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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102134

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102134

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102134
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 2 juillet, 29 juillet et 11 octobre 2021, M. A B, représenté par Me De Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retraits de points correspondant aux infractions des 9 avril 2017, 8 juin 2017, 20 juillet 2017 (2 infractions), 21 mars 2018, 5 juillet 2018, 22 février 2019, 13 août 2019, 8 avril 2020, 15 avril 2020, 26 avril 2020, 4 mai 2020, 10 mai 2020, 20 mai 2020, 22 mai 2020 ;

2°) d'annuler, en conséquence, la décision " 48SI " du 17 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points devenu nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer ces points sur son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les retraits de points intervenus à la suite des infractions précitées ne lui ont pas été notifiés ;

- l'ensemble des informations préalables obligatoires prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivré à la suite de ces infractions ;

- l'annulation des retraits de points en litige devra entrainer celle de la décision " 48SI " du 17 mai 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal, à ce qu'il soit prononcé un non-lieu partiel à statuer sur la requête de M. B, à titre subsidiaire, au rejet des autres conclusions de la requête de M. B.

Il fait valoir que :

- les points retirés consécutivement aux infractions constatées les 9 avril 2017, 21 mars 2018, 5 juillet 2018, 22 février 2019 et 13 aout 2019 ont été restitués et les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont dépourvues d'objet ;

- les infractions des 8 avril 2020, 15 avril 2020, 26 avril 2020, 4 mai 2020 et 22 mai 2020 n'ont pas donné lieu à retrait de points et les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont dépourvues d'objet ;

- les conclusions dirigées contre la décision 48 SI en date du 17 mai 2021 invalidant le titre de conduite de M. B et les décisions portant retrait de ces points sont devenus sans objet ;

- les retraits de points afférents aux infractions contestées lui ont été notifiés ; en tout état de cause, l'absence d'une telle notification est sans incidence sur la légalité du retrait de points ;

- le requérant a été destinataire de l'information préalable pour toutes les infractions en litige.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre " 48SI " du 17 mai 2021, le ministre de l'intérieur a informé M. B de l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de restituer son titre de consuite. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que celles portant retrait de points relatives aux infractions commises le 9 avril 2017, 8 juin 2017, 20 juillet 2017 (2 infractions), 21 mars 2018, 5 juillet 2018, 22 février 2019, 13 août 2019, 8 avril 2020, 15 avril 2020, 26 avril 2020, 4 mai 2020, 10 mai 2020 20 mai 2020, 22 mai 2020.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, tirée de la restitution ou de l'absence de retrait de points correspondants aux infractions des 9 avril 2017, 21 mars 2018, 5 juillet 2018, 22 février 2019, 13 août 2019, 8 avril 2020, 15 avril 2020, 26 avril 2020, 4 mai 2020, 20 mai et 22 mai 2020 :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route : " () en cas de commission d'une infraction ayant entrainé le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points (). ".

3. Ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B édité le 1er octobre 2021 et versé aux débats par le ministre de l'intérieur, que les points correspondants aux infractions commises les 9 avril 2017, 21 mars 2018, 5 juillet 2018, 22 février 2019 et 13 août 2019 ont été restitués respectivement les 27 avril 2018, 23 novembre 2018, 30 avril 2019, 3 décembre 2019 et 5 mai 2020, soit antérieurement à l'introduction de la requête.

4. D'autre part, et toujours ainsi que le fait valoir le ministre de l'intérieur dans ses écritures et ainsi qu'il ressort du relevé intégral du permis de conduire de M. B, les infractions commises les 8 avril 2020, 15 avril 2020, 26 avril 2020, 4 mai 2020, 20 mai et 22 mai 2020 n'ont pas donné lieu à un retrait d'un point sur le permis de conduire du requérant.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retraits de points citées aux points 3 et 4 sont irrecevables. Elles doivent dès lors être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction tendant à la restitution de ces points.

Sur l'exception de non-lieu :

6. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B, édité le 1er octobre 2021 et versé au dossier par l'administration, qu'à cette date, son capital de points avait été réduit de 2 points suite à l'infraction du 8 juin 2017, d'un point suite à chacune des deux infractions du 20 juillet 2017 et enfin de deux points suite à l'infraction commise le 10 mai 2020. A ce solde positif de 6 points, le préfet de Vaucluse a ajouté, le 27 août 2021, quatre points au capital de points affecté au permis de conduire de M. B sous le code 98, qui correspond à la réalisation d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Dès lors, à la date du 1er octobre 2021, le requérant disposait sur son permis d'un solde positif de 10 points sur 12. Dans ces conditions, le ministre a implicitement mais nécessairement rapporté la décision du 17 mai 2021 portant invalidation du permis de conduire du requérant. Il s'ensuit que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant invalidation de son permis de conduire sont devenues sans objet. Elles doivent donc être rejetées.

En ce qui concerne le défaut de notification des retraits de points :

7. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. / Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. / Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des premier, deuxième, troisième et cinquième alinéas de l'article L. 223-6. / Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception () ".

8. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur, qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Au surplus, il est loisible à l'intéressé de consulter son relevé d'information intégral et de suivre, s'il l'estimait utile, un stage de sensibilisation à la sécurité routière.

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté pour ce motif.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

10. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant des infractions des 8 juin et 20 juillet 2017 (2 infractions) :

11. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

12. Il résulte du relevé d'information intégral du 1er octobre 2021, que les trois infractions susvisées, relevées par le centre national de traitement automatisé des infractions, ont donné lieu chacune à une amende forfaitaire, qui ont nécessairement été payées puisqu'elles n'ont pas été majorées. Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces infractions. M. B ne démontre pas avoir été destinataire d'avis de contraventions inexacts ou incomplets. Dès lors, l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, dès lors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qu'ils lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets.

S'agissant de l'infraction du 10 mai 2020 :

13. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, produit par l'administration, que l'infraction commise le 10 mai 2020 a été relevée au moyen d'un radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223 3 du code de la route, et en particulier l'information concernant le risque de se voir retirer des points de son permis de conduire, aient été transmises à l'intéressé, faute pour lui d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire correspondant. Toutefois, il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. B, que celui-ci a commis, les 8 juin et 20 juillet 2017, des infractions constatées par un radar automatique, qui ont donné lieu à des amendes forfaitaires acquittées de façon différée. Dès lors, le requérant, qui a nécessairement reçu la carte de paiement et l'avis de contravention lui permettant d'effectuer ces paiements, a déjà été destinataire de l'ensemble des informations requises, y compris celles relatives au traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès, lors de ces infractions antérieurement commises. Par suite, l'omission éventuelle de la délivrance de l'information pour l'infraction commise le 10 mai 2020 n'a pu avoir pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de le priver de la garantie instituée par la loi pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validé de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Ce moyen doit, en conséquence, être écarté.

14. Il résulte tout de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des retraits de points consécutifs aux infractions des 8 juin 2017, 20 juillet 2017 (2 infractions) et 10 mai 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision ministérielle notifiée le 17 mai 2021 portant invalidation de son permis de conduire et à l'injonction de restituer ce dernier.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

La magistrate désignée,

B. CLe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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