par actions simplifiée Challenges IV.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Challenges IV demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales qui lui ont été assignées à la suite d'une vérification de comptabilité de son activité de vente de véhicules et de prestations de services dans le domaine automobile.

Sur les conclusions en décharge :

En ce qui concerne l'application de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée.

3. Il résulte de l'instruction que la société Challenge IV a demandé, par lettres des 7 avril et 18 avril 2016 antérieures à la mise en recouvrement, que lui soient communiqués tous les documents obtenus de tiers et figurant dans son dossier. En réponse à ces demandes, le service a communiqué, les 20 avril et 20 juillet 2016, les documents obtenus de tiers ayant servi à fonder les rappels litigieux, en ce compris, notamment, les relevés des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée souscrites par la société Mercure Automobiles. Si le vérificateur a fait état, dans les propositions de rectification adressées à la société requérante les 18 décembre 2014 et 30 juillet 2015, de deux vérifications de comptabilité antérieurement conduites à l'endroit des sociétés Mercure Automobiles et ASC Automobiles, contrairement à ce qui est soutenu par la requérante cette seule circonstance ne permet pas de considérer que le service se serait fondé sur les renseignements recueillis lors de ces deux vérifications antérieures. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, pris dans sa première branche, doit donc être écarté.

4. Par ailleurs, si la première proposition de rectification du 16 décembre 2014 fait état de documents communiqués par l'autorité judiciaire, les documents transmis au contribuable les 20 avril et 20 juillet 2016 contenaient, d'une part, la lettre du ministère public près le tribunal de grande instance de Pontoise, du 16 avril 2013, informant le service du signalement que ce ministère public avait lui-même reçu le 8 avril 2013 de la cellule Tracfin, et, d'autre part, le contenu de ce signalement. Ainsi, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction ni même n'est soutenu que le service se serait fondé sur d'autres documents qu'il aurait seulement consultés sans les détenir, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, pris dans sa seconde branche, doit être écarté.

En ce qui concerne la notification des avis de mise en recouvrement :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 256-6 du livre des procédures fiscales : " La notification de l'avis de mise en recouvrement comporte l'envoi au redevable, soit au lieu de son domicile, de sa résidence ou de son siège, soit à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître au service compétent de la direction générale des finances publiques ou au service des douanes et droits indirects compétent, de l'"ampliation" prévue à l'article R. 256-3 ". Les modalités de notification des avis de mise en recouvrement ainsi prévues constituent une garantie pour le contribuable. En revanche, le contribuable ne peut être regardé comme privé de cette garantie, lorsque le pli contenant l'avis de mise en recouvrement a été envoyé à une autre adresse, si ce pli lui est effectivement parvenu.

6. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté en défense que la société requérante a informé le service qu'elle élisait domicile auprès de son conseil pour l'ensemble des actes de la procédure d'imposition. Or les plis contenant les deux avis de mise en recouvrement du 31 mars 2017 n'ont pas été adressés à ce conseil, mais à la société requérante, puis présentés le 13 avril 2017 à son adresse, et retournés au service au terme du délai de mise en instance, revêtus de la mention " avisé non réclamé ". Néanmoins, ainsi que le service le fait valoir en défense, il ressort des énonciations de l'acte de nantissement du fonds de commerce de la société conclu le 4 septembre 2017 avec le comptable public, que les avis de mise en recouvrement en cause étaient à cette date effectivement parvenus à la société requérante. La société Challenges IV ne peut donc être regardée comme ayant été privée de la garantie qui s'attache aux modalités de notification des avis de mise en recouvrement. Par suite, le moyen correspondant doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

S'agissant des prestations de location d'un véhicule :

7. . D'une part, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. (). ". Selon le premier et le cinquième alinéa de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence. ". Selon l'article 259 dudit code : " Le lieu des prestations de services est situé en France : () 2° Lorsque le preneur est une personne non assujettie, si le prestataire : a) A établi en France le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France à partir duquel les services sont fournis ; b) Ou dispose d'un établissement stable en France à partir duquel les services sont fournis ; c) Ou, à défaut du a ou du b, a en France son domicile ou sa résidence habituelle. ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. / En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal () ".

9. Il résulte de l'instruction que la société Challenges IV, qui ne conteste pas avoir en France la qualité d'assujetti agissant en tant que tel, a pris en location le 3 novembre 2011, auprès de la société CM-CIC Bail, un véhicule de marque Rolls Royce et de modèle Phantom Drophead Coupé. Le vérificateur a constaté que la société a immédiatement donné ce véhicule en sous-location, et que selon ses documents d'assurance, il était assuré depuis le 10 novembre 2011 au nom de M. B A, pour un usage privé, en ayant pour lieu de garage le domicile personnel de M. A, situé dans le département de l'Aude. Le vérificateur en a déduit que M. A était le bénéficiaire effectif de la prestation de sous-location, puis relevé qu'il n'avait pas la qualité d'assujetti, en l'absence de tout élément produit en ce sens. Il a déduit de ces circonstances, qui ne sont pas contestées, que le lieu des prestations de services, réalisées par un assujetti agissant en tant que tel, était situé en France au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article 259 du code général des impôts.

10. Ainsi, pour remettre en cause la qualification de prestations de services réalisée avec un preneur assujetti dans le cadre d'une exportation dans un pays tiers à l'Union européenne, dont se prévalait la société Challenges IV, le service s'est borné à procéder à une analyse des documents qui lui ont été présentés. Ce faisant, il n'a pas écarté les actes produits comme fictifs ou établis dans le seul but d'éluder l'impôt, en particulier le " protocole d'accord de mise à disposition d'un véhicule " conclu le 15 novembre 2011 entre la société Challenges IV et la société de droit andorran Algamat, et il ne s'est pas fondé, même implicitement, sur la théorie de l'abus de droit. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration a implicitement mis en œuvre la procédure de répression des abus de droit prévue à l'article L. 64 du livre de procédures fiscales, en la privant des garanties qui s'y rattachent, doit être écarté.

S'agissant des acquisitions de véhicules :

11. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes des I et II de l'article 271 du même code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Enfin, le 3 de l'article 272 du code dispose que : " La taxe sur la valeur ajoutée afférente à une livraison de biens ne peut faire l'objet d'aucune déduction lorsqu'il est démontré que l'acquéreur savait ou ne pouvait ignorer que, par son acquisition, il participait à une fraude consistant à ne pas reverser la taxe due à raison de cette livraison ".

12. Il résulte des dispositions de l'article 17 de la sixième directive 77/388/CEE du 17 mai 1977, reprises en substance à l'article 168 de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 et dont les dispositions du I et du a) du 1 du II de l'article 271 du CGI citées au point 2 assurent la transposition, que le bénéfice du droit à déduction de taxe sur la valeur ajoutée doit être refusé à un assujetti lorsqu'il est établi, au vu d'éléments objectifs, que celui-ci savait ou aurait dû savoir que, par l'opération invoquée pour fonder ce droit, il participait à une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne, notamment par son arrêt du 18 décembre 2014, Staatssecretaris van Financiën c/ Schoenimport " Italmoda " Mariano Previti vof et Turbu.com BV, Turbu.com Mobile Phone's BV (C-131/13, 163/13 et 164/13).

13. Si les opérateurs qui prennent toute mesure pouvant raisonnablement être exigée d'eux pour s'assurer que leurs opérations ne sont pas impliquées dans une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, ne doivent pas perdre leur droit à déduire la taxe sur la valeur ajoutée acquittée en amont, en revanche, un assujetti qui savait ou aurait dû savoir que, par son acquisition, il participait à une opération impliquée dans une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, doit être considéré comme participant à cette fraude, indépendamment de la question de savoir s'il tire ou non un bénéfice de la revente des biens, dès lors que, dans une telle situation, il devient complice de la fraude, comme l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 6 juillet 2006, Axel Kittel et Recolta Recycling SRPL (C-439/04 et C-440/04).

14. Si l'administration fiscale ne peut exiger de manière générale de l'assujetti souhaitant exercer le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, d'une part, qu'il vérifie que l'émetteur de la facture correspondant aux biens et aux services au titre desquels l'exercice de ce droit est demandé dispose de la qualité d'assujetti, qu'il disposait des biens en cause et était en mesure de les livrer et qu'il a rempli ses obligations de déclaration et de paiement de la taxe, afin de s'assurer qu'il n'existe pas d'irrégularités ou de fraude au niveau des opérateurs en amont, ou, d'autre part, qu'il dispose de documents à cet égard, un opérateur avisé peut, en revanche, lorsqu'il existe des indices permettant de soupçonner l'existence d'irrégularités ou de fraude, se voir contraint de prendre des renseignements sur un autre opérateur auprès duquel il envisage d'acheter des biens afin de s'assurer qu'il s'est acquitté de ses obligations fiscales, comme l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 21 juin 2012, Mahagében kft (C-80/11). Lorsque les indices permettent de soupçonner une méconnaissance, par un fournisseur de biens, de ses obligations de déclaration ou de paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient ainsi à l'assujetti qui a acquis certains de ces biens de s'assurer qu'en ce qui les concerne, son fournisseur ou son prestataire s'est acquitté de ses obligations.

15. Enfin, il incombe à l'administration fiscale d'établir les éléments objectifs permettant de conclure que l'assujetti savait ou aurait dû savoir que l'opération invoquée pour fonder le droit à déduction était impliquée dans une fraude. Lorsque sont en cause des opérations similaires réalisées par des sociétés différentes pendant une courte période, ces éléments doivent porter sur chacune de ces sociétés, qu'il s'agisse de l'existence de la fraude reprochée, des indices permettant à l'assujetti mis en cause de la soupçonner ou encore des mesures qui peuvent raisonnablement être exigées.

16. Il résulte de l'instruction, en particulier des propositions de rectification des 18 décembre 2014 et 30 juillet 2015, que les sociétés Mercure Automobiles et ASC Automobiles, fournisseurs de la société requérante, ne disposaient d'aucune structure commerciale ni d'aucun local consacré à l'activité de négoce automobile, que leurs sièges sociaux correspondaient à des adresses de domiciliation, et qu'elles se sont montrés défaillantes au regard de leurs obligations déclaratives et contributives en matière de taxe sur la valeur ajoutée. En outre, le vérificateur a relevé que ces sociétés vendaient les véhicules à des prix inférieurs à ceux du marché, ce que la société Challenges IV ne conteste pas efficacement en se bornant à se prévaloir de l'historique de ses propres achats. Dans ces conditions, le service doit être regardé comme établissant que les sociétés Mercure Automobiles et ASC Automobiles se sont livrées à une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée.

17. La société requérante conteste la position du service selon laquelle elle savait ou ne pouvait ignorer, au sens des dispositions précitées du 3 de l'article 272 du code général des impôts, qu'elle participait, par les achats effectués auprès de ces deux fournisseurs, à une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée. Il résulte de l'instruction que ces fournisseurs étaient au titre de la période en litige les fournisseurs principaux la société requérante qui réalisait auprès d'eux une part importante de ses achats. La société Challenges IV a bénéficié de prix anormalement bas, minorés par l'absence de facturation par ces sociétés de la taxe sur la valeur ajoutée. Elle s'acquittait des montants dus au fournisseur ASC Automobiles facturés avant même leur facturation. Un de ses anciens salariés, qu'elle a employé jusqu'au mois de février 2010, a ensuite été l'intermédiaire, pour la société Mercures Automobiles, des relations avec la société requérante. Celle-ci, nécessairement sensibilisée par les autorités au risque accru de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée dans son secteur d'activité particulièrement exposé, ne justifie d'aucune autre démarche, pourtant à sa portée, permettant d'établir le risque à entretenir des relations commerciales avec des sociétés dépourvues de toute consistance réelle, comme c'est le cas en l'espèce. Les circonstances que l'administration fiscale est principalement en charge de la lutte contre la fraude fiscale, qu'elle signé les certificats d'acquisition pour les besoins de la francisation, et qu'elle a dispensé de cautionnement les sociétés ASC Automobiles et Mercure Automobiles, sont sans incidence sur la méconnaissance de ses obligations par la société Challenges IV, qui aurait dû s'assurer par elle-même de la fiabilité de ses fournisseurs, compte tenu de son positionnement, de sa connaissance du marché, de l'ensemble des éléments ci-dessus rappelés, ainsi que des spécificités de ce marché. A cet égard, la société ne saurait se retrancher derrière l'apparente normalité des certificats fiscaux, bons de commande ou lettres de voiture. Dans l'ensemble de ces conditions, c'est à bon droit que le service, en se fondant sur ces constatations, a estimé que la société Challenges IV disposait d'indices suffisants lui permettant de soupçonner l'existence d'une fraude commise par ses fournisseurs. Ainsi, alors que le service s'est borné à faire état des certificats d'immatriculation en sa possession sans méconnaître son obligation de loyauté, alors même que ces certificats avaient été altérés, il établit que la société requérante ne pouvait ignorer être impliquée dans un circuit de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, c'est à bon droit qu'il a remis en cause son droit à la déduction de la taxe facturée par les fournisseurs Mercure Automobiles et ASC Automobiles, et qu'il a rappelé à concurrence les droits de taxe sur la valeur ajoutée correspondants.

En ce qui concerne les pénalités :

S'agissant de la majoration pour manœuvres frauduleuses :

18. Aux termes l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". En vertu de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, en cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable, la preuve des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration qui doit établir l'intention du contribuable d'égarer ou de restreindre son pouvoir de contrôle.

19. Pour assortir les rehaussements en litige de la majoration prévue au c) de l'article 1729 du code général des impôts, ainsi qu'il a été dit le service a relevé dans les propositions de rectification que la société Challenges IV a participé à la mise en place d'un circuit de commercialisation de véhicules dont la facturation a transité par deux sociétés défaillantes, les sociétés Mercure Automobiles et ASC Automobiles, qui éludaient la taxe sur la valeur ajoutée collectée sur les opérations imposables réalisées en France tout en lui permettant de porter en déduction la taxe sur la valeur ajoutée. Ainsi le service justifie l'application de la majoration pour manœuvres frauduleuses, que la société Challenges IV ne conteste pas efficacement en se bornant à faire valoir que la lutte contre la fraude fiscale incombe avant tout à l'administration fiscale et que celle-ci a délivré de manière répétée des quitus à ces deux sociétés.

S'agissant de l'amende pour fausses factures :

20. Le I de l'article 1737 du code général des impôts dispose que : " Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : 1. Des sommes versées ou reçues, le fait de travestir ou dissimuler l'identité ou l'adresse de ses fournisseurs ou de ses clients, les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B et aux textes pris pour l'application de ces articles ou de sciemment accepter l'utilisation d'une identité fictive ou d'un prête-nom ". Il résulte de ces dispositions que l'administration peut mettre l'amende ainsi prévue à la charge de la personne qui a délivré la facture ou à la charge de la personne destinataire de la facture si elle établit que la personne concernée a soit travesti ou dissimulé l'identité, l'adresse ou les éléments d'identification de son client ou de son fournisseur, soit accepté l'utilisation, en toute connaissance de cause, d'une identité fictive ou d'un prête-nom.

21. En l'espèce, le vérificateur a relevé dans les propositions de rectification que la société Challenges IV a facturé les prestations de services, mentionnées au point 9, au nom de la société de droit andorran Algamat, alors que le locataire du véhicule était en réalité M. B A. Le service n'était pas tenu, pour établir ces faits, d'adresser une demande d'assistance administrative aux autorités andorranes. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant que la société Challenges IV a accepté en toute connaissance de cause l'utilisation d'un prête nom, alors même que les loyers étaient payés depuis un compte andorran de la société Algamat. C'est donc à bon droit qu'elle a fait application de l'amende prévue par les dispositions précitées du 1 du I de l'article 1737 du code général des impôts.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

22. La société requérante invoque, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les doctrines administratives référencées 13 L-6-06 n° 155 du 21 septembre 2006 n° 9, 3 A-7-07 n° 29 et 30, BOI-TVA-DED-10-30-n° 50, Inst. 3-8-1999, 3 L-1-99 n° 18, BOI-TVA-SECT-70-30-10 n° 110 et 120, n° 3-8-1999 n° 34, BOI TVA SECT 70 30 20 n° 80, et 3 A7-07. Ces doctrines, en tout état de cause, ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Challenges IV n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie, respectivement, au titre de la période du 1er janvier 2011 au 30 novembre 2013 et des années 2011, 2012 et 2013, ni des pénalités correspondantes.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la sommes que la société Challenges IV demande au titre des frais qu'elle a exposés.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de la SAS Challenges IV est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Challenges IV et au directeur de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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