mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2103376 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | EVE SOULIER - JEROME PRIVAT - THOMAS AUTRIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Soulier, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement la société La Poste et l'Etat à lui verser les sommes de 30 000 euros au titre des pertes de traitement, outre 3 000 euros au titre des congés payés y afférents, de 45 000 euros au titre des pertes de pension de retraite, de 20 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence et de 5 000 euros au titre de l'exécution déloyale de la relation de travail ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la société La Poste a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en procédant au blocage de sa carrière et en le privant des voies de promotion internes comme fonctionnaire dit " reclassé ", en méconnaissance de l'article 26 de la loi du 11 janvier 1984 ;
- l'Etat est également fautif et sa responsabilité est engagée du fait de son abstention à veiller au respect de ces garanties ;
- il a subi un préjudice de carrière constitué de la perte de chance d'obtenir une promotion ; il est fondé à obtenir réparation de ses pertes de traitement et de pension de retraite, de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ;
- il a également subi un préjudice du fait d'une exécution déloyale de son contrat de travail.
Par un mémoire enregistré le 21 novembre 2022, le président directeur général de La Poste, représenté par Me Bellanger, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du requérant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute de justification de l'envoi d'une demande préalable d'indemnisation ;
- la créance invoquée est prescrite ;
- les conclusions indemnitaires ne sont pas fondées.
Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2023, le ministre de l'économie et des finances, représenté par Me Andreini, conclut au rejet de la requête et subsidiairement à ce que la condamnation soit ramenée à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute de justification de l'envoi d'une demande préalable d'indemnisation ;
- la créance invoquée est prescrite ;
- les conclusions indemnitaires ne sont pas fondées.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;
- la loi n° 2005-516 du 20 mai 2005 ;
- la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 ;
- le décret n° 2009-1555 du 14 décembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Achour,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- les observations de Me Cortes, représentant la société La Poste.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du changement du statut de l'administration des postes et télécommunications issu de la loi du 2 juillet 1990 et de la création de nouveaux corps dits de " reclassification " par décrets du 25 mars 1993, M. A a opté pour son maintien dans les corps dits de " reclassement ". Par la présente requête, il demande au tribunal la condamnation solidaire de la société La Poste et de l'Etat à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis par suite du blocage de sa carrière résultant des fautes commises par La Poste et par l'Etat dans la gestion des corps de " reclassement ".
Sur la responsabilité de la société La Poste et de l'Etat :
2. Selon l'article 29 de la loi du 2 juillet 1990 qui a créé, aux termes de son article 1er, les exploitants publics La Poste et France Télécom : " Les personnels de La Poste et de France Télécom sont régis par des statuts particuliers, pris en application de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires et de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, qui comportent des dispositions spécifiques dans les conditions prévues aux alinéas ci-après, ainsi que dans les conditions de l'article 29-1 ".
3. Aux termes de l'article 26 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " En vue de favoriser la promotion interne, les statuts particuliers fixent une proportion de postes susceptibles d'être proposés au personnel appartenant déjà à l'administration (), non seulement par voie de concours () mais aussi par la nomination de fonctionnaires () suivant l'une des modalités ci-après : / 1° Examen professionnel ; / 2° Liste d'aptitude établie après avis de la commission paritaire du corps d'accueil () ". De plus, en vertu de l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 et des dispositions règlementaires prises pour son application, il appartient à l'autorité administrative, sauf à ce qu'aucun emploi vacant ne soit susceptible d'être occupé par des fonctionnaires à promouvoir, d'établir annuellement des tableaux d'avancement en vue de permettre l'avancement de grade.
4. D'une part, la possibilité offerte aux fonctionnaires qui sont demeurés dans les corps dits de " reclassement " de La Poste de bénéficier, au même titre que les fonctionnaires ayant choisi d'intégrer les nouveaux corps dits de " reclassification " créés en 1993, de mesures de promotion organisées en vue de pourvoir des emplois vacants proposés dans ces corps de " reclassification ", ne dispensait pas le président de La Poste de faire application des dispositions de la loi du 11 janvier 1984 relatives au droit à la promotion interne dans le cadre des corps de " reclassement ". Il appartenait, en outre, au ministre chargé des postes et des télécommunications de veiller de manière générale au respect par La Poste de ce droit à la promotion interne, garanti aux fonctionnaires " reclassés " comme aux fonctionnaires
" reclassifiés " de l'exploitant public par les dispositions combinées de la loi du 2 juillet 1990 et de la loi du 11 janvier 1984.
5. D'autre part, le législateur, par la loi du 20 mai 2005 relative à la régulation des activités postales, en permettant à La Poste de ne recruter, le cas échéant, que des agents contractuels de droit privé, n'a pas entendu priver d'effet les dispositions de la loi du 11 janvier 1984 relatives au droit à la promotion interne à l'égard des fonctionnaires " reclassés ". Par suite, les décrets régissant les statuts particuliers des corps de " reclassement ", en ce qu'ils n'organisaient pas de voies de promotion interne autres que celles liées aux titularisations consécutives aux recrutements externes et privaient en conséquence les fonctionnaires " reclassés " de toute possibilité de promotion interne, étaient entachés d'illégalité. En faisant application de ces décrets illégaux et en refusant de prendre toute mesure de promotion interne au bénéfice des fonctionnaires " reclassés " au motif que ces décrets en interdisaient la possibilité, le président de La Poste a commis une illégalité.
6. Il résulte de ce qui précède que d'une part, La Poste, en refusant de prendre toute mesure de promotion interne en faveur des fonctionnaires " reclassés ", a commis une faute de nature à engager sa responsabilité et, que d'autre part l'Etat a, de même, commis une faute en ne prenant pas, avant le 14 décembre 2009, les mesures à caractère réglementaire organisant les possibilités de promotion interne pour les fonctionnaires des corps de " reclassement " de cet établissement.
Sur l'exception de prescription opposée par la société La Poste :
7. En application de l'article 2262 du code civil, abrogé par la loi du 17 juin 2008 : " Toutes les actions, tant réelles que personnelles, sont prescrites par trente ans, sans que celui qui allègue cette prescription soit obligé d'en rapporter un titre ou qu'on puisse lui opposer l'exception déduite de la mauvaise foi. ". L'article 2224 du même code, dans sa version en vigueur au 19 juin 2008 dispose que : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. ". En vertu de l'article 2222 du même code : " () En cas de réduction de la durée du délai de prescription ou du délai de forclusion, ce nouveau délai court à compter du jour de l'entrée en vigueur de la loi nouvelle, sans que la durée totale puisse excéder la durée prévue par la loi antérieure. ".
8. L'article 2224 du code civil dans sa rédaction issue de la loi du
17 juin 2008 a institué un nouveau délai de prescription de cinq ans pour les actions personnelles, réduisant ainsi la prescription trentenaire prévue par l'ancien article 2262 du code civil. La société La Poste qui, à la date d'entrée en vigueur de ces dispositions, avait le statut " d'exploitant public " et qui, depuis le 1er mars 2010, est une société anonyme, peut se prévaloir des dispositions de l'article 2224 du code civil.
9. La créance dont se prévaut M. A, qui trouve son fait générateur dans le refus illégal de La Poste d'organiser des voies de promotion interne dans les corps dits de reclassement à partir de 1993, doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce refus lui a été opposé. Néanmoins, M. A n'ayant eu connaissance de l'étendue de son dommage qu'à la date de publication du décret du 14 décembre 2009 ouvrant aux fonctionnaires " reclassés " une possibilité de promotion, le délai de prescription de l'action prévue à l'article 2224 du code civil n'a commencé à courir qu'à compter de cette date. Par ailleurs, il n'est ni établi ni sérieusement soutenu que M. A aurait, par la suite, été privé du bénéfice des voies de promotion interne prévues par le décret du 14 décembre 2009. Dans ces conditions, à la date de réception de sa demande indemnitaire préalable, le 21 juin 2021, son action était prescrite depuis le 31 décembre 2014. Par suite, c'est à bon droit que La Poste oppose la prescription de la créance.
Sur l'exception de prescription opposée par l'Etat :
10. La loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics dispose, en son article 1er, que : " Sont prescrites, au profit de l'Etat (), sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. ".
11. Ainsi qu'il a été dit au point 9, le fait générateur de la créance de M. A est constitué par le défaut d'organisation des voies de promotion interne jusqu'à l'intervention du décret du 14 décembre 2009. Par ailleurs, il n'est ni établi ni sérieusement soutenu que M. A aurait, par la suite, été privé du bénéfice des voies de promotion interne prévues par le décret du 14 décembre 2009. Dans ces conditions, à la date à laquelle l'Etat a accusé réception de la demande préalable de M. A, le 21 juin 2021, la créance invoquée était prescrite depuis le 31 décembre 2009. Dès lors, c'est à bon droit que l'Etat oppose la prescription de la créance.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les créances dont se prévaut M. A envers la société La Poste et envers l'Etat étant prescrites, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin de condamnation solidaire de La Poste et de l'Etat.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des défendeurs, qui ne sont pas parties perdantes, la somme réclamée par M. A au titre des frais de l'instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme que réclame La Poste au même titre.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de La Poste au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société La Poste et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
Mme Galtier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
P. ACHOUR
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
L. GALAUP
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026