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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103386

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103386

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103386
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET PELLEGRIN AVOCAT-CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2021, complétée par des mémoires enregistrés les 23 janvier 2023 et 12 mai 2023, la SARL Institut Français de la Maintenance Hospitalière (IFMH), représentée par Me Pellegrin, demande au tribunal :

- de prononcer la décharge des majorations appliquées au rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des années 2015 à 2018,

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sur la pénalité de 40%, appliquée au rehaussement proposé en matière d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos au 30 juin 2018, sur le fondement de l'article 1728-1 b du code général des impôts, le non dépôt de la déclaration de résultat à l'impôt sur les sociétés 2018 dans les 30 jours à compter de la réception de la mise en demeure du 12 mars 2019 s'explique par des circonstances indépendantes de sa volonté ; en effet, la société n'a procédé au dépôt de la déclaration concernée que le 28 juin 2019 en raison d'un différend avec son ancien cabinet d'expertise comptable et la difficulté pour le nouveau comptable de récupérer les pièces du dossier, et le dépôt tardif de la déclaration de résultat litigieuse est dépourvu de caractère intentionnel et délibéré ;

- sur l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifiés au titre des exercices clos au 30 juin 2016 à 2018, ainsi qu'à la période allant du 1er juillet au 31 décembre 2018 sur le fondement de l'article 1729-a du code général des impôts, les omissions déclaratives ont été commises de bonne foi, en raison de l'état de santé de son gérant et du retrait provisoire de son agrément par la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ;

- sur l'application de la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses au rappel de taxe sur la valeur ajoutée proposé au titre de l'exercice clos au 30 juin 2018, sur le fondement de l'article 1729-b du code général des impôts, elle a commis de bonne foi une erreur dans la rédaction du libellé de ses factures ; il s'agit d'une irrégularité non intentionnelle encouragée indirectement par son ancien cabinet comptable et d'une modification maladroite de diverses factures afin de régulariser une situation certes fluctuante, mais que son gérant, vulnérable, pensait acquise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, complété par des mémoires enregistrés les 24 janvier et 12 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B Parisien ;

- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Pellegrin pour la SARL Institut Français de la Maintenance Hospitalière (IFMH).

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Institut Français de la Maintenance Hospitalière (IFMH), dont M. A est le gérant et associé majoritaire à hauteur de 47 % des parts sociales, exerce une activité commerciale consistant en des prestations de services dans le domaine de l'ingénierie informatique. Elle a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité qui a concerné l'ensemble des déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées et portant sur les exercices clos au 30 juin 2016, 2017 et 2018, période étendue du 1er juillet au 31 décembre 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Une proposition de rectification lui a été envoyée le 13 décembre 2019, portant sur des rehaussements à l'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices vérifiés, ainsi que sur l'application des pénalités prévues aux articles 1728-1 b, 1729 a et b du code général des impôts. À l'issue de la procédure de contrôle, la mise en recouvrement des impositions supplémentaires est intervenue le 15 décembre 2020. Par une réclamation du 12 mai 2021, la SARL IFMH a contesté les seules pénalités appliquées sur le fondement des articles 1728-1 b, 1729 a et b du code général des impôts, pour des montants de 12 001 euros en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés et 42 233 euros en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Une décision de rejet ayant été rendue par le service le 13 septembre 2021, la requérante demande au tribunal la décharge des pénalités qui lui ont été infligées.

Sur les conclusions tendant à la décharge :

En ce qui concerne la pénalité de 40%, appliquée au rehaussement proposé en matière d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos au 30 juin 2018, sur le fondement de l'article 1728-1 b du code général des impôts :

2. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration () entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".

3. Il résulte de l'instruction que la SARL IFMH n'a pas déposé dans le délai légal la déclaration de résultat relative à l'exercice clos au 30 juin 2018. Une mise en demeure de déposer cette même déclaration et ses annexes a été adressée à la société le 12 mars 2019. La société requérante n'a pas effectué ce dépôt dans les 30 jours de la réception de la mise en demeure susvisée, la remise effective de la déclaration étant intervenue le 28 juin 2019.

4. Pour justifier le non-respect de ses obligations déclaratives, la requérante doit être regardée comme invoquant la force majeure, caractérisée selon elle par l'existence d'un différend né de la carence de son ancien cabinet d'expertise comptable et la difficulté pour le nouveau comptable de récupérer les pièces du dossier. Toutefois, cette circonstance, à supposer même qu'elle puisse effectivement être considérée comme répondant à la condition d'extériorité à la société contribuable de la circonstance invoquée, ce qui n'est pas démontré, n'était en tout état de cause ni imprévisible ni insurmontable au point de lui interdire de déposer de son propre chef des déclarations, même provisoires. Elle ne dispense en aucune manière le contribuable, qui ne peut reporter sur autrui le soin de surveiller le respect de ses obligations déclaratives, de déposer une telle déclaration. Les manquements relevés ne pouvaient échapper à la vigilance de la société requérante qui demeure responsable de la sincérité de ses déclarations fiscales et n'est, par conséquent, pas fondée à se prévaloir des carences de son ancien cabinet d'expertise-comptable. Ainsi, et alors même que la société a coopéré avec l'administration au cours du contrôle, le service doit être regardé comme apportant la preuve des manquements de la société justifiant les pénalités qui lui ont été infligées. La circonstance que le dépôt tardif de la déclaration de résultat litigieuse est dépourvu de caractère intentionnel et délibéré est sans influence sur le bien-fondé de la majoration litigieuse. Par conséquent, l'administration était fondée à assortir les suppléments d'impôt sur les sociétés en litige de la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées du b. du 1. de l'article 1728 du code général des impôts.

En ce qui concerne l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifiés au titre des exercices clos au 30 juin 2016 à 2018, ainsi qu'à la période allant du 1er juillet au 31 décembre 2018 sur le fondement de l'article 1729-a du code général des impôts

5. Aux termes de l'article 1729 a, du code général des impôts : " les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de 40 % () b. en cas de manquement délibéré () ".

6. Le service relève que la SARL IFMH a délibérément omis de déclarer la totalité de son chiffre d'affaires taxable sur la période vérifiée, 42 déclarations mensuelles de taxe sur la valeur ajoutée ne contenant aucun montant de chiffre d'affaires taxable sur l'ensemble de la période vérifiée, soit la totalité des déclarations CA3 déposées. Elle observe par ailleurs que le montant de la taxe sur la valeur ajoutée exigible totale collectée et non reversée s'élève à 162 350 euros, soit un montant important, très significatif pour une société informatique familiale.

7. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions contenues dans la proposition de rectification adressée à la société, qu'un droit de communication opéré auprès de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a permis de mettre en évidence qu'une demande d'attestation au titre d'activités s'inscrivant dans le cadre de la formation professionnelles continue avait été déposée auprès de la DIRECCTE par le gérant de la SARL IFMH en date du 4 janvier 2013. Cette demande, qui a été accordée le 8 janvier 2013, autorisait la société à être exonérée de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de ses opérations effectuées dans le cadre de la formation professionnelle continue, à condition que la société soit à jour de ses obligations de dépôt de bilans pédagogiques et financiers telles qu'elles sont prévues par le code du travail. Le 13 octobre 2016, la société SARL IFMH a été informée du retrait de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée préalablement accordée en raison du non dépôt de son bilan pédagogique et financier relatif à l'exercice 2015. La DIRECCTE a rendu caduc le numéro de déclaration d'activité s'inscrivant dans le cadre de la formation professionnelle. Il s'ensuit qu'à compter du 13 octobre 2016, la société SARL IFMH était informée qu'elle n'était plus reconnue comme un organisme de formation professionnelle continue et n'était donc plus habilitée à facturer en exonération de taxe sur la valeur ajoutée les opérations de formation professionnelle. Le 4 juin 2018, la société SARL IFMH a fait une nouvelle demande de déclaration d'activité comme organisme de formation et a déposé le 26 juin 2018, une nouvelle demande d'attestation au titre d'activités s'inscrivant dans le cadre de la formation professionnelle continue lui permettant d'être exonérée de taxe sur la valeur ajoutée. En conséquence, la société IFMH ne pouvait plus exercer une activité de formation professionnelle entre le 13 octobre 2016 et le 20 juin 2018 et par conséquent qu'elle ne pouvait plus bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée liée à son activité de formation professionnelle.

8. Or, l'analyse des pièces justificatives présentées a démontré que la société SARL IFMH a continué d'exercer une activité d'organisme reconnu et agréé de formation professionnelle continue et de facturer ces prestations en exonération de taxe sur la valeur ajoutée, alors même que les factures émises aux clients mentionnaient la véritable prestation réalisée et qu'elles étaient soumises à la taxe sur la valeur ajoutée au taux normal de 20 %. La société soutient que ses omissions déclaratives ont été commises de bonne foi, en raison de l'état de santé de son gérant et du retrait provisoire de son agrément par la Direccte. Toutefois, s'agissant de la période allant jusqu'au 13 octobre 2016, le caractère réitéré de la mention de la taxe sur la valeur ajoutée sur des factures, établies par la SARL IFMH, concernant des prestations pour lesquelles la requérante allègue par ailleurs qu'elle les croyait exonérées de ladite taxe établit le caractère délibéré des manquements. Pour la période postérieure au 13 octobre 2016, compte tenu de l'importance des montants et de la réitération des omissions commises, le service établit, nonobstant les difficultés comptables et le certificat médical produit, que la société, alors même qu'elle produit la proposition d'un plan d'apurement du passif par son gérant, a délibérément voulu éluder l'impôt dû et par suite justifie que l'application de la sanction pour manquement délibéré de 40 % sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée exigible reconstituée sur les encaissements non concernés par la fausse facturation a été effectuée à bon droit.

En ce qui concerne l'application de la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses au rappel de taxe sur la valeur ajoutée proposé au titre de l'exercice clos au 30 juin 2018, sur le fondement de l'article 1729-b du code général des impôts :

9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts, : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses " L'article 195 A du livre des procédures fiscales dispose par ailleurs que : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".

10. Il résulte de l'instruction que la requérante a présenté à l'administration fiscale 19 fausses factures ne correspondant à aucune prestation de formation professionnelle continue exonérée de taxe sur la valeur ajoutée, pour un montant total de prestations taxables s'élevant à 264 414 euros taxes comprises sur la période vérifiée. Les éléments obtenus dans le cadre des droits de communication exercés auprès des clients de la SARL IFMH ont permis au service d'établir que les prestations effectivement réalisées au titre des factures susvisées relevaient de la simple ingénierie informatique, à savoir le cœur de métier de la société requérante, car en lien avec les contrats de prestations de services signés avec ces mêmes clients. En modifiant le libellé de la prestation par un ajout du mot " formation " devant la prestation réalisée, la SARL IFMH a converti la prestation d'ingénierie effectivement réalisée et taxable, en prestation de formation professionnelle fictive et exonérée de taxe sur la valeur ajoutée.

11. La SARL IFMH soutient que si elle a modifié le libellé de certaines prestations en incrémentant le mot formation devant la prestation réalisée, c'est par erreur, du fait de la croyance légitime, encouragée au moins indirectement par son conseil de l'époque, qu'elle pourrait bénéficier sur une partie de ses factures, qui correspondent effectivement à des sessions de formation d'une franchise de taxe sur la valeur ajoutée. Elle ajoute qu'elle se pensait légitimement en droit de facturer des prestations de formation en franchise de taxe sur la valeur ajoutée, considérant à tort, mais non par fraude, que ces dernières constituaient la principale valeur ajoutée de ses prestations commerciales. Elle précise que la modification des factures, certes extrêmement maladroite, ne visait en réalité qu'à régulariser une situation qu'elle pensait acquise, toujours dans le même contexte d'incertitude administrative qui était à l'époque le sien. Enfin, la société IFMH précise qu'elle n'a pas comptabilisé les 19 factures qualifiées de fausses factures par l'Administration, la comptabilité présentée prenant en compte seulement les factures faisant ressortir de la taxe sur la valeur ajoutée.

12. Toutefois, les rectifications de factures ayant pour objectif de diminuer la taxe sur la valeur ajoutée collectée relevant d'un montage mis en œuvre pour éluder les taxes dues, le service doit être regardé comme établissant les manœuvres frauduleuses. Par conséquent, c'est à bon droit que la majoration de 80 % instituée par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts a été à bon droit appliquée aux droits rappelés

Sur les conclusions à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme à la SARL Institut Français de la Maintenance Hospitalière (IFMH) au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Institut Français de la Maintenance Hospitalière (IFMH) est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Institut Français de la Maintenance Hospitalière (IFMH) et au directeur départemental des finances publiques du Gard.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2103386

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