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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102345

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102345

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102345
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBELAÏCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2021, M. B A et la SCI Yann, représentés par Me Belaïche, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 7 juin 2021 par lequel la préfète du Gard a prononcé la fermeture administrative du meublé de tourisme situé 131 chemin du centre aéré à Vénéjan et la suspension de toute activité de location du meublé de tourisme situé 457 route de la Gare à Vénéjan, pour une durée de 3 mois,

- de condamner l'Etat à leur payer la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices subis en conséquence de ces mesures,

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué arrêté méconnaît les articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA), car le préfet ne l'a pas fait précéder d'une procédure contradictoire ;

- la décision de fermeture est entachée d'une erreur de droit puisqu'un meublé de tourisme n'est pas un lieu ouvert au public et ne peut dès lors se voir appliquer les dispositions de l'article 41 du décret du 1er juin 2021 relatives aux établissements de tourisme ou encore celles notamment de l'article 40 relatives aux débits de boissons et restaurants ;

- il ne peuvent être tenus pour responsable des agissements des preneurs puisque les meubles de tourisme sont laissés en jouissance aux preneurs, qui assument la responsabilité d'éventuels manquements aux règles sanitaires ;

- la décision du 7 juin 2021 est contraire au principe de légalité des peines qui s'applique à toutes les sanctions administratives ;

- la décision du 7 juin 2021 méconnaîtrait le principe de responsabilité personnelle, provenant également du droit pénal, qui s'applique aux sanctions administratives ;

- en application du principe de rétroactivité " in mitius ", les dispositions actuellement moins restrictives du décret n°2021-699 du 1er juin 2021 auraient dû s'appliquer à la décision attaquée ;

- au regard de la superficie du meublé de tourisme sis 131 chemin du centre aéré, soit 1000 m², les mesures d'hygiène et de distanciation sociale devaient forcément être respectées ; par conséquent, la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de méconnaissance des limites posées par la loi ;

- ils ont droit à la réparation de leur préjudice, la responsabilité de l'Etat pouvant être engagée sans faute pour risque ou pour rupture de l'égalité des citoyens devant les charges publiques.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2021, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le décret du 1er juin 2021 n°2021-699 ;

- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public, tel que modifié ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Philippe Parisien ;

- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Belaïche pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A et la SCI Yann, dont M. A et son épouse sont les deux seuls associés et propriétaires des immeubles en litige, demandent au tribunal l'annulation de l'arrêté de la préfète du Gard n°30-2021-153-001 du 7 juin 2021 portant, d'une part, fermeture administrative du meublé de tourisme sis 131 chemin du centre aéré à Vénéjan, pour une durée de trois mois et d'autre part, suspension pour une durée de trois mois de l'activité de location du meublé de tourisme sis 457 route de la gare à Vénéjan, exploité par M. A.

2. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que la gendarmerie a constaté, le 28 mai 2021 à 22h45, qu'une centaine de personnes, dépourvues de masque de protection, étaient réunies au sein du meublé de tourisme sis 131 chemin du centre aéré, prévu pour 42 personnes, qui était loué pour un mariage. Au regard de la grande densité de population au sein de cette habitation, la capacité maximale étant dépassée de presque 120 %, les règles de distanciation sociale et d'hygiène ne pouvaient être respectées. Les gendarmes ont ainsi relevé que " Une centaine de personnes est réuni au sein de l'habitation. Personne n'est porteur du masque de protection. Nous sommes apostrophés par plusieurs personnes qui nous demandent de ne pas verbaliser les véhicules depuis l'autre côté du mur d'enceinte. La tension est palpable et notre intervention se fait sous le feu des critiques verbales plus acerbes les unes que les autres. ". De plus, le samedi 5 juin 2021 à 22 heures, les gendarmes ont de nouveau constaté que le bien était loué pour l'organisation d'un mariage : 39 véhicules étaient présents à proximité de cette habitation, et une soixantaine de personnes qui ne portaient pas de masque de protection et qui ne respectaient pas les distanciations sociales se trouvaient dans l'habitation et le jardin. A cette occasion, les gendarmes ont également constaté : " A notre arrivée sur les lieux à 22 heures 20 minutes, nous constatons, depuis la voie publique, que la villa est effectivement occupée. Plusieurs dizaines de personnes sont présentes dans l'habitation et dans le jardin, à un nombre que nous estimons à soixante environ. Personne n'est porteur du masque de protection et les distanciations sociales ne sont pas non plus respectées. Une forte musique émane de l'habitation () ". L'arrêté fait également état d'interventions multiples des services de gendarmerie concernant les établissements sis 131 chemin du centre aéré et 457. route de la gare à Vénéjan pour de multiples troubles, en lien avec l'activité et la fréquentation de ces établissements (faits de tapage, nuisances sonores liées à la diffusion de musique amplifiée, stationnements anarchiques, tirs de feux d'artifice, non-respect des mesures sanitaires permettant de faire face à l'épidémie de covid-19 avec rassemblements de plus de 6 personnes sur la voie publique, non-respect de l'obligation du port du masque, non-respect des interdictions de déplacement et non-respect du confinement). M. A, qui avait été informé de ses obligations sanitaires à plusieurs reprises et notamment lors d'une réunion le 24 novembre 2020, a dès lors fait l'objet de l'arrêté cité au point 1 du présent jugement.

Sur le respect de la procédure contradictoire

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ".

4. Sur le fondement de l'article L. 3131-12 et L. 3131-13 du code de la santé publique, le décret n°2020-1257 du 14 octobre 2020 a déclaré l'état d'urgence sanitaire à compter du 17 octobre 2020 sur le territoire de la République. Aux termes de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 modifié prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire : " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre. Lorsque les circonstances locales l'exigent, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions, ou y réglementer l'accueil du public. Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret ".

5. En prévoyant que l'arrêté ordonnant la fermeture d'un établissement sur le fondement du décret du 29 octobre 2020 est pris après mise en demeure restée sans suite, ces dispositions ont entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative auxquelles est soumise l'intervention d'une telle décision. Par conséquent, la préfète du Gard pouvait légalement prendre la décision en litige en se dispensant de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure en l'absence d'engagement d'une procédure contradictoire.

Sur les lieux accueillant du public :

6. Aux termes de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 n° 2020-1310, dont les termes ont été repris de façon identique dans le décret du 1er juin 2021 n°2021-699 : " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre. Lorsque les circonstances locales l'exigent, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions, ou y réglementer l'accueil du public. Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret. ".

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement, que les meublés de tourisme en litige accueillaient fréquemment plusieurs dizaines de personnes pour des mariages ou autres réceptions. Ils doivent ainsi être regardés, compte tenu de leur capacité d'accueil et du public qu'ils y recevaient, comme des lieux de réunions. En tant qu'exploitant, M. A n'était pas dispensé à ce titre de faire respecter, lors des locations de ses biens, les mesures d'hygiène relatives au port du masque et au maintien de la distanciation sociale, de même que la SCI Yann, dont il est le principal associé. Dans ces conditions, la préfète du Gard était fondée à ordonner leur fermeture provisoire faute pour eux d'avoir mis en œuvre les obligations sanitaires qui leur étaient applicables. Le moyen tiré de ce que ces meublés n'appartiendraient pas à la catégorie des établissements recevant du public et par suite seraient dispensés desdites obligations doit par conséquent être écarté.

Sur le principe de légalité des peines

8. Aux termes de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, à laquelle renvoie le préambule de la Constitution : " La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée " ;

9. Lorsqu'elle est ordonnée, conformément aux dispositions du code de la santé publique, en cas d'inobservation des règles sanitaires auxquelles doivent satisfaire les ERP, la fermeture administrative d'un établissement a pour objet de faire cesser les atteintes à la santé des utilisateurs ainsi qu'à l'hygiène et à la salubrité publique liées au fonctionnement de l'établissement, indépendamment de toute recherche de responsabilité du propriétaire qui en a la charge. Une telle mesure doit être regardée en conséquence, non comme une sanction présentant le caractère d'une punition, mais comme une mesure de police. La décision attaquée est justifiée par l'exercice de son pouvoir de police sanitaire par la préfète du Gard afin d'assurer la salubrité publique sur le fondement des obligations mises à la charge des requérants par le code de la santé publique et les textes pris pour son application. Par conséquent, le moyen tiré d'une violation du principe de légalité des peines doit être écarté.

Sur le principe de responsabilité personnelle et de personnalité des peines :

10. M. A soutient que la décision du 7 juin 2021 méconnaîtrait le principe de responsabilité personnelle. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'arrêté pris le 7 juin 2021 constitue une mesure de police administrative et non une sanction pénale. Par conséquent, le moyen tiré de l'application des principes régissant le droit pénal, au cas d'espèce, le principe de responsabilité personnelle, doit être écarté comme inopérant.

11. En tout état de cause, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A a lui-même, pour la promotion de ses biens donnés en location, mis en avant à tort le fait que les restrictions sanitaires ne s'appliqueraient pas à son établissement, il ne peut sérieusement soutenir que le non-respect des règles de distanciation sociale et d'hygiène par ses locataires ne pouvait lui être imputable, s'agissant d'un établissement recevant du public dont il était responsable de l'exploitation. Le moyen doit être écarté dans ses différentes branches.

Sur la méconnaissance du principe de rétroactivité " in mitius " :

12. Les requérants soutiennent qu'en application du principe de rétroactivité " in mitius ", les dispositions actuellement moins restrictives du décret n°2021-699 du 1er juin 2021 auraient dû s'appliquer à la mesure querellée. Toutefois, dès lors que la rédaction des dispositions des articles 1er, 27 et 29 du décret du 29 octobre 2020 n°2020-1310 est identique à celle des dispositions des articles 1er, 27 et 29 du décret du 1er juin 2021 n°2021-699 sur lesquelles se fonde l'arrêté du 7 juin 2021, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la méconnaissance le principe d'égalité devant les charges publiques

13. Le moyen tiré, sans autre précision permettant au tribunal d'en apprécier le sens et la portée, de la méconnaissance du principe d'égalité devant les charges publiques ne peut qu'être écarté.

Sur l'erreur manifeste d'appréciation et la méconnaissance des limites posées par la loi :

14. Les requérants soutiennent qu'au regard de la superficie du meublé de tourisme sis 131 chemin du centre aéré, soit 1 000 m², les mesures d'hygiène et de distanciation sociale devaient forcément être respectées. Toutefois, ces allégations sont contredites par les mentions, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, des rapports administratifs établis le 31 mai 2021 et le 6 juin 2021 par les gendarmes, lesquels ont constaté la violation des règles destinées à prévenir la propagation du virus. Par suite, la préfète du Gard a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaitre les limites posées par la loi, prononcer la fermeture de l'établissement pour une durée de deux mois.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'indemnisation.

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet du Gard, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A et la SCI Yann est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Yann, à M. B A et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2102345

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