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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100706

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100706

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100706
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBRET BREMENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er mars et 16 novembre 2021, société par actions simplifiée unipersonnelle Laboratoire Pasquier, représentée par Me Ripert, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou la réduction des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties qui lui ont été assignées au titre des années 2017 et 2018, ainsi que la décharge ou la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties qui lui ont été assignées au titre de l'année 2019, dans les rôles de la commune de Domazan ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en refusant de lui accorder une prolongation de délai pour présenter ses observations sur les rectifications opérées en matière de cotisation foncière de entreprises, liées aux cotisations en litige, le service a méconnu le principe général de la défense et son obligation de loyauté ;

- le courrier qui lui a été adressé le 10 octobre 2018, pour l'inviter à présenter des observations, était insuffisamment motivé au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration ;

- dix-sept biens, regardés par le service comme des accessoires immobiliers taxables, doivent être exclus des bases d'imposition ;

- les cuves de la station d'épuration ont en partie été détruites en 2009 et la base d'imposition doit être réduite en conséquence ;

- le surplus de cet équipement doit être exclu de la base imposable en application du 11° de l'article 1382 du code général des impôts ;

- elle se prévaut de la doctrine administrative référencée BOI-IF-TFB-10-10-20 n° 40 selon laquelle les cuves et bassins servant à l'épuration de l'eau échappent à la taxe foncière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, le directeur de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut à l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la cotisation établie au titre de l'année 2017 à raison d'une station d'épuration, au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- il a été prononce par une décision du 15 septembre 2021 un dégrèvement des cotisations en litige à concurrence du montant total, en droits, de 26 780 euros ;

- la demande dirigée contre l'imposition établie au titre de l'année 2017 à raison d'une station d'épuration est irrecevable, faute pour la requérante d'avoir produit l'avis d'imposition correspondant ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dos Santos, pour la SASU Laboratoire Pasquier.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU Laboratoire Pasquier, qui exerce une activité de façonnage de produits de phytothérapie et compléments alimentaires, a été assujettie à des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2017 et 2018. Elle demande au tribunal d'en prononcer la décharge ou la réduction. Elle demande également la décharge ou la réduction des cotisations de la même taxe qui lui ont été assignées au titre de l'année 2019.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 15 septembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le service a prononcé le dégrèvement des cotisations en litige pour le montant total, en droits, de 26 780 euros. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur la recevabilité :

3. Aux termes de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales la réclamation à l'administration des impôts, qui est le préalable obligatoire de la saisine du juge administratif, doit à peine d'irrecevabilité : " d) être accompagnée soit de l'avis d'imposition, d'une copie de cet avis ou d'un extrait du rôle, soit de l'avis de mise en recouvrement ou d'une copie de cet avis () ". La SASU Laboratoire Pasquier demande au tribunal, notamment, de lui accorder la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties qui lui a été assignée au titre de l'année 2017 à raison d'une station d'épuration, qui est imposée séparément des autres biens en litige. Toutefois, la société ne conteste pas que l'avis correspondant n'était pas joint à sa réclamation. Elle ne produit pas davantage cet avis devant le tribunal, et l'administration a soulevé celle irrecevabilité dans un mémoire qui a été communiqué à l'intéressée. Il en résulte que les conclusions dirigées contre la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties, établie au titre de l'année 2017 à raison d'une station d'épuration, doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

4. Lorsqu'une imposition est, telle la cotisation foncière des entreprises, assise sur la base d'éléments qui doivent être déclarés par le redevable, l'administration ne peut établir, à la charge de celui-ci, des droits excédant le montant de ceux qui résulteraient des éléments qu'il a déclarés qu'après l'avoir, conformément au principe général des droits de la défense, mis à même de présenter ses observations.

5. Il résulte de l'instruction que le service a informé la société requérante, par une lettre du 10 octobre 2018, qu'il envisageait un rehaussement des bases d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties. Cette lettre indiquait les années d'imposition concernées, la méthode retenue, qui était celle applicable aux établissements industriels, ainsi qu'en annexe le détail des bases correspondantes, en invitant la société à présenter ses observations dans le délai de 30 jours, ce qu'elle n'a pas fait. Ainsi, la société a été ainsi mise en mesure de présenter ses observations. Elle ne peut utilement se prévaloir, pour contester les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties établies au titre des années 2017 et 2019, de ce que par ailleurs, des impositions à la cotisation foncière des entreprises auraient été irrégulièrement établies. L'administration n'a pas davantage méconnu son obligation de loyauté.

6. En second lieu, contrairement à ce qui est soutenu par la société requérante, aucune des dispositions invoquées des articles L. 211-2 à L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration n'imposait au service de motiver son courrier d'information du 10 octobre 2018, lequel comportait au demeurant, comme il a été dit, l'indication de la méthode retenue et le détail des bases prises en compte, mettant la contribuable à même de présenter utilement ses observations. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ce courrier doit donc être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

Quant à l'application de la loi fiscale :

7. D'une part, l'article 1380 du code général des impôts dispose : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Selon l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication () ". Selon l'article 1382 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés à l'article 1381 1° et 2° ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1495 de ce code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation ". Aux termes du II de l'article 324 B de l'annexe III au même code : " Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation ".

8. Pour apprécier, en application de l'article 1495 du code général des impôts et de l'article 324 B de son annexe III, la consistance des propriétés qui entrent, en vertu de ses articles 1380 et 1381, dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il est tenu compte, non seulement de tous les éléments d'assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. Sont toutefois exonérés de cette taxe, en application du 11° de l'article 1382 du même code, ceux de ces biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel, c'est-à-dire ceux de ces biens qui relèvent d'un établissement qualifié d'industriel au sens de l'article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1381.

- La station d'épuration :

9. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que le montant de 426 142 euros, retenu par le service pour asseoir les impositions litigieuses, tient déjà compte des destructions de cuves, d'un montant de 109 894 euros, dont la société se prévaut.

10. Par ailleurs, en se bornant à faire valoir que le surplus correspond à des immobilisations à exonérer en application du 11° de l'article 1382 du code général des impôts, la société n'assortit pas son moyen des éléments, qu'elle est seule à même de détenir, de nature à établir que ces biens seraient spécifiquement adaptés.

- Les autres biens :

11. En premier lieu, la société fait valoir que l'administration a pris en compte dans l'établissement des bases d'impositions des biens inexistants car détruits. Celle-ci, qui a maintenu ces biens à son bilan, fait valoir que ceux référencés nos 266, 316, 318, 319, 322 et 359, correspondent à des aménagements de vestiaires et des toilettes détruits en 2013 pour être aménagés en bureaux. Toutefois, le constat d'huissier établi postérieurement, le 8 janvier 2020, est insuffisant pour l'établir. Il en va de même des immobilisations n° 283 et n° 286, portant sur une grille et un pivot d'entrée. Par ailleurs, si la société soutient que l'immobilisation n° 374 correspond à des sols en résine détruits à l'occasion de réfections en 2009 et en 2012, le constat d'huissier, faisant seulement état de sols en bon état, et les factures produites, faisant état de travaux sur des sols sans autre précision, ne permettent pas de l'établir.

12. En revanche, l'administration ne conteste pas que les immobilisations n° 290, consistant en une étanchéité de toiture, d'un montant de 5 862,90 euros, et n° 764, consistant en une dalle, d'un montant de 5 418,80 euros, ont été détruites en 2018. Dès lors, en application de l'article 1415 du code général des impôts, en vertu duquel l'imposition est établie pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année d'imposition, ces immobilisations, d'un montant total de 11 281,70 euros, ne pouvaient être légalement prises en compte dans les bases d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2019.

13. En second lieu, en ce qui concerne les biens regardés par le service comme des accessoires immobiliers taxables, compte tenu du dégrèvement prononcé en cours d'instance il reste en litige les immobilisations désignées sous les numéros 259, 266, 283, 286, 290, 316, 318, 319, 322, 374, 575, 579 et 764.

14. La prise en compte de l'immobilisation n° 579 " Magasin 2 " n'est pas contestée dans sa partie consistant en des constructions, pour le montant de 815 046,67 euros, et le service a exclu des bases d'imposition des équipements d'un montant total de 117 102,76 euros. Les factures et l'état des immobilisations, produits par la société requérante, sont insuffisamment précis pour permettre au tribunal de considérer que le surplus ferait corps avec des éléments d'assiette mentionnés par les articles ses articles 1380 et 1381 du code général des impôts, ou qu'il serait spécialement adapté.

15. Si la société fait valoir que l'immobilisation n° 575 correspond au plafond démontable d'une salle blanche, elle est contredite par le constat d'huissier précédemment mentionné, qui se rapporte à des éléments de chauffage ou de ventilation.

16. La société fait valoir que les biens nos 344/348/350 " Panneaux salle blanche ", d'un montant de 83'845,53 euros, 21 " Magasin stockage ", d'un montant de 290'684,95 euros, 368/371 " Installations salle blanche ", d'un montant de 127'889,00 euros, 332 " Ventilation ", d'un montant de 10'003,00 euros, 576/577 " CAMFIL travaux salle blanche ", d'un montant de 7'162,11 euros, 587/588 " Néons enseigne ", d'un montant de 11'583,00 euros, et 733/735/747/751 " COCEFROID ", d'un montant de 47'130,00 euros, soit au total 578'297,59 euros, doivent être exclus des bases d'imposition au titre de l'année 2019 en application des principes rappelés aux points 7 et 8. L'administration a admis que ces biens satisfont aux conditions ainsi posées au titre des années immédiatement antérieures. Elle ne conteste pas sérieusement qu'ils satisfont aux mêmes conditions au titre de l'année 2019, ce qui n'est infirmé par aucune des pièces du dossier. Il y a donc lieu de faire droit sur ce point à la demande de la société Laboratoire Pasquier.

Quant à l'interprétation administrative de la loi fiscale :

17. La société requérante se prévaut de la doctrine fiscale BOI-IF-TFB-10-10-20 paragraphe 40 selon laquelle : " () Les installations appartenant à des entreprises privées sont passibles de la taxe. Cependant, sont exclus du champ d'application de la taxe foncière les installations assimilées à des outillages (CGI, art. 1382,11°). Il convient, dans ces conditions, de ne pas soumettre à la taxe les cuves et bassins servant à l'épuration de l'eau. La même solution est applicable à l'égard des entreprises industrielles qui traitent elles-mêmes leurs effluents. ".

18. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, en l'absence de toute précision apportée par la société requérante, que le surplus des immobilisations mentionné au point 10 correspondrait à des cuves et bassins servant à l'épuration de l'eau.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la SASU Laboratoire Pasquier est seulement fondée à demander la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties qui lui a été assignée au titre de l'année 2019, conformément aux motifs retenus aux points 12 et 16 du présent jugement, pour le montant total de 589'579,29 euros.

Sur les frais liés au litige :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à la société Pasquier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence du dégrèvement, d'un montant total de 26 780 euros en droits, prononcé le 15 septembre 2021.

Article 2 : La base d'imposition de la SASU Laboratoire Pasquier à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2019 est réduite à concurrence de l'exclusion des immobilisations mentionnées aux points 12 et 16 du présent jugement, pour le montant total de 589'579,29 euros.

Article 3 : La SASU Laboratoire Pasquier est déchargée de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2019 à concurrence de la différence entre la cotisation qui lui a été assignée et celle qui résulte de l'article 2.

Article 4 : L'Etat versera à la SASU Pasquier une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de la SASU Pasquier est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Laboratoire Pasquier et au directeur de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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