jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2021905 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SERDAN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°230114 du 6 mars 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulouse a transmis le dossier de la requête présentée par le département de la Haute-Garonne au tribunal administratif de Nîmes.
Par une requête et des mémoires, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 20 avril 2020 et le 31 mai 2021, ainsi qu'un mémoire récapitulatif, enregistré au greffe du tribunal administratif de Nîmes le 31 mai 2022, le département de la Haute-Garonne, représenté par Me Grzelczyk, demande au tribunal :
A titre principal :
1°) de condamner solidairement les sociétés Betem ingénierie, Alpes contrôles, Gallego, Entreprise travaux plâtrerie (ETP) et EFC à lui verser la somme de 181 422,08 euros hors taxe (HT), assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de l'enregistrement de la requête, au titre des désordres affectant les cloisonnements du collège Pierre Mendes-France, situé sur la commune de Labarthe-sur-Lèze ;
2°) de condamner solidairement les sociétés Gallego, Realco, LCR Architectes, Betem ingénierie et EFC à lui verser la somme de 17 138,45 euros HT, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de l'enregistrement de la requête, au titre des désordres affectant la façade du bâtiment D du collège Pierre Mendes-France ;
3°) de condamner solidairement les sociétés Gallego, SPIE Sud-Est, LCR Architectes, Betem ingénierie et EFC à lui verser la somme de 10 260 euros HT, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de l'enregistrement de la requête, au titre des désordres affectant les toitures terrasses du collège Pierre Mendes-France ;
4°) de condamner solidairement les sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP et Alpes contrôles à lui verser la somme de 9 512,11 euros HT, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de l'enregistrement de la requête, au titre des dépenses qu'il a engagées antérieurement aux opérations d'expertise au titre du suivi des désordres et des travaux conservatoires ;
A titre subsidiaire :
5°) de condamner de manière divise, selon la clé de répartition définie par l'expert, les sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP et Alpes contrôles à lui verser la somme globale de 218 332,64 euros HT, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de l'enregistrement de la requête ;
En tout état de cause :
6°) de mettre à la charge solidaire, ou subsidiairement selon la clé de répartition définie par l'expert, des sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP et Alpes contrôles la somme de 28 056 euros au titre des entiers dépens de l'instance ;
7°) de mettre à la charge solidaire des sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP et Alpes contrôles la somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'action en responsabilité décennale a été engagée avant l'expiration du délai de dix ans à compter de la réception des travaux ;
- ainsi que le constate l'expert, les désordres affectant les cloisonnements résultent d'un défaut de conception de l'ouvrage et de surveillance des travaux imputables à la société Betem ingénierie, d'une mauvaise exécution des travaux imputable à la société Gallego, d'un manquement aux règles de l'art et au devoir de conseil imputables à la société ETP et d'un un défaut au stade de la surveillance des travaux imputable à la société Alpes contrôles ; de tels désordres, qui n'étaient pas connus au stade de la réception, sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination et à compromettre sa solidité ; rien de permet d'affirmer que la société EFC avait uniquement pour mission l'étude du process alimentaire dans le cadre de la construction du collège ; sa responsabilité décennale est également engagée ;
- la responsabilité décennale solidaire des sociétés Betem ingénierie, Alpes contrôles, Gallego, ETP et EFC est engagée en raison des désordres affectant les cloisonnements à hauteur de la somme de 181 422,08 euros HT ;
- la société ETP ne saurait s'exonérer de sa responsabilité dès lors que l'ampleur des fissures n'a pu être constatée qu'après la réception des travaux et que le caractère " secondaire " des désordres ou l'absence de faute n'ont aucune incidence sur l'engagement de sa responsabilité décennale ;
- ainsi que le constate l'expert, les désordres affectant la façade du bâtiment D, qui résultent d'une mauvaise exécution des travaux imputables aux sociétés Gallego et Realco et d'une mauvaise conception de l'ouvrage imputable au groupement de maîtrise d'œuvre, sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;
- la responsabilité décennale solidaire des sociétés Gallego, Realco, LCR Architectes, Betem ingénierie et EFC est engagée en raison des désordres affectant la façade du bâtiment D à hauteur de la somme de 17 138,45 euros HT ;
- ainsi que le constate l'expert, les désordres affectant les toitures terrasses, qui résultent d'une mauvaise exécution des travaux imputables aux sociétés Gallego, SPIE Sud-Est, Soprema, Face Midi-Pyrénées et d'une mauvaise surveillance des travaux imputable au groupement de maîtrise d'œuvre, sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;
- la responsabilité décennale solidaire des sociétés Gallego, SPIE Sud-Est, LCR Architectes, Betem ingénierie et EFC est engagée en raison des désordres affectant les toitures terrasses à hauteur de la somme de 10 260 euros HT ;
- la mise en hors de cause de la société EFC, membre du groupement de maîtrise d'œuvre, n'est pas justifiée ; la diffusion, à l'instance, par cette société du rapport d'analyse des offres pour l'attribution des macro-lots est de nature à porter atteinte au secret des affaires ;
- la société Alpes contrôles, qui disposait d'une mission comprenant, au stade de la conception, l'examen critique de l'ensemble des dispositions techniques du projet et, au stade de l'exécution des travaux, le contrôle de la réalisation technique de l'ouvrage, a commis des erreurs dans l'exercice de sa mission impliquant la mise en jeu de sa responsabilité décennale ;
- la société Gallego est responsable des désordres imputables à ses sous-traitants ;
- la société Face Midi-Pyrénées n'est pas fondée à soutenir qu'aucune somme ne serait due par elle au titre de l'étanchéité du collège ; il n'y a pas lieu de minorer le montant fixé par l'expert à ce titre.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 juin 2020 et le 19 mai 2022, la société EFC, représentée par la SCP Devèze-Pichon, conclut, à titre principal, à sa mise hors de cause et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du département de la Haute-Garonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire des sociétés Betem ingénierie, LCR architectes, Alpes contrôles, Gallego, SPIE Sud-Est, Face Midi-Pyrénées, Soprema Entreprise, Realco et ETP à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, en principal, frais et intérêts, à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la partie succombante au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et à ce que les entiers dépens de l'instance soient également mis à la charge de celle-ci.
Elle fait valoir que :
- elle n'est intervenue, dans le cadre du groupement conjoint de maitrise d'œuvre, qu'en qualité de bureau d'étude pour le lot macro n°7 " équipements de cuisine " sans lien avec les désordres dont il s'agit ;
- le rapport d'expertise ne lui est pas opposable et l'expert ne retient pas sa responsabilité dans ces désordres.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 mars 2021, le 10 novembre 2021, ainsi qu'un mémoire récapitulatif, enregistré le 3 juin 2022, la société ETP, représentée par la SELARL Cabinet JM Serdan, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, à sa mise hors de cause et à ce que les sociétés Gallego, LCR Architectes, Alpes contrôles, EFC et Betem ingénierie soient déboutées de leur conclusions présentées à son encontre, à titre subsidiaire, à la limitation des sommes réclamées par le département de la Haute-Garonne à la somme de 167 983,40 euros HT et à la condamnation solidaire des sociétés Betem ingénierie, Alpes contrôles et Gallego à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, et, en tout état de cause à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la partie succombante au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucun dommage ne lui est imputable ; les ouvrages de plâtrerie dont elle avait la charge ne sont pas le siège des désordres, mais un stigmate de ces derniers ; il est établi que les cloisons ne fissurent qu'en raison d'une souplesse excessive des planchers coulés par le titulaire du gros œuvre ;
- l'action introduite à son encontre s'analyse comme la recherche de sa responsabilité contractuelle qui n'est plus invocable, la réception des travaux étant intervenue le 3 août 2012 et les réserves ayant été levées le 14 novembre 2012 ; ainsi que le décrit l'expert, les phénomènes de fissuration des cloisons sont intervenus avant l'opération de réception et c'est en tout connaissance de cause que le maître d'ouvrage a pu, après avoir pris conseil auprès du maître d'œuvre, prononcer la réception des travaux, puis lever les réserves dont certaines étaient constituées par l'existence des fissurations ;
- elle ne peut être intéressée que par le seul désordre affectant les cloisons ; la demande tendant à sa condamnation à la somme de 218 331,64 euros HT n'est pas fondée ; si le tribunal devait retenir une quelconque somme à son encontre, le montant de la condamnation ne saurait excéder la somme de 167 983,40 euros HT ;
- l'expert a manifestement commis une erreur en retenant à son encontre une part de responsabilité de 20% ; pour cette raison, elle est fondée à solliciter à être relevée et garantie indemne par les sociétés Betem Ingénierie, Gallego et Alpes contrôles ;
- fournir un devis à un expert judiciaire ne constitue pas une marque de reconnaissance de sa responsabilité comme le soutiennent les sociétés Alpes contrôles et LCR architectes ;
- elle a réalisé ses ouvrages conformément aux règles de l'art contrairement à ce que soutient la société Gallego.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 mars 2021, le 15 novembre 2021, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 13 mai 2022, la société SPIE Sud-Est, aux droits de laquelle vient la société SPIE sud-ouest, aux droits de laquelle vient la société SPIE Industrie et tertiaire, représentée par la SCP Salesse et associés, conclut au rejet des conclusions présentées à son encontre par le département de la Haute-Garonne, à ce qu'il soit pris acte qu'elle accepte de régler la somme de 558,02 euros HT, au rejet des demandes présentées par le département de la Haute-Garonne au titre des dépens et des frais d'instance, à la limitation du montant mis à sa charge au titre des dépens et des frais d'instance à 0,25% et à ce que soit mis à la charge de toute partie succombante la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucune condamnation solidaire ne peut intervenir dès lors que les fautes commises par les constructeurs n'ont pas concouru à la réalisation de l'entier dommage et qu'il n'est pas possible de déterminer la part de chacun dans la réalisation du préjudice ; au regard de sa part résiduelle de responsabilité, elle n'a manifestement pas concouru à l'entier dommage lié aux infiltrations des toitures terrasses ;
- sa part de responsabilité dans ces désordres est résiduelle et ne peut qu'être retenue qu'à hauteur de la somme de 558,02 euros HT.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2021, et des mémoires récapitulatifs, enregistrés le 18 novembre 2021, le 30 mars 2022, le 17 mai 2022 et le 15 juillet 2022, la société Gallego, représentée par la SCP Salesse et associés, conclut :
Au titre des désordres affectant les cloisonnements,
1°) au rejet des conclusions de la requête tendant à la condamnation solidaire des sociétés Betem ingénierie, Alpes contrôles, Gallego et ETP, au rejet de toute demande formée à son encontre, à la condamnation solidaire des sociétés Betem ingénierie, Alpes contrôles, Gallego et ETP à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre et, subsidiairement, à ce qu'une part de responsabilité majoritaire, a minima de 25% chacune, soit mise à la charge des sociétés Betem ingénierie et Alpes contrôles ;
Au titre des désordres affectant la façade du bâtiment D,
2°) au rejet des conclusions de la requête tendant à la condamnation solidaire des sociétés Gallego, Realco, LCR Architectes, Betem ingénierie et EFC, au rejet de toute demande formée à son encontre, à la condamnation solidaire des sociétés Realco, LCR Architectes, Betem ingénierie et EFC à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre et, subsidiairement, à ce qu'une part de responsabilité majoritaire, a minima de 45% chacune, soit mise à la charge de la maîtrise d'œuvre et de la société Realco ;
Au titre des désordres affectant les toitures terrasses,
3°) au rejet des conclusions de la requête tendant à la condamnation solidaire des sociétés Gallego, SPIE Sud-Est, LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Face Midi-Pyrénées et Soprema, au rejet de toute demande formée à son encontre, à la condamnation solidaire des sociétés SPIE Sud-Est, LCR Architectes, Betem ingénierie et EFC à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
4°) au rejet des conclusions tendant à la condamnation solidaire des sociétés SPIE Sud-Est, LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Gallego, Realco, ETP, Alpes contrôles, Soprema et Face Midi-Pyrénées au titre des dépenses engagées par le département de la Haute-Garonne ainsi qu'au titre des dépens et des frais d'instance ;
5°) subsidiairement, à la limitation des sommes mises à sa charge au titre des dépens et des frais d'instance à 39,4% ;
6°) à ce que la somme de 2 000 euros à lui verser soit mise à la charge de toute partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucune condamnation solidaire ne peut intervenir, dès lors que les fautes commises par les constructeurs, et notamment par elle, n'ont pas concouru à la réalisation de l'entier dommage et que la part de chacune dans la réalisation du préjudice est identifiable et inégale ;
- les parts de responsabilité retenues par l'expert l'ont été à tort ; celle attribuée à la maîtrise d'œuvre est manifestement sous-évaluée ; les défauts d'exécution qui lui sont reprochés relèvent, pour l'essentiel, des travaux qu'elle a sous-traités ;
- la preuve de son imputabilité aux désordres de déformation des planchers et fissures des cloisons n'est pas apportée ; les conclusions de l'expert sur ce point sont uniquement fondées sur des pressentiments et non sur des vérifications techniques et sont contredites par le géomètre intervenu durant les opérations d'expertises ; le dépassement des seuils de tolérance admise des flèches du plancher n'est pas démontré, l'existence d'un mouvement anormal n'est pas établie et il n'existe aucune preuve technique que les planchers aient subi des déformations au-delà des flèches règlementaires ; lors de la mise en place des cloisons, les flèches en surface existaient déjà ; l'expert confirme que le plancher présente, à ce jour, une flèche totalement stabilisée sans aucune fissuration sur la face intérieure ; contrairement à ce que la société Betem ingénierie soutient, elle a parfaitement respecté les documents méthodologiques et les usages en mettant en place un étaiement de séchage pour limiter les mouvements et reprendre les charges ; les manquements dans les tâches d'exécution n'ont pas été listés par l'expert ; c'est à tort que l'expert considère qu'elle a enlevé trop tôt les étais, raison pour laquelle la dalle aurait fléchi, dès qu'ils ont été enlevés au bout de 21 jours dans le délai requis et quelle a respecté le délai de décoffrage ; ainsi, ni l'expertise, ni ses annexes ne permettent de démontrer un défaut de mise œuvre qui lui serait imputable ; en ce qui concerne le principe constructif de coffrage, rien ne démontre que la méthodologie qu'elle a retenue serait à l'origine des désordres ; elle pouvait proposer des variantes dans le principe constructif et cette modification a été soumise à la maîtrise d'œuvre à qui il incombait, ainsi qu'au contrôleur technique, de la vérifier et de la refuser si cette modification leur apparaissait inopportune ou risquée ; elle n'a pas manqué à son devoir de conseil et d'alerte quant aux effets de la portée du plancher, tel que le soutient la société Betem ingénierie, dès lors qu'il ne lui appartenait pas de remettre en cause le choix technique et architectural de la maîtrise d'œuvre ; le contrôleur technique ne peut se contenter de faire valoir qu'il n'a pas émis de visa sur le mode opératoire des travaux alors qu'il lui appartenait de rendre un avis négatif s'il le pensait nécessaire ; le contrôleur technique ne peut pas prétendre ne pas avoir été informé dès lors qu'il est destinataire de tous les échanges techniques avec la maîtrise d'œuvre, des plans d'exécution qui lui sont adressés directement par le bureau d'étude et qu'il doit se rendre sur le chantier dans le cadre de sa mission ; le contrôleur technique, qui a réalisé des visites sur le chantier, n'a pas formulé de réserve ; elle pouvait anticiper les délais de livraison et passer les commandes en amont pour réceptionner les éléments nécessaires dans les délais requis ; il appartenait au maître d'œuvre, garant de la conception de l'ouvrage, de l'arrêter si les plans d'exécution des travaux n'avaient pas été transmis et de les vérifier avant le démarrage des travaux ; la maîtrise d'œuvre aurait dû prendre en compte la nécessité de mettre en place des résilientes ou des coulisseaux conformément aux avis techniques et aurait dû intégrer cette contrainte dès la conception et l'établissement des pièces du lot plâtrerie ; les fissures apparues auraient pu être évitées en préconisant la mise en place de coulisseaux ou d'éléments résiliant permettant d'amortir l'incidence des mouvements de la structure ; la société ETP, titulaire du lot plâtrerie aurait dû attirer l'attention sur cette carence au titre de son devoir de conseil ; à aucun moment au cours du suivi des travaux, ni le maître d'œuvre, ni le contrôleur technique n'ont considéré qu'il y avait un défaut d'exécution dans les travaux qu'elle avait réalisés ; le système de cloisonnement préconisé par le maître d'œuvre était bien trop rigide et bien trop bloqué au niveau de ses extrémités pour être compatible avec la flexibilité prévisible des planchers inhérente à la portée ; le désordre est essentiellement dû à un défaut au niveau de la conception imputable au maître d'œuvre, non relevé par le contrôleur technique et non signalé par le plâtrier qui, en sa qualité de professionnel, aurait dû attirer l'attention du maître d'œuvre et du maître d'ouvrage au titre de son devoir de conseil ; le défaut de surveillance du chantier est manifeste ; il est manifeste que le maître d'œuvre dans le CCTP, et la société ETP, ont fait une mauvaise appréciation pour préconiser et réaliser l'ouvrage ; une appréciation correcte aurait permis d'adapter le type de cloisons à la dalle de grande portée ; la société ETP n'a pas respecté les règles techniques d'usage lors du montage en ne mettant pas en place des éléments devant être placés en tête et en pied de cloisons pour atténuer l'impact des mouvements de la structure ;
- la preuve de son imputabilité aux infiltrations d'eau sur la façade arrière du bâtiment D n'est pas apportée dès lors que l'expert met clairement en exergue les défauts de conception imputables à la maîtrise d'œuvre et les défauts d'exécution imputables à la société Realco ; si l'habillage en cuivre avait répondu aux engagements contractuels contenus dans le CCTP, aucune infiltration d'eau ne serait intervenue ; le fait que le linteau présente une fissure ne constitue pas la cause du sinistre ; la modification du linteau ne constitue pas une erreur d'exécution mais une modification post-exécution gros œuvre qui lui a été demandée par le maître d'œuvre qui a accepté la prise en compte du devis dans le cadre du DGD ; la modification des ouvertures qu'elle a réalisées ne résulte pas d'une erreur d'exécution mais d'une demande expresse du maître d'œuvre validée par le maître d'ouvrage ; le maître d'œuvre aurait dû prévoir en amont, mais également en cours de chantier, une adaptation de la zone litigieuse afin qu'elle ne constitue pas un réservoir d'eau venant derrière la vêture de façade ; la responsabilité du maître d'œuvre en raison d'un défaut de conception est par conséquent établie ; contrairement à ce qu'indique l'expert, ce désordre ne peut lui être imputable car les modifications de l'ouverture lors du coulage du mur banché ont été réalisées du fait d'un manque d'informations données par les autres intervenants du chantiers et suite à une modification de l'escalier ; le désordre est donc exclusivement dû à l'escalier qui mène l'eau vers la façade et au bardage qui n'assure pas sa mission ;
- dans le cadre de son rapport, l'expert mentionne un montant erroné de 15 868,92 euros pour la reprise de ce désordre ;
- ni l'expert, ni le département ne déterminent la société qui a réalisé les travaux à l'origine des infiltrations d'eau au niveau des toitures terrasses et sa responsabilité n'est retenue qu'à défaut d'avoir trouvé le véritable responsable de ce désordre ; l'expert n'a pas identifié l'entreprise en charge de l'habillage en tôle des édicules et des raccordements de ces derniers avec le gaines ; cet oubli dans le CCTP est imputable au maître d'œuvre lors de l'établissement des pièces du marché ; ces prestations ne sont pas incluses dans le marché qu'elle a passé.
Par un mémoire en défense et un mémoire récapitulatif, enregistrés le 10 mars 2021 et le 23 mai 2022, la société Alpes Contrôles, représentée par la SELAS d'avocats ATCM, conclut, à titre principal, au rejet des conclusions présentées à son encontre aux titres des désordres affectant la façade du bâtiment D et les toitures terrasses, à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire des sociétés Gallego, Betem Ingénierie et ETP à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre, à titre très subsidiaire, à ce que le montant de sa condamnation soit fixé à une somme qui ne pourrait dépasser 8,70% du montant des condamnations prononcées, des dépens et des frais d'instance et, en tout état de cause, à ce que la somme de 1 500 euros, à lui verser, soit mise à la charge du département de la Haute-Garonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aux titres des désordres affectant la façade du bâtiment D et les toitures terrasses, elle n'est en rien concernée par la répartition proposée par l'expert ;
- au titre des dépenses engagées par le département en cours d'expertise et des frais d'expertise, il n'est pas démontré qu'elle devrait y contribuer ;
- elle doit être mise hors de cause en ce qui concerne les désordres affectant les cloisonnements dès lors que son rôle et sa responsabilité, déterminés par les articles L. 111-23 et R. 111-39 du code de la construction et de l'habitation, se limite à la formulation d'un avis sur les capacités des ouvrages à satisfaire et sur les dispositions techniques contenues dans le référentiel et n'impliquent pas qu'elle réalise des études ou des investigations systématiques ou émette des réserves ; par ailleurs, sa mission ne doit pas être confondue avec celle du maître d'œuvre en matière de conception et d'exécution et auquel il ne lui appartient pas de se substituer ; sa responsabilité décennale ne peut donc être recherchée de manière générale ; le rapport d'expertise est contradictoire en ce qui concerne sa supposée implication dans l'apparition des fissures sur les cloisonnements en phase chantier ; elle n'est pas investie d'une mission de direction du chantier qui incombe au maître d'œuvre ; l'expert lui impute l'absence de validation du mode opératoire du coulage de plancher par la société Gallego en phase provisoire mais ne le démontre pas ; les désordres sont la conséquence d'un défaut ponctuel d'exécution consistant en un temps trop court entre le coulage et de décoffrage, il est donc inapproprié de solliciter sa condamnation au titre d'une erreur au stade du contrôle du chantier ;
- dans l'éventualité où le tribunal ferait droit à la condamnation solidaire des constructeurs, elle est fondée à demander la condamnation des sociétés Betem Ingénierie, Gallego et ETP à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.
Par un mémoire en défense et un mémoire récapitulatif, enregistrés le 10 mars 2021 et le 25 mai 2022, la société LCR Architectes, représentée par la SELAS d'avocats ATCM, conclut :
Au titre des désordres affectant les cloisonnements ;
1°) à titre principal, au rejet des conclusions de la requête, relatives à ces désordres et, à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire des sociétés Gallego, Betem ingénierie et ETP à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre.
Au titre des infiltrations par la façade / menuiserie-serrurerie ;
2°) à titre principal, à ce que le montant de la réclamation soit ramené à la somme de 15 898,92 euros HT et à la condamnation solidaire des sociétés Gallego et Realco à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre et, à titre subsidiaire, à juger que l'imputabilité de ces désordres pour la maîtrise d'œuvre, composée des sociétés LCR architectes et Betem Ingénierie, ne saurait être supérieure à 33% de la somme de 5 236,75 euros HT, soit 864,06 euros HT pour la société LCR architectes.
Au titre des infiltrations par les toitures terrasses ;
3°) à titre principal, à ce que le montant de la réclamation soit ramené à la somme de 7 500 euros HT et à la condamnation solidaire des sociétés Gallego et SPIE Sud-Est à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre et, à titre subsidiaire, à juger que l'imputabilité de ces désordres pour la maîtrise d'œuvre, composée des sociétés LCR architectes et Betem Ingénierie, ne saurait être supérieure à la somme de 3 750 euros HT à répartir entre ces deux sociétés.
Au titre des autres dépenses ;
4°) au rejet des conclusions du département de la Haute-Garonne au titre des autres dépenses qu'il a engagées ;
Au titre des dépens et des frais d'instance ;
5°) à titre principal, à la condamnation des sociétés Gallego, Betem Ingénierie, Realco et SPIE Sud-Est à la garantir de toute somme qui pourrait être mise à sa charge au titre des dépens et des frais d'instance et, à titre subsidiaire, de juger que sa participation sera ramenée à 1,22% des dépens et des frais d'instance.
Elle fait valoir que :
- au titre de la déformation des planchers et des cloisonnements, elle n'est en rien concernée par la répartition proposée par l'expert, dès lors qu'elle est intervenue dans le cadre d'un groupement conjoint de maîtrise d'œuvre distinguant clairement les prestations de l'architecte et du bureau d'étude ;
- au titre des désordres affectant la façade du bâtiment D, la responsabilité de la maîtrise d'œuvre ne peut être retenue que pour un montant de 5 236,75 euros comme le retient l'expert ;
- au titre des désordres affectant les toitures terrasses, la responsabilité de la maîtrise d'œuvre ne peut être retenue que pour un montant de 3 750 euros comme le retient l'expert ;
- elle n'est en rien concernée par les dépenses engagées par le département en cours d'expertise qui concerne uniquement le démontage de certaines cloisons vitrées ;
- seuls 1,22% de la somme de 28 056 euros peut être mise à sa charge au titre des dépens ;
- dans l'éventualité où le tribunal ferait droit aux demandes de condamnations solidaires présentées par le département, elle est fondée à obtenir la condamnation des sociétés Gallego, Betem Ingénierie, Realco, ETP et SPIE Sud-Est à la garantir des condamnations prononcées à son encontre.
Par un mémoire en défense et des mémoires récapitulatifs, enregistrés le 11 mars 2021, le 25 octobre 2021, le 24 janvier 2022 et le 3 juin 2022, la société Betem Ingénierie, représentée par la SCPI Raffin et associés, conclut :
Au titre des désordres affectant les cloisonnements ;
1°) à titre principal, à sa mise hors de cause et, à titre subsidiaire, à ce que sa responsabilité ne saurait excéder 10% et à la condamnation des sociétés LCR Architectes, Gallego, Alpes Contrôles et ETP à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre, dans une proportion qui ne pourrait être inférieure à 90%.
Au titre des désordres affectant la façade et les toitures ;
2°) à titre principal, à sa mise hors de cause et, à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés LCR Architectes, Gallego et Realco à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre.
En tout état de cause ;
3°) au rejet de toutes conclusions des parties qui excéderait la part de responsabilité retenue au préjudice de cette dernière, tant au titre des travaux de reprise que des honoraires de maîtrise d'œuvre et des dépens taxés ;
4°) au rejet tout recours en garantie des locateurs d'ouvrage au préjudice de la société Betem Ingénierie et, notamment, de la société EFC ;
5°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de toute partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- au titre des désordres affectant les cloisonnements, aucun grief tiré d'un manquement au stade de la conception des planchers ne peut être retenu à son encontre, contrairement à ce que constate l'expert ;
- il est inexact pour l'expert de conclure qu'elle est responsable d'un manquement à son devoir de conseil au stade de la conception qui respecte les normes applicables ; en l'absence de toute faute de conception, il ne peut lui être reproché un défaut de conseil dans la rédaction du CCTP du lot " gros œuvre " ;
- en cours d'exécution, la société Gallego a purement et simplement imposé une méthodologie différente que celle initialement prévue, à savoir la mise en œuvre de planchers en béton coulés sur place ; ainsi l'origine du désordre ne résulte pas non plus d'une défaillance de sa part au stade de la mission DET mais de la responsabilité du contrôleur technique au titre de sa mission L ;
- il incombait au sous-traitant de la société Gallego d'attirer l'attention du maître d'œuvre ; ce manquement au devoir de conseil lui est imputable ;
- la déformation des cloisons résulte de la société Gallego à laquelle sont imputables une modification du principe d'exécution, l'absence d'alerte suivant cette modification et un temps trop court entre le collage et le décoffrage ; pour cette raison, la société Gallago devra être condamnée à la garantir, à proportion d'au moins 90%, des condamnations qui pourront être prononcées à son encontre ;
- l'argumentation de la société Alpes Contrôles, qui a validé les prescriptions initiales qualifiées par l'expert d'insuffisantes et non adaptées, ainsi que tous les calculs et plans d'exécution et qui devait, au titre de sa mission L, formuler un avis suspendu ou défavorable au principe retenu par la société Gallego et son bureau d'étude, ne peut être retenue ;
- la mission OPC, qui était de la seule responsabilité de l'architecte, qui avait en charge d'organisation et le planning du chantier ainsi que la conception et le suivi du macro-lot n°4 contenant les travaux de plâtrerie confié à la société ETP, ne saurait lui être opposée ; par conséquent, la responsabilité décennale de cette dernière est engagée et les sociétés Alpes Contrôles et ETP devront être condamnées à la garantir, à proportion d'au moins 10%, des condamnations qui pourront être prononcées à son encontre ;
- en ce qui concerne les désordres affectant la façade du bâtiment D et des toitures terrasse, l'ensemble des prétentions formulées par le département et des appels en garantie formés à son encontre doivent être rejetées dès lors qu'elle avait uniquement en charge les lots " VRD - structures (gros œuvre et charpente métallique) et fluides ", lots qui ne sont pas concernés par les désordres dont il s'agit alors que la conception et le suivie architectural incombaient à la société LCR architectes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2021, la société Face Midi-Pyrénées, représentée par la SCP Carcy Gillet, conclut à l'incompétence du juge administratif pour connaître de l'appel en garantie formée à son encontre par la société Gallego, au rejet des conclusions des parties dirigées à son encontre, elle demande que les sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP, et Alpes contrôles soient condamnées à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre et à que la somme de 2 000 euros, à lui verser, soit mise à la charge de toute partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le département de la Haute-Garonne n'est pas fondé à rechercher sa responsabilité sur le terrain décennal ou sur tout autre fondement en l'absence de passé contrat avec elle ;
- sa responsabilité n'est, en tout état de cause, pas retenue par l'expert.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance prescrivant une expertise à la demande du département de la Haute-Garonne et désignant comme expert M. A ;
- le rapport de l'expert, déposé le 2 novembre 2017 ;
- l'ordonnance du 8 décembre 2017 par laquelle le président du tribunal administratif de Toulouse a liquidé et taxé les honoraires et frais d'expertise à la somme de 28 056 euros toutes taxes comprises (TTC).
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chevillard,
- les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,
- les observations de Me Lonjou, représentant les sociétés LCR architectes et la SAS Alpes contrôles, Me Waller, représentant les sociétés SPIE industrie et tertiaire et Gallego et Me Pelligry, représentant la société ETP.
Considérant ce qui suit :
1. En 2009, le département de la Haute Garonne, en sa qualité de maître d'ouvrage, a décidé de lancer une opération de construction d'un collège d'une capacité d'accueil de 600 élèves avec possibilité d'extension à 700 élèves et de quatre logements de fonction. Par un acte d'engagement du 18 août 2009, le département, a confié au groupement constitué du cabinet LCR architectes, mandataire solidaire, et des sociétés EFC et Betem ingénierie, une mission de maîtrise d'œuvre portant sur l'opération de travaux. La société Alpes contrôles a été chargée d'une mission de contrôle technique. Le macro-lot n°2 " Clos-couvert " a été confié, le 7 février 2011, à l'entreprise Gallego pour un montant de 3 331 084,76 euros HT. La société Gallego a sous-traité une partie des travaux de couvertures et d'étanchéité aux sociétés Face Midi-Pyrénées et Soprema. Le macro-lot n°3 " Vêtures - serrurerie - menuiseries extérieures " a été confié le 7 février 2011 au groupement conjoint formé des sociétés Realco, mandataire solidaire, et Oxaris pour un montant de 2 942 388,74 euros HT. Le macro-lot n°4 " Prestations intérieures " a été confié le 26 janvier 2011 au groupement conjoint d'entreprises Coucoureux, mandataire solidaire, RB Aménagement, ETP / CERM Sols, Techni Ceram, Roudie, Comptoir national de diffusion pour un montant de 1.362.120,78 euros HT. Le macro-lot n°5 " Prestations techniques " a été confié, le 26 janvier 2011, au groupement conjoint d'entreprises SPIE Sud-Est, mandataire solidaire, et MCA pour un montant de 1 628 910,05 euros HT. La durée des travaux de construction du collège était fixée, tous lots confondus, à 16 mois dont un mois de préparation de chantier. L'ordre de service prescrivant le démarrage des travaux de construction a été notifié aux entreprises le 7 février 2011 pour un début d'exécution fixé au 1er mars 2011. Les travaux relatifs aux macro-lots n°2, 3, 4 et 5 ont été réceptionnés avec réserves le 3 août 2012. Les réserves afférentes à ces macro-lots ont été levées le 14 novembre 2012.
2. Dès la fin de l'année 2012, le département a constaté de nombreux désordres affectant l'ouvrage, parmi lesquels des fissures au niveau des cloisons séparatives de certains locaux, des déformations au niveau des cloisons empêchant l'utilisation des portes coupe-feu et ayant un impact sur les cloisons vitrées situées dans les salles de laboratoires de technologie, des déformations au niveau des planchers, des infiltrations persistantes au niveau des toitures terrasses et des portes extérieures sous les escaliers de la façade est et des décollements et fissures au niveau des revêtements intérieurs. Le département a organisé, dès 2015, plusieurs réunions sur site avec l'équipe de maîtrise d'œuvre et les entreprises de travaux afin de tenter de déterminer les causes des désordres et d'identifier les solutions techniques pour y mettre fin. Au cours de l'année 2015, le département a mandaté un géomètre afin qu'il procède à un relevé topographique des sols, l'objectif étant de comprendre les raisons pour lesquelles les cloisons et les planchers présentaient des déformations. Les relevés réalisés ont confirmé que les déformations étaient supérieures aux valeurs théoriquement acceptables, ce qui expliquait les fissures entre les plaques de plâtre et entre les cloisonnements et la structure du bâtiment. Pour la réalisation des relevés topographiques, le département a engagé la somme de 3 395,11 euros HT. Afin de contrôler le comportement des fissures affectant les planchers, le département a dû mandater le cabinet Ginger CEBTP afin de poser des capteurs au niveau des sols et d'assurer le suivi des fissures et ce, pour un montant global de 4 500 euros HT. Malgré les tentatives menées par le département pour remédier aux désordres, aucune solution amiable n'a été trouvée avec les constructeurs. Sur requête du département de la Haute-Garonne, par une ordonnance du 21 juin 2016, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a désigné M. A en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été déposé le 2 novembre 2017. Par la présente requête, le département de la Haute-Garonne demande au tribunal de condamner solidairement les sociétés Betem ingénierie, Alpes contrôles, Gallego, ETP et EFC à lui verser la somme de 181 422,08 HT au titre des désordres affectant les cloisonnements du collège Pierre Mendès-France, de condamner solidairement les sociétés Gallego, Realco, LCR Architectes, Betem ingénierie et EFC à lui verser la somme de 17 138,45 euros HT , au titre des désordres affectant la façade du bâtiment D du collège, de condamner solidairement les sociétés Gallego, SPIE Sud-Est, LCR Architectes, Betem ingénierie et EFC à lui verser la somme de 10 260 euros HT, au titre des désordres affectant les toitures terrasses, et de condamner solidairement les sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP, et Alpes contrôles à lui verser la somme de 9 512,11 euros HT au titre des dépenses qu'il a engagées avant les opérations d'expertise.
Sur la garantie décennale des constructeurs :
3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres, apparus dans le délai d'épreuve de dix ans et affectant l'ouvrage dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, même dissociable, engagent la responsabilité de ces constructeurs au titre de la garantie décennale s'ils sont de nature à compromettre sa solidité ou à le rendre impropre à sa destination. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
En ce qui concerne les vices affectant les cloisonnements :
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert qui n'est pas contesté sur ce point, que les mouvements des planchers sur les bâtiments A, B, C, D du collège ont eu pour conséquence la mise en contrainte des cloisons sèches dressées entre les différents locaux de l'ouvrage et ont induit leur fissuration. Ces désordres, qui trouvent leur origine dans un vice de conception, des défauts d'exécution, un manquement aux règles de l'art et au devoir de conseil ainsi que dans une absence d'implication dans le contrôle du chantier, rendent l'ouvrage impropre à sa destination dès lors que la double fonction, acoustique et coupe-feu, des cloisons n'est plus assurée et qu'il existe un risque d'explosion des vitrages qui sont soumis à des contraintes pour lesquels ils n'étaient pas prévus.
S'agissant du caractère apparent des désordres :
5. Un vice qui était connu lors de la réception mais dont les conséquences ne se sont révélées qu'après la réception ne peut être considéré comme apparent. Par contre, un vice n'ayant pas produit ses conséquences avant la réception est tout de même considéré comme apparent si le maître d'ouvrage ne pouvait ignorer qu'elles surviendraient à terme.
6. La société ETP, titulaire du macro-lot n°4 " Prestations intérieures ", se prévaut du caractère apparent des désordres et de la circonstance que c'est en toute connaissance de cause que le maître d'ouvrage a pu, après avoir pris conseil auprès du maître d'œuvre, prononcer la réception des travaux, puis lever les réserves dont certaines étaient constituées par l'existence des fissurations. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de réception du 3 août 2012, que des réserves ont été émises concernant des fissures à reprendre au-dessus des portes de communication avec les autres salles de classe B 110 et B 106 du bâtiment B, et au-dessus de l'imposte de la porte de communication avec la salle 119 et que ces réserves ont été levées le 12 février 2013. Il résulte par ailleurs du rapport d'expertise que les cloisons se sont fissurées pendant les travaux et après la livraison au maître d'ouvrage et que les fissurations constatées par l'expert sont nettement plus importantes que celle ayant fait l'objet de réserves et concernent un nombre beaucoup plus important de cloisonnements. Ainsi, il résulte de l'instruction que les conséquences des vices dont il s'agit ne se sont révélées dans toute leur ampleur qu'après la réception de l'ouvrage. Par suite, la société ETP n'est pas fondée à se prévaloir du caractère apparent des désordres.
S'agissant de l'imputabilité des désordres :
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction et du rapport de l'expert, que ces désordres sont notamment imputables à la société Gallego, qui avait en charge le macro-lot n°2 " Clos-couvert ", en raison d'un vice d'exécution de l'ouvrage tenant à un temps trop court entre le coulage et le décoffrage des planchers et à la modification de la méthode initialement retenue sans validation par les maîtres d'œuvre et d'ouvrage. Pour contester sa participation directe et effective à l'acte de construction, la société Gallego ne saurait ni se fonder sur l'intervention de ses sous-traitants, avec lesquels elle n'a pas contracté pour la réalisation du plancher, ni se fonder sur les fautes des autres constructeurs. Par ailleurs, la société Gallego soutient que les conclusions de l'expert concernant l'origine du désordre sont uniquement fondées sur des pressentiments et non sur des vérifications techniques, qu'elles sont contestées par le géomètre intervenu durant les opérations d'expertises, que le dépassement des seuils de tolérance admise des flèches du plancher n'est pas démontré et que les flèches préexistaient à la mise en place des cloisons. Toutefois, s'il est constant qu'aucun constat avant désordre n'a été effectué, l'expert a envisagé différentes hypothèses causales avant d'arrêter ses conclusions au vu du diagnostic structurel de la société Betem ingénierie et des relevés du géomètre et du CEBTP. La société Gallego n'apporte aucun élément technique contraire probant de nature à remettre en cause les conclusions de l'expert. En outre, les diligences de la société Gallego dans l'accomplissement de ses obligations contractuelles, méthodologiques et dans le respect des règles de l'art sont sans incidence sur l'engagement de sa responsabilité au titre de la garantie décennale. Par suite, la société Gallego qui a effectivement participé à l'opération de construction en cause engage sa responsabilité décennale au titre des désordres affectant les cloisonnements de l'ouvrage.
8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et du rapport de l'expert, que ces désordres sont également imputables à la société Betem ingénierie, membre du groupement solidaire de maîtrise d'œuvre, en raison d'une erreur de conception, tenant à l'insuffisance du cahier des clauses techniques particulières, qui n'a pas permis d'anticiper ou de prévoir des déformations possibles des planchers alors qu'il lui incombait d'informer les constructeurs de tels risques, et d'une absence d'implication suffisante dans le contrôle du chantier. Pour contester sa participation directe et effective à l'acte de construction, la société Betem ingénierie, titulaire d'une mission globale de maîtrise d'œuvre, n'est pas non plus fondée à se prévaloir des fautes commises par les autres constructeurs ou de la seule responsabilité de l'architecte. Par suite, la responsabilité décennale de société Betem ingénierie est engagée au titre des désordres affectant les cloisonnements de l'ouvrage.
9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et du rapport de l'expert, que ces désordres sont également imputables à la société ETP, titulaire du macro lot n°4 " prestations intérieures " en raison d'un manquement aux règles de l'art et au devoir de conseil concernant le risque de déformation. Si cette société fait valoir que l'action introduite à son encontre s'analyse comme la recherche de sa responsabilité contractuelle qui n'est plus invocable, la réception des travaux étant intervenue le 3 août 2012 et les réserves ayant été levées le 14 novembre 2012, le département de la Haute-Garonne recherche bien l'engagement de sa responsabilité décennale en l'espèce. Par ailleurs, la même société, qui ne saurait imputer la responsabilité des désordres au titulaire du lot gros œuvre, n'est pas fondée à soutenir que les ouvrages de plâtrerie dont elle avait la charge ne sont pas le siège des désordres, mais un stigmate de ces derniers, dès lors qu'elle a participé à l'acte de construction et que les cloisonnements sont le siège des désordres. Ainsi, la responsabilité décennale de la société ETP est engagée au titre des désordres affectant les cloisonnements de l'ouvrage.
10. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction et du rapport de l'expert, que ces désordres sont également imputables à la société Alpes contrôles, contrôleur technique, en raison d'une insuffisance de contrôle du chantier. Cette société ne peut utilement faire valoir qu'en cette qualité, elle bénéficie d'un régime spécifique de responsabilité présumée limitée découlant de l'article L. 111-24 du code de la construction et de l'habitation, ces dispositions concernent uniquement les règles de contributions à la dette et ne font pas obstacle à sa condamnation solidaire avec les autres constructeurs. Par ailleurs, la société Alpes contrôles, qui était chargée d'une mission de contrôle, de vérification et d'intervention, n'est pas fondée à soutenir que sa mission ne doit pas être confondue avec celle du maître d'œuvre, auquel il ne lui appartient pas de se substituer, en matière de conception et d'exécution. Ainsi, la responsabilité décennale de la société Alpes contrôles est engagée au titre des désordres affectant les cloisonnements de l'ouvrage.
11. Il résulte de ce qui précède que, dès lors que les sociétés mentionnées aux points 7 à 10 ont participé de manière directe et effective à l'acte de construction, sans qu'il soit besoin de déterminer si leurs fautes ont concouru à l'entier dommage ainsi que le fait valoir la société Gallego, la responsabilité solidaire des sociétés Gallego, Betem ingénierie, ETP et Alpes contrôles est engagée au titre des désordres affectant les cloisonnements.
En ce qui concerne les vices affectant la façade du bâtiment D :
12. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, qui n'est pas contesté sur ce point, que les désordres dont il s'agit sont matérialisés par des infiltrations d'eau sur le mur de façade du bâtiment D, causées par la sous-face des escaliers extérieurs qui constituent un réservoir d'eau derrière la vêture de façade et par une fissure sur le mur banché tout autour de la reprise de l'ouverture qui facilite le passage d'eau apporté par l'escalier. Il en résulte également que de tels désordres résultent d'une mauvaise conception de l'habillage de la sous-face de l'escalier, du non-respect des plans d'exécution et des règles de l'art, lors du coulage du mur banché, et rendent l'ouvrage impropre à sa destination, dès lors que les espaces souillés doivent être condamnées pour éviter tout risque d'accident.
13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et du rapport de l'expert que ces désordres sont notamment imputables à la société Gallego en raison de défauts dans l'exécution des travaux. Pour dénier sa responsabilité, cette société ne saurait se prévaloir de défauts de conception imputables à la maîtrise d'œuvre ou de défauts d'exécution imputables à la société Realco. Elle ne saurait pas non plus se prévaloir du non-respect du cahier des clauses techniques particulières par d'autres constructeurs ou du manque d'information donné par ceux-ci. Par ailleurs, la société Gallego fait valoir, sans le démontrer, que la circonstance que le linteau présente une fissure ne constitue pas la cause du sinistre et que la modification de ce même linteau ne constitue pas une erreur d'exécution mais une modification post-exécution gros œuvre qui lui a été demandée par le maître d'œuvre qui en a accepté la prise en compte dans le cadre du DGD. Par suite, la responsabilité décennale de la société Gallego est engagée au titre des désordres dont il s'agit.
14. En troisième lieu, la société LCR architectes fait valoir que, si en cours d'expertise, il été mis fin à la plupart des venues d'eau par les travaux de réparation réalisés par les sociétés Gallego et Realco, démontrant ainsi que les désordres ne sont pas imputables à un problème de conception de la sous-face de l'escalier, la reprise des désordres avec succès reste sans incidence sur le rôle causal de la conception de l'ouvrage, dont la société LCR architectes avait la charge. Par suite, sa responsabilité décennale est engagée au titre des désordres dont il s'agit.
15. En quatrième lieu, la société EFC demande à être mise hors de cause en faisant valoir qu'elle avait pour seule mission, au sein du groupement conjoint de maîtrise d'œuvre, des prestations de bureau d'études de process alimentaire pour le seul lot cuisine. Toutefois, la répartition des honoraires de maîtrise l'œuvre, annexée à l'acte d'engagement du marché afférent, ne permet pas de déterminer le périmètre de l'intervention de la société EFC par lot et cette dernière n'a pas produit à l'instance, malgré un moyen de défense du département et une mesure d'instruction en ce sens, de convention de groupement de maîtrise d'œuvre fixant, avec l'accord du maître d'ouvrage, les limites d'intervention de ses membres. Par suite, la responsabilité décennale de la société EFC est engagée au titre des désordres dont il s'agit.
16. En cinquième lieu, les allégations de la société Betem ingénierie, selon lesquelles la conception et le suivi architectural incombaient à la société LCR architectes, sont contredites par la répartition des missions au sein du groupement solidaire de maîtrise d'œuvre.
17. Il résulte de ce qui précède que dès lors que les sociétés mentionnées aux points 13 à 16 ont participé de manière directe et effective à l'acte de construction, la responsabilité solidaire des sociétés Gallego, Betem ingénierie, LCR architectes, EFC et Realco est engagée au titre des désordres affectant la façade du bâtiment D.
En ce qui concerne les vices affectant les toitures terrasses :
18. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, qui n'est pas contesté sur ce point, que l'origine des infiltrations d'eau des toitures terrasses tient dans des trous dans l'étanchéité, des relevés d'étanchéité décollés, des exutoires non étanches, des couvertines non étanches ou absentes sur acrotère cuisine, des habillages en tôles des édicules mal ajustés et des solins mal adaptés aux ouvrages, des raccordements de gaines de ventilation absents ou non étanches au droit des pénétrations dans les édicules et des gaines diverses non étanchées au niveau des pénétrations dans les édicules, les planchers ou les autres petits ouvrages. De tels désordres, qui trouvent leurs causes dans de mauvaises exécutions au niveau de l'étanchéité, des couvertines et de l'habillage en tôle des édicules, dans l'absence de respect des règles de l'art, pour ce qui concerne les raccordements des gaines et des édicules, et dans le non-respect des pièces contractuelles en l'absence d'ouvrage sur acrotère cuisine, sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination, dès lors que les espaces souillés doivent être condamnées pour éviter tout risque d'accident.
19. En second lieu, la société Gallego fait valoir que ni le département ni l'expert ne déterminent la société qui a eu en charge l'habillage en tôle des édicules et des raccordements de ces derniers avec les gaines, à l'origine des infiltrations d'eau au niveau des toitures terrasses et que sa responsabilité n'est retenue qu'à défaut d'avoir trouvé le véritable responsable de ce désordre. Toutefois, Dès lors que cette société était titulaire du macro-lot " Clos et couvert ", comprenant l'étanchéité de ces ouvrages, elle ne conteste pas sérieusement sa participation effective à l'acte de construction en cause, et ne peut pas non plus utilement contester son imputabilité aux désordres en se prévalant, de la possibilité d'individualiser les manquements respectifs des autres constructeurs.
20. En troisième lieu, il est constant que la société SPIE Sud-Est, venant aux droits de la société SPIE Sud-Ouest, titulaire du macro lot 5 " Prestations techniques ", a réalisé les travaux de climatisation et d'électricité, dont les gaines sont, même de façon minime, concernées par les désordres. Elle ne peut dès lors utilement contester son imputabilité aux désordres en se prévalant, de la possibilité d'individualiser les manquements respectifs des autres constructeurs dans le régime de responsabilité décennale.
21. En dernier lieu, les sociétés EFC et Betem ingénierie contestent l'imputabilité des désordres en se prévalant des limites de leurs missions de bureaux d'études techniques respectivement cuisine et VRD structures fluides. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment aux points 15 et 16 que leurs moyens de défense doivent être écartés.
22. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de déterminer si leurs fautes ont concouru à l'entier dommage, ainsi que le font valoir les sociétés Gallego et SPIE Sud-Est, dès lors que les sociétés mentionnées aux points 19 à 21 ont participé de manière directe et effective à l'acte de construction que la responsabilité solidaire des sociétés Gallego, LCR architectes, EFC, Betem ingénierie et SPIE Sud-Est est engagée au titre des désordres affectant les toitures terrasses.
Sur les préjudices et la réparation :
En ce qui concerne les vices affectant les cloisonnements :
23. Il résulte de l'instruction que les travaux de reprise, que l'expert a chiffré à la somme de 167 983,40 euros hors taxe (HT), impliquent la protection des sols, la dépose de 15 tableaux, la dépose et la repose de dalles de faux-plafonds, des coulisseaux en tête de cloisons, le traitement des fissures et de joints de cloisons de structure ou de menuiserie, le remplacement de huisseries et des blocs port PH A 1/2 H, la reprise des cloisons vitrées, la reconstruction imposte avec coulisseaux en tête, les fournitures d'un cadre aluminium et d'une porte, y compris la pose, la repose des vitrages récupérés, la préparation des supports en vue de leur mise en peinture, la dépose et le remplacement des plinthes endommagées et le nettoyage du chantier. Il résulte également de l'instruction que cette évaluation, qui n'est contestée ni dans son principe ni dans son montant, doit être majorée de 8% pour intégrer les honoraires de maitrise d'œuvre, soit la somme totale de 181 422,08 euros demandée par le département dans le dernier état de ses écritures. Ainsi, il sera fait une exacte appréciation de la somme nécessaire à la réparation de ces désordres en la fixant à 181 422,08 euros, due solidairement par les sociétés Gallego, Betem ingénierie, ETP et Alpes contrôles.
En ce qui concerne les vices affectant la façade du bâtiment D :
24. Il résulte de l'instruction que les travaux de reprise portent sur le démontage et le remontage des panneaux endommagés et sur la remise en état des ouvrages impliquant l'habillage vêture de l'encadrement de la porte d'issue de secours, la modification de la sous-face de l'escalier et la reprise des peintures et des plinthes. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir la société Gallego, leur montant additionné est de 14 368,92 euros et non pas de 15 868,92 euros, comme indiqué à tort par l'expert et le département. Ce montant doit également être majoré de 8% pour intégrer les honoraires de maitrise d'œuvre, soit 15 518,42 euros HT. Ainsi, Il sera fait une exacte appréciation de la somme nécessaire à la réparation de ces désordres en la fixant à 15 518,42 euros HT, due solidairement par les sociétés Gallego, Realco, LCR architectes, EFC et Betem ingénierie.
En ce qui concerne les vices affectant les toitures terrasses :
25. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les travaux de reprise concernent la réparation de quelques relevés sous couvertines et la réparation des traversées d'ouvrages par les gaines techniques mais également la fourniture et la pose de collerettes sur gaines techniques et le remplacement complet de dalles de faux-plafonds dans les cuisines, que l'expert a évalué aux sommes distinctes de 7 500 et de 2 000 euros, auxquelles le département est fondé à réclamer que soient ajoutés 8% au titre des honoraires de maitrise d'œuvre, soit au total, les sommes de 8 100 euros HT pour les travaux de remise en état des ouvrages défectueux et de 2 160 euros HT pour les travaux d'équipements neufs, pour un montant de 10 260 euros HT.
26. Il résulte de ce qui précède qu'il sera fait une exacte appréciation en fixant à 10 260 euros la somme nécessaire à la réparation de ces désordres due solidairement par les sociétés Gallego, Betem ingénièrie, LCR architectes, EFC et SPIE Sud-Est.
En ce qui concerne les dépenses correspondant aux frais engagés par le département pour les mesures et le suivi des désordres affectant les planchers et les cloisonnements :
27. Le département de la Haute-Garonne produit, à ce titre, des factures pour le montant demandé de 9 512,11 euros HT, correspondant à des relevés topographiques, la pose et le suivi de capteurs au niveau des sols pour contrôler les fissures et le rabotage des portes ou la dépose des vitres, qui se rapportent aux désordres affectant les cloisonnements. Les sociétés Realco et SPIE Sud-Est n'ont pas concouru au désordre affectant les cloisonnements. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en fixant à 9 512,11 euros HT la somme destinée à le réparer et en mettant à la charge solidaire des sociétés Gallego, ETP, LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, et le CT Alpes contrôles cette somme.
Sur les intérêts :
28. Le département de la Haute-Garonne a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes de 181 422,08 euros, 15 518,42 euros, 10 260 euros et 9 512,11 euros à compter du 20 avril 2020, date d'introduction de sa requête.
Sur les appels en garantie :
En ce qui concerne les vices affectant les cloisonnements :
29. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Gallego a commis une double faute, tenant à un défaut d'exécution résultant d'un temps trop court entre le coulage et le décoffrage des planchers et à la modification sans validation de la méthode de coffrage. Pour contester ses fautes, cette société fait valoir, sans le démontrer, qu'elle a respecté les documents méthodologiques et les usages en mettant en place un étaiement de séchage pour limiter les mouvements et reprendre les charges. Par ailleurs, elle ne produit pas d'élément permettant de contredire l'expert quant à la préciosité d'enlèvement des étais, du coulage et du décoffrage, et a imposé une variante dans le principe constructif du plancher non validée par les maîtres d'ouvrage et d'œuvre ainsi qu'il résulte du compte-rendu de direction des travaux n°17 du 15 juin 2011.
30. En deuxième lieu, il résulte également de l'instruction que la société Betem ingénierie a commis une double faute, résultant d'une erreur de conception du cahier des clauses techniques particulières et d'une insuffisance de contrôle du chantier. Cette société n'apporte pas plus d'éléments permettant de retenir une appréciation différente de celle de l'expert quant à l'insuffisance du cahier des clauses techniques particulières, lequel, en prévoyant un cloisonnement traditionnel, n'a pas permis d'anticiper ou de prévoir des déformations possibles des planchers alors qu'il incombait à la société Betem ingénierie de s'interroger sur les risques de déformations au-delà des états limites du béton armé et d'informer les constructeurs des risques de déformation. En revanche, cette société invoque à bon droit une faute de la société LCR Architectes, en charge de l'organisation et du planning chantier, dont le timing contraint s'agissant des étapes de coffrage, de coulage et de décoffrage en trois jours ne pouvait correspondre aux portées des planchers, et qui, en charge du suivi du macro lot 4 " Prestations intérieures ", ne s'est pas suffisamment impliquée dans la direction et le contrôle du chantier ainsi que le souligne l'expert.
31. En troisième lieu, les sociétés Alpes contrôles et ETP ne contestent pas sérieusement les fautes qui leur sont reprochées, tenant dans une insuffisance de contrôle du chantier et dans un manquement aux règles de l'art et au devoir de conseil.
32. Il résulte de ce qui précède que, eu égard à leurs fautes respectives, les sociétés Gallego, Betem ingénierie, LCR Architectes, Alpes contrôles et ETP doivent être condamnées se garantir de la somme de 181 422,08 euros à hauteur respectivement de 40%, 20%, 10%, 10% et 20%.
En ce qui concerne les vices affectant la façade du bâtiment D :
33. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise, que les désordres dont il s'agit ont pour origine un cumul de fautes d'importance comparable tenant au non-respect des plans d'exécution lors du coulage du mur banché, laissant une trop grande ouverture à reprendre et suivie d'une fissuration, au non-respect des règles de l'art lors du coulage et à une mauvaise conception de l'habillage de la sous-face de l'escalier, imputable à la société Gallego, à la société Realco et à la maîtrise d'œuvre. Si l'expert a adopté une approche globale du groupement de maîtrise d'œuvre, ni son rapport ni les écritures ou les pièces produites par des parties ne permettent de retenir de faute commise par la société EFC. Dès lors, il sera fait droit à sa demande tendant à condamner Gallego, Realco, Betem ingénierie et LCR architectes à la garantir de toute condamnation au titre des désordres affectant la façade du bâtiment D. Par ailleurs, il y a lieu de condamner les sociétés Gallego, Realco, Betem ingénierie et LCR architectes à se garantir de la somme de 15 868 euros à hauteur respectivement de 34%, 33%, 16,5% et 16,5%.
En ce qui concerne les vices affectant les toitures terrasses :
34. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la société EFC ait commis de faute ayant concouru au désordre dont il s'agit. Ainsi, il sera fait droit à ses conclusions tendant à la condamnation des sociétés Gallego, SPIE Sud-Est, Betem ingénierie et LCR architectes à la garantir de toute condamnation au titre de ces désordres.
35. En deuxième lieu, résulte de l'instruction que les fautes commises par les sociétés Gallego, Betem ingénierie, LCR architectes relatifs à la remise en état des ouvrages défectueux résultent pour 50 % d'une mauvaise exécution au niveau de l'étanchéité des couvertures et de l'habillage en tôle des édicules et pour 50% d'un défaut de contrôle du chantier. Dès lors, il y a lieu de condamner les sociétés Gallego, Betem ingénierie et LCR architectes à se garantir de la somme 8 100 euros à hauteur respectivement de 50%, 25% et 25%.
36. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les fautes commises par la société Gallego, tenant à une mauvaise exécution des travaux imputable à ses sous-traitants, par la société SPIE Sud-Est, résultant d'un défaut de conception, par la société Betem ingénierie, résultant d'un défaut de contrôle du chantier, et par la société LCR architectes résultant d'une cause identique, ont concouru à la survenance d'une part des dommages relatifs aux travaux d'équipement neufs dont il s'agit. Dès lors, il y a lieu de condamner les sociétés Gallego, SPIE Sud-Est, Betem ingénierie et LCR architectes à se garantir de la somme 2 160 euros à hauteur respectivement de 50%, 25%, 12,5% et 12,5%.
En ce qui concerne les frais de mesures et suivi des désordres affectant les planchers et les cloisonnements :
37. En l'absence de faute de la société EFC à l'origine des désordres affectant les planchers et cloisonnements, et compte tenu de leurs fautes respectives, il sera fait droit à sa demande tendant à condamner les sociétés Gallego, ETP, LCR Architectes, Betem ingénierie, et Alpes contrôles à la garantir de sa condamnation. En revanche l'implication insuffisante de la société Alpes Contrôle dans le suivi du chantier fait obstacle à ce que cette société soit relevée de toute condamnation comme elle le demande.
Sur la charge définitive des dépens :
38. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais et honoraires de l'expertise, liquidée et taxée à la somme de 28 056 euros TTC, à la charge définitive de la société Gallego, à hauteur de 10 000 euros, des sociétés Betem ingénierie et LCR Architectes à hauteur de 5 000 chacune et des sociétés EFC, Realco, SPIE Sud-Est, ETP, et Alpes contrôles à hauteur de 1 611 euros chacune.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
39. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du département de la Haute-Garonne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions présentées à ce titre par les sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP, et Alpes contrôles ne peuvent qu'être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP, et Alpes contrôles la somme de 500 euros chacun à verser au département de la Haute-Garonne, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les sociétés Gallego, Betem ingénierie, ETP et Alpes contrôles sont solidairement condamnées à verser au département de la Haute-Garonne la somme de 181 422 euros, assortie des intérêts à compter du 20 avril 2020 en réparation des désordres affectant les cloisonnements.
Article 2 : Les sociétés Gallego, Betem ingénierie, LCR Architectes, Alpes contrôles et ETP sont condamnées à se garantir à hauteur de 40%, 20%, 10%, 10% et 20% de la somme mentionnée à l'article 1er.
Article 3 : Les sociétés Gallego, Realco, LCR architectes, EFC et Betem ingénierie sont solidairement condamnées à verser au département de la Haute-Garonne la somme de 15 518 euros, assortie des intérêts à compter du 20 avril 2020 en réparation des désordres affectant la façade du bâtiment D.
Article 4 : Les sociétés Gallego, Realco, LCR architectes et Betem ingénierie sont condamnées à relever la société EFC de l'intégralité de la somme mentionnée à l'article 3 et sont condamnées se garantir à hauteur de 34%, 33%, 16,5% et 16,5% de cette somme.
Article 5 : Les sociétés Gallego, LCR architectes, EFC, SPIE Sud-Est et Betem ingénierie sont solidairement condamnées à verser au département de la Haute-Garonne la somme de 8 100 euros, assortie des intérêts à compter du 20 avril 2020 au titre des travaux de remise en état des ouvrages défectueux sur les toitures terrasses.
Article 6 : Les sociétés Gallego, LCR architectes, SPIE Sud-Est et Betem ingénierie sont condamnées à relever la société EFC de l'intégralité de la somme mentionnée à l'article 5 et sont condamnées se garantir à hauteur de 50%, 25% et 25% de cette somme.
Article 7 : Les sociétés Gallego, Betem ingénièrie, EFC, LCR architectes et SPIE Sud-Est sont solidairement condamnées à verser au département de la Haute-Garonne la somme de 2 160 euros, assortie des intérêts à compter du 20 avril 2020 au titre des travaux d'équipements des toitures terrasses.
Article 8 : Les sociétés Gallego, Betem ingénierie, LCR architectes et SPIE Sud-est sont condamnées à relever la société EFC de l'intégralité de la condamnation mentionnée au point 8 et à se garantir à hauteur de 50%, 25%, 12,5% et 12,5% de cette somme.
Article 9 : Les sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Gallego, ETP, et Alpes contrôles sont solidairement condamnées à verser au département de la Haute-Garonne la somme de 9 512,11 euros, assortie des intérêts à compter du 20 avril 2020 au titre des dépenses engagées par le département pour les mesures et le suivi des désordres affectant les planchers et les cloisonnements.
Article 10 : Les sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, Gallego, ETP, et Alpes contrôles sont condamnées à relever la Sté EFC de la condamnation mentionnée au point 9.
Article 11 : Les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 28 056 euros sont mis à la charge définitive de la société Gallego, à hauteur de 10 000 euros, des sociétés Betem ingénierie et LCR Architectes à hauteur de 5 000 euros chacune et des sociétés EFC, Realco, SPIE Sud-Est, ETP, et Alpes contrôles à hauteur de 1 611 euros chacune.
Article 12 : Les sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP, et Alpes contrôles verseront chacun la somme de 500 euros au département de la Haute-Garonne en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 13 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 14 : Le présent jugement sera notifié au département de la Haute-Garonne, et aux sociétés LCR Architectes, Betem ingénierie, EFC, Realco, Gallego, SPIE Sud-Est, ETP, Face Midi-Pyrénées, Soprema Entreprise et Alpes contrôles,
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Chevillard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
F. CHEVILLARD
La présidente de la 2ème chambre,
F. CORNELOUP
La greffière,
F. GARNIER
La République mande et ordonne au préfet de de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026