jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2101607 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 mai 2021 et le 4 novembre 2021, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 26 mars 2021 par laquelle Pôle emploi a rejeté partiellement sa demande d'effacement de sa dette de 5 329,64 euros, contractée au titre de l'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er janvier 2020 au 30 novembre 2020, laissant à sa charge la somme de 2 690,40 euros.
Il soutient que :
- il n'a pas exercé d'activité salariée au cours de la période litigieuse ;
- il était gérant d'une société de laquelle il n'a tiré aucun revenu et qui a été liquidée depuis ;
- Pôle emploi était informé de sa situation et n'a pas sollicité de documents la confirmant ;
- il n'a commis aucune erreur et remplissait les conditions d'attribution de l'allocation de solidarité spécifique.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 20 octobre 2021, Pôle emploi conclut au rejet de la requête et à ce que M. C soit condamné à lui verser la somme de 2 324,73 euros correspondant au solde de sa dette d'allocation de solidarité spécifique.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. C sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. B a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. C doit être regardé comme contestant la décision du 26 mars 2021 par laquelle Pôle emploi a rejeté partiellement sa demande d'effacement de sa dette de 5 329,64 euros, contractée au titre de l'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er janvier 2020 au 30 novembre 2020, en ne lui accordant qu'une remise à hauteur de 2 639,24 euros, laissant à sa charge la somme de 2 690,40 euros.
Sur la demande de remise gracieuse :
2. Sur le fondement de l'article L. 5426-8-3 du code du travail, Pôle emploi est autorisé " à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées () pour le compte de l'État () ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
4. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige résulte de la prise en compte tardive par Pôle emploi de l'activité salariée exercée par M. C qui lui interdisait de percevoir l'allocation de solidarité spécifique au-delà du 30 octobre 2019. Il ressort des termes mêmes d'un courrier explicatif transmis par Pôle emploi à l'intéressé que celui-ci a spontanément informé à quatre reprises les services de Pôle emploi au cours du mois de décembre 2019 de ce que sa situation ne lui permettait plus de bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme étant de bonne foi.
5. Il résulte de l'instruction que la situation financière de M. C a été prise en compte par la décision attaquée, laquelle a accordé une remise partielle de la dette à hauteur de 2 639,24 euros. Par ailleurs, M. C n'établit ni même n'allègue que, compte tenu de l'échelonnement possible des échéances de son remboursement et du montant de ses ressources, Pôle emploi aurait apprécié de façon erronée sa situation financière en lui accordant une remise de dette de près de 50 %.
6. Si M. C fait valoir que l'indu d'allocation de solidarité spécifique en cause n'est pas fondé, un tel moyen, qui peut être utilement soulevé à l'encontre d'une décision de récupération d'indu, ne peut l'être à l'encontre d'une décision de rejet total ou partiel d'une demande de remise gracieuse.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 26 mars 2021 par laquelle Pôle emploi n'a que partiellement fait droit à sa demande de remise gracieuse.
Sur les conclusions reconventionnelles :
8. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par l'institution prévue à l'article L. 5312-1, pour son propre compte, pour le compte de l'Etat, du fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24 ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de l'institution prévue à l'article L. 5312-1 ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".
9. Pôle Emploi tient de l'article L. 5426-8-2 du code du travail le pouvoir d'assurer l'exécution forcée du recouvrement de ses créances par l'émission d'une contrainte pouvant donner lieu à recouvrement forcé. Par suite, Pôle Emploi n'est pas recevable à demander au juge de condamner un allocataire à lui verser une somme au titre de sa créance, une telle condamnation n'étant susceptible d'emporter aucun effet juridique qu'il n'a les moyens de produire lui-même. Il suit de là que les conclusions de Pôle emploi tendant à ce que M. C soit condamné à lui verser la somme de 2 324,73 euros correspondant au solde de sa dette d'allocation de solidarité spécifique sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par Pôle emploi sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à Pôle emploi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
Le magistrat désigné,
C. BLa greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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