mercredi 23 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2021446 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CAMILLE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Nîmes, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse sous le n° 2001446 puis au tribunal administratif de Nîmes sous le n°2021446, présentée par la SASU Kral.
Par une requête enregistrée le 16 mars 2020 sous le n°2001446, complétée par un mémoire enregistré le 19 avril 2021, la SASU Kral, représentée par Me Gasquet, demande au tribunal :
- de prononcer la décharge des rappels mis à sa charge en matière de taxe sur la valeur ajoutée pour les exercices clos en 2015, 2016 et 2017, d'impôt sur les sociétés pour les exercices clos en 2015 et 2016 et d'amende de 5 % au titre de l'absence d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée intracommunautaire pour les exercices clos en 2015, 2016 et 2017 ;
- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
- s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée sur les travaux facturés, il s'agissait de travaux supplémentaires réalisés à la demande du donneur d'ordre (la SARL Di Piazza) et s'inscrivant dans le cadre du contrat de sous-traitance signé avec lui, qui en prévoyait l'existence même ;
- s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée sur la location des véhicules, à titre principal, sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée intracommunautaire, les dispositions de l'article 256 bis du Code général des impôts ne sont pas applicables ; à titre subsidiaire, concernant la taxe sur la valeur ajoutée déductible d'égal montant, il s'avère que les véhicules ont été conçus pour le transport des marchandises, et ne sont à ce titre pas exclus du droit à déduction.
En ce qui concerne les amendes pour défaut d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée, elle apparaissent disproportionnée eu égard à l'infraction commise.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés, elle conteste les réintégrations de charges dans les bénéfices.
- s'agissant des loyers afférents à l'immeuble sis à FROUZINS, M. C n'a pas occupé les locaux concernés à titre de résidence principale ;
- s'agissant de la part des loyers excédant les limites prévues au 4 de l'article 39 du Code général des impôts, la proposition de rectification du 14décembre2018 est insuffisamment motivée au sens de l'article L. 57 du Livre des procédures fiscales dès lors qu'elle ne comporte pas la détermination même des montants déductibles ;
- le prix d'acquisition des véhicules n'est pas connu et l'administration a considéré que l'amortissement de ces biens se pratiquait sur 5 ans, alors qu'il n'est pas établi que tel était le cas ;
- la législation appliquée par l'administration ne concerne que les véhicules particuliers, et non les camionnettes.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2021, complété le 31 mai 2021, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement des sommes de 4 184 euros au titre de l'année 2015 et 18 616 euros au titre de l'année 2016, prononcé le 2 décembre 2020 et au rejet du surplus de la requête.
Il soutient que s'agissant de la fraction non déductible des loyers afférents aux véhicules, l'administration prend acte du défaut de détermination des montants réintégrés dans la proposition de rectification et consent aux dégrèvements demandés résultant d'une diminution des bases de 25 953 euros et 63 200 euros respectivement au titre des exercices clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016 ; pour le surplus, les moyens invoqués sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B A ;
- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU Kral exerce une activité de travaux d'installation d'eau et de gaz. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité ayant porté sur la période du 24 janvier 2014 au 31 décembre 2016 étendue au 31 octobre 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. L'administration a adressé à la société vérifiée le 14 décembre 2018 une proposition de rectification comportant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée sur facturation de travaux hors sous-traitance, de taxe sur la valeur ajoutée intracommunautaire à auto-liquider ne donnant pas lieu à déduction correspondante, l'application de l'amende de 5 % au titre de l'absence d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée intracommunautaire, la remise en cause de la déduction de charges non engagées dans l'intérêt de l'exploitation et de la déduction d'une partie des loyers acquittés au titre des locations des véhicules de tourisme. Par une réclamation du 9 octobre 2019, la SASU Kral a contesté ces impositions. Une décision de rejet lui a été adressée le 24 janvier 2020. La SASU Kral demande la décharge des rappels correspondants.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 2 décembre 2020, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie a prononcé le dégrèvement, en droits, à concurrence d'une somme de 4 184 euros au titre de l'année 2015 et 18 616 euros au titre de l'année 2016, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés concernant la fraction non déductible des loyers afférents aux véhicules et résultant ainsi d'une diminution des bases de 25 953 euros et 63 200 euros respectivement au titre des exercices clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016. Les conclusions de la requête de la SASU Kral sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée sur les travaux facturés
3. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " 1. I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. (..) ". Aux termes de l'article 283 du même code : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables (..). 2 nonies. Pour les travaux de construction, y compris ceux de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition effectués en relation avec un bien immobilier par une entreprise sous-traitante, au sens de l'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, pour le compte d'un preneur assujetti, la taxe est acquittée par le preneur. () ". Enfin, aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " () 2. La taxe est exigible : () c. Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix (..) ".
4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
5. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la période soumise à contrôle, la SASU Kral a exercé son activité de travaux de plomberie notamment en qualité de sous-traitante de la SARL Di Piazza avec laquelle elle a conclu un contrat de sous-traitance le 15 juillet 2015, visant à la restauration d'une caserne pour le compte de l'association ASL sise à Blois (41). Ce contrat prévoit dans sa clause " 5. Prix " que : le sous-traitant s'engage à exécuter les travaux pour la somme globale et forfaitaire de 112 000 euros, qualifiée de montant du marché, le sous-traité est conclu pour un prix ferme et non pour un prix actualisable ou révisable et dans sa clause " 7. Exécution des travaux ", que tous travaux supplémentaires ou modificatifs entraînant une variation de plus de 10 % du montant total des travaux prévus initialement donnera lieu à l'établissement d'un devis de l'entreprise sous-traitante et d'un avenant au contrat établi par l'entreprise principale, chiffré, signé et tamponné des deux parties.
6. La SASU Kral a facturé à la SARL Di Piazza au cours de la période vérifiée des travaux supplémentaires hors du forfait convenu dans le contrat de sous-traitance, comportant la mention " TS " ou " Modifications ". Ces factures se sont échelonnées du 23 septembre 2015 au 25 novembre 2016, elles s'élèvent globalement à 64 656, 58 euros taxes comprises, et ont été payées par la SARL Di Piazza à hauteur de 1 080 euros en 2015, et 32 032 euros en 2016. Le dernier règlement a été effectué le 12 août 2016, étant observé qu'à la suite d'un litige avec la SARL Di Piazza, la requérante a résilié le contrat de sous-traitance le 2 décembre 2016.
7. Le service, estimant que les travaux avaient été facturés hors du cadre de la sous-traitance, a mis la taxe sur la valeur ajoutée correspondant aux factures encaissées à la charge de la SASU Kral, en application de l'article 256-1 du code général des impôts, dès lors qu'elle avait émis les factures et effectué les prestations facturées (180 euros et 5 339 euros respectivement au titre des années 2015 et 2016). Pour refuser à la requérante le bénéfice du dispositif de l'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée par le preneur, le service relève qu'au cas particulier, il existe bien un contrat de sous-traitance, qui a fixé les droits et obligations des parties. L'administration souligne qu'en n'en respectant pas les clauses, et en exécutant des travaux au-delà du marché initial convenu, l'accord de volonté entre l'entreprise principale et son sous-traitant pour la réalisation de ces travaux supplémentaires et leur prix n'est précisément pas établi au sens du contrat préexistant. Elle ajoute qu'il serait erroné de considérer que le donneur d'ordre a accepté les travaux supplémentaires sans réserve, puisqu'il n'en a acquitté qu'une partie seulement, et que le litige a occasionné une résiliation du contrat de la part de la société requérante, ajoutant à ce sujet qu'il importe peu que le litige fiscal se limite à celles des factures qui ont été acquittées, uniquement à raison de la législation applicable en matière de fait générateur de la taxe sur la valeur ajoutée aux prestations de services. L'administration fiscale ajoute qu'est inopérante la circonstance évoquée selon laquelle le client final (l'association ASL) n'avait pas connaissance de l'intervention de la SASU Kral, dès lors que les relations contractuelles analysées sont celles établies entre le donneur d'ordre et l'entreprise sous-traitante. Le service précise enfin qu'un accord " oral " sur " la chose et le prix " ne suffit pas à justifier au cas particulier des obligations des parties sous-traitantes telles qu'elles en avaient convenu dans le contrat de sous-traitance, et qu'à ce titre, la requérante ne peut utilement opposer à l'administration les dispositions de l'article 1101 du code civil. Au terme de son analyse, le service conclut qu'à défaut d'établissement d'un avenant au contrat initial de sous-traitance, les travaux exécutés hors du marché ayant fait l'objet de ce contrat ne peuvent être considérés comme s'y rattachant. Et que par conséquent, s'agissant des travaux supplémentaires facturés, la requérante n'était pas fondée à se placer sous le dispositif de l'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée par le preneur.
8. Toutefois, il résulte de l'instruction que les travaux supplémentaires ont bien été réalisés à la demande du donneur d'ordre, à savoir la SARL Di Piazza, effectués par la SASU Kral, et le service n'apporte pas d'élément susceptibles de faire douter du fait qu'ils s'inscrivaient dans le cadre du contrat initial, lequel en prévoyait la possibilité, ou qu'ils auraient été réalisés dans le cadre d'un autre contrat ou avec une autre entreprise. Ces travaux ont donné lieu à l'établissement de factures avec la mention TS (travaux supplémentaires) par la SASU Kral au client Di Piazza, qui les a acceptés et les a payés. La SASU Kral précise que les travaux n'ont pas été payés directement par le maître de l'ouvrage (l'association ASL), qui n'avait pas connaissance de l'intervention de la SASU Kral sur le chantier, ainsi qu'il ressort du jugement du tribunal de commerce de Bordeaux du 25 janvier 2019, mais par la SARL Di Piazza dans le cadre de la sous-traitance. La société ajoute sans être contredite que s'il y a bien un litige avec la société Di Piazza, concernant certaines factures émises par la société Kral demeurant impayées ce jour, lesdites factures impayées ne sont pas concernées par les rectifications de taxe sur la valeur ajoutée contestées, dès lors que ces rappels n'ont été calculés que sur la base des encaissements constatés sur les comptes bancaires de la SASU Kral et régulièrement comptabilisés. Dans ces conditions, la seule circonstance, certes regrettable au regard des termes du contrat de sous-traitance, qu'un avenant au contrat n'a pas été établi entre les deux parties au vu des dépassements constatés, n'est pas de nature à ôter à la requérante sa qualité d'entreprise sous-traitante au sens des dispositions précitées et par suite à l'exclure du bénéfice desdites dispositions. Par conséquent, la SASU Kral est fondée à obtenir la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis en recouvrement à son encontre à ce titre, soit les sommes respectives de 180 euros (exercice clos le 31 décembre 2015) et 5 339 euros (exercice clos le 31 décembre 2016).
En ce qui concerne la liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée intracommunautaire sur la location de véhicules
9. Aux termes de l'article 256 bis du CGI : " I. 1 ° Sont également soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les acquisitions intracommunautaires de biens meubles corporels effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ou par une personne morale non assujettie lorsque le vendeur est un assujetti agissant en tant que tel et qui ne bénéficie pas dans son Etat du régime particulier de franchise des petites entreprises ". Par ailleurs, il résulte de l'article 259-1° a) du même code que le lieu des prestations de services est situé en France lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France le siège de son activité économique. Enfin, il résulte des dispositions de l'article 283-2 du CGI que lorsque les prestations mentionnées au 1° de l'article 259 sont fournies par un assujetti qui n'est pas établi en France, la taxe doit être acquittée par le preneur.
10. Dans la présente affaire, il résulte de l'instruction que lors de la vérification de comptabilité dont la SASU Kral a fait l'objet, l'administration fiscale a constaté que la société Kral louait des véhicules à la société Bruno Konstant établie en Pologne et qu'elle n'avait pas mentionné, sur ses déclarations, les opérations imposables liées à ces locations. Elle a en conséquence, sur le fondement des dispositions précitées, mis à la charge de la requérante des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée calculés " en dedans " sur le montant des locations consenties à la SASU Kral par la société Bruno Konstant, soit 6 370 euros en 2015, 16 404 euros en 2016 et 11 160 euros en 2017.
11. Le service demande en cours d'instance une substitution de base légale et que les rectifications litigieuses soient désormais fondées sur les dispositions prévues à l'article 256, I du code général des impôts, aux termes duquel " sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". S'agissant de prestations telles que définies au 1° de l'article 259 du Code général des impôts, elle entend également substituer celles du 2 de l'article 283 du même code à celles du 1 dudit article invoqué dans la proposition de rectification.
12. L'administration, qui ne peut renoncer à appliquer la loi fiscale, est en droit, à tout moment de la procédure, de justifier l'impôt sur un nouveau fondement légal, en vertu des dispositions de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales, à condition de ne priver le contribuable d'aucune des garanties légales auxquelles il a droit. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction, que cette substitution ait pour effet de priver le requérant, qui a fait l'objet à cet égard de la procédure de rectification contradictoire, d'une des garanties de procédure prévues par la loi. Par conséquent, la substitution de base légale demandée doit être accueillie.
13. La SASU Kral, qui se limitait à soutenir dans sa requête que les dispositions de l'article 256 Bis du CGI ne pouvaient servir de fondement aux rectifications proposées à la société, ne critique pas en réplique le nouveau fondement légal invoqué par le service. Par conséquent, elle n'est pas fondée à obtenir la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée effectués à ce titre, soit 33 934 euros au titre des trois exercices vérifiés.
En ce qui concerne la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée sur les locations de véhicules destinés au transport de personnes ou mixtes
14. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I.1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () ". Le 2 de l'article 273 du code prévoit cependant que des décrets en Conseil d'Etat " peuvent édicter des exclusions ou des restrictions et définir des règles particulières, soit pour certains biens ou certains services, soit pour certaines catégories d'entreprises ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II à ce code : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction. ". Aux termes de l'article 206 de cette annexe : " () / IV - 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : / () / 6° Pour les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes () ".
15. Pour apprécier si un véhicule ou un engin a été conçu pour le transport des personnes ou pour un usage mixte, au sens des dispositions précitées, il y a lieu non pas de se référer aux conditions d'utilisation du véhicule mais de rechercher, compte tenu de ses caractéristiques lors de l'acquisition, l'usage auquel il est normalement destiné.
16. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
17. La SASU Kral détient plusieurs véhicules loués à la société Bruno Konstant, établie en Pologne. Il s'agit de trois Volkswagen Transporter, de deux Citroën Jumpy, d'un Fiat Scudo, d'un Mercedes Sprinter. Elle soutient qu'elle a déduit le montant de la taxe sur la valeur ajoutée intra-communautaire correspondante. L'administration fiscale a remis en cause cette déduction.
18. Il résulte de l'instruction, notamment des précisions non contredites apportées par le service, que les copies de cartes grises des véhicules concernés mentionnent un nombre de places au total de 6 ou 9 personnes selon le véhicule, ce qui témoigne d'une conception visant au transport de personnes. Les photographies produites par la requérante concernent des véhicules neufs, et non ceux qu'elle utilise et qui sont en litige. C'est donc à bon droit, en l'état des pièces du dossier, que le bénéfice de la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant ces locations a été refusé à la SASU Kral, alors même qu'ils seraient en pratique également utilisés pour le transport de marchandises.
En ce qui concerne les amendes de 5 % pour défaut d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée
19. Aux termes du 4 de l'article 1788 A du code général des impôts : " Lorsqu'au titre d'une opération donnée le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est autorisé à la déduire, le défaut de mention de la taxe exigible sur la déclaration prévue au 1 de l'article 287, qui doit être déposée au titre de la période concernée, entraîne l'application d'une amende égale à 5 % de la somme déductible ".
20. Il résulte de l'instruction que l'administration a sanctionné l'absence d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée sur la location de matériel en Pologne par l'application de l'amende prévue à l'article 1788 A précité, soit 193 euros, 244 euros et 206 euros respectivement au titre des années 2015, 2016 et 2017. La société ne conteste pas le bien-fondé des motifs de fait ou de droit retenus par l'administration pour infliger cette amende mais elle se prévaut de son caractère disproportionné, en évoquant notamment des travaux parlementaires et des décisions de la Cour de justice de l'Union européenne. En premier lieu, eu égard à l'objectif poursuivi par le législateur visant à contraindre les assujettis qui réalisent des échanges intracommunautaires de biens et de services à respecter leurs obligations déclaratives et au caractère essentiel que ces dernières revêtent pour l'efficacité des procédures d'échanges d'informations entre les administrations fiscales des Etats membres en matière de lutte contre la fraude, le montant fixé par les dispositions du 4 de l'article 1788 A du code général des impôts ne présente pas un caractère disproportionné par rapport à la gravité du manquement qu'elle réprime, alors même que la sanction est susceptible d'être infligée tous les mois et indépendamment de l'existence de droits éludés et de la valeur des biens ou services échangés. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que ces dispositions portent une atteinte disproportionnée, au regard de l'objectif poursuivi, au droit au respect des biens, garanti par les stipulations de l'article 1er du protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
21. En deuxième lieu, la sanction fiscale prévue par les dispositions précitées du 4 de l'article 1788 A du code général des impôts présente le caractère d'une punition tendant à empêcher la réitération des agissements qu'elles visent et n'a pas pour objet la seule réparation pécuniaire d'un préjudice subi par l'Etat. En troisième lieu, le juge de l'impôt, qui exerce son plein contrôle sur les conditions d'application de cette sanction, décide, dans chaque cas, si elle doit être appliquée ou non, ce qui n'implique pas un pouvoir de modulation de sa part. Par suite, la SASU Kral ne peut utilement soutenir, pour contester l'application de cette amende, le fait qu'elle serait disproportionnée par rapport à l'infraction commise, à savoir un simple jeu d'écritures dans une déclaration de chiffre d'affaires dépourvue de toute incidence financière.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
22. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () ". Il résulte de ces dispositions que pour être déductibles, ces charges doivent, notamment, avoir été engagées dans l'intérêt de l'exploitation.
23. Il résulte par ailleurs de la doctrine administrative référencée BOI-BIC-CHG-40-40-30 n°1, 8-4-2013 que les avantages en nature tels que logement, chauffage, éclairage, habillement, nourriture, mise à la disposition temporaire ou permanente d'un chauffeur, d'ouvriers d'entretien (jardiniers, peintres, etc.), d'une voiture, constituent un élément de la rémunération et, à ce titre, ils sont en principe à comprendre parmi les charges déductibles.
24. Il résulte de l'instruction que lors de la vérification de la comptabilité de la SASU Kral, le service a constaté que la société avait comptabilisé en charges, au titre de l'exercice 2016, une somme de 13 200 euros correspondant aux loyers mis à sa charge au titre de la location d'un bien immobilier sis à Frouzins. Estimant que le bien ainsi loué était la résidence principale du dirigeant de la société Kral, M. C, il a réintégré la charge ainsi déduite dans les bases imposables à l'impôt sur les sociétés.
25. La requérante soutient que le bien loué ne serait pas la résidence principale de l'intéressé. Elle expose que si le bail est à son nom, cette circonstance s'expliquerait par le fait que les propriétaires refusent de louer leurs biens à des entreprises et acceptent seulement de les louer à des personnes physiques. M. C n'aurait jamais occupé ce bien, à la différence des salariés de la société qui l'utilisaient effectivement.
26. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment des précisions non contredites apportées par le service, qu'il ressort de la déclaration personnelle de M. C à l'impôt sur le revenu, souscrite au titre de l'année 2015 que cette adresse est celle de son domicile en 2016, l'intéressé mentionnant y avoir été " logé par la société ". Cette déclaration était accompagnée d'une attestation d'hébergement de l'intéressé à cette adresse par la SASU Kral sur une période courant du 1er janvier 2016 au 1er février 2017. Enfin, ces charges ont été enregistrées dans le compte 61311600 " Loyer Frouzins ", de sorte que la SASU Kral n'a à aucun moment considéré que ces charges constituaient des avantages en nature, et M. C ne les a pas déclarés en tant que tels.
27. Dans ces conditions, en l'absence de toute pièce permettant de conclure à l'intérêt pour l'exploitation des dépenses litigieuses et de toute déclaration d'avantages en nature par la SASU Kral à ce titre, la requérante n'est pas fondée à obtenir la décharge des sommes correspondantes.
28. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés qui lui ont été réclamées
Sur les frais liés au litige :
29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la SASU Kral à concurrence du dégrèvement, prononcé le 2 décembre 2020, des sommes de 4 184 euros au titre de l'année 2015 et 18 616 euros au titre de l'année 2016.
Article 2 : La SASU Kral est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge à concurrence des sommes respectives de 180 euros (exercice clos le 31 décembre 2015) et 5 339 euros (exercice clos le 31 décembre 2016).
Article 3 : L'Etat versera à la SASU Kral la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SASU Kral est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Kral et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.
Le rapporteur,
P. A
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2021446
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026