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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100258

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100258

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100258
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 janvier 2021 et les 18 janvier et 20 septembre 2022, la SELARL Stéphan Spagnolo, en sa qualité de mandataire judiciaire de la société Cordou, représentée par la SELARL Deniau Avocats, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de La Tour d'Aigues, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison des illégalités fautives entachant les décisions prises les 2 juin et 29 décembre 2020 par le maire de cette commune, à lui verser la somme de 35 527,61 euros augmentée des intérêts légaux à compter du 27 octobre 2020, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Tour d'Aigues la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 29 décembre 2020 par laquelle la commune de La Tour d'Aigues a rejeté sa demande indemnitaire du 27 octobre 2020 est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision du 2 juin 2020 par laquelle la commune de La Tour d'Aigues lui a délivré une autorisation d'occupation temporaire du domaine public pour la période du 2 juin 2020 au 30 août 2020 pour une terrasse d'une surface de 24 m² est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision du 2 juin 2020 procède d'un détournement de pouvoir ;

- au titre des illégalités fautives entachant les décisions du 2 juin 2020 et du 29 décembre 2020 prises par la commune de La Tour d'Aigues, elle a subi un préjudice financier de 35 527,61 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 mars 2021 et les 20 juillet et 29 octobre 2022, la commune de La Tour d'Aigues, représentée par Me Légier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont inopérants ou infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- les observations de Me Légier représentant la commune de La Tour d'Aigues.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cordou, qui exploite le restaurant " Ô P'tit Chef " depuis 2015, a bénéficié de 2016 à 2019 d'arrêtés par lesquels la commune de La Tour d'Aigues lui a accordé des autorisations d'occupation du domaine public d'une terrasse d'une superficie de 70 m². L'intéressée ayant présenté le 4 février 2020 une nouvelle demande d'autorisation d'occupation du domaine public, le maire de la commune de La Tour d'Aigues a pris le 2 juin 2020 un arrêté par lequel la commune lui a délivré une autorisation d'occupation temporaire du domaine public, sur la période du 2 juin 2020 au 30 août 2020 et pour une terrasse d'une surface de 24 m². Estimant que cette décision du 2 juin 2020 est illégale, la société Cordou a présenté une demande préalable à la commune de La Tour d'Aigues, par laquelle elle a réclamé une indemnisation de 35 527,61 euros. Cette demande préalable a été rejetée par la commune de La Tour d'Aigues par une décision du 29 décembre 2020. La société Cordou, qui a été placée en redressement judiciaire et dont le mandataire judiciaire est la SELARL Stéphan Spagnolo, demande au tribunal de condamner la commune de La Tour d'Aigues à lui verser la somme de 35 527,61 euros en réparation des préjudices subis en raison des illégalités fautives entachant ses décisions du 2 juin 2020 et du 29 décembre 2020.

Sur la responsabilité pour faute de la commune de La Tour d'Aigues au titre des décisions en date des 2 juin et 29 décembre 2020 :

En ce qui concerne la décision du 29 décembre 2020 portant rejet de la demande indemnitaire préalable présentée par la société Cordou :

2. Dès lors que l'objet même de la présente requête, qui tend au versement d'une somme en réparation des préjudices que la société Cordou estime avoir subis, présente le caractère d'un recours de plein contentieux et que la décision du 29 décembre 2020 portant rejet de la demande indemnitaire préalable présentée par la société Cordou a pour seul effet de lier le contentieux, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux indemnitaire sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision du 29 décembre 2020 est inopérant et ne peut ainsi qu'être écarté.

3. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute de la commune de La Tour d'Aigues au titre de la décision du 29 décembre 2020 portant rejet de la demande indemnitaire préalable présentée par la société Cordou.

En ce qui concerne la décision du 2 juin 2020 par laquelle la commune de La Tour d'Aigues a délivré à la société Cordou une autorisation d'occupation temporaire du domaine public pour la période du 2 juin 2020 au 30 août 2020 pour une terrasse d'une surface de 24 m² :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 () ".

5. La société requérante soutient que la décision du 2 juin 2020 est entachée d'un défaut de motivation en se prévalant, à titre principal, des dispositions du 7° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, à titre subsidiaire, des dispositions du 4° de ce même article.

6. La décision par laquelle l'autorité gestionnaire du domaine public rejette une demande de délivrance d'une autorisation unilatérale d'occupation du domaine public constitue un refus d'autorisation au sens du 7° de l'article L. 211-2 précité du code des relations entre le public et l'administration et doit par suite être motivée en application de ces dispositions.

7. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 4 février 2020, la société Cordou a sollicité auprès de la commune de La Tour d'Aigues la délivrance d'une autorisation d'occupation du domaine public pour installer une terrasse d'une superficie de 70 m², à l'instar de l'autorisation obtenue le 5 avril 2019 au titre de la période du 1er mai 2019 au 30 septembre 2019. Or, l'arrêté contesté en date du 2 juin 2020 ne précise pas les motifs de fait sur lesquels s'est fondé le maire de la commune de La Tour d'Aigues pour refuser de faire droit à la demande présentée par la société Cordou et de limiter à 24 m² la surface autorisée. Il suit de là que cette décision du 2 juin 2020 est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, cette illégalité étant de nature à engager la responsabilité pour faute de la commune de La Tour d'Aigues.

8. En second lieu, la requérante soutient que la décision prise le 2 juin 2020 procède d'un détournement de pouvoir au motif que cette décision repose sur un motif politique opposant le gérant de la société Cordou au maire de La Tour d'Aigues. Au soutien de ce moyen, la requérante fait valoir que son gérant, M. B, s'est présenté lors des élections municipales de 2020 sur une liste adverse à celle conduite par M. C, le maire sortant réélu en 2020, que la décision contestée du 2 juin 2020 a été prise juste après le résultat de ces élections, et que, contrairement à ce que le maire indiquait le 13 décembre 2020 dans sa lettre d'informations selon laquelle il avait permis aux professionnels de la restauration de recevoir une clientèle plus importante, cette décision du 2 juin 2020 vise à réduire drastiquement la capacité de la société Cordou à attirer des clients et à nuire exclusivement aux intérêts de cette société.

9. Il résulte de l'instruction que M. B s'est présenté lors des élections municipales de 2020 sur une liste adverse à celle conduite par M. C, le maire sortant, et que la décision du 2 juin 2020 a limité à 24 m² la surface autorisée de terrasse du restaurant de la société Cordou pour la saison estivale 2020, alors qu'au titre de la saison des étés 2016 à 2019, cet établissement avait bénéficié d'une autorisation d'une superficie de 70 m². Toutefois, ces circonstances ne permettent pas à elles seules d'établir un détournement de pouvoir, dès lors que, d'une part et selon les arrêtés d'occupation du domaine public et le plan produits à l'instance par la commune défenderesse, la superficie autorisée de 24 m² est identique au titre de la saison estivale de 2020 pour les deux seuls restaurants donnant sur la place de l'église, d'autre part, que la lettre d'informations du 13 décembre 2020 qu'invoque la requérante se borne à indiquer, dans le cadre de la présentation du dispositif communal en faveur du commerce local, que " malgré les contraintes des consignes sanitaires [la commune] a maintenu des manifestations et participé à de nouvelles animations festives notamment pour permettre aux professionnels de la restauration de recevoir une clientèle plus importante ". Par suite, en l'état de l'instruction, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée du 2 juin 2020 serait entachée d'un détournement de pouvoir.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à rechercher la responsabilité pour faute de la commune de La Tour d'Aigues au titre, seulement, de l'illégalité fautive entachant la décision du 2 juin 2020 en raison d'un défaut de motivation.

Sur le préjudice invoqué par la requérante et le lien de causalité :

11. La requérante sollicite l'indemnisation à hauteur de 35 527,61 euros d'un préjudice économique correspondant à la perte de chiffre d'affaire sur la période de juin à septembre 2020 qu'elle impute à la faute commise par la commune de La Tour d'Aigues. Toutefois, un tel préjudice ne peut pas être regardé comme découlant directement de l'agissement fautif mentionné précédemment, dès lors que le maire de la commune de La Tour d'Aigues aurait pu légalement prendre à l'endroit de la société Cordou la même décision portant autorisation d'occupation du domaine public après avoir dument exposé les motifs de droit et de fait fondant cette décision.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la commune de La Tour d'Aigues, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la commune de La Tour d'Aigues au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SELARL Stephan Spagnolo est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Tour d'Aigues au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Stephan Spagnolo, mandataire judiciaire de la société Cordou, et à la commune de La Tour d'Aigues.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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