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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100189

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100189

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100189
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantJURILYS AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 janvier et le 30 juin 2021, la société à responsabilité limitée Bio Audema, représentée par Me Bernard, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation d'impôt sur les sociétés et des intérêts de retard correspondants qui lui ont été assignés au titre de son exercice clos le 31 mai 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- en fondant la décision de rejet de sa réclamation préalable sur des motifs différents de ceux retenus dans la proposition de rectification, le service méconnaît le caractère contradictoire de la procédure et son obligation de motiver la proposition de rectification.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

- le service supporte la charge de la preuve de l'acte anormal de gestion, et il n'apporte pas cette preuve en se fondant sur la théorie du risque manifestement excessif qui n'est plus admise par la jurisprudence ;

- en estimant que la contribuable avait pris un risque manifestement excessif, le service reconnaît l'intérêt pour la contribuable d'avoir accordé des avances à ses partenaires commerciaux en difficulté ;

- la provision pour dépréciation du compte client Auza était justifiée par la circonstance, relevée dans la proposition de rectification, que ce client n'avait plus d'activité ;

- le service ne pouvait regarder comme un acte anormal de gestion la vente de marchandises la vente réalisée à sa cliente la société Auza ;

- en estimant que les avances consenties à la société Auza représentaient pour la contribuable un risque manifestement excessif, le service admet que la provision pour dépréciation de créance était justifiée.

- elle se prévaut de la doctrine fiscale référencée BOI-BIC-PROV-40-20 n° 130 et 140 publiée le 1er avril 2015.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 mars et le 31 août 2021, le directeur de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bernard, représentant la SARL Bio Audema.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Bio Audema, qui exerce une activité de commerce en gros de fruits et légumes, demande la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés, et des intérêts de retard correspondants, qui lui ont été assignés au titre de son exercice clos le 31 mai 2015, à la suite d'une vérification de comptabilité.

Sur les conclusions en décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

S'agissant de la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter, outre la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base des redressements, ceux des motifs pour lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, qui sont nécessaires pour permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

3. La proposition de rectification du 27 juillet 2018 mentionne, de manière suffisante, les règles de droit applicables, l'impôt concerné, l'année d'imposition ainsi que les motifs de fait sur lesquels l'administration s'est fondée pour remettre en cause la déduction des provisions litigieuses. La circonstance que le vérificateur a en outre mentionné, fût-ce par un motif non fondé, que la société avait pris un risque manifestement excessif, n'a pas pu induire la société en erreur sur la nature et le montant du redressement opéré, ni ne l'a privée de la possibilité de présenter ses observations, ce qu'elle a d'ailleurs fait le 4 janvier 2018. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification, et de la méconnaissance du principe du contradictoire, doivent être écartés.

S'agissant de du bien-fondé de l'imposition :

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des énonciations de la proposition de rectification du 27 juillet 2018, que la société Bio Audema a constaté sous l'intitulé " autre provisions pour dépréciation ", au titre de son exercice clos le 31 mai 2015, une charge de 199 380 euros correspondant à trois provisions des montants de 123 582 euros, 24 638 euros et 51 160 euros. Le vérificateur a remis en cause le caractère déductible de ce provisionnement et en a réintégré le montant total au résultat de l'exercice.

Quant aux montants de de 123 582 et de 24 638 euros :

5. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion commerciale normale. Les provisions constituées pour faire face au non-remboursement de créances détenues par une entreprise ne relèvent d'une gestion commerciale normale que s'il apparaît qu'en constituant de telles créances, l'entreprise a agi dans son propre intérêt.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 27 juillet 2018, que la société Bio Audema a consenti entre 2012 et 2013 à un fournisseur, la société DSP Nature dans laquelle elle ne détenait aucune participation financière, des avances d'un montant total de 123 582 euros sans contrepartie de rémunération. La société DSP Nature, créée en 2010, était déficitaire depuis sa création et elle a enregistré des chiffres d'affaires, en constante diminution, de 166 000 euros l'année de sa création, puis de 64 000 euros en 2012, et de 21 700 euros en 2013. Les deux sociétés ont réalisé ensemble un volume d'affaires limité à 29 066 euros en 2012, et en 2013 leur seul échange a résidé dans les avances de trésorerie litigieuses. Dans l'ensemble de ces conditions, le service doit être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, qu'en consentant ces avances à la société DSP Nature le société Bio Audema n'a pas agi dans son propre intérêt. Par suite, c'est à bon droit que la provision d'un montant total de 123 582 euros correspondant à la totalité de cette créance, constituée au titre de son exercice clos en 2015, a été rapportée au résultat de cet exercice.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 27 juillet 2018, que la société Bio Audema a consenti à un client, la société Auza dans laquelle elle ne détenait aucune participation financière, des avances d'un montant total de 40 276 euros, sans contrepartie de rémunération. Ces avances ont consisté en des règlements de salaires d'employés de la société Auza, des règlements de loyers pour son compte, des avances de trésorerie, ou des remises pour encaissement, par la société Auza, de tickets restaurants destinés à la société Bio Audema. La société Auza était déficitaire depuis sa création, en 2012, et elle n'a réalisé avec la société Bio Audema qu'un volume d'affaires limité à 45 459 euros en 2014, et à 4 503 euros en 2015. Dans l'ensemble de ces conditions, le service doit être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, qu'en consentant ces avances à la société Auza, la société Bio Audema n'a pas agi dans son propre intérêt. Par suite, c'est à bon droit que la provision d'un montant de 24 638 euros correspondant à 60 % de cette créance, constituée au titre de son exercice clos en 2015, a été rapportée au résultat de cet exercice.

Quant au montant de 51 160 euros :

8. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () 5° les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des évènements en cours rendent probables () ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées, à cette date, par l'entreprise. Il appartient au contribuable, pour l'application de ces dispositions, de justifier tant du montant des provisions qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que du principe même de leur déductibilité.

9. Une créance à recouvrer ne peut faire l'objet d'une provision que si son recouvrement a été reconnu douteux. Le caractère irrécouvrable d'une créance est subordonné à la preuve, qu'il incombe au contribuable de rapporter, d'une part, de l'accomplissement de diligences et de démarches conduites en vue de leur recouvrement et demeurées infructueuses et, d'autre part, de l'insolvabilité des débiteurs.

10. Il résulte de l'instruction qu'en 2012 et en 2013, la société Bio Audema a vendu du matériel et des produits maraîchers à la société Auza précédemment mentionnée. Alors que cette cliente ne s'était pas acquittée de sa dette commerciale, la société Bio Audema, qui avait pour partie antérieurement provisionné cette créance, a porté ce provisionnement à la totalité de la créance, en le complétant d'un nouveau montant de 51 160 euros au titre de son exercice clos en 2015. Si la société conteste que ce provisionnement puisse être regardé comme constitutif d'un acte anormal de gestion, le service s'est également fondé dans la proposition de rectification sur la circonstance que la société ne justifiait d'aucun risque d'insolvabilité ni d'aucune démarche entreprise en vue du recouvrement, et qu'elle elle n'apportait pas la justification de la provision pour dépréciation de cette créance. La société, qui ne saurait se retrancher derrière les termes de la proposition de rectification pour s'affranchir de la justification qui lui incombe, n'apporte pas davantage cette justification devant le tribunal. Par suite, c'est à bon droit que le service a réintégré cette provision au résultat de l'exercice clos en 2015.

En ce qui concerne l'application de la doctrine fiscale :

11. La doctrine fiscale BOI-BIC-PROV-40-20 n° 130 et 140, publiée le 1er avril 2015, ne comporte pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application. La société Bio Audema n'est donc pas fondée à s'en prévaloir.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en décharge de la SARL Bio Audema doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de la SARL Bio Audema est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Bio Audema et au directeur de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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