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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100306

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100306

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100306
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP VINSONNEAU-PALIES-NOY-GAUER ET ASSOCIES (VPNG)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 janvier 2021 et le 10 février 2022, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes a décidé de mettre fin à compter du 1er février 2021 à sa période de stage et a prononcé son licenciement pour inaptitude physique ;

2°) d'enjoindre au CHU de Nîmes de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de condamner le CHU de Nîmes à lui verser une indemnité financière forfaitaire en réparation des préjudices moral et financier qu'elle estime avoir subis.

Elle soutient que :

- c'est à tort que la durée de son stage a excédé un an ;

- aucun reclassement, ni aucune adaptation de son poste, ne lui a été proposé ;

- au titre du suivi défaillant de sa situation professionnelle par le CHU de Nîmes, elle a subi un préjudice moral depuis 2017 et un préjudice financier compte tenu de l'absence de salaire complet pendant deux ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, le CHU de Nîmes, représenté par l'AARPI MB Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte que des conclusions à fin d'injonction, qu'elle est insuffisamment motivée et méconnaît ainsi les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, et que les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande préalable et de chiffrage de l'indemnisation sollicitée dans la requête ;

- les moyens soulevés par la requérante sont inopérants ou infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 97-487 du 12 mai 1997 ;

- le décret n° 2007-1188 du 3 août 2007 ;

- le décret n° 2016-636 du 19 mai 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aymard,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A et celles de Me Bellotti représentant le CHU de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, aide-soignante, a été recrutée par contrats à durée déterminée par le CHU de Nîmes de 2014 à 2017. A compter du 1er juin 2017, l'intéressée a été placée en stage dans le cadre d'emploi des aides-soignants et des agents des services hospitaliers qualifiés de la fonction publique hospitalière. Par une décision du 6 janvier 2021, le directeur général du CHU de Nîmes a décidé, au vu de l'avis de la commission administrative paritaire en date du 17 décembre 2020, de mettre fin au stage à compter du 1er février 2021 et de licencier Mme A à compter de cette même date. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal d'annuler cette décision du 6 janvier 2021, d'enjoindre au CHU de Nîmes de procéder au réexamen de sa situation, et de condamner cet établissement à l'indemniser des préjudices moral et financier qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, la requérante soutient que c'est à tort que la durée de son stage a excédé un an.

3. De première part, aux termes de l'article 7 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par le statut particulier du corps dans lequel l'agent stagiaire a vocation à être titularisé. / Sous réserve de dispositions contraires des statuts particuliers et du présent décret, la durée normale du stage est fixée à un an. / () ". Aux termes de l'article 8 du décret du 3 août 2007 portant statut particulier du corps des aides-soignants et des agents des services hospitaliers qualifiés de la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable au litige : " Les aides-soignants recrutés dans les conditions fixées au 1° de l'article 6 sont nommés et titularisés au 1er échelon du grade d'aide-soignant, sous réserve des dispositions de l'article 4-9 du décret du 19 mai 2016 précité et, s'ils étaient fonctionnaires avant leur scolarité en qualité d'élèves aides-soignants, de l'article 5 du même décret. / Les aides-soignants recrutés dans les conditions fixées au 2° de l'article 6 sont nommés dans le grade d'aide-soignant dans les conditions prévues au II et III de l'article 5 du même décret. / Les aides-soignants recrutés dans les conditions fixées aux 3° et 4° de l'article 6 sont nommés au 1er échelon du grade d'aide-soignant, le cas échéant sous le bénéfice de la reprise des services accomplis antérieurement dans les conditions fixées à l'article 8-1. / Ils sont titularisés conformément aux dispositions de l'article 4-9 du décret du 19 mai 2016 précité. ". Aux termes de l'article 4-9 du décret du 19 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires recrutés après avis de la commission de sélection compétente dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C1 et les fonctionnaires recrutés au titre du concours externe dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C2 sont nommés stagiaires et accomplissent un stage d'une durée d'un an. / A l'issue de ce stage, les stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés. Les autres stagiaires peuvent, après avis de la commission administrative paritaire, être autorisés à effectuer un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. Si le stage complémentaire a été jugé satisfaisant, les intéressés sont titularisés. / Lorsque des fonctionnaires ne sont pas titularisés à l'issue du stage initial ou à l'issue du stage complémentaire, ils sont soit licenciés s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine, selon les dispositions qui leur sont applicables. / La durée du stage est prise en compte pour l'avancement dans la limite d'une année et est comptabilisée, ainsi que la période de formation dispensée le cas échéant pendant le stage, comme service effectif dans le corps. Lorsqu'un statut particulier d'un corps de catégorie C prévoit à la fois une période de scolarité en qualité d'élève, puis une période de stage, seule cette dernière période vaut service effectif. ".

4. De deuxième part, aux termes de l'article 22 du décret susvisé du 12 mai 1997, dans sa version applicable au litige : " La durée du stage à accomplir par l'agent stagiaire qui bénéficie d'un temps partiel sur autorisation ou d'un temps partiel de droit pour raisons familiales est augmentée pour tenir compte à due proportion du rapport existant entre la durée hebdomadaire du service effectué et la durée des obligations hebdomadaires du service fixées pour les agents travaillant à temps plein. ".

5. De troisième part, aux termes de l'article 37 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " La titularisation des agents nommés dans les conditions prévues à l'article 29, aux a et c de l'article 32 et à l'article 35 est prononcée à l'issue d'un stage dont la durée est fixée par les statuts particuliers. / Les congés de maladie, de maternité et d'adoption ne sont pas pris en compte dans les périodes de stage. / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a été placée en stage à compter du 1er juin 2017, a été autorisée à compter du 1er août 2017 à exercer ses fonctions à 80% de la durée hebdomadaire légale de travail. Par ailleurs, Mme A ne conteste pas avoir été placée, au titre de la période postérieure au 1er juin 2017, en arrêt maladie du 23 au 26 novembre 2017, du 20 au 31 décembre 2017, du 1er au 2 janvier 2018, du 13 au 27 juin 2018, du 28 juin au 27 juillet 2018, du 28 juillet 2018 au 14 août 2018, puis de manière continue à compter du 5 septembre 2018. Eu égard, d'une part, au temps partiel exercé à hauteur de 80% par Mme A à compter du 1er août 2017 et, d'autre part, à ses différents congés maladie, la durée de stage d'un an que devait accomplir l'intéressée n'avait pas expiré lorsque la décision attaquée a été prise dès lors que, en application des dispositions précitées de l'article 22 du décret du 12 mai 1997, la durée du stage est proportionnellement augmentée en cas de temps partiel et que, en application des dispositions précitées de l'article 37 du décret du 9 janvier 1986, les congés de maladie ne sont pas pris en compte dans les périodes de stage. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la durée de son stage aurait excédé la durée d'un an.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 31 du décret du 12 mai 1997 susvisé, dans sa version applicable au litige : " Sauf lorsqu'il se trouve placé dans l'une des positions de congé prévues aux articles 26 à 29 du présent décret, l'agent stagiaire a droit au congé de maladie, au congé de longue maladie et au congé de longue durée mentionnés aux 2°, 3° et 4° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, dans les conditions fixées par les dispositions législatives et réglementaires applicables aux agents titulaires de la fonction publique hospitalière, sous réserve des dispositions suivantes : () 2° Lorsque, à l'expiration des droits à congé avec traitement ou d'une période de congé sans traitement accordés pour raison de santé, l'agent stagiaire est reconnu par la commission de réforme inapte à reprendre ses fonctions de façon définitive et absolue, il est licencié ou, s'il a la qualité de fonctionnaire titulaire dans un autre corps, cadre d'emplois ou emploi, il est mis fin à son détachement () ".

8. Si, en vertu d'un principe général du droit dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés que les règles statutaires applicables aux fonctionnaires, en cas d'inaptitude physique définitive, médicalement constatée, à occuper un emploi, il appartient à l'employeur de reclasser l'intéressé dans un autre emploi et, en cas d'impossibilité, de prononcer son licenciement dans les conditions qui lui sont applicables, ni ce principe général, ni les dispositions de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière, ne confèrent aux fonctionnaires stagiaires, qui se trouvent dans une situation probatoire et provisoire, un droit à être reclassés dans l'attente d'une titularisation pour toute inaptitude physique définitive.

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des avis rendus par le comité médical départemental et par la commission de réforme en date respectivement des 6 août et 20 octobre 2020, que Mme A a été regardée comme inapte de façon définitive et absolue aux fonctions d'aide-soignante. Dans ces conditions, il résulte de ce qu'il a été dit au point 8 que Mme A ne bénéficiait pas d'un droit à être reclassée, de sorte que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le CHU de Nîmes aurait dû procéder à son reclassement.

10. En troisième et dernier lieu, si la requérante soutient que le CHU de Nîmes aurait dû aménager son poste de travail, la requérante ne précise pas le fondement juridique au titre duquel une telle obligation aurait dû incomber au centre hospitalier. En tout état de cause, dès lors que Mme A était regardée comme inapte de façon définitive et absolue aux fonctions d'aide-soignante, l'aménagement du poste de travail de l'intéressée était impossible.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, en application des dispositions précitées au point 7 de l'article 31 du décret du 12 mai 1997, le CHU de Nîmes a valablement pu mettre fin au stage de Mme A à compter du 1er février 2021 et licencier l'intéressée à compter de cette même date. Ainsi, sans qu'il soit besoin d'examiner les deux premières fins de non-recevoir opposées en défense, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 janvier 2021 qu'elle conteste.

12. Par voie de conséquence, les conclusions de la requérante tendant à ce qu'il soit enjoint au CHU de Nîmes de procéder au réexamen de sa situation doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

13. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

14. La requérante ne justifie pas avoir présenté au CHU de Nîmes une demande préalable relative à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par suite, en l'absence de liaison du contentieux, ces conclusions sont irrecevables en application des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par le CHU de Nîmes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CHU de Nîmes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bourjade, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

F. AYMARD

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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