jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2100700 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BREUILLOT - VARO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er mars 2021 et 11 avril 2022, M. A B, représenté par la SELARL Breuillot et Avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des conséquences dommageables du recours abusif à des contrats à durée déterminée, du non-renouvellement de son contrat de travail et de l'absence de protection de son employeur ;
2°) de mettre à la charge de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le recours successif à vingt-sept contrats à durée déterminée pour la période du 4 septembre 2012 au 31 décembre 2018 est abusif et méconnaît l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 dès lors qu'il a occupé, durant toute cette période, un emploi répondant à un besoin permanent ;
- la décision de refus de renouvellement de son contrat de travail revêt le caractère d'une discrimination à raison de son état de santé ;
- la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a commis une troisième faute de nature à engager sa responsabilité en raison d'un manquement à son obligation de sécurité à son égard ;
- les fautes de la commune lui ont occasionné un manque à gagner dont il est fondé à demander la réparation à hauteur de 40 000 euros ainsi qu'un préjudice moral dont la réparation sera fixée à 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucune faute ne lui est imputable et que le requérant n'a subi aucun préjudice.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Chevillard,
-et les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté, par des contrats emploi solidarité puis par des contrats d'engagement dans l'emploi, par le lycée Jean-Henri Fabre à Carpentras, du 1er mars 2010 au 14 juillet 2012. M. B a ensuite été recruté par la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, au sein du lycée l'Argenson à Orange, en qualité d'adjoint technique sur le fondement de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 en vue du remplacement d'un agent titulaire indisponible, par un premier contrat valable du 4 au 23 septembre 2012. Cet engagement a ensuite été renouvelé par plusieurs contrats successifs et, en dernier lieu, par un engagement couvrant la période du 1er septembre au 31 décembre 2018 sur le fondement de l'article 3 alinéa 2 de la loi du 26 janvier 1984, en vue d'assurer une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. En l'absence de renouvellement de son contrat, M. B a saisi l'autorité territoriale le 2 novembre 2020 d'une demande tendant à l'obtention d'une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son éviction irrégulière et du recours abusif, par son employeur, à des contrats à durée déterminée. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la région Provence-Alpes-Côte d'Azur sur cette demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à lui verser une somme totale de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de fautes qu'il impute à cette collectivité.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne le recours abusif aux contrats à durée déterminée :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs. Aux termes de l'article 3-1 de cette loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé de maternité ou pour adoption, d'un congé parental ou d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale ou de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelle, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent. ".
3. Les dispositions précitées subordonnent la conclusion et le renouvellement de contrats à durée déterminée à la nécessité de remplacer des fonctionnaires temporairement ou partiellement indisponibles, ou bien à celle de faire face à un accroissement temporaire d'activité. Elles ne font pas obstacle à ce qu'en cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Dans cette hypothèse, il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
4. Il résulte de l'instruction que M. B a exercé des fonctions d'adjoint technique au sein du lycée l'Argenson à Orange du 4 septembre 2012 au 31 décembre 2018. Il n'est par ailleurs pas contesté que son engagement initial pour une durée de 19 jours a donné lieu à vingt-sept reconductions, afin prétendument de remplacer du personnel titulaire momentanément indisponible ou de faire face à un accroissement d'activité saisonnier. Par ailleurs, les contrats de recrutement produits dans leur intégralité par le requérant sur la période en cause, les fiches de poste et les ordres de mission pour les années 2012 à 2016, ainsi que les comptes rendus d'entretiens professionnels pour les années suivantes et quatre attestations démontrent, sans que la collectivité défenderesse ne prouve le contraire, que le lien contractuel entre cet agent et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, son employeur, a été maintenu, de façon continue pour une durée de 6 années et près de quatre mois, dans des fonctions de maintenance des espaces verts et des bâtiments du lycée l'Argenson à Orange. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la région Provence-Alpes-Côte d'Azur l'a employé dans le cadre de missions répondant à un besoin permanent et a recouru de manière abusive à une succession de contrats de travail à durée déterminée. Ainsi, M. B est fondé à rechercher la responsabilité de son ancien employeur à raison de son maintien dans une situation de précarité et de l'usage abusif de nombreux contrats à durée déterminée.
En ce qui concerne les autres fautes imputées à la collectivité :
5. En premier lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses, si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service.
6. M. B soutient que la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a commis une faute en refusant de renouveler son contrat pour un motif étranger à l'intérêt du service et lié à son état de santé, caractérisant une discrimination à son égard. Il soutient également que l'absence de respect, par son employeur, du délai de prévenance d'un mois prévu par l'article 38-1 du décret n°88-145 du 15 février 1988, laissait présumer son intention de renouveler son contrat de travail dès lors que son poste n'était pas supprimé. Il soutient en outre que son poste a été confié à un autre agent contractuel et non handicapé. Il résulte de l'instruction que M. B a été placé en congé de maladie suivant un accident de service survenu le 19 octobre 2018 et que son arrêt de travail a été prolongé jusqu'en février 2019, postérieurement au terme de son dernier contrat de travail. Si aucun des éléments soutenus par le requérant n'est contesté en défense, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui se borne à faire valoir que les problèmes de santé de l'agent ne pouvait permettre de le positionner sur ses anciennes fonctions sans méconnaitre les restrictions émises par la médecine du travail, ne produit qu'une fiche d'aptitude médicale du 14 février 2020, suivant une visite médicale du 15 octobre 2019, soit près d'un an après la date de la fin du dernier contrat de M. B et de la décision de ne pas le renouveler. Dans ces conditions, cette dernière décision ne repose pas sur un motif tiré de l'intérêt du service et M. B est fondé à soutenir que cette illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
7. En second lieu, si M. B soutient qu'il n'a bénéficié ni d'une surveillance particulière de la part de la médecine du travail, alors qu'il était reconnu travailleur handicapé, en méconnaissance de l'article 21 du décret n°85-603 du 10 juin 1985 ni d'une formation à la sécurité adaptée à cette qualité, il ne le démontre pas.
Sur les préjudices et la réparation :
8. En premier lieu, le préjudice financier subi par M. B doit être évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
9. Aux termes du premier alinéa de l'article 45 du décret du 15 février 1988, applicable en l'espèce, pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 précitée : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. ". En vertu des dispositions de l'article 46 de ce même décret, l'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article 45 de ce même décret pour chacune des douze premières années de services, au tiers de la même rémunération pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois la rémunération de base.
10. Il résulte de l'instruction que la rémunération de base devant être prise en compte pour le calcul de l'indemnité qui lui est due, nette des cotisations de la sécurité sociale et sans y inclure les indemnités accessoires, s'élève en l'espèce à la somme de 1 271,49 euros. Eu égard au nombre d'années durant lesquelles M. B a exercé ses fonctions d'assistant technique territorial au sein du lycée l'Argenson à Orange, le préjudice résultant pour le requérant de la perte de cet avantage financier doit ainsi être évalué à la somme de 3 814,50 euros.
11. En deuxième lieu, lorsqu'un agent public sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision de ne pas renouveler son contrat ou de le modifier substantiellement sans son accord, il appartient au juge de plein contentieux, forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, de lui accorder une indemnité versée pour solde de tout compte, qui a pour objet de réparer le préjudice financier de l'intéressé, et déterminée en tenant compte notamment de la nature et de la gravité de l'illégalité, de l'ancienneté de l'intéressé, de sa rémunération antérieure, et des troubles dans ses conditions d'existence.
12. Il résulte de l'instruction que M. B, qui avait quarante-huit ans au terme de son contrat conclu avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, a exercé ses fonctions pendant une durée de 6 et 4 mois au lycée l'Argenson à Orange et percevait un revenu net mensuel de 1 271,49 euros ainsi qu'il a été dit. Compte tenu du montant de ce salaire, l'intéressé peut prétendre à une indemnité de 7 626 euros correspondant à un mois de salaire pour chacune des six années d'ancienneté dont il justifiait à cette date, portée à un montant forfaitaire de 10 000 euros valant solde de tout compte et incluant son préjudice moral compte tenu de son âge, de son handicap et du peu de perspective de retrouver un emploi, comme en atteste le courrier de refus de candidature du 10 juillet 2020 qu'il produit.
13. Il résulte de ce qui précède que la région Provence-Alpes-Côte d'Azur doit être condamnée à verser à M. B la somme de 13 814 euros.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur la somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La région Provence-Alpes-Côte d'Azur est condamnée à verser à M. B la somme de 13 814 euros.
Article 2 : La région Provence-Alpes-Côte d'Azur versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Chevillard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
Le rapporteur,
F. CHEVILLARD
La présidente,
C. BOYER
La greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026