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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102132

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102132

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102132
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP ALLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2021, M. et Mme B et A Bichard, représentés par la SELARL d'avocats Ellaw, demandent au tribunal :

- de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2016,

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure est entachée d'irrégularité dès lors que, à l'occasion de la vérification de comptabilité de la SCP Alle et Associés Avocats, le service a également procédé à des investigations concernant l'activité de loueur de clientèle de M. B Bichard ; ces faits caractérisent le début d'une vérification de comptabilité, non précédée d'un avis de vérification de comptabilité ;

- il en va de même en ce qui concerne la comptabilité de Mme A Bichard, au titre de son activité libérale d'avocat exercée à la même adresse ;

- la déduction des frais liés à l'activité de loueur de clientèle à la SCP Alle et Associés Avocats ne fait pas double emploi avec celle opérée au sein de la SCP pour son activité d'avocat ; en effet, il réalise deux types de déplacements à raison de ces deux activités distinctes ; l'administration ne fait pas preuve de réalisme économique en refusant des dépenses de déplacement dans le cadre de son activité de loueur de clientèle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Philippe Parisien ;

- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Alle pour M. et Mme Bichard.

Considérant ce qui suit :

1. M. B Bichard exerce l'activité libérale d'avocat fiscaliste au 115, chemin du Perdigal à Nîmes (Gard). Il est, par ailleurs, gérant et associé à hauteur de 50% des parts de la société civile professionnelle (SCP) Alle et Associés Avocats et il exerce aussi, simultanément, l'activité individuelle de loueur de clientèle civile à la SCP Alle et Associés Avocats. Son épouse, Mme A Bichard, titulaire d'un contrat de collaboration libérale avec la SCP Alle et Associés Avocats, exerce également l'activité libérale d'avocate. Au cours de l'année 2017, les époux Bichard ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal portant sur les années 2015 et 2016, entrepris consécutivement à la vérification de comptabilité de la SCP Alle et Associés Avocats. A l'issue du contrôle, le service a remis en cause le montant des frais de véhicule déduits sur la déclaration de bénéfices non commerciaux n° 2035 souscrite par M. Bichard au titre de l'année 2016. Les impositions supplémentaires correspondantes ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2018, et M. Bichard les a contestées par une réclamation du 29 décembre 2020. Sa réclamation ayant été rejetée le 3 mai 2021, M. et Mme Bichard demandent la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2016.

Sur la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L 10 du Livre des procédures fiscales (LPF), " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances ". Lorsque l'administration fait usage du droit que lui confèrent les dispositions précitées de contrôler sur pièces les déclarations du contribuable, en lui demandant, le cas échéant, des justifications complémentaires, sans toutefois procéder à un examen critique des documents comptables, cette procédure ne peut être assimilée à une vérification de comptabilité. En revanche, l'administration procède à la vérification de comptabilité d'une entreprise lorsqu'en vue d'assurer l'établissement d'impôts ou de taxes totalement ou partiellement éludés par les intéressés, elle contrôle sur place la sincérité des déclarations fiscales souscrites par cette entreprise en les comparant avec les écritures comptables ou les pièces justificatives dont elle prend alors connaissance et dont, le cas échéant, elle peut remettre en cause l'exactitude. L'exercice régulier du droit de vérification de comptabilité suppose le respect des garanties légales prévues en faveur du contribuable vérifié, au nombre desquelles figure, notamment, l'envoi ou la remise de l'avis de vérification auquel se réfère l'article L. 47 du LPF.

3. Les requérants soutiennent qu'à l'occasion de la vérification de comptabilité de la SCP Alle et Associés Avocats, le service aurait également procédé à des investigations concernant l'activité de loueur de clientèle de M. B Bichard. Ils estiment que ces faits caractérisent le début d'une vérification de comptabilité, non précédée d'un avis de vérification de comptabilité. Toutefois, il résulte de l'instruction que, consécutivement à la vérification de comptabilité de la SCP Alle et Associés Avocats, le service a procédé au contrôle sur pièces des déclarations fiscales souscrites par les associés, dont celles, notamment, de M. Bichard. Lors de ce contrôle, le service a demandé à M. Bichard de justifier les frais de déplacement forfaitaires déduits sur sa déclaration individuelle de bénéfices non commerciaux au motif que la SCP Alle et Associés Avocats avait également comptabilisé de tels frais. Les requérants produisent à cet égard un courriel adressé au service le 24 novembre 2017, accompagné d'un contrat de location de clientèle " pour les 4 avocats ", dont celui concernant Me B Bichard ainsi que des courriels du 27 novembre 2017, accompagnés de pièces de frais portant sur l'année 2014, non visée par le contrôle sur pièces en litige. S'agissant de Me A Bichard, ils produisent un courriel du 27 novembre de 2017, portant sur la communication par la SCP Alle et Associés Avocats de sa déclaration n° 2035 ainsi que des pièces de frais portant sur l'année 2016. Le service précise en outre qu'il n'a procédé à aucune rectification des bénéfices non commerciaux déclarés par Mme Bichard au titre de l'année 2016.

4. Dans ces conditions, alors qu'il ne ressort pas des pièces versées à l'instance que le service aurait consulté des documents de nature comptable provenant de la comptabilité propre de M. Bichard, l'ensemble des opérations conduites par l'administration à l'égard des requérants se rattachaient à la mise en œuvre des pouvoirs de contrôle qu'elle tient des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 10 du LPF. Les rehaussements en litige ne procédaient, en conséquence, pas d'une vérification de comptabilité au sens de l'article L. 47 du LPF. Par conséquent, le moyen doit être écarté

Sur le bien-fondé de l'imposition :

5. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". Aux termes du 1. de l'article 93 du même code : " Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. () ". Pour l'application de ces dispositions et nonobstant celles de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, il incombe toujours au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net résultant de l'exercice de sa profession que du principe même de leur déductibilité. Ainsi, il lui appartient de justifier que les sommes qu'il a déduites ou entend déduire de son bénéfice non commercial ont constitué des dépenses nécessitées par l'exercice de sa profession, et notamment de justifier par tous moyens du nombre de kilomètres parcourus à titre professionnel au cours de l'année d'imposition.

6. Dans la présente affaire, il résulte de l'instruction qu'à l'issue du contrôle, le service a remis en cause le montant des frais de véhicule déduits sur la déclaration de bénéfices non commerciaux n° 2035 souscrite par M. Bichard au titre de l'année 2016 pour son activité de location pour un montant de 14 225 euros. Le vérificateur a relevé que les frais de véhicules, évalués forfaitairement, avaient été déduits de la déclaration individuelle de bénéfices, alors que ces indemnités kilométriques étaient déjà comptabilisées en charge dans la déclaration de bénéfices de la SCP. L'administration fiscale a toutefois admis, dans un " souci de mansuétude " les frais forfaitaires déduits au niveau de la SCP Alle et Associés Avocats, soit 10 022 euros correspondant à un kilométrage de 24 810 km. M. et Mme Bichard, se prévalant des principes de " réalisme économique " et du " parallélisme entre les charges et les produits ", soutiennent qu'on ne peut considérer qu'une activité économique de location de clientèle ne puisse générer aucune charge de déplacement pour celui qui l'exerce. Toutefois, ils ne produisent aucune justification du nombre de kilomètres effectués à des fins professionnelles au titre de l'activité de location. Ce faisant, ils n'apportent aucun élément permettant de justifier de la réalité et du montant des frais kilométriques en litige. Le moyen doit être écarté.

Sur les pénalités :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

8. Pour justifier la pénalité appliquée l'administration a relevé que compte tenu de la profession exercée par M. Bichard, avocat spécialiste en matière fiscale, ce dernier ne pouvait ignorer qu'il avait déduit d'importants frais de déplacement forfaitaires sans pouvoir en justifier. Ces faits étant établis, l'administration démontre ainsi, eu égard à la nature des rehaussements et contrairement à ce que soutient le requérant, le caractère délibéré des manquements relevés.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme Bichard demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme Bichard est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et A Bichard et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bourjade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°210213

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