vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2100279 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GONTARD/EL BOUROUMI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier 2021 et le 17 janvier 2022, M. B A, représenté par Me El Bouroumi, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi du fait de la prise en charge de sa mère dans cet établissement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de réaliser sur sa mère une coronographie en urgence, à Nîmes, alors que l'établissement disposait de son dossier médical, que cet examen n'était pas indispensable, et qu'il impliquait une injection d'iode pouvant être toxique pour les reins, constitue une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la famille n'a pas été consultée préalablement à l'arrêt des traitements et il n'a pas été tenu compte de l'opposition exprimée à l'arrêt des soins du 3 octobre 2017 ; la loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie et les articles R. 4127-37-2 et suivants du code de la santé publique ont été méconnus ;
- pour décider l'arrêt des soins, l'équipe médicale s'est fondée sur le constat d'une mort cérébrale alors qu'il n'a été réalisé aucun électroencéphalogramme ;
- ces manquements ont entraîné pour lui des troubles du sommeil et un syndrome dépressif, nécessitant un suivi psychiatrique et constitutifs d'un préjudice moral qu'il y a lieu de réparer.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2021, le CHU de Nîmes, représenté par Me Vrignaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 3 janvier 2023.
Des pièces complémentaires présentées par M. A ont été enregistrées les 29 août et 13 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- les observations de M. A,
- et les observations de Me Vrignaud, représentant le CHU de Nîmes.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Nîmes à réparer le préjudice moral qu'il estime avoir subi à la suite de la prise en charge de sa mère, Zeinab Tejoian née C, alors âgée de 66 ans et décédée le 3 octobre 2017 dans cet établissement.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la prise en charge médicale :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports des expertises médicales réalisées le 18 octobre 2019 à la demande de la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), et le 17 novembre 2020 à la demande du tribunal de céans, que Zeinab Tejoian a été victime d'un malaise à l'emporte-pièce avec vomissements et chute de sa hauteur, le 30 septembre 2017 à 17 heures 25, alors qu'elle se trouvait sur l'aire de stationnement d'une grande surface située à Arles. Elle a été prise en charge par une infirmière, arrivée sur les lieux vers 17 heures 35, qui a constaté un arrêt cardiorespiratoire et entrepris une réanimation cardiopulmonaire, puis par les pompiers, arrivés vers 17 heures 40, qui ont constaté une asystolie et une mydriase bilatérale, enfin par la SMUR, qui a constaté en outre une récupération du rythme cardiaque à 18 heures, puis une pression artérielle qualifiée d'" imprenable ". La patiente a été transférée au centre hospitalier universitaire de Nîmes où son arrivée a été enregistrée à 19 heures 56, et où elle est demeurée hospitalisée jusqu'à son décès survenu le 3 octobre 2017.
4. Les deux experts ont estimé, dans leurs rapports des 18 octobre 2019 et 4 mars 2020, que la patiente présentait à son admission dans l'établissement un indice de gravité simplifié très péjoratif, en raison de l'arrêt cardiaque dont elle avait été la victime avec un " no flow " de 10 minutes, suivi d'un " low flow " d'une durée au moins égale. Ils ajoutent que cette situation médicale correspondait à un risque de mortalité supérieur à 95 %, le second précisant que les chances de récupérer une fonction cérébrale étaient " extrêmement faibles ". Ils relèvent également que la prise en charge médicale de la patiente a été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science, et qu'aucun manquement n'a été commis dans cette prise en charge.
5. M. A fait valoir que sa mère aurait dû être orientée vers le centre hospitalier d'Arles et non celui de Nîmes. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment de la première expertise, que ce dernier établissement, qui en tout état de cause n'est pas l'auteur de la décision d'orientation, disposait du plateau technique le plus adapté à l'état de la patiente.
6. M. A fait valoir par ailleurs que l'examen par coronarographie n'était pas indispensable et qu'il implique une injection d'iode, potentiellement toxique pour les reins, et nécessitant plusieurs jours de dialyse. Toutefois, alors que la pertinence de cet examen n'a pas été remise en cause par les experts, M. A n'apporte aucun élément à caractère médical ni n'établit, en l'espèce, un lien quelconque entre l'examen pratiqué et le décès de sa mère.
7. S'il est reproché à l'établissement de ne pas avoir pratiqué un électroencéphalogramme, ainsi que le second expert l'expose, un tel examen aurait été difficile à interpréter compte tenu des substances à action cérébrale qui avaient été administrées à la patiente et des troubles métaboliques qui l'affectaient, alors par ailleurs qu'une évaluation de l'état cérébral, réalisée le 2 octobre 2017, a permis de constater une absence de flux cérébral à droite et un flux très altéré à gauche.
8. M. A soutient en outre que l'établissement a décidé un arrêt des soins en méconnaissance des dispositions des articles L. 1110-5-1 et R. 4127-37-2 et suivants du code de la santé publique, relatives à la procédure de limitation ou d'arrêt des traitements. Toutefois, ainsi que l'a relevé le premier expert " il n'est pas retrouvé de notion d'arrêt des thérapeutiques dans le dossier médical ", ce qui n'est pas remis en cause par les simples hypothèses émises dans un additif aux dires du 25 février 2020. Les deux experts ont relevé, au contraire, que la patiente a bénéficié d'une hémofiltration la veille de son décès, le 2 octobre 2017, au moment où son état rénal s'est aggravé, et que son décès est dû à un état de choc réfractaire dans le cadre d'un syndrome post arrêt cardiaque avec défaillance multiviscérale. M. A ne peut donc utilement se prévaloir des dispositions précédemment mentionnées relatives à la procédure de limitation au d'arrêt des traitements. Enfin la note d'observations médicales, établie le 12 août 2020 par un médecin généraliste en des termes très hypothétiques, se borne à reprendre les doléances de M. A et ne s'appuie sur aucun élément à caractère médical.
9. Dans l'ensemble de ces conditions, aucune faute n'a été commise par le centre hospitalier universitaire de Nîmes dans la prise en charge de Zeinab Tejoian.
En ce qui concerne l'information de la famille :
10. Il résulte de l'instruction que lors de sa prise en charge du 30 septembre 2017, la patiente a été identifiée au moyen du titre de séjour dont elle était porteuse. Ce document portait les mentions " Razgoeiva " et " vve Tejoian ". La patiente a été enregistrée sous ce second nom, alors que le premier avait été retenu lors d'une précédente consultation du 4 août 2017. Toutefois, ainsi que le premier expert l'a relevé, au moment de la prise en charge litigieuse son dossier médical informatisé ne faisait pas mention d'une personne à prévenir ou d'une personne de confiance. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la victime aurait été en possession, au moment de son admission, de documents qui auraient contenu les coordonnées d'une personne à contacter. Par suite, alors que la famille a été mise en mesure de se rendre au chevet de la patient le surlendemain de son admission, l'établissement n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute commise par l'établissement, M. A n'est pas fondé à demander la réparation du préjudice moral dont il se prévaut.
Sur les dépens :
12. M. A bénéficiant de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge définitive de l'Etat les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros par ordonnance du 20 novembre 2020.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Nîmes. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions que l'établissement présente sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros par ordonnance du 20 novembre 2020, sont mis à la charge définitive de l'Etat.
Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Nîmes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au centre hospitalier universitaire de Nîmes.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026