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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102298

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102298

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102298
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOULET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2021, complétée par un mémoire enregistré le 3 avril 2023, la SELARL Legis Provence Conseil, représentée par Me Boulet, demande au tribunal :

- de prononcer la décharge partielle des cotisations d'impôt sur les sociétés rehaussées ou acquittées au titre des années 2017, 2018 et 2019, à hauteur, respectivement, de 2 080 euros, 3 354 euros et 2 742 euros,

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a droit à l'imputation immédiate du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi sur l'impôt sur les sociétés acquitté ou rehaussé au titre de chacun des exercices vérifiés, en vertu des articles 244 quater C I et 199 ter C I du code général des impôts ;

- aucun formalisme spécifique n'est imposé par la loi ou la jurisprudence quant au bénéfice du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi et aux demandes de remboursement des crédits d'impôt crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi ;

- elle remplit les autres conditions requises pour bénéficier d'un remboursement immédiat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2021, complété le 25 avril 2023, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève, la demande formulée étant tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Philippe Parisien ;

- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Simorre pour la SELARL Legis Provence Conseil et de Mme A pour la direction départementale des finances publiques du Gard.

Considérant ce qui suit :

1. La SELARL Legis Provence Conseil, dont le redressement judiciaire a été prononcé par le tribunal de grande instance de Nîmes le 3 octobre 2019 a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 14 mai au 22 octobre 2019, portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées au titre de la période allant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, prorogée en matière de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 28 février 2019. Suite à ce contrôle, des rectifications en matière d'IS et de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés et mis en recouvrement. Par une réclamation datée du 12 août 2020, la SELARL Legis Provence Conseil a demandé à bénéficier d'une décharge partielle de l'impôt sur les sociétés acquitté ou rehaussé au titre des exercices 2017, 2018 et 2019, au regard du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi dont elle demandait à bénéficier au titre de ces mêmes périodes, pour des montants respectifs de 2 080 euros, 3 354 euros et 2 742 euros. Sa réclamation n'ayant reçu aucune réponse, la SELARL Legis Provence Conseil demande au tribunal la décharge partielle des cotisations d'impôt sur les sociétés rehaussées ou acquittées au titre des années 2017, 2018 et 2019, à hauteur, respectivement, de 2 080 euros, 3 354 euros et 2 742 euros, correspondant au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi dont elle demande le remboursement pour chacune de ces trois années.

Sur les conclusions aux fins de remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi :

2.Aux termes de l'article 244 quater C du CGI dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 duodecies à 44 sexdecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement () VI. - Un décret fixe les conditions d'application du présent article, notamment les obligations déclaratives incombant aux entreprises et aux organismes chargés du recouvrement des cotisations de sécurité sociale ". Aux termes de l'article 199 ter C du même code : " Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été versées. L'excédent de crédit d'impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée, puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période.". Aux termes de l'article 49 septies Q de l'annexe III au même code : " Pour l'application des dispositions des articles 199 ter C, 220 C et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat qu'elles sont tenues de souscrire en application des articles 53 A et 223 du code précité. ()".

3. Aux termes du deuxième alinéa du 1 de l'article 223 du code général des impôts : " [] la déclaration du bénéfice ou du déficit est faite dans les trois mois de la clôture de l'exercice. Si l'exercice est clos le 31 décembre ou si aucun exercice n'est clos au cours d'une année, la déclaration est à déposer jusqu'à une date fixée par décret et au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai ". Aux termes de l'article 344 I-0 bis de l'annexe III au même code : " La date mentionnée dans le code général des impôts [] au deuxième alinéa du 1 de l'article 223 [] est fixée au deuxième jour ouvré suivant le premier mai ". Enfin, aux termes de l'article 360 bis de la même annexe : " () Le dépôt du relevé de solde est effectué au plus tard le 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l'exercice () ".

4. Aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / [] c) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation. Ne constitue pas un tel événement une décision juridictionnelle ou un avis mentionné aux troisième et cinquième alinéas de l'article L. 190 ". Il résulte de ces dispositions que le délai de réclamation applicable pour régulariser le dépôt d'une déclaration spéciale est fixé au plus tard au 31 décembre de la deuxième année suivant le 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l'exercice. Par suite, la déclaration spéciale relative au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi peut être déposée dans le délai mentionné à l'article R 196-1 du livre des procédures fiscales, et passé ce délai, toute demande de remboursement doit être rejetée faute de déclaration spéciale dans ce même délai.

5. Si les dispositions de l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts prévoient que les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat, les dispositions qui prévoient que le bénéfice d'un avantage fiscal est demandé par voie déclarative n'ont, en principe, pas pour effet d'interdire au contribuable de régulariser sa situation dans le délai de réclamation prévu à l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, sauf si la loi a prévu que l'absence de demande dans le délai de déclaration entraîne la déchéance du droit à cet avantage, ou lorsqu'elle offre au contribuable une option entre différentes modalités d'imposition dont la mise en œuvre impose nécessairement qu'elle soit exercée dans un délai déterminé.

6. En l'espèce, il ne résulte ni des termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, ni de ceux de l'article 49 septies Q de l'annexe III au même code, que la déclaration d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi prévue par ces dispositions doive nécessairement intervenir, à peine de déchéance du droit correspondant, avant l'expiration du délai imparti au contribuable pour souscrire sa déclaration de résultats, de sorte qu'une société peut procéder à la déclaration d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi jusqu'à l'expiration du délai de réclamation prévue par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales. Ce délai devait courir, en application du c de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, à compter de " la réalisation de l'événement qui motive la réclamation ", à savoir, s'agissant du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, la date limite prévue par l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts, laquelle était déterminée en application de l'article 223 du code général des impôts et de l'article 344 I-0 bis de l'annexe III au même code.

7. Les dates limites de dépôt des déclarations spéciales pour les sociétés concernées au titre du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi des années 2017, 2018 et 2019 étaient respectivement fixées au plus tard au 15 mai 2017 au titre de l'exercice clos le 31 janvier 2017, au 15 mai 2018 au titre de l'exercice clos le 31 janvier 2018, au 15 mai 2019 au titre de l'exercice clos le 31 janvier 2019. Ainsi, le délai de réclamation pour régulariser l'absence de déclaration de créance dans le délai imparti, expirait le 31 décembre 2019 pour le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi 2017, le 31 décembre 2020 pour le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi 2018 et le 31 décembre 2021. Or, il résulte de l'examen des pièces versées au dossier que la demande de remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi de la société Legis Provence Conseil a été formée le 12 août 2020, soit dans le délai de réclamation pour le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi concernant les exercices clos en 2018 et 2019. Par suite, c'est à tort que l'administration fiscale a estimé que la société Legis Provence Conseil avait déclaré tardivement le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi dont elle s'estime titulaire au titre des années 2018 et 2019. La SELARL Legis Provence Conseil a par conséquent droit au remboursement du crédit correspondant. En revanche, les conclusions formées par la requérante au titre de l'année 2017 étaient tardives lors du dépôt de sa réclamation et doivent être rejetées.

8. Le service observe également en défense que les exercices clos n'étant pas civils, la société requérante aurait aussi dû fournir les bases de données sociales à retenir. Toutefois, la société verse à l'instance ses déclarations de résultats, ainsi que ses déclarations spéciales de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi et les demandes de remboursement au titre des années en litige. Il n'est par ailleurs pas contesté que les déclarations auprès des organismes collecteurs de cotisations sociales ont bien été effectuées. En se bornant en réplique à opposer l'irrecevabilité de ces pièces en raison de leur production tardive en cours d'instance, l'administration fiscale ne peut être regardée comme contestant sérieusement le quantum du crédit en litige.

Sur les frais liés au litige :

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à la SELARL Legis Provence Conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La SELARL Legis Provence Conseil est déchargée des cotisations d'impôt sur les sociétés assignées au titre des années 2018 et 2019, à hauteur, respectivement, de la somme de 3 354 euros pour l'année 2018 et 2 742 euros pour l'année 2019 correspondant au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à la SELARL Legis Provence Conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SELARL Legis Provence Conseil est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Legis Provence Conseil et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bourjade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2102298

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