mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2103068 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | FRAYSSINET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 septembre 2021 et 12 juin 2023, l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos ", représentée par le cabinet Adaes Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions d'indu de prestation de service unique (PSU) prises à son encontre les 27 et 29 juillet 2021 par la caisse d'allocations familiales du Gard ;
2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gard la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont signées par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée en date du 27 juillet 2021 est entachée d'un défaut de motivation ;
- le contrôle dont elle a fait l'objet est irrégulier en raison, d'une part, de la méconnaissance des dispositions de l'article 7-4 de la charte institutionnelle relatives au délai du contrôle et, d'autre part, du défaut d'impartialité objective du contrôleur ;
- les décisions attaquées ont été prises au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le principe du contradictoire a été méconnu ;
- les griefs qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis et sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2022, la caisse d'allocations familiales du Gard conclut à la condamnation de l'association requérante au paiement de la somme de 45 623,79 euros au titre des indus de PSU sur l'exercice 2018, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La caisse d'allocations familiales du Gard fait valoir que les moyens soulevés par l'association requérante sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aymard,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- et les observations de Me Fayssinet représentant l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos ".
La caisse d'allocations familiales du Gard a produit le 17 mai 2024 une note en délibéré qui n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. L'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " exploitait à Nîmes la crèche " Les Crocos ", qui était destinée à l'accueil, à raison de 26 places, d'enfants âgés de 0 à 6 ans et était ouverte de 7h45 à 18h15. Cette association bénéficiait d'une subvention de fonctionnement dénommée " prestation de service unique " (PSU), versée par la caisse d'allocations familiales du Gard dans le cadre d'une convention d'objectifs et de financement signée le 21 novembre 2014, laquelle a fait l'objet d'un avenant le 2 décembre 2016. A l'issue du contrôle sur place effectué par la caisse d'allocations familiales du Gard, cette dernière a décidé, les 27 et 29 juillet 2021, de mettre à la charge de l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " un indu total de PSU d'un montant de 45 623,79 euros au titre de l'année 2018. L'association requérante demande l'annulation de ces deux décisions des 27 et 29 juillet 2021.
Sur le bien-fondé de la requête :
2. Aux termes du 2° de l'article L. 223-1 du code de la sécurité sociale : " La Caisse nationale des allocations familiales a pour rôle : / () 2°) De gérer un fonds d'action sanitaire et sociale dans le cadre d'un programme fixé par arrêté ministériel () ". Aux termes de l'article L. 263-1 du même code : " Les caisses d'allocations familiales exercent une action sanitaire et sociale en faveur de leurs ressortissants et des familles de ceux-ci dans le cadre du programme mentionné au 2° de l'article L. 223-1 ". Aux termes de l'article R. 262-8 de ce code, applicable à l'action sociale des caisses d'allocations familiales en vertu de l'article R. 263-2 du même code : " Les caisses () peuvent accorder des prêts ou des subventions à des œuvres ou institutions sanitaires et sociales qui rentrent dans les catégories définies par les programmes ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté ministériel du 3 octobre 2001 relatif à l'action sociale des caisses d'allocations familiales, pris pour l'application des dispositions précitées des articles L. 223-1 et L. 263-1 : " Les caisses mènent une action sociale territorialisée et partenariale () Elles veillent à une répartition territoriale équilibrée des équipements et des services et à la qualité de l'offre en ce domaine, à la coordination avec les autres dispositifs locaux et à l'adaptation de leurs actions à l'évolution des besoins sur leur territoire d'intervention ". En vertu de l'article 5 du même arrêté, les caisses d'allocations familiales interviennent notamment " par le soutien à des services et équipements sociaux ".
3. Afin de faciliter l'accès des familles, notamment les plus modestes, aux services de garde d'enfants, la Caisse nationale des allocations familiales a, dans le cadre de sa mission d'action sanitaire et sociale, mis en place une subvention au fonctionnement des établissements et services d'accueil de jeunes enfants, dénommée " prestation de service unique ", dont les conditions d'octroi ont été définies, en dernier lieu, par une lettre-circulaire du 26 mars 2014. Cette subvention est versée par les caisses d'allocations familiales, sous réserve de leur pouvoir d'appréciation, aux personnes morales de droit public ou privé qui assurent la gestion de tels établissements ou services, ont conclu avec les caisses une " convention d'objectifs et de financement " et respectent les conditions, notamment de tarification de leurs prestations, fixées par la lettre-circulaire. Elle est calculée sur la base du coût de revient horaire des prestations effectivement offertes, dans la limite d'un plafond fixé par la Caisse nationale, après déduction des participations des familles. Elle est versée par acomptes selon la périodicité prévue par la convention et fait l'objet d'un ajustement sur la base des pièces justificatives présentées au cours de l'année suivante.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, pour prendre les décisions attaquées par lesquelles a été constaté puis notifié un indu de PSU au titre de l'année 2018 à l'encontre de l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos ", la caisse d'allocations familiales du Gard s'est fondée sur l'analyse des éléments complémentaires obtenus postérieurement à la réunion du 31 mars 2021 et l'établissement, le même jour, du rapport de contrôle provisoire pour considérer qu'il existait des écarts entre les justificatifs fournis par l'association précitée lors du contrôle et la présence réelle des enfants telle que vérifiée lors du contrôle.
5. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de contrôle complémentaire en date du 8 juillet 2021, que les écarts retenus par la caisse d'allocations familiales du Gard entre, d'une part, les relevés de présence issus du logiciel " coccinelle " qu'utilisait l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " et, d'autre part, la présence réelle des enfants, reposent sur l'entretien réalisé le 1er juillet 2021 avec M. et Mme A, les parents de l'enfant Louise, et sur les éléments et justificatifs fournis par cette famille lors de cet entretien. Toutefois, dès lors qu'aucun de ces justificatifs n'est produit aux débats dans le cadre de la présente instance et qu'il ne résulte pas de l'instruction que d'autres usagers auraient subi une discordance entre les heures facturées par l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " et la présence réelle de leur enfant, le caractère erroné des justificatifs fournis par l'association précitée, qui est fermement contesté en réplique, ne peut pas être regardé comme établi en l'état de l'instruction.
6. D'autre part, si la caisse d'allocations familiales du Gard reproche à l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " de ne pas avoir conservé les registres manuscrits de présence des enfants, il ne résulte toutefois pas des clauses de la convention d'objectifs et financement liant la caisse d'allocations familiales du Gard à l'association précitée que cette dernière aurait été tenue de conserver ces registres manuscrits, dès lors que le logiciel informatique qu'elle utilisait lui permettait de consigner les heures d'arrivée et de départ des enfants et de disposer ainsi d'un registre des présences, et que le caractère arrondi des heures ainsi saisies sur le logiciel informatique permettait à la caisse d'allocations familiales du Gard, eu égard aux modalités de calcul de la PSU telles que régies par le point III-1 de la lettre-circulaire précitée, de contrôler la réalité du service réalisé par l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " aux fins de détermination de la PSU due.
7. Il résulte de ce qui précède que l'association requérante est fondée à soutenir que les décisions attaquées reposent sur des faits qui ne sont pas, en l'état de l'instruction, matériellement établis. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les décisions des 27 et 29 juillet 2021 prises par la caisse d'allocations familiales du Gard à l'encontre de l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " doivent être annulées.
8. Par voie de conséquence, les conclusions de la caisse d'allocations familiales du Gard tendant à la condamnation de l'association requérante au paiement de la somme de 45 623,79 euros au titre des indus de PSU sur l'exercice 2018 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos ", qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche de faire application de ces dispositions et, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gard une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de la caisse d'allocations familiales du Gard en date des 27 et 29 juillet 2021 sont annulées.
Article 2 : La caisse d'allocations familiales du Gard versera la somme de 1 500 euros à l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Crèche Les Ptits Crocos - Les Crocos " et à la caisse d'allocations familiales du Gard.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
F. AYMARD
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026