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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2022755

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2022755

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2022755
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CAMILLE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Nîmes, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse sous le n° 2002755 puis au tribunal administratif de Nîmes sous le n°2022755, présentée par la SASU Kral.

Par une requête enregistrée le 24 juin 2020 sous le n°2002755, la SASU Kral, représentée par Me Gasquet, demande au tribunal :

- de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de taxe sur les véhicules des sociétés pour la période du 24 janvier 2014 au 15 décembre 2017 pour un montant de 42 267 euros ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les véhicules concernés par le litige, à savoir, des véhicules utilitaires de type fourgon, ont été conçus pour le transport des marchandises, et ne doivent pas supporter la taxe ;

- sur le fondement de l'article L.80 A du Livre des procédures fiscales, elle invoque la doctrine administrative parue au BOI-TFP-TVS-10- 20 n°40, 7-10-2015, laquelle confirme sa position ; les cartes grises des véhicules concernés montrent qu'il s'agit de véhicules utilitaires de type fourgon, c'est-à-dire des camionnettes destinées au transport de marchandises.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2021, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie conclut au rejet de la requête

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 septembre 2007établissant un cadre pour la réception des véhicules à moteur ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B A ;

- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU Kral exerce une activité de travaux d'installation d'eau et de gaz. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité ayant porté sur la période du 24 janvier 2014 au 30 septembre 2017 à l'issue de laquelle des cotisations supplémentaires de taxe sur les véhicules des sociétés lui ont été notifiées. Par une réclamation du 7 octobre 2019, la SASU Kral a contesté ces rappels. Une décision de rejet lui a été adressée le 24 janvier 2020. La SASU Kral demande la décharge des cotisations supplémentaires de taxe sur les véhicules des sociétés qui lui ont été assignées au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017.

Sur l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes du premier alinéa du I de l'article 1010 du code général des impôts : " Les sociétés sont soumises à une taxe annuelle à raison des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. Sont considérés comme véhicules de tourisme les voitures particulières au sens du 1 du C de l'annexe II à la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 septembre 2007, établissant un cadre pour la réception des véhicules à moteur, de leurs remorques et des systèmes, des composants et des entités techniques destinés à ces véhicules, ainsi que les véhicules à usages multiples qui, tout en étant classés en catégorie N1 au sens de cette même annexe, sont destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens et les véhicules comprenant au moins cinq places assises et dont le code de carrosserie européen est camions pick-up, sauf ceux mentionnés au e du 6° du IV de l'article 206 de l'annexe II au présent code, lorsqu'ils répondent à un impératif de sécurité pour les salariés. ". Aux termes de l'annexe II à la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 septembre 2007 : " A. DÉFINITION DES CATÉGORIES DE VÉHICULES / Les catégories de véhicules sont définies d'après la classification suivante () : 1. Catégorie M : Véhicules à moteur conçus et construits pour le transport de passagers et ayant au moins quatre roues. / Catégorie M1 : Véhicules conçus et construits pour le transport de passagers comportant, outre le siège du conducteur, huit places assises au maximum. () 2. Catégorie N : Véhicules à moteur conçus et construits pour le transport de marchandises et ayant au moins quatre roues. / Catégorie N1 : Véhicules conçus et construits pour le transport de marchandises ayant un poids maximal ne dépassant pas 3,5 tonnes. () ".

3. D'une part, pour l'application de ces dispositions, la détermination de la catégorie dont relève le véhicule ne résulte pas de l'usage qui en est fait par la société mais de ses caractéristiques techniques. Les dispositions précitées, qui font explicitement référence à la destination du véhicule à usages multiples, ne subordonnent pas la qualification de véhicule de tourisme au classement dont il a fait l'objet pour l'établissement du certificat d'immatriculation. Il appartient au juge de l'impôt de déterminer cette catégorie au vu de l'instruction. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que sont notamment soumis à la taxe sur les véhicules des sociétés, d'une part, les véhicules à moteur ayant au moins quatre roues conçus et construits pour le transport de passagers et comportant, outre le siège du conducteur, huit places assises au maximum, d'autre part, les véhicules dont le poids maximal ne dépasse pas 3,5 tonnes et qui, tout en ayant été à l'origine conçus et construits pour le transport de marchandises, sont destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens. L'assujettissement à la taxe sur les véhicules de tourisme concerne l'ensemble des véhicules à usages multiples destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens, alors même qu'ils feraient l'objet d'un classement dans la catégorie N1.

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

5. La SASU Kral conteste l'imposition à la taxe sur les véhicules de société de plusieurs véhicules loués à la société Bruno Konstant, établie en Pologne. Il s'agit d'un Volkswagen Transporter, immatriculé KG8L87, d'un Citroën Jumpy, immatriculé KGR20F4, d'un Fiat Scudo, immatriculé KGR69F4, d'un Volkswagen Transporter, immatriculé KGR10F5, d'un Mercédès Sprinter, immatriculé KGR64E7 et d'un Citroën Jumpy, immatriculé KGR31G1. Elle soutient que les cartes grises des véhicules concernés montreraient qu'il s'agit de véhicules utilitaires de type fourgon, c'est-à-dire des camionnettes destinées au transport de marchandises véhicule. Elle ne conclut que ces véhicules sont hors du champ d'application de la taxe sur les véhicules des sociétés prévue à l'article 1010 du CGI.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment des copies de cartes grises que les véhicules concernés, classés dans la catégorie N1, comportent un nombre de places au total de 6 ou 9 personnes selon le véhicule, ce qui témoigne d'une conception visant au transport de personnes. Le service relève sans être contredit que dans la pratique, ces véhicules sont principalement utilisés au transport des ouvriers sur les chantiers, même s'ils peuvent transporter des marchandises. La société Kral n'apporte aucun élément de nature à établir que ces véhicules soient principalement affectés au transport de marchandise et ne soutient pas qu'ils auraient subi des transformations de nature à le faire regarder comme n'étant plus destiné au transport de de voyageurs et de leurs bagages au sens des dispositions précitées de l'article 1010 du code général des impôts. Par suite, en l'état de l'instruction, la société requérante n'est pas fondée, sur le terrain de la loi fiscale, à demander la décharge de la taxe sur les véhicules de société qui lui est réclamée au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017.

Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :

8. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".

9. La société Kral ne saurait utilement se prévaloir du paragraphe de la documentation administrative référencée BOI-TFP-TVS-10-20 aux termes duquel : " Les véhicules utilitaires de type fourgon ou camionnette à cabine approfondie disposant de plusieurs rangs de places assises demeurent hors du champ de la définition des véhicules de tourisme, à la condition que ces véhicules soient dans la pratique affectés par l'entreprise au transport de marchandises ", dès lors qu'elle ne justifie pas que les véhicules en litige sont, dans la pratique, affectés par l'entreprise au transport de marchandises.

Sur les frais de l'instance :

10. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU Kral est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Kral et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.

Le rapporteur,

P. A

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2022755

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