mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2102322 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 juillet et le 30 septembre 2021, ainsi que le 21 mai 2024, Mme C E et M. B D, représentés par Me Briant, doivent être regardés comme demandant au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes, solidairement avec son assureur, à leur verser la somme totale de 1 520 217,82euros, sous déduction de la provision de 50 000 euros allouée par le juge des référés, en réparation des préjudices qu'ils ont subis à la suite de la prise en charge de M. D par cet établissement de santé ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Nîmes la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- dans la prise en charge de M. D, le CHU de Nîmes a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité ;
- ces fautes engagent la pleine responsabilité de l'établissement qui doit assurer une réparation intégrale des préjudices ;
- les préjudices subis par M. D, victime directe, s'établissent ainsi : dépenses de santé actuelles 5'165,06 euros ; assistance par tierce personne temporaire 68'456 euros; frais divers 6'603,90 euros ; dépenses de santé futures 11 432,40 euros ; adaptation du logement 8'884,04 euros ; assistance par tierce personne permanente 963 256,32 euros ; déficit fonctionnel temporaire 13'322,50 euros ; souffrances endurées 35'000 euros ; préjudice esthétique temporaire 5'000 euros ; déficit fonctionnel permanent 175'000 euros ; préjudice esthétique permanent 35'000 euros ; préjudice sexuel 35'000 euros ; préjudice d'agrément 35'000 euros ; soit au total 4'905'758,84 euros ;
- les préjudices subis par Mme E, compagne de M. D, s'établissent comme suit : préjudice d'affection 30'000 euros ; troubles de toute nature dans les conditions d'existence 50'000 euros ; préjudice sexuel 35'000 euros ; frais divers 8'097,60 euros ; soit au total 123 097,60 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 juillet 2021, le 14 février 2023 et le 7 juin 2024, la société hospitalière d'assurances mutuelles, représentée par Me Armandet, doit être regardée comme concluant à sa mise hors de cause et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société par actions simplifiée (SAS) Yvelin et de Mme E.
Elle expose qu'elle n'est plus l'assureur du CHU de Nîmes.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 septembre 2022, le 15 février 2023 et le 16 janvier ainsi que le 5 juin 2024, le centre hospitalier universitaire de Nîmes, la SAS Yvelin et la société Beazley Furlongue Limited, représentés par Me Berger, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de mettre hors de cause de la société Yvelin ;
2°) de rejeter la requête de M. D et de Mme E, subsidiairement à ce que la réparation de leurs préjudices soit ramenée à de plus justes proportions.
Ils soutiennent que :
- la SAS Yvelin n'est pas l'assureur du CHU de Nîmes et doit être mise hors de cause ;
- la requête est irrecevable en l'absence de liaison du contentieux ;
- ils n'entendent pas contester les manquements du centre hospitalier dans la prise en charge de M. D ;
- le taux de perte de chance doit être fixé à 20 % comme proposé par les experts mais il y a lieu de pondérer les réparations dans la proportion de 50 % pour tenir compte du lourd état antérieur du patient ;
- les demandes indemnitaires sont surévaluées.
Le pôle inter-caisse de l'assurance maladie de Montpellier, auquel la procédure a été communiquée, n'a pas présenté de demande.
Un mémoire présenté pour M. A D et Mme E a été enregistré le 28 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 2002791 du 22 mars 2021 par laquelle le juge des référés a alloué une provision d'un montant de 50 000 euros à M. D.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- les observations de Mme E ;
- les observations de Me Armandet, représentant la société hospitalière d'assurances mutuelles ;
- et les observations de Me Gaborit, représentant le CHU de Nîmes de Nîmes, la SAS Yvelin et la société Beazley Furlongue Limited.
Une note en délibéré présentée pour M. D et pour Mme E a été enregistrée le 1er juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, alors âgé de 67 ans, a été admis au service des urgences du centre hospitalier d'Alès, le 19 mars 2017 vers 19 heures 30, après un accident de la circulation qui avait nécessité sa désincarcération. Il a ensuite été transféré au CHU de Nîmes, où il a été admis le 20 mars 2017 à 0 heures 51 pour la prise en charge d'un hématome latéro-cervical droit. Il a subi notamment un examen neurologique et un examen ORL, puis a été placé sous surveillance au déchoquage, dans l'attente d'une IRM cérébrale qui a été réalisée à 3 heures 10, et après laquelle le neurologue a estimé qu'il n'y avait pas lieu de mettre en place une thérapeutique ou une surveillance particulière. A 4 heures 30, M. D a été transféré au service ORL et placé sous anticoagulation préventive. Au matin du 21 mars 2017, il a été transféré en réanimation chirurgicale pour une hémiparésie gauche et une détresse respiratoire aigüe, et pris en charge, en urgence, au bloc opératoire pour une évacuation de l'hématome latéro-cervical compressif. Il a été transféré le 21 avril 2017 dans le secteur de rééducation du CHU de Nîmes, puis le 18 novembre 2018 à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) d'Uzès. M. D a présenté ensuite une hémiplégie gauche avec spasticité et une dysarthrie sévère, une limitation du champ visuel à gauche, et une démence frontale associée à un trouble du comportement entraînant une dépendance dans les actes de la vie quotidienne. Il est décédé en cours d'instance, le 4 décembre 2022.
Sur les demandes de mise hors de cause :
2. La société hospitalière d'assurances mutuelles et la société cabinet Yvelin ont été appelées dans la cause en qualité d'assureurs du CHU de Nîmes. Il résulte toutefois de l'instruction que ces sociétés n'ont pas cette qualité. Leurs demandes de mise hors de cause doivent donc être accueillies.
Sur la recevabilité :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Le premier alinéa de l'article R. 421-2 du même code dispose que : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours".
4. Il résulte de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique que les commissions de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) peuvent être saisies par toute personne s'estimant victime d'un dommage imputable à une activité de prévention, de diagnostic ou de soins, dans le cadre de deux procédures distinctes : la procédure d'indemnisation amiable, régie par les dispositions des articles R. 1142-13 à R. 1142-18 du même code et donnant lieu le cas échéant à un examen par la commission siégeant en formation de règlement amiable, et la procédure de conciliation, régie par les dispositions des articles R. 1142-19 à R. 1142-23 de ce code. Le dernier alinéa de l'article L. 1142-7 du même code dispose que " la saisine de la commission suspend les délais de prescription et de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure () " suivie devant cette commission.
5. Il résulte de l'ensemble des dispositions rappelées ci-dessus que la saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI), dans le cadre de la procédure d'indemnisation amiable ou de la procédure de conciliation, par une personne s'estimant victime d'un dommage imputable à un établissement de santé identifié dans cette demande, laquelle doit donner lieu dès sa réception à une information de l'établissement mis en cause, doit être regardée, au sens et pour l'application du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, comme une demande préalable formée devant l'établissement de santé. En l'espèce, la CCI s'est prononcée le 20 mai 2019 sur une demande, présentée le 31 mai 2017 par M. D et par Mme E, et dirigée contre le CHU de Nîmes qui en a été informé. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'absence de demande préalable, doit être écartée.
6. En second lieu, l'affaire était en l'état à la date du décès de M. D. Il y a donc lieu pour le tribunal d'y statuer, alors même qu'aucun ayant droit n'a déclaré reprendre l'instance avant la clôture de l'instruction.
Sur la responsabilité :
7. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ". Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel survenu mais la perte de chance d'éviter ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
8. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise établis le 19 mars 2018 et le 10 mars 2019 à la demande de la CCI, que l'angioscanner cérébral et cervical réalisé sur M. D à son arrivée aux urgences du CHU de Nîmes a révélé, d'une part, un volumineux hématome latéro-cervical droit, effectuant un effet de masse sur la trachée et la veine jugulaire interne droite, et d'autre part, une dissection de l'artère carotide interne droite. L'IRM cérébrale réalisée par la suite a mis en évidence des infarctus cérébraux récents d'allure jonctionnels, compatibles avec une embolisation dans la circulation cérébrale de la dissection artérielle. L'état de santé du patient révélé par ces examens aurait dû faire retenir une indication d'intervention chirurgicale afin d'évacuer l'hématome. En outre, compte tenu de l'avis du neurologue, et puisque l'établissement n'avait pas retenu une indication chirurgicale, le patient aurait dû être transféré dans l'unité neurovasculaire, ou, à défaut de place dans cette unité, dans une unité de surveillance continue ou de réanimation, pour y faire l'objet d'une surveillance adaptée au risque de complications respiratoires qu'il présentait. Pourtant, M. D a été maintenu au service ORL pendant 24 heures. Par ailleurs, la présence d'une double dissection carotidienne et l'hématome latéro-cervical droit contre-indiquaient le recours à une anticoagulation, à laquelle il aurait fallu préférer un traitement antiplaquettaire à base d'aspirine. Rapidement après la mise en place de cette anticoagulation, M. D a développé une majoration de l'hématome latéro-cervical droit, et une majoration de l'effet compressif sur sa trachée, ainsi qu'une détresse respiratoire. En ne retenant pas l'indication d'une évacuation chirurgicale en urgence, puis en s'abstenant de transférer le patient dans une unité mieux à même de surveiller l'évolution de son état de santé, et enfin, en s'abstenant de mettre en place un traitement antiplaquettaire à base d'aspirine, l'établissement a commis des manquements de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, seul le défaut de transfert du patient, dans une unité mieux à même de surveiller l'évolution de son état de santé, est en lien avec les séquelles neurologiques dont il a été la victime.
9. Dans leur rapport du 10 mars 2019, réalisé après la consolidation de l'état du santé du patient, les experts spécialisés en neurologie, en otorhinolaryngologie et en chirurgie vasculaire ont estimé que ce manquement commis par l'établissement de santé a seulement compromis ses chances d'échapper au dommage qui est survenu, dans une proportion évaluée à 20 %. La simple affirmation des requérants, fondée sur l'avis de leur médecin conseil, selon laquelle le défaut d'évacuation immédiate de l'hématome " a participé de manière conséquente " à l'installation du domaine frontal, ne permet pas de considérer qu'en l'absence d'une telle évacuation, le dommage ne serait pas advenu. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir que le défaut de transfert du patient, dans une unité mieux à même de surveiller l'évolution de son état de santé, lui a seulement fait perdre une chance d'échapper au dommage qui s'est réalisé dans une proportion qui doit être fixée à 20 %.
Sur les préjudices :
10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 10 mars 2019, que l'état de santé de M. D a été consolidé à la date du 19 septembre 2018.
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :
S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :
11. Les dépenses de santé actuelles sont justifiées par des factures correspondant à un hébergement provisoire dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, et à des fournitures diverses d'hygiène et de protection, pour un montant total de 5 165,06 euros qui n'est d'ailleurs pas contesté et qui peut être retenu. Ce préjudice s'établit donc à 1'033,01 euros après application du taux de perte de chance.
12. Pour la période qui a couru du retour au domicile jusqu'à la date de consolidation de son état de santé, soit 172 jours, M. D a eu besoin d'une assistance par tierce personne évaluée à 7 et à 17 heures, respectivement au titre de l'aide spécialisée et non spécialisée. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que l'aide qui lui a été apportée 24 heures par jour aurait pris la forme même en partie d'une aide spécialisée. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, au titre de cette période préalable à la consolidation de son état de santé, de tenir compte de l'état antérieur de M. D. Par suite, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. D aurait bénéficié d'une quelconque prise en charge à ce titre, sur le fondement de 172 jours, 24 heures par jour et 14 euros de l'heure pour une aide non spécialisée, le préjudice d'assistance temporaire par tierce personne doit être fixé à 65'233,71 euros, soit 13 046,74 euros après application du taux de perte de chance.
13. Il est justifié de frais de transport, engagés par M. D pour se rendre à l'accedit du 9 octobre 2018, et d'honoraires d'un avocat ainsi que d'un médecin conseil pour des prestations d'assistance à expertise. Ces frais peuvent être retenus. Ne peuvent être retenus, en revanche, les frais de mandataire judiciaire dont le lien avec le fait dommageable n'est pas établi. Le préjudice pour frais divers subi par M. D s'établit donc à 6'408,90 euros.
S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :
Quant aux dépenses de santé futures échues :
14. L'expert a retenu la nécessité de dépenses de santé futures de rééducation fonctionnelle, d'orthophonie, de consultations médicales et de matériel ainsi que de fournitures consommables. Les requérants limitent leur demande de réparation, d'une part, à une chaise de douche d'un coût de 40 euros à renouveler tous les deux ans soit 20 euros par an, et d'autre part, aux fournitures consommables dont le coût est suffisamment établi au montant de 2 671,15 euros par an par la production des factures acquittées en 2019. Toutefois, au titre de ces dernières fournitures consommables, il n'y a lieu de retenir que les montants restés à la charge des requérants, soit 2 457,36 euros selon les pièces produites. Il en résulte que le montant total des dépenses de santé futures s'établit à 2 477,36 euros par an soit 204,78 euros par mois. Dès lors, au titre de la période échue, qui s'est écoulée de la date de consolidation à celle du décès soit 51 mois, le montant des dépenses à retenir est de 10 443,78 euros soit 2 088,76 euros après application du taux de perte de chance.
Quant aux frais d'adaptation du logement :
15. Les frais d'adaptation du logement, retenus par l'expert à raison notamment de la nécessité d'aménager une salle de bains avec une douche à l'italienne équipée d'un siège, sont justifiés par une facture d'un montant de 8 884,04 euros. Ce montant peut être retenu sans qu'il y ait lieu d'exclure la part portant sur le carrelage et les modifications électriques. Par suite, le préjudice pour frais d'adaptation de logement s'établit au montant de 8'884,04 euros, soit 1'776,81 euros après application du taux de perte de chance.
Quant à l'assistance par tierce personne :
16. D'une part, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. Le montant de l'indemnisation de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, alors même que l'assistance nécessaire à la victime est assurée par un membre de la famille pour réparer ce poste de préjudice, ne peut être inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) augmenté des cotisations sociales dues par l'employeur et prend en compte des majorations de rémunération dues les dimanches et jours fériés, ainsi que des congés payés.
17. D'autre part, dans la mesure requise pour éviter une double indemnisation de la victime lorsque la personne publique responsable n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, notamment parce que la faute qui lui est imputable n'a entraîné qu'une perte de chance d'éviter ce dommage, la déduction des prestations dont la victime d'un dommage corporel bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais ne se justifie, le cas échéant, que dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et des prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne.
18. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise, que l'état de santé de M. D nécessitait une assistance permanente dans les actes de la vie quotidienne, à la hauteur de 7 heures par jour d'aide spécialisée, et de 17 heures par jour d'aide non spécialisée. Les requérants font valoir que pour satisfaire ces besoins il a été recouru à une auxiliaire de vie à raison de 7 heures par jour, Mme E ayant personnellement assuré le surplus soit 17 heures par jour. Toutefois, et d'une part, malgré deux mesures d'instruction diligentées en ce sens, il n'est justifié par aucun élément probant du recours à une auxiliaire à raison de 7 heures par jour et ainsi, des prises en charge dont M. D a pu bénéficier à ce titre, comme par exemple l'allocation personnalisée d'autonomie à laquelle il avait en principe droit. Dès lors, le préjudice invoqué à raison de ces prestations ne peut être regardé comme établi. D'autre part, il y a lieu de prendre en compte la circonstance qu'avant la prise en charge litigieuse, M. D était déjà atteint de troubles cognitifs et comportementaux, ce qui a nécessairement concouru à son besoin d'assistance, dans une proportion qui sera justement évaluée au taux de 30 %. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi entre la date de consolidation de l'état de santé et celle du décès, soit 1 538 jours, à raison de 412 jours par an pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, de 17 heures par jour, d'un taux de 70 % et de 15 euros de l'heure pour une aide non spécialisée, au montant total de 88'538,24 euros soit 61 976,76 euros après application du taux de perte de chance.
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
19. M. D a subi un déficit fonctionnel temporaire, retenu par l'expert, qui a été total pour la période du 19 mars 2017 au 1er avril 2018 soit 379 jours, puis partiel au taux de 90 % pour la période du 2 avril au 19 septembre 2018 soit 171 jours. Ce préjudice pour déficit fonctionnel temporaire total et partiel sera justement évalué au montant de 1 400 euros après application du taux de perte de chance.
Quant aux souffrances endurées :
20. Les souffrances endurées, évaluées par l'expert à 5 sur une échelle de 7, seront justement appréciées au montant de 13 500 euros soit 2 700 euros après application du taux de perte de chance.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
21. Le déficit fonctionnel permanent a été évalué à 80 % par l'expert. Cependant, il y a lieu de tenir compte de la circonstance que M. D était déjà affecté, avant l'accident médical fautif, par des troubles cognitifs et du comportement. Le préjudice, en lien avec cet accident et correspondant l'aggravation du déficit fonctionnel permanent, sera justement évalué pour un homme âgé de 69 ans à la date de consolidation, à 60 000 euros soit 12 000 euros après application du taux de perte de chance.
Quant au préjudice esthétique :
22. Le préjudice esthétique temporaire et permanent, évalué par l'expert à 5 sur une échelle de 7, et lié comme il a été dit à un état grabataire, l'utilisation d'un fauteuil roulant et une paralysie faciale gauche, sera justement apprécié au montant de 13'500 euros soit 2'700 euros après application du taux de perte de chance.
Quant aux préjudice sexuel et d'agrément :
23. M. D, qui n'exerçait pas d'activités sportives ou de loisirs particulières avant le fait dommageable, ne justifie pas de la réalité d'un préjudice d'agrément, ni davantage d'un préjudice sexuel, distincts du préjudice pour déficit fonctionnel permanent déjà réparé. Les demandes présentées à ces titres doivent donc être rejetées.
En ce qui concerne les préjudices de la victime indirecte :
24. Mme E se borne à faire valoir des frais kilométriques engagés "du fait de l'accident" sur une distance totale de 20 244 km. Toutefois, et d'une part, les déplacements entre son domicile et le lieu de l'hospitalisation de son compagnon auraient été réalisés même en l'absence de faute de l'établissement. D'autre part, et pour le surplus des déplacements, Mme E n'établit pas la réalité du préjudice qu'elle invoque. Sa demande présentée au titre des frais divers doit donc être rejetée.
25. Le préjudice d'affection subi par Mme E, qui a été la compagne de M. D depuis 2004, sera justement réparé par le montant de 8 000 euros, soit 1 600 euros après application du taux de perte de chance.
26. Le bouleversement dans les conditions d'existence subi par Mme E sera justement apprécié au montant de 10 000 euros, soit 2 000 euros après application du taux de perte de chance.
27. Si Mme E invoque l'existence d'un préjudice sexuel, celui-ci n'est pas établi. Il y a donc lieu de l'écarter.
28. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de Nîmes doit être condamné à payer, solidairement avec son assureur la société Beazley Furlongue Limited, d'une part, à M. D une somme totale de 105'130,98 euros en réparation de ses préjudices, sous déduction de la provision de 50 000 euros qui lui a été versée en exécution de l'ordonnance précédemment mentionnée du juge des référés, et, d'autre part, à Mme E, une somme de 3 600 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les frais liés au litige :
29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Nîmes, solidairement avec son assureur la société Beazley Furlongue Limited, une somme de 750 euros, à verser à M. D et une somme de 750 euros, à verser à Mme E, au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
30. Il n'y pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions que la société hospitalière d'assurances mutuelles présente sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1 er : La société hospitalière d'assurances mutuelles et la SAS Yvelin sont mises hors de cause.
Article 2 : Le CHU de Nîmes est condamné, solidairement avec son assureur la société Beazley Furlongue Limited, à verser à M. D une somme de 105'130,98 euros en réparation de ses préjudices, sous déduction de la provision de 50 000 euros allouée par le juge des référés.
Article 3 : Le CHU de Nîmes est condamné, solidairement avec son assureur la société Beazley Furlongue Limited, à verser à Mme E une somme de 3 600 euros en réparation de ses préjudices.
Article 4 : Le CHU de Nîmes versera, solidairement avec son assureur la société Beazley Furlongue Limited, une somme de 750 euros à M. D et une somme de 750 euros à Mme E, au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme C E, au CHU de Nîmes, à la société hospitalière d'assurances mutuelles, à la société par actions simplifiée Yvelin, et à la société Beazley Furlongue Limited.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ciréfice, président,
M. Baccati, premier conseiller,
M. Parisien, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
C. CIREFICE
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026