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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103344

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103344

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103344
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL CABANES NEVEU ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 octobre 2021, 31 mai et 22 juin 2023, la région Occitanie, représentée par le cabinet Cabanes avocats, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

A titre principal, sur le fondement de la garantie décennale :

1°) de condamner solidairement la société d'architectes Boyer-Gibaud-Percheron-Assus-Shertenleib, la société INGE+ BETS et la société Sud-Est Prévention à lui verser la somme de 17 414,40 euros TTC au titre de la reprise des désordres affectant l'étanchéité des terrasses des bâtiments A, B et F du lycée Jean Vilar de Villeneuve-lès-Avignon et la somme de 19 849 euros TTC au titre des frais se rattachant directement à ses désordres et qu'elle a avancés ;

A titre subsidiaire, sur un fondement contractuel :

2°) de condamner la société Etudes Travaux Spécialiste Bâtiment (SETSB) à lui verser la somme de 17 414 euros TTC au titre de la reprise des mêmes désordres et de 19 849 euros TTC au titre des frais qu'elle a avancés se rattachant directement à ses désordres ;

En toutes hypothèses :

4°) de condamner solidairement la société d'architectes Boyer-Gibaud-Percheron-Assus-Shertenleib, la société INGE+ BETS et la société Sud-Est Prévention à lui verser la somme de 9 138, 12 euros TTC au titre des entiers dépens de l'instance ;

5°) de mettre à la charge de la société INGE+ BETS, de la société d'architectes Boyer-Gibaud-Percheron-Assus-Shertenleib et de la société Sud-Est Prévention la somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ainsi que le constate l'expert, la gravité des défauts d'étanchéité et leurs conséquences sur les ouvrages les rendent nécessairement impropres à leur destination et sont de nature à engager la responsabilité décennale des constructeurs ;

- le délai de prescription de la garantie décennale a été interrompu le 20 juillet 2017, date à laquelle elle a présenté sa requête en référé-expertise ; le juge des référés du tribunal administratif de Nîmes y ayant fait droit et l'expert judiciaire ayant remis son rapport le 29 juillet 2019, le délai de garantie décennale a été prolongé jusqu'au 29 juillet 2029 ; elle est par conséquent recevable à engager la responsabilité décennale des constructeurs pour les désordres dont il s'agit ;

- ainsi que le constate l'expert, les désordres affectant l'étanchéité des terrasses sur le toit des bâtiments A, B et F sont de nature à engager la responsabilité décennale solidaire des constructeurs ;

- au regard de la responsabilité des intervenants dans la réalisation des travaux de construction du Lycée Jean Vilar incluant la réalisation de l'étanchéité des terrasses sur le toit des bâtiments A, B et F, la société INGE+ BETS, la société d'architectes Boyer-Gibaud-Percheron-Assus-Shertenleib et de la société Sud-Est Prévention doivent être reconnues responsables de plein droit des défauts d'étanchéité et de leurs conséquences rendant impropres à leur destination les bâtiments A, B et F ;

- la reprise des désordres doit être effectuée à hauteur de la somme de 17 414,40 euros TTC ;

- elle est également fondée à demander la réparation du préjudice lié aux frais qu'elle a avancés à hauteur de la somme de 19 849 euros TTC ;

- à titre subsidiaire, si la société d'architectes Boyer-Gibaud-Percheron-Assus-Shertenleib, la société INGE+ BETS et la société Sud-Est Prévention ne devaient pas être reconnues responsables et tenues de réparer solidairement les désordres liés à l'étanchéité des terrasses sur les bâtiments A, B et F, le tribunal reconnaîtra l'imputabilité de la société SETSB et fixera le montant des indemnités qui lui sont dues à ce titre par l'entreprise SETSB liquidée mais assurée par la société SMABTP.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 septembre 2022, le 9 mai 2023 et le 9 juin 2023, la société BPA Architecture, anciennement dénommée société Boyer-Gibaud-Percheron-Assus-Shertenleib, représentée par la SCP Albertini Alexandre L'Hostis, conclut dans le dernier état de ses écritures au rejet de toutes les conclusions présentées à son encontre, à la condamnation de société SETSB, représentée par son mandataire ad'hoc, la société Spagnolo Stephan et son assureur la SMABTP ou, à défaut, la société AXA IARD assurances Mutuelles à la garantir de l'intégralité des condamnations qui seraient prononcées à son encontre, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la région Occitanie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce que la même somme soit mise solidairement à la charge des sociétés INGE+ BETS et Sud-Est Prévention.

Elle fait valoir que :

- aucun des désordres dont il s'agit ne lui est imputable car ils procèdent exclusivement des fautes d'exécution, indécelables par la maîtrise d'œuvre, commises par la société SETSB ainsi que le constate l'expert ; elle n'a pas davantage commis de faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la région Occitanie n'est ni recevable, ni fondée à invoquer la responsabilité contractuelle des architectes après qu'elle ait prononcé la réception sans réserve de l'ouvrage et procédé au paiement de l'intégralité des honoraires correspondants au décompte général définitif ;

- si sa responsabilité décennale devait être engagée, elle est fondée à être garantie par la SMABTP, assureur de la société SETSB, ou, à défaut, par la société AXA IARD assurances Mutuelles de toute condamnation prononcée à son encontre ;

- les demandes de garantie dirigées tant par la SMABTP et la société INGE+ BETS que par la société Sud-Est Prévention à son encontre sont manifestement injustifiées et mal fondées dès lors que le dommage allégué par la région Occitanie ne lui est pas imputable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, la société INGE+ BETS, représentée par la Selarl Favre-Barnouin-Vrignaud, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés SETSB et BPA Architecture à la garantir de toute condamnation qui serait prononcée à son encontre et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2000 euros soit mise à la charge de la Région Occitanie ou toutes les autres parties appelées en garantie, si elles étaient condamnées, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le juge administratif est incompétent pour se prononcer sur les conclusions dirigées contre la SMABTP ;

- ainsi que le constate l'expert, les défauts d'étanchéité des terrasses n'étaient pas décelables durant l'exécution des travaux ; il ne saurait donc lui être reproché de ne pas avoir correctement surveillé l'exécution du chantier, ce d'autant plus que cela ne ressortait pas de ses missions ;

- il appartenait à la société SETSB d'exécuter correctement sa prestation et à la société BPA Architecture de surveiller l'exécution de celle-ci ; dans cette mesure, elles doivent être condamnées à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre ;

- les prétentions de la Région Occitanie doivent être ramenées à une plus juste proportion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, la société Sud-Est Prévention, représentée par la SELARL Constructiv'avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions présentées par toute autre partie à son encontre, à titre subsidiaire, à ce que la région Occitanie soit déboutée de sa demande de condamnation solidaire et, en toute état de cause, à la condamnation solidaire des sociétés BPA Architecture et INGE+ BETS, à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre et à ce que soit mise à la charge de la région Occitanie, le cas échéant solidairement avec les sociétés BPA architecture et INGE+ BETS, la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens de l'instance.

Elle fait valoir que :

- elle doit être mise hors de cause dès lors qu'elle n'a commis aucun manquement à l'article 3.4 de la norme NFP03-1 fixant son rôle qui est de fournir au maître d'ouvrage des avis sur ce que projettent les constructeurs et architectes au regard d'un référentiel normatif technique propre à chacune des missions pouvant lui être confiées, que le contrôle qu'elle opère est ponctuel et visuel, qu'elle n'est tenue à aucune obligation générale de conseil et que sa responsabilité est limitée par l'article L. 125-2 du code de la construction et de l'habitation ; ainsi, elle n'a pas contribué à la survenance des désordres en litige ;

- elle n'a commis aucun manquement ; ainsi que le constate l'expert, la responsabilité exclusive incombe à la société SETBS, au titre de défauts d'exécution partiels pour les terrasses A et B et au titre de défauts d'exécution généralisés sur la terrasse du bâtiment F ; la présomption de responsabilité n'a d'effet que dans les limites de la mission confiée par le maître d'ouvrage alors que la région Occitanie ne précise pas au titre de quelle mission sa responsabilité pourrait être engagée ; ainsi, les désordres dont il s'agit ne lui sont aucunement imputables ;

- elle ne peut être condamnée solidairement dès lors que son rôle est limité à l'émission d'avis auprès du maître de l'ouvrage sur la non-conformité des ouvrages à un référentiel propre à chacune des missions qui peuvent lui être confiées et seul le maître de l'ouvrage peut décider des suites éventuelles à donner à ses avis ; si elle faisait l'objet d'une condamnation solidaire, les sommes devant être réglées par elle ne pourront excéder sa part de responsabilité en application de l'article L. 11-24 alinéa 2 du code de la construction et de l'habitation ;

- dans l'hypothèse d'une condamnation prononcée à son encontre, elle sera déclarée recevable et fondée à solliciter la condamnation solidaire des constructeurs à la relever et garantir de toute condamnation qui pourrait intervenir à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 mai et le 12 juin 2023, la SMABTP, représentée par la SELARL Favre De Thierrens Barnouin Vrignaud Mazars Drimarcci, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la condamnation de la société AXA IARD Assurances à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre et à ce que le préjudice subi par la région Occitanie soit ramené à de plus justes proportions et, en tout état de cause, à ce que la somme 2 000 euros soit mise à la charge de la région Occitanie ou de toute partie condamnée en garantie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'action en garantie décennale présentée à son encontre par la région Occitanie est prescrite ;

- le juge administratif est incompétent pour statuer sur les conclusions présentées à son encontre, en qualité d'assureur de la société SETSB ;

- dès lors que la société AXA IARD Assurances était l'assureur de la société SETSB à compter du 1er janvier 2006, elle est fondée à demander que cette société soit condamnée à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre ;

- les prétentions indemnitaires de la région Occitanie doivent être ramenées à de plus juste proportions.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du juge administratif pour connaitre des conclusions présentées par la SMABTP à l'encontre de la société AXA IARD.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance prescrivant une expertise à la demande la région Occitanie et désignant comme expert M. B ;

- le rapport de l'expert, déposé le 29 juillet 2019 ;

- l'ordonnance du 29 août 2019 par laquelle le président du tribunal administratif de Nîmes a liquidé et taxé les honoraires et frais d'expertise à la somme de 36 522,48 euros toutes taxes comprises (TTC).

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chevillard,

- les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,

- les observations Me Habibi Alaoui, représentant la région Occitanie et de Me Lhostis, représentant la société BPA Architecture.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement signé le 21 janvier 2004, la région Occitanie a confié au groupement conjoint composé de la société d'architectes Boyer-Gibaud-Percheron-Assus-Shertenleib, mandataire du groupement, de Bernard Poisonnier, de la SARL INGE+ BETS, de la société ADRET, de la SARL SERI, de Gui Jourdan, de la SARL INGECOR et de la SARL SECURISK, un marché de maîtrise d'œuvre pour un montant de 1 892 042, 10 euros toutes taxes comprises (TTC), comportant une tranche ferme et une tranche conditionnelle, pour la construction d'un nouveau lycée à Villeneuve-lès-Avignon. Par un acte d'engagement du 23 octobre 2003, la région Occitanie confié une mission de contrôle technique à la société Sud-Est Prévention comportant une tranche ferme et une tranche conditionnelle, pour un montant 59 920 euros TTC. Le lot n°2 " étanchéité " a été confié à la société SETSB par un acte d'engagement du 22 décembre 2004. Ces travaux ont été réceptionnés avec réserves le 6 novembre 2008 avec effet au 25 juillet 2008. Rapidement après la réception sont apparus des fuites nombreuses et récurrentes, venant des toitures avec étanchéité pour parties végétalisées, affectant la zone administration, la partie centre de documentation et d'orientation (CDI), la partie restauration, les vestiaires sportifs et la zone logements de fonction. Par une requête, enregistrées le 20 juillet 2017, la région Occitanie a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Nîmes aux fins de désignation d'un expert. Par deux ordonnances du 12 septembre 2017, M. B a été désigné en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été déposé le 29 juillet 2019. Par la présente requête, la région Occitanie demande au tribunal de condamner solidairement la société d'architectes Boyer-Gibaud-Percheron-Assus-Shertenleib, la société INGE+ BETS et la société Sud-Est Prévention à réparer les préjudices résultant des désordres affectant l'ouvrage.

Sur la garantie décennale des constructeurs :

2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres, apparus dans le délai d'épreuve de dix ans et affectant l'ouvrage dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, même dissociable, engagent la responsabilité de ces constructeurs au titre de la garantie décennale s'ils sont de nature à compromettre sa solidité ou à le rendre impropre à sa destination. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

En ce qui concerne la réception de l'ouvrage :

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que de nombreuses fuites d'eau et infiltrations récurrentes, venant des toitures pour parties végétalisées, affectant la zone " administration ", la partie " centre de documentation ", la partie restauration, les vestiaires sportifs et la zone " logements de fonction " sont apparues et ont été constatées contradictoirement. Il résulte aussi de l'instruction que les travaux de réalisation de ces terrasses relevant du lot n°2 ont été réceptionnés le 25 juillet 2007 avec des réserves qui ont, pour certaines d'entre elles, été maintenues à l'issue de la décision de levée de réserves du 20 mars 2008. Le procès-verbal annexé à cette décision et établi par l'architecte, mandataire du groupement de maître d'œuvre, relève encore à ce titre plusieurs infiltrations à divers endroits. En l'espèce, le rapport d'expertise relève des désordres généralisés sur le bâtiment F qui ne sont visés par aucune des réserves maintenues. Tel est également les cas des infiltrations par les chéneaux de la toiture des logements de fonction jumelés par paire, dans la salle de permanence n°1 et le couloir de l'infirmerie 204. Par ailleurs, aucune réserve ne correspond aux constats d'une perforation sur l'étanchéité courante, d'un poinçonnement sous la dalle support de l'appareillage VMC ou d'une perforation de l'étanchéité au droit d'un angle de la souche. En outre, il résulte de l'instruction qu'une réserve ne concerne que la coursive du centre de documentation et d'information et non ce dernier, que les infiltrations sur les joints de dilatation des coursives, par les ouvrages annexes et dans les salles C203 et C204 se sont généralisées et, compte tenue de leur ampleur, ne se sont révélées qu'après la réception de l'ouvrage. Tel est également le cas pour les infiltrations sur les plafonds de la cuisine et la salle du restaurant scolaire. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les terrasses végétalisées entre les bâtiments B, C et D soient concernées par le maintien de réserves sur des fuites constatées sur le bâtiment B jonction C et C jonction D. Ainsi, les ouvrages concernés ont bien été réceptionnés sur ces points.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, qui n'est pas contesté sur ce point, que les désordres dont il s'agit sont caractérisés par un déficit des ouvrages d'étanchéité entrainant des infiltrations à travers les ouvrages support et les plafonds surplombés des bâtiments A, B et F, ayant pour origine et causes des défauts d'exécution partiels, non décalables à la réception des travaux pour les terrasses A et B, un défaut d'exécution généralisé sur la terrasse du bâtiment F, des défauts d'exécution généralisés sur les terrasses végétalisées et des incidents de chantier par poinçonnement lors du stockage ou de la manutention de l'appareillage en terrasse A et B. Ces désordres revêtent un caractère partiel sur les terrasses A et B et intégral sur la terrasse F et les terrasses végétalisées et rendent l'ouvrage impropre à sa destination en raison d'infiltrations dans les locaux occupés.

En ce qui concerne la responsabilité des constructeurs :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction et du rapport de l'expert que ces désordres sont notamment imputables à la société BPA Architecture en raison d'un défaut de surveillance de l'exécution des prestations. Cette société, titulaire d'une mission de pilotage et coordination des travaux, qui ne démontre pas ne pas y avoir participé de manière effective et que les désordres dont il s'agit ne lui sont pas imputable de quelques manières que ce soit, ne peut utilement se prévaloir ni de ce que la faute d'exécution de la société SETSB était indécelable ni de ce qu'elle n'aurait, pour sa part, commis aucune faute. Par suite, la responsabilité décennale de la société BPA Architecture est engagée au titre des désordres affectant l'étanchéité des terrasses des bâtiments A, B et F de l'ouvrage.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et du rapport de l'expert, que ces désordres sont également imputables à la société Sud-Est Prévention, contrôleur technique, chargée de missions de type L, relative à la solidité de l'ouvrage et des éléments d'équipement indissociables, et de type SEI, relative à la sécurité des personnes, en raison d'une insuffisance de contrôle du chantier. Par suite, la responsabilité décennale de société Sud-Est Prévention est aussi engagée au titre des désordres affectant l'étanchéité des terrasses des bâtiments A, B et F de l'ouvrage.

7. En troisième et dernier lieu en revanche, la responsabilité décennale de la société INGE+ BETS, qui fait valoir sans être contredite que les désordres ne lui sont pas imputables, ne saurait être engagée dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'en sa qualité de bureau d'études structure elle serait intervenue sur le suivi des travaux liés à la couverture, ni à un autre stade de la maîtrise d'œuvre en lien avec ces derniers et alors que, par ailleurs, le groupement de maîtrise d'œuvre n'est pas solidaire.

8. Il résulte de ce qui précède que, dès lors que les sociétés BPA Architecture et Sud-Est Prévention ont participé de manière directe et effective à l'acte de construction, la responsabilité de ces deux sociétés est engagée au titre des désordres affectant l'étanchéité des terrasses des bâtiments A, B et F de l'ouvrage.

Sur les préjudices et la réparation :

En ce qui concerne la reprise des désordres :

9. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert que montant des travaux de reprise de ces désordres, impliquant les reprises d'étanchéité de la toiture du gymnase du bâtiment F, de la toiture terrasse surplombant la cuisine, du bâtiment C et de la terrasse végétalisée s'élève à la somme de 14 512 euros HT, soit 17 414,40 euros TTC qui n'est contestée ni par la société BPA Architecture, ni par le contrôleur technique. Il sera donc fait une exacte appréciation de la somme nécessaire à la réparation de ces désordres en retenant ce montant de 17 414,40 euros TTC, due solidairement par les sociétés BPA Architecture et Sud-Est Prévention.

En ce qui concerne les frais exposés par la région :

10. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'analyse proposée par l'expert ainsi que des pièces produites par la région Occitanie, parmi lesquelles figurent les deux factures du paiement desquelles elle s'est acquittée, que le montant des frais qu'elle a engagée pour la recherche de fuites s'élève à la somme de 19 849 euros TTC. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en fixant à ce montant, du solidairement par les sociétés BPA Architecture et Sud-Est Prévention, la somme destinée à le réparer.

Sur les appels en garantie :

11. En premier lieu, l'action dirigée contre l'assureur d'une personne privée en raison du fait dommageable commis par celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif. Par suite, les conclusions d'appel en garantie de la société BPA Architecture contre la SMABTP et la société AXA IARD doivent être rejetées comme portées devant un ordre juridictionnel incompétent pour en connaître.

12. En second lieu, il résulte du rapport de l'expert que les désordres dont il s'agit ont pour causes une membrane d'étanchéité " plissée " sous l'action des dilatations thermiques et climatiques pour le bâtiment F, un défaut d'étanchéité sur le châssis en toiture dans le couloir d'accès à la cuisine pour le bâtiment A, des perforations sur l'étanchéité courante et celle au droit d'un angle de la souche, un poinçonnement sous la dalle support de l'appareillage VMC, des zones d'infiltration aux liaisons des joints de dilatation avec les couvertines et des zones d'entrée d'eau générant des infiltrations au niveau des sorties (ventilation) sur les toitures en bac acier pour les bâtiment A et/ou B, un système d'arrosage des terrasses végétalisées défaillant avec plusieurs fuites d'eau et infiltrations sous la terrasse, au droit du relevé d'étanchéité, sur le recouvrement entre les lès d'étanchéité, avec la liaison de couvertine et au droit du relevé d'étanchéité pour la jonction des bâtiments B C et D et un défaut de protection en tête des relevés d'étanchéité situés au niveau des cheneaux pour les logements de fonction. Il résulte aussi de l'instruction que de telles causes sont exclusivement imputables aux fautes commises par la société SETSB.

13. En troisième et dernier lieu, ainsi que le relève l'expert, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre de la société BPA Architecture, en charge du suivi du chantier, et de la société Sud-Est Prévention dès lors que les seuls défauts d'exécution à l'origine des désordres n'étaient pas décelables en cours d'exécution ou à la réception de l'ouvrage. Par suite, la société SETSB doit être condamnée à garantir les sociétés BPA Architecture et Sud-Est Prévention des sommes de 17 414,40 euros et 19 849 euros à hauteur de 100%.

Sur la charge définitive des dépens :

14. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre un quart des frais et honoraires de l'expertise, liquidée et taxée à la somme de 36 522,48 euros TTC, soit la somme de 9 138, 12 euros TTC, à parts égales, à la charge définitive des sociétés BPA Architecture, SETSB et Sud-Est Prévention.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la région Occitanie, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par les sociétés BPA Architecture, SETSB et Sud-Est Prévention ne peuvent qu'être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ces trois dernières sociétés la somme de 500 euros chacune à verser à la Région Occitanie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les sociétés BPA Architecture, SETSB et Sud-Est Prévention sont condamnées in solidum à verser à la région Occitanie les sommes de 17 414,40 euros et 19 849 euros en réparation des désordres affectant l'étanchéité des terrasses des bâtiments A, B et F de l'ouvrage du lycée Jean Vilar à Villeneuve-lès-Avignon.

Article 2 : La société SETSB est condamnée à garantir les sociétés BPA Architecture et Sud-Est Prévention à hauteur de 100% des sommes mentionnées à l'article 1er.

Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 9 138, 12 euros sont mis à parts égales, à la charge définitive des sociétés BPA Architecture, SETSB et Sud-Est Prévention.

Article 4 : Les sociétés BPA Architecture, SETSB et Sud-Est Prévention verseront chacune la somme de 500 euros à la Région Occitanie en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à le région Occitanie, aux sociétés BPA Architectes, INGE+ BETS, Sud-Est prévention, SMABTP, SETSB Spagnolo Stephan.

Copie en sera adressée aux sociétés Sogea Sud Bâtiment, CIM, COVEA Risk, MMA IARD, MMA IARD Assurances mutuelles, Structures Bois Couverture, AXA Iard et à M. C A.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le rapporteur,

F. CHEVILLARD

Le président,

G. ROUX

La greffière,

F. DESMOULIERES

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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